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Full text of "Revue des études juives 1900"



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DES 



ÉTUDES JUIVES 



VERSAILLES — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS 




REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME QUARANTIÈME 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLAGHER 

83 bis , RUE LAFAYETTE .ûg 

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Ch. XXXVI, 24 - XXXVII, 12 



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Ecclésiastique 

ch. xxxvii, ne - xxxvin, 



l'-'ioimv Hr-rthaud. Parts 



FRAGMENTS 

DE 

DEUX NOUVEAUX MANUSCRITS HÉBREUX 

DE L'ECCLÉSIASTIQUE 



Des marchands qui avaient vendu en Angleterre nombre de 
ballots de feuillets trouvés dans la gueniza (et peut-être dans le 
cimetière) du Caire, sont venus à Paris proposer le restant de leur 
lot, dont personne n'avait voulu. Sur ma prière, M. le baron 
Edmond de Rothschild, dont le zèle généreux pour les études 
juives ne saurait être trop loué, a bien voulu acheter ces pièces de 
rebut et en a fait don à la Bibliothèque du Consistoire israélite de 
Paris 1 , me laissant le soin de les examiner à loisir. Je comptais 
fort peu y trouver des documents de valeur, mes confrères anglais 
ayant vraisemblablement écrémé cet amas de débris informes ; je 
n'espérais pas du tout même y rencontrer de fragments de Y Ecclé- 
siastique hébreu, qui est en ce moment à l'ordre du jour. 

Aussi grande a été ma surprise en découvrant deux feuillets de 
l'ouvrage de Ben Sira. Ils proviennent de deux exemplaires diffé- 
rents qui ne sont, ni l'un ni l'autre, semblables à ceux qui ont été 
publiés jusqu'ici (A et B) *. Nous voilà donc en présence de quatre 
éditions, si l'on peut ainsi s'exprimer, du même ouvrage. C'est 
l'indice de la faveur dont l'entouraient les Juifs d'Orient et proba- 

1 Cette bibliothèque, faute d'un local ad hoc, est encore à Tétat de projet, bien 
que, pour se constituer, elle dispose déjà des livres ayant appartenu au grand-rabbin 
Isidor et à Senior Sachs. — C'est du même fonds que provient la traduction espa- 
gnole (fragmentaire) du rituel que M. le R. P. Fidel Fita a publiée dans le Boletin 
de la real Academia de la historia, t. XXXVI. 

1 M. Schechter a appelé A l'exemplaire dont il a retrouvé les ch. ni, 6-vir, 26, 
xi, 34-xvi, 26. Ce ms. a 18 X ^ centimètres et 28 ou 29 lignes à la page. B, qui 
est divisé en deux colonnes, a 18 lignes à la page, et est conservé, avec quelques la- 
cunes, du ch. xxx à la fin. 

T. XL, n° 79. 1 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



blement aussi ceux de l'Afrique du Nord. Mais l'intérêt qui s'at- 
tache à la découverte de ces deux feuillets est, je crois, d'un autre 
ordre, comme je vais essayer de le montrer. 



Fragment C. 

Pour le contenu, le premier de ces fragments, que j'appellerai C, 
répond aux en. xxxvi, 24-xxxvin, 1. Or, justement ces chapitres 
ont déjà été retrouvés et édités, d'après le ms. B. Les versets 
xxxvi, 24 à xxxvn, 27, sont au British Muséum et ont été publiés 
par M. G. Margoliouth dans le Jewisli Quarterly Review, XII, 
p. 8-11; le restant est à Cambridge (p. 17 de l'édition de M. Sche- 
chter 1 ). Il nous sera donc loisible de confronter deux exem- 
plaires d'un même texte, et l'on sait avec quelle impatience les 
savants qui se sont passionnés pour l'étude de ce livre attendaient 
les lumières que peut projeter cette comparaison. Un des pro- 
blèmes les plus difficiles que soulève le ms. B est l'insertion dans 
les marges de notes qui ont l'air de variantes et que l'annotateur 
donne lui-même comme empruntées à un autre ms. Seulement 
parfois, au lieu d'une variante pour un même passage, il y en a 
deux : comment s'expliquer cette richesse ? D'autre part, tantôt 
ces leçons marginales sont conformes à la version syriaque (S.), 
tandis que celles du texte le sont au grec (G.) ; tantôt c'est l'in- 
verse : comment comprendre ce phénomène? 

M. S. Margoliouth, dans la brochure dont nous avons déjà 
parlé 2 , rendait compte de toutes ces étrangetés par la conjecture 
suivante : les notes marginales ne sont pas des variantes, mais des 
essais différents de traduction, ou de doubles traductions faites 
d'après G. ou S dans les cas où ces deux versions offraient des 
divergences. Cette hypothèse recevait une confirmation très sé- 
rieuse de la présence dans le texte mêrne, aux en. xxx-xxxn, de 
doublets qui répondent l'un à G. et l'autre à S., et qui portent la 
trace indéniable de leur caractère de traduction 3 . Si ces doublets 
ont disparu dans la suite, ce peut n'être qu'une apparence, car 
l'auteur de notre texte hébreu, jugeant son procédé de travail dé- 
fectueux, vraisemblablement se sera borné, par la suite, à mettre 
simplement à la marge les variantes fournies par G. ou S. Et cela 
même expliquait assez bien que ces notes marginales fussent sem- 
blables tantôt à G., tantôt à S. 

1 The Wisdom of Ben Sira. 

* Voir Revue, t. XXXVIII, p. 306 et XXXIX, p. i et suiv. 

• Voir ibid., p. 177 et suiv. 



FRAGMENTS DE NOUVEAUX MANUSCRITS DE L'ECCLÉSIASTIQUE 3 

Notre feuillet va-t-il nous aider à résoudre le problème? 

C'est justement en cela qu'il présente un intérêt de premier 
ordre : sauf quelques exceptions, il représente exactement le 
texte d'où sont tirées les notes marginales, même avec les fautes 
de copiste qui se reconnaissent à vue d'oeil, à tel point que, 
n'étaient ces exceptions, on pourrait croire que l'exemplaire dont 
ce feuillet a été arraché était celui-là même qu'avait sous les yeux 
l'annotateur de B. 

Pour ne point laisser de doute sur ce point, je publie ce feuillet 
en regard de la partie correspondante du ms. B. Ne voulant pas 
obliger les lecteurs à s'en rapporter aveuglément à mon déchif- 
frement, j'ai fait reproduire en fac-similé les deux pages de ce 
feuillet. Cette reproduction aura peut-être une autre utilité : elle 
éveillera l'attention de ceux qui ont acquis d'autres dépouilles de 
la gueniza du Caire et leur permettra, j'en suis persuadé, de dé- 
couvrir de nouveaux fragments du ms. C l ; 



Ms. de Paris : C. 
Recto. 

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1 Le fac-similé est assez bien réussi, mais il ne saurait remplacer la vue du ms. ; 
beaucoup de traits perceptibles à l'œil nu ne le sont plus sur la planche; en parti* 
culier, le bas du recto est mal venu au tirage. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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FRAGMENTS DE NOUVEAUX MANUSCRITS DE L'ECCLÉSIASTIQUE 7 

Gomme on le voit, les notes marginales des versets suivants sont 
la reproduction exacte des leçons de notre feuillet : xxxvi, 24&, 
26 c; xxxvn, 1-2 entiers \ 3 *, 4a-&, 5 entier, 7 entier, 8c (proba- 
blement 3 ), 9a etb, 11 a et 6, 11 d. Ile, 11 g-h en entier, 12a, 
12 c et d, 13 entier, 14, 14 ô, 15 a, 16 entier, 17 a, 18 a et b, 19 &, 
23 entier, 25c, 27 a, 28a, 29a et & entier, 30 a et b, 31 a ; xxxvm, 
1 a en entier. 

Ne concordent pas avec notre feuillet les variantes de xxxvu, 
3 rn (jn en C), 4 (qui manque, d'ailleurs), 6 *ûpn (anpa en C), 
Sd (brrrt, variante de la variante marginale, laquelle est semblable 
à C), 12 b vmsn, 14 b (tarais», si la lecture n'est pas fautive), 17 b 
(fcrsD "^rc, lecture conjecturale, d'après M. M.), 30 fpT), 31 b 

("OTÏIDï). 

En gros donc, les notes marginales sont des variantes fournies 
par un exemplaire étroitement apparenté à celui dont provient 
notre feuillet, apparenté, mais non identique, ainsi qu'en témoi- 
gnent les variantes qui ne se retrouvent pas en G. Il n'est donc 
plus permis d'attribuer à la fantaisie d'un lecteur ou au soin mé- 
ticuleux d'un traducteur ces notes marginales : ce sont bel et bien 
des variantes. Ce que nous constatons ici, cela va sans dire, doit 
être également vrai du restant du ms. B : il n'y a aucune raison 
de supposer que le glossateur aurait procédé autrement dans les 
pages qui précèdent et qui suivent, et comme les feuillets pré- 
cédents offrent des gloses marginales en face des doublets, dont 
nous avons déjà longuement parlé, il en résulte que plusieurs mss. 
renfermaient ces sortes de gloses intérieures. 

Le soin que le glossateur a apporté à son travail est digne d'être 
noté : comme nous l'avions conjecturé 4 , il a même transcrit les 
variantes qui n'étaient que de simples fautes de copiste. Ainsi, 
xxxvn, 4, le texte, dont le sens n'est pas douteux, porte : Combien 
est mauvais l'ami qui regarde la table [et qui] à l'heure de l'afflic- 
tion se tient à l'écart (littéralement : en face). A.u lieu de table, G 
dit : « destruction », au lieu de en face : au sud! — 1b. , 9, le ver- 
set, qui n'a plus que les dernières lettres, portait certainement : Et 
il te dit : Combien est belle ta voie (ma fta ou arjft)! Le copiste 
de C, sous l'influence du mot trainb, qui vient un peu après, a écrit 

1 La lecture b^ de l'éd. Margoliouth est probablement à corriger en ^Jp. 
s Abstraction faite de $v\ (et non 2"^), et après correction de -^N en 17360 : le 
yûd n'aura pas été aperçu par M. Margoliouth ou est effacé. 
» La lecture ^11503 est peut-être fautive. 
♦ L'ïïccUsiastique, introduction, p. xv. 



8 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ce dernier mot, au lieu de ma ïitt ou "ma ï*a. Autres spécimens de 
cette exactitude de l'annotateur: 12c "nabn à côté de û*; 13 & 
Tjftn *pttN te» "O, faute pour ,,.^8 ■>& ; 27, Tttm, lapsus calami ; 
30 &, même observation; xxxvm, 1, wii rt:n, même observation 
(voir, pour tous ces exemples, le commentaire). 

Cette exactitude nous permet d'affirmer que partout où la marge 
est blanche, le texte ne différait point de G& l , même quand il est 
manifestement corrompu. Nous en avons ici un témoignage pro- 
bant. Les versets 10 et suivants du en. xxxvn développent cette 
idée qu'il ne faut pas prendre conseil de ceux qui ont intérêt à en 
donner de mauvais. L'expression « prendre conseil >j est rendue par 
û* ym. La liste des dangereux conseilleurs épuisée, l'auteur ajoute 
qu'il faut consulter l'homme pieux, honnête, etc. On attendrait 
donc : &fcn ^nstt m* d J *\t* « Mais [consulte] l'homme qui craint 
toujours. .. ». Au lieu de cela on lit en B : Tttn instt W &K *]« 
« Mais s'il y a. . . » et la phrase reste en suspens; et en G : toN ^« 
tt^N « Mais si l'homme... ». M. G. Margoliouth se tire de diffi- 
culté, tout en conservant le texte de B, en donnant à rçy» le sens de 
« il est » : « Excepté s'il est un homme craignant toujours ». Cette 
explication n'est pas soutenable. Il saute aux yeux qu'il faut : *]« 
tt^a t:? 2 , et précisément c'est la leçon qu'avaient G. : àXX'r, ^exà 
àvSpb;, et S. : KttiK ttf 3 . 

Nos trois manuscrits sont donc de la même famille, ils dérivent 
d'un type commun, portant déjà les marques d'altérations assez 
considérables 4 . Or, pourquoi, malgré leur communauté d'origine 
et leur ressemblance parfois extraordinaire, diffèrent-ils en cer- 
tains versets de manière à concorder l'un — ou les uns — avec G., 
et l'autre — ou les autres — avec S. (et vice versa) ? Deux 
groupes d'hypothèses peuvent être proposés pour la solution de 
cette énigme : 1° Les variantes qui présentent cette particularité 
sont dues à une retraduction de G. ou de S., ou sont tirées 
d'autres recensions de l'hébreu conformes aux types dont dérivent 
G. et S.; 2° ces additions ou corrections figuraient dans l'archétype 

1 J'appelle ainsi le ms. apparenté à C que consultait le glossateur de B. 
* Ou encore UN ^2% voir le commentaire. 

3 G. et S. lisent autrement la fin du verset, il est vrai ; mais cela n'entame pas 
l'identité du commencement. — ,, 0■ , en B est une forme secondaire de ©IR. 

4 On me permettra de rappeler ici ce que je disais à ce propos dans l'introduction 
de mon ouvrage : • Ces deux recensions [= B-C], cependant, dérivent d'une autre 
qui, comme nous l'exposerons plus loin, était une copie altérée de la version originale, 
car, si nombreuses que foient les corrections apportées par les gloses marginales à 
notre texte, il y reste encore beaucoup de fautes indéniables. Or, si Ton considère le 
soin méticuleux dont le glossateur fournit tant de preuves dans l'exécution de son 
travail de collationuement, il faut bien admettre que ces fautes étaient communes 
aux deux exemplaires » (p. xvi-xvii). 



FRAGMENTS DE NOUVEAUX MANUSCRITS DE L'ECCLÉSIASTIQUE 9 

de B-C-C&, et les copistes les auront adoptées ou négligées suivant 
leur caprice, ou bien elles distinguaient seulement l'un ou l'autre 
de ces exemplaires. Mais, quoi qu'il en soit, le problème reste 
entier en ce qui concerne les doubles leçons conformes Tune à G, 
et l'autre à S. Notre feuillet ne fait que reculer dans le passé la 
date de ces modifications. 

Notre feuillet G lui aussi renferme peut-être une glose margi- 
nale provenant d'une autre copie. A la fin du verset 25 (en. xxxvn) 
se remarque un signe qui renvoie à la marge. Là se lit précisé- 
ment une autre version du verset 25 (malheureusement altérée) : 

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Ces mots étranges sont expliqués par le contexte : « Il y a tel 
savant qui ne l'est que pour lui-môme : le fruit de sa science 
n'est que pour son corps. Il y a tel autre savant qui l'est pour son 
peuple : le fruit de sa science est pour leur corps. » Puis, dans la 
suite du développement : » Celui qui est sage pour lui-même est 
rassasié de jouissances, et tous ceux qui le voient le félicitent. 
Celui qui est sage pour le peuple hérite la gloire, et son nom se 
maintient éternellement. » C'est entre ces deux paragraphes que 
le verset de la marge vient dire : Le corps (probablement : du vi- 
vant) est éphémère, tandis que celui de la renommée a une du- 
rée illimitée. » Le sens est excellent et convient très bien au con- 
texte; seule l'expression mu appliquée à la renommée peut 
d'abord paraître étrange, mais elle est amenée par le parallélisme 
et est conforme au style de l'auteur. Cette leçon, avec renommée, 
est infiniment préférable à celle du texte de B et de C, conforme 
à G. (le verset manque en S.), qui porte : « La vie de l'homme n'a 
qu'un nombre de jours, mais la vie d'Israël aura une durée illi- 
mitée. » Israël jure dans ce développement. Or, un autre passage 
(xli , 11-13), identique à celui-ci, porte justement ûiû « re- 
nommée » : 

nw &ô ion dus *]& vroa û^jn bnn 

(t-H^n en et) n?3on rrmia ^n» "pb^ &nïi "o tsuj b* ino 

-.dû» *pK "VoMM) r-imai (.ûw ^dû» en cj) ^Dû» wn r-mu 

« En son corps l'homme n'est que vanité, 

Mais la renommée de la vertu ne disparaîtra pas. 

Sois soucieux de la renommée, car elle t'accompagnera 

Plus que des milliers de trésors précieux. 

Le bonheur du vivant n'est que de peu de jours 

Et le bonheur de la renommée dure éternellement. » 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Remarquez même qu'en C il y a to^tt" 1 iûo» ^n aia comme 
ici, et que ùta nnia est le pendant exact deûia rma. 

En passant, il me sera permis de relever que, dans mon com- 
mentaire 1 et dans cette Revue môme (t. XXXIV, 44-45), j'ai sou- 
tenu que l'original devait porter, au chap. xxxvn, « renommée », 
et non « Israël ». La glose marginale de notre feuillet confirme 
pleinement mon hypothèse. 

Mais si G. a déjà lu « Israël » ainsi que le copiste de l'archétype 
de nos deux mss., il en faut conclure que notre glose viendrait 
d'un exemplaire reflétant mieux que les autres la première forme 
de l'original. Il en résulte aussi que, de bonne heure et peu après 
son apparition, il y a eu plusieurs familles de mss. de l'Ecclésias- 
tique. 

Si l'on constate, d'autre part, que B et Cb ne sont pas toujours 
d'accord avec C, on s'expliquera mieux les doubles gloses de la 
marge de B : l'annotateur aura consulté deux mss. Cette conclusion 
est corroborée par la glose persane xxxv, 20, si on adopte la tra- 
duction qu'en propose notre savant ami et collaborateur M. Bâcher: 
« Ce verset [vient] d'autres copies. Ici il manquait et n'était pas 
écrit. » De fait, il y a, dans le morceau que nous étudions, plusieurs 
échantillons de ces doubles gloses; celle du vers 12 & est tout à 
fait probante. > 

Notre feuillet présente encore un autre intérêt, il confirme un 
renseignement que Saadia nous a laissé sur les exemplaires de 
l'Ecclésiastique de son temps. D'après lui, cet apocryphe était 
écrit à la manière des Hagiographes avec les accents et les points- 
voyelles 2 . Or, le verset 3 a été ainsi ponctué et accentué, d'après 
l'ancien système des livres des Psaumes, de Job et des Proverbes. 

Enfin, notre feuillet nous permet de compléter le ms. B, qui a 
tant souffert des ravages du temps. 

Nous allons maintenant donner la traduction de notre morceau, 
en l'accompagnant d'un commentaire. Nous suivrons de préférence 
le ms. C, à moins qu'il n'offre un texte indéfendable. 

Traduction-, 

xxxvi, 24. Acquiers une femme comme première acquisition :] 
C'est une ville fortifiée et une colonne d'appui. 

25. Faute de clôture, le vignoble est ravagé,. 

Et faute de femme, ou est « vagabond et errant ». 

26. Qui se fierait à une bande armée, 
Qui vole de ville en ville? 

1 L'Ecclésiastique, ad foc, p. 39. 

2 A. Harkavy, Studien u. Mittheilungen, V, 150, lignes 11 et suiv. 



FRAGMENTS DE NOUVEAUX MANUSCRITS DE L'ECCLÉSIASTIQUE 11 

Ainsi l'homme qui n'a pas de nid, 
EL se pose là où il se plaît, 
xxxvn, 1. Tout ami déclare : j'aime; 

Mais il y a tel ami [qui n'a que] le nom d'ami. 

2. N'est-ce point un malheur approchant de la mort, 

Qu'un ami qu'on aime comme soi-même qui se change en 
ennemi ? 

3. Malheur au méchant qui peut dire : « Pourquoi ai-je été créé ; 

Pour remplir la face du monde de tromperie? » 

4. Mauvais est l'ami qui compte sur [votre] table, 
Et qui à l'heure de la détresse se tient à l'écart ! 

5. Bon est l'ami qui combat contre [votre] ennemi, 
et qui contre [vos] adversaires prend les armes! 

6. N'oublie pas ton compagnon dans le combat, 

Et ne l'abandonne pas [lors du partage de] ton butin. 

7. Tout conseilleur dit : Vois; 

Mais il y a tel conseilleur qui ne vise que lui-même. 

8. Garde-toi du conseilleur, 

Et sache d'abord quels sont ses besoins. 
Car lui aussi pense à lui-même [disant] : 
« Pourquoi cela lui échoit-il, à lui »? 

9. Il te dit : « Combien est bonne ton entreprise ! » 
Et il se tient en face pour contempler ton malheur. 

40. Ne consulte pas tes ennemis, 
Et cache tes secrets aux jaloux. 

11. [Ne consulte] pas de femme au sujet de sa rivale, 
Ni le combattant au sujet de la tactique; 

Le marchand au sujet de la vente, 

Ni l'acheteur sur son achat ; 

L'égoïste sur la charité, 

Et le cruel sur l'humanité ; 

L'ouvrier journalier sur son travail, 

Et l'ouvrier annuel sur la dépense des grains. 

12. Mais [consulte] celui qui « craint perpétuellement », 
Que tu connais pour être un observateur de la loi, 
Dont le cœur est comme ton cœur, 

Et qui, si tu trébuches, s'affligera sur toi. 

13. Et même, suis le conseil de ton cœur, 
Car nul n'est plus digne de confiance. 

14. Le cœur de l'homme lui révèle ce qu'il doit faire, 
Mieux que sept sentinelles sur la pointe (d'un rocher). 

45. Et avec tout cela prie Dieu d'affermir tes pas dans la vérité. 

16. Le commencement de toute action est la parole, 
Et avant toute œuvre est la pensée. 

17. Le tronc des pensées, c'est le cœur (l'intelligence); 
Il fait fleurir quatre rameaux : 

18. Le bien et le mal, la vie et la mort ; 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mais ce qui domine entièrement sur tous, c'est la langue. 
4 9. Il y a tel sage qui passe pour sage aux yeux du public, 

Et qui pour lui-même est un sot. 
20. Et il y a tel autre qui est méprisé dans ses paroles, 

Et privé de toute nourriture agréable. 

22. Il y a tel sage qui l'est pour lui-même : 

Le fruit de son intelligence est pour lui (littéralement : son 
corps). 

23. Et il y a tel sage qui l'est pour son peuple: 

Le fruit de son intelligence est pour eux (littéralement : leur 
corps). 

25. Le corps des vivants est éphémère, 
Mais celui de la renommée est immortel. 
(La vie de l'homme est de quelques jours, 
Mais la vie de Yeschouroun est illimitée). 

24. Celui qui est sage pour lui-même est rassasié de plaisirs, 
Et tous ceux qui le voient le félicitent. 

26. Celui qui est sage pour son peuple hérite la gloire, 
Et son nom demeure éternellement. 

*** 

27. Mon fils, dans ta vie, éprouve ton âme, 

Et vois ce qui est lui est mauvais pour ne pas le lui donner. 

28. Car tous les plaisirs ne sont pas bons pour tous, 

Et toute nourriture ne convient pas à tout le monde. 

29. Ne te précipite pas sur les plaisirs, 
Et ne sois pas avide des plats. 

30. Car dans l'abondance des plats la maladie fait son nid, 
Et qui est intempérant arrive au dégoût. 

31 . Faute de règle, beaucoup ont péri, 
Et qui s'observe ajoute à sa vie. 

xl, 1. Honore le médecin suivant... 



Commentaire. 

xxxvi, 24. = 28 de Fritzsche. Imitation de Prov., iv, 4 : rvnD&n 
rto^n wp tt»sn, et i&., 7 : îtrca ïiip ■psp tes. — G. a lu mp « celui 
qui acquiert », tandis que S. y a vu l'impératif, comme dans 
Prov., iv, 4. Or la variante marginale a justement, la lecture de 
G. C'était probablement la leçon de C, qui est très endommagé 
ici. — G., ayant rendu î-j2p par un participe, a été obligé de tra- 
duire rvffiÈO par un verbe, èvàp/sTai (xt^cd;), cf. Prov., ni, 9, où 



FRAGMENTS DE NOUVEAUX MANUSCRITS DE L'ECCLÉSIASTIQUE 13 

rviB8*i73i est rendu également par un verbe : xoù à7rap/ou. Ainsi 
s'explique ce terme étrange, qui avait tant embarrassé les com- 
mentateurs. Voir Fritzsche, ad loc. 

24 b. Comme l'a bien vu M. Margoliouth, G. et S. avaient sous 
les yeux : TOtt w « un aide pour lui-môme », expression em- 
pruntée à Genèse, n, 18. B a gardé du texte primitif le premier 
mot. Ce texte, déjà altéré, a subi une nouvelle modification en C, 
W est devenu w. On n'aurait pas le double témoignage des ver- 
sions qu'on croirait cette dernière leçon préférable, car elle donne 
une phrase plus élégante. 

25. Cf. Exode, xxn, 4. — Pour tFù G. a xt^a. M. Margoliouth 
suppose que le traducteur grec s'est trompé de ligne et a pris le 
mot "psp du verset précédent. Ce serait une preuve que le ms. 
dont s'est servi G. était divisé en deux colonnes, comme B. Or, 
xTYijxa est la traduction ordinaire de ù"D dans la Septante. C'est ce 
que dit déjà, d'ailleurs, M. Ryssel, dont le commentaire est géné- 
ralement excellent 1 . 

25 b. L'ellipse est assez dure ; il faut, en quelque sorte, dans la 
pensée de l'auteur, mettre les deux mots entre guillemets, puis- 
qu'ils sont empruntés au verset connu de Gen., iv, 12. La leçon 
est attestée par S., qui a également deux participes : ■mxn Nba. 
G. a fait du premier mot un futur (crrevàfc) et supprimé la copule 
du participe suivant. C'est par le môme verbe à peu près (ffTevwv) 
que les LXX traduisent *3 dans Gen., comme s'il y avait na« ou 
n3N3 « gémissant ». 

26. Bien curieux est ici S., qui a pour les deux derniers mots : 
tonal? k»tt NYmb qui ressemble à un cerf. Comme l'a vu M. M., 
il a pris sait pour le substantif ras, ou pour un dénominatif formé 
de ce nom. Il a transporté en syriaque le mot ma, qui, en cette 
langue, signifie « jeune homme » (il faudrait txra). — G. a pris 
Nnit pour un adjectif se rattachant à la racine in» « cerf » : 
eùÇwvco « agile ». (Il rend rm par « pillard » d'après Osée, vu, 1, 
où ce mot est le pendant de m « voleur » et est traduit par les 
LXX : XvjffTTjç.) — Ce qui a induit en erreur les deux traducteurs, 
c'est le mot suivant « sautant », qui convient parfaitement à 
l'acte d'un « cerf ». 

27. S., très libre dans tous ces chapitres, commente et rend 
« nid » par « femme ». 

27 b. m*i peut, à la rigueur, se traduire « le soir arrive »; 
ainsi a fait G. — S. : « Là où il se trouve, il meurt ». On dit géné- 
ralement que mwa « il meurt » doit être une faute pour mna a il 

1 Dans Kautzsche, Die Apokryphcn und Pseudepigraphen, I. 



H REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

passe la nuit » (ainsi MM. Margoliouth et Ryssel) ; on oublie que 
ce verbe ne correspond pas à tny», mais à mm. La leçon est 
vraisemblablement correcte, et sans qu'il soit nécessaire de re- 
courir, pour l'expliquer, à une confusion de *jn avec ana, elle se 
comprend par le sens adopté de bonne heure pour le mot « re- 
poser ». Dans une inscription hébraïque de Brindisi on lit : îid 
■rûm n:n*n rw: (Clrwolson, Corpus inscriptionum hebraica- 
rum, col. 162; Ascoli, p. 65). 

xxxvn, 1. La leçon de B est fautive, et le second hémistiche y 
manque. La marge concorde exactement avec G pour tout le ver- 
set. — ïrarnVi de S. « et à son ami » paraît une erreur de copiste 
pour N»rn Vo « tout ami ». J'avais fait cette conjecture avant de 
lire Ryssel, qui la propose également. 

1 b'. La construction de l'hébreu est assez hardie : « Il y a ami, 
nom d'ami »; mieux vaudrait ûim « du nom d'ami », comme le 
suggère G., ovojxan. S. ferait plutôt penser à SSTia raïa. 

2. Tout le verset de la marge de B est en G (il faut proba- 
blement à la marge lire n* comme en C, et comme avaient G. 
et S.). — A la rigueur, "pi pourrait se traduire ici par « châ- 
timent, peine », comme dans le Talmud ; mais puisque G. le rend 
par « chagrin », Auttt}, comme xxx, 21, 23 &, il faut se résigner à 
lui donner ce sens. — Le mot est tombé en S., ou a été supprimé 
par celui-ci. 

2 b. Cf. vi, 10 : ivvb "fona amx xû\ — La leçon de G èb:d est 
attestée par vu, 21 : idmd mna (voir plus loin). L'expression a été 
plutôt paraphrasée que traduite par G. (èxaïpo? xoà cpi'Xoç) et S. 
(^ii)D3 T'a armin Niïm). Ce dernier semble incompréhensible : 
« l'ami solide comme toi-même sera à toi » ; il me paraît vraisem- 
blable que le mot asaob est tombé à cause de son analogie avec 
«MO qui suivait. Il ne faut, au reste, pas trop presser, dans tout 
ce morceau, les termes de S., qui est extrêmement libre et semble 
n'avoir rien compris à l'hébreu. 

3. M. Margoliouth restitue ainsi le texte de B. effacé ou troué : 
nfcKto an in ; cette restauration me paraît fautive, car nulle part 
dans ces chapitres, dont l'authenticité se reconnaît à vue d'oeil, le 
«3 relatif n'est employé 1 . — A la marge y**i doit être une faute pour 
j>*n; ici l'annotateur a suivi un autre exemplaire que G, qui a an. 
— Ces deux leçons révèlent l'embarras des copistes et l'incertitude 
de la Massora sur le sens de ce passage ; elles correspondent à 

1 M. Schechter, dans ses noies sur le fragment du British Muséum [Jeioish Quzrt. 
Rev., XII, p. 2"0 et suiv.), que j'ai !u seulement après à l'impression de mon ar- 
ticle, restitue ainsi le texte: . ..h?ûN 91 "Hfï « ami, dis... ». Cette conjecture, 
qui peut se soutenir, est due surtout à une lecture incomplète que corrige noire ms. 



FRAGMENTS DE NOUVEAUX MANUSCRITS DE L'ECCLÉSIASTIQUE 15 

deux interprétations également défendables. Si on lit an, on tra- 
duira : « Malheur à Y ami qui dit : Pourquoi ai-je été créé? » Il 
s'agit de l'ami dont il vient d'être parlé et qui s'est transformé en 
ennemi. Avec an, comme en G, on obtient un sens meilleur : 
« Malheur au méchant qui peut dire. . . ». G. et S. ont lu tous les 
deux comme G. Mais G. nous fait entrevoir un texte préférable : 
co iroviqpbv evÔu|X7)[/.a, tcoÔev IvexuXicOT^ (à corriger en èvexTÎcrOYiç = L. 
creata es, voir Ryssel) : « mauvaise pensée, pourquoi as-tu été 
créée ? » Ce serait une parenthèse d'un mouvement élégant. 
M. Ryssel, avec apparence de raison, suppose que l'original portait 
a>n lar» « mauvais penchant ». Il vaut mieux dire : w y'i « mé- 
chanceté du penchant », et nar aura pu devenir *fa$r>. Il y aurait 
alors un jeu de mots sur tsp; et maro. Ainsi s'expliquerait peut- 
être S., qui a maria «Mab awpm kmd « L'ennemi et le méchant, 
pourquoi ont-ils été créés?» Il aurait lu nazi an, au lieu de nar an. 
Inutile d'ajouter que nous n'attachons à ces hypothèses qu'une 
importance médiocre. 

3 b. La leçon de B « engeance, rejeton » est mauvaise; peut- 
être le ms. porte-t-il, comme C, mtt-in. 

4. Si la première ligne de la marge contenait, comme l'indique 
le renvoi du texte, une variante de y~to, c'était une leçon em- 
pruntée à un autre ms., puisque G a la même que B. Ce pouvait 
être a>n ou ^ M». — Le premier mot du texte peut se lire de deux 
façons : ana « mauvais est l'ami » (cf. Prov., xvn, 4 ; Ps., xxn, 
17), ou an» « combien est mauvais » (cf. xlii, 14 t m* ann aiaa 
rtu;tf T»tftt « combien est meilleure la méchanceté de l'homme que 
la bonté de la femme »). G. a trouvé le moyen de le lire d'une troi- 
sième façon, qui est détestable : an»., ou jn, d'où êxaTpoç <p(Xou 
« l'ami de l'ami » (deviné par M. Ryssel). — La leçon de la fin de 
l'hémistiche est attestée par vi, 9 : tavn «awr aVi "jnbua -on wna w> 
ttan « Il y a tel ami qui est compagnon de table, et qu'on ne trouve 
plus au jour du malheur » (l'idée est tout à fait semblable), et 
par S., qui parle également de table. Par conséquent, la variante 
marginale (= G), qui, à la rigueur, peut se justifier, est fautive. 
Mais G. est tout différent dans la forme : h sûcpposuvv) tJSstcu 
« dans la joie se réjouit ». Aurait-il lu ma©* 1 nvjn, ou n^ bvn, 
ou plutôt n'a-t-il pas voulu simplement rendre l'idée ? — S. a 
anp « proche », qui n'est qu'un à peu près et ne suppose pas une 
autre leçon. 

5. Le verset de la marge est exactement G ; seulement it est 
une faute pour ^t. — Le parallélisme exigerait plutôt am« ma 
« bon est l'ami » (ainsi en S.) ; mais ce n'est pas obligatoire. — G. 
est extrêmement obscur '. étaïpoç <piXa> aujjwrovEt x*P lv yacrpôç « L'ami 



16 REVUE DES ETUDES JUIVES 

souffre avec l'ami à cause du ventre ». M. Margoliouth suppose 
que les mots « à cause du ventre » veulent rendre ûnbi pris dans 
le sens de « mangeant ». Si G. avait commis pareille erreur, il 
vaudrait mieux croire que <7i>|ji7tov£ï est une faute pour <ru{X7ttvet « fes- 
toie avec ». Mais cu^Ttoveï se comprend mieux par rfrro « souf- 
frant », au lieu de ûnVî. Pour ^àptv ya^xpoç, j'adopterais volontiers 
la solution proposée par M. Ryssel : c'est une glose de 4 a, qui a 
pris la place des deux derniers mots de notre hémistiche. 

4&. Cf. Ps., xxxvm,12. Il semble bien qu'il faille lire en C aira, 
lapsus pour aw», lapsus lui-môme pour to». 

5&. *v est le synonyme de "ft, dans le sens d' « ennemi » 
(= TroXepu'ou et non ttoXé^ou); cf. xlvii, 7&, tn* ûTitfjbDn }m, où G. 
rend le dernier mot par toùç ûirevavn'ouç « les adversaires ». 

6. M. Margoliouth a eu raison de lire anpa « dans le combat » ; 
c'est le sens exigé par le contexte. G. dit :'lv ttj ^u^fi *ou « dans 
ton âme ». On explique généralement cette traduction fautive par 
la lecture an^n. Or, n'est-il pas curieux que précisément G 
ponctue de la même façon? Cela prouve que les Massorètes de 
l'Ecclésiastique n'ont pas toujours mieux compris que G. l'ori- 
ginal. — S. (naian, ne loue pas) a pris le a pour un a, comme 
tout le monde l'a déjà observé. Si NaTipa « bientôt » n'est pas 
une faute pour «aipa « dans le combat », c'est une nouvelle 
confusion : a^ip pris pour anp. 

6 b. S. traduit : « Ne le laisse pas dominer dans ta maison ». Il 
a lu ^ça « sur ce qui est à toi », au lieu de ^bbœa, en se souve- 
nant de Genèse, xxxix, 6 : tpT Ta nb' *TC5N ^a aîm «. 

7. La leçon de B est assez ingénieuse et lie bien les deux hémis- 
tiches: « Tout conseilleur agite la main, mais certains conseilleurs 
ne visent qu'eux-mêmes » (yb est une grossière faute de copiste). 
Cf. xn, 18, où il est dit du mauvais ami qui dans l'adversité de- 
meure indifférent : T cpm r*r ©an « Il remue la tête et agite la 
main. » Mais ce texte n'est attesté par aucune des deux versions. 
S. dit : ">ïn aaib» bia « regarde tout conseiller », traduction fau- 
tive qui rappelle G. (Peut-être même le mot nttN est-il tout simple- 
ment tombé en S., dans ce cas S. serait exactement C.) G. semble 
s'écarter et de B et de C : rcaç cru(xpouXoç èijafpei pouXr,v a Tout 
conseiller élève le conseil ». J'ignore comment a pu se produire 
cette variante. 

7 b. Ni G. ni S. n'ont de pendant de *pn, peut-être parce qu'ils 
ne l'ont pas compris. Mais tandis que G. rend bien la pensée, S. 
traduit au hasard : « Mais il y a un conseil bien fait » ! 

1 M. Schechter fait une conjecture analogue : ^b buî3. 



FRAGMENTS DE NOUVEAUX MANUSCRITS DE L'ECCLESIASTIQUE 17 

Se. *]idm de la marge est peut-être une mauvaise lecture de 
U»s3 comme en G. Cette leçon peut se justifier : « Il se considère 
lui-même », il pense à lui-même. Il faut sous-entendre alors : 
« disant ». Cette manière de parler est plus correcte que ^mionn b« 
« ne te considère pas », « ne te compte pas », vu, 16. Inutile d'a- 
jouter que le plus simple serait de sous-entendre la préposition n : 
« il pense en lui-même ». 

8d. Sous-entendre : Vn:a « par le sort », ce que G. ajoute, en 
effet. Mais celui-ci, comme S., diffère de notre texte en ce que : 
1° au lieu de nttb « pourquoi », il lit « de peur que » («eVt?); 
2° au lieu du kal « tomber », il aie hifil « faire tomber » cf. Prov., 
i, 14; 3° au lieu de « sur lui », il a « sur toi ». La rencontre me 
paraît singulière. S., en outre, au lieu de « sort », dit un « mau- 
vais dommage ». Edersheim suppose que l'original portait bnn 
« part », synonyme de « sort » (cf. Jos., xvn, 14), que S. aura con- 
fondu avec l'araméen abrnn « dommage ». On dit, en effet, tnban 
£ ibw, Ps., xvi, 6. 

9. G. : « Et qu'il te dise : belle est ta voie » ; S. : « . . .combien 
belle est ta voie » ! Il y avait probablement dans l'original ma ntt 
ou mafc (cf. plus haut, vers. 4), qu'un copiste aura confondu 
avec orcartb de b. Peut-être est-ce ainsi qu'était conçu B. 

9&. La variante est seulement orthographique. S., qui abrège, 
a également « ton malheur ». Mais G., qui suit l'hébreu fidè- 
lement, dit à la fin : « ce qui t'arrivera » (xb <7uj/.fb]<70f/.£vbv <rot). 
Aurait-il cru à une erreur de son texte et remplacé « ton com- 
mencement » yotxi, par « ta fin » ? 

10. Ici commence une proposition à laquelle sont subordonnés 
les versets suivants jusqu'à 13. En général, le premier hémistiche 
est régi par ynn ba « ne consulte pas » de a, et le second par 
YiD trb*ïi « cache ton secret » de b. Mais, comme, au fond, ces deux 
expressions sont équivalentes, à la fin l'auteur renonce à cette dis- 
tinction factice. — Ce verset pose un problème des plus curieux. 
A première vue, on est tenté de lire le quatrième mot *yjyp « tes 
ennemis » : « Ne prends pas conseil de tes ennemis a, ce qui 
s'accorde bien avec le contexte : « et cache ton secret au jaloux ». 
C'est précisément ce qu'on lit en S. Mais le texte porte bien : "pm 
« ton beau-père », et, circonstance aggravante, ce nom se dit du 
beau-père de la femme, du père du mari ! L'auteur, peu galant 
en général pour les femmes, ne s'adresse certainement pas à elles 
dans ce verset, et si peu hébraïsant qu'on le suppose, il n'a 
pu ignorer le sens précis de ce mot. Reste la ressource de 
corriger ywn en É pJop. Le latin nous montre que ce n'est pas 
un lapsus du copiste de notre exemplaire, car il porte cum 

T. XL, N« 7». % 



18 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sûcero tuo « avec ton beau-père » 1 M. Herkenne * voyait dans ce 
mot inattendu ici une corruption de osore tuo « ton ennemi »; 
notre hébreu confirme le latin. C'est là un des exemples où le la- 
tin a corrigé le grec d'après l'hébreu ; j'en ai relevé dans les cha- 
pitres précédents un certain nombre. G. ne nous est d'aucune uti- 
lité, car ù7io£iAe7rofjivou es « celui qui te regarde avec méfiance » ne 
rappelle en rien ni ^psn, ni aucun mot graphiquement analogue. — 
Y avait-il dans l'original *p3p? C'est assez vraisemblable (Cf. Isaïe, 
xi, 13, où « jalousie » a pour pendant « hostilité », et le latin montre 
que la faute se trouvait déjà dans l'exemplaire de saint Jérôme. 

11. Il s'agit bien ici d'une co-épouse, et non d'une femme d'un 
autre, comme le croit M. Ryssel, après Fritzsche. C'est le sens 
technique du mot dans la Bible et la législation rabbinique. — S., 
prenant par erreur la préposition ba pour la conjonction, a traduit 
à sa fantaisie le mot suivant : « de peur que tu ne commettes adul- 
tère avec elle » ! 

11 &. M. Margoliouth voit en tt un adjectif dérivé^ de la racine 
syriaque Yn « combattre ». S. en disant NN3D « ennemi » fait 
penser à une lecture nï ou *■)£ « ennemi », G., SaXoU « poltron » à 
"tt 2 . La leçon de C est plus claire, mais ne rend pas compte 
des versions; en outre, elle suppose un à peu près, car *Db 
signifie « qui s'empare, qui tend un piège ». — Je n'oserais pas 
décider quelle devait être la forme originale. — S., conséquent 
avec son système, traduit « avec l'ennemi de peur que tu ne te 
battes ». 

lie. Le mot -isnn en C apparaît clairement, mais on voit sur 
le ms. que le copiste avait d'abord écrit un autre mot; c'est, d'ail- 
leurs, la leçon de B. Elle n'en est pas moins fautive, à mon sens. 
M. Margoliouth prend ce mot pour un verbe, comme a fait le copiste 
de l'exemplaire d'où dérivent B et C : « ne conteste pas ». Mais ce 
serait le seul cas où l'auteur renoncerait à la construction litté- 
raire qu'il a choisie et qui se continue ensuite. Le contexte exige 
ici un nom. C'est précisément un nom qu'a G. : « sur l'échange ». 
Même S. a reconnu le substantif : rprrrttan bv $rùr\ un « avec le 
marchand sur sa vente ». Il n'est donc pas douteux qu'il faut ici 
rrttn «marchandise »„ mot formé à l'imitation de tnan en araméen. 
*ttn « marchand » se lit xlii, 5& 3 . 

1 De Veteris latinœ Ecclesiastici capitibus I-XLJII. Ce travail est très utile pour 
l'étude des diverses recensions du grec et des rapports de cette version avec le latin. 
Les restitutions de l'original sont, en général, peu heureuses. 

2 M. Schechter suppose aussi que S. viendrait de Hit; quant à G., il aurait lu 

(ab) ym. 

3 Voir notre Commentaire, ad loc. M. Schechter arrive à la même conclusion. 



FRAGMENTS DE NOUVEAUX MANUSCRITS DE L'ECCLÉSIASTIQUE 19 

11 d. nnpttn de la marge est sûrement une faute pour rmpftn, 
qui est en G. — Wpttttn de B, comme le dit M. Margoliouth, s'ac- 
corde avec S., qui a «5WT53 « vendeur ». 

lié. Erreur analogue à celle de lie commise par B (à moins 
de lire b^n 1 , lecture peu probable). — y\ doit s'entendre dans le 
sens de "p**^ « égoïste », que l'auteur emploie souvent. 

11/*. M. Margoliouth lit nfea ma et traduit : « sur l'annonce de 
bonnes choses » (about the announcement of good tidings). C'est 
là, croyons-nous, un contre-sens : il faut lire iça. "iran ans est 
synonyme de "p* nrj, lui-même synonyme de ifc'auj, et doit se tra- 
duire par « charité », comme a compris G. (/pYi^xo^ôstaç) et S. 

11 g. La version de G est probablement préférable à celle de B, 
ainsi conçue : « L'ouvrier de vanité » (« le travailleur inutile », 
dit M. Margoliouth). — G. porte : [xsTà oxvyjoou 7C£pî 7ravT6ç Ipyou : 
« avec le lent sur tout travail », texte qui ne paraît pas sûr. 
Le latin, au lieu de lent, a operarius agrarius « ouvrier des 
champs », qui vient probablement de oIxItt) àpycp de 11 i, comme l'a 
vu M. Herkenne. S. peut se ramener aussi bieu à B qu'à G : dan 
mda>n bmn k-phk « et avec le mercenaire qui trompe dans son 
travail ». A la rigueur, aiiû a pu lui faire penser à npu5 « men- 
songe », dont il est souvent synonyme ; mais *pdu> prête à la con- 
fusion avec ipu5. Peut-être même S. a-t-il traduit librement. 

11 h. Ici G a sûrement raison, sa leçon est attestée par G. : 
{xktôiou âwsTefou (et non s<ps<mou), et par le latin : cum operano an- 
nuali. Par contre, Ttepl ffimeXei'aç « sur l'achèvement » rappelle peu 
anr 1X1M2 ; tout au plus, nïto, pris dans le sens d' « issue », a-t-il 
pu donner naissance à cette traduction. — L'hémistiche manque 
en S. 

12. Nous avons déjà dit plus haut qu'il y avait certainement 
dans l'original da> « avec », et non as (ou d» ta). Nos deux exem- 
plaires B-G dérivent donc d'un exemplaire ayant déjà cette faute ; 
en B np est un essai de correction. — G. ne semble pas avoir 
compris l'expression -pan irra», empruntée à Prov., xxviil, 14: 
àXX' 7) (jt,£xà àvopoç sùcrspou; âvSeXé^tÇs « mais avec un homme pieux 
demeure ferme ». Il a peut-être pris T»ttn pour un verbe, ainsi 
qu'a fait S., qui a « demeure ». Pour eùsefiouç, la Syro-Hexaplaris 
(Knbm tdus n-ûji da> « avec un homme beau de crainte) suggère la 
correction sùXa^ou; ; or, justement les LXX de Prov., xxviii, 14, 
ont oY eùXàfktav, 

12 c. C a réuni deux leçons, iddb da> ni»K et iddbd nm. 

1 Lecture adoptée par M. Schechter. 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

12 d. Le copiste de G a commis ici deux fautes : au lieu de 
biaa^ il faut bia^n, comme en B, et au lieu de ^ar», *o:n, comme à 
la marge de B. Sa leçon est meilleure que celle de B et est con- 
firmée par G., (ruvaXy^ffet. S., très libre, a bien compris la pensée : 
« Et s'il t'arrive du chagrin, il s'en chagrine lui-même. » 

13. Le sens se devine : « Et même fais ce que conseille ton cœur, 
c'est le plus sûr pour toi. » — Le texte de G est très corrompu : 
au lieu de *p, il faut *p ("p aussi dans la marge de B), et avant 
ce mot il faut un verbe ; puis en h, &s doit être corrigé en pa. Les 
deux textes se corrigent et se complètent l'un l'autre; l'original 
portait : naja» \ym ^b ■pa ^ ^a "parr aab r\iy ùm (ainsi G.). *p est 
attesté par le latin tecum G. a lu pan ou irprj. Impossible pour 
moi de rien tirer de S., qui n'a rien compris à ce verset. 

14. vmvo, qui se trouve dans les deux textes, est incompré- 
hensible, car il signifie « ses conversations, ses histoires » ; il a 
été tout probablement amené par le mot W*, qui précède, qu'un 
copiste aura pris dans le sens de « raconter ». L'auteur a visi- 
blement, dans les versets 14-15, imité Prov., xvi, 9: niam tns* ab 
Y7*at ¥&* 'rmaTT. On attendrait donc ici ïoti l ou "prima. Cf. Jéré- 
mie, xlii, 3. Or, c'est précisément le mot qui se lit en S. Celui-ci, 
seulement, a lu îw « se réjouit », au lieu de tjp, d'où anna (si anna 
n'est pas une faute pour "vina). On pourra penser aussi à irrnn» ou 
à rrma (cf. xlviii, 25, \rtm wi; xlii, 19, irnttt î-nn») ou à 
vmvna (cf. xlii, 18 d, et Isaïe, xli, 23). — G. est inexplicable: 
tyu'XJ] Y*P àvSpbç à7iaYYéXXetv Iviots etcoôev « car l'âme de l'homme a 
coutume d'annoncer quelquefois ». Même si l'on adopte la leçon 
xb ak-rfiïç {== L : vera)> on ne voit pas d'où vient le quelquefois. 
Serait-ce une retouche du traducteur, ou l'indice qu'il y avait 
dans l'original v»*s « ses pas » (cf. Job, xxxi,37), luûws « quel- 
quefois » ? 

14 b. Au lieu de y*, à la marge, que M. Margoliouth fait suivre 
d'un point d'interrogation, il faut fia, comme en G. 

16 &. ^aab de G est attesté par G. : Tupb. 

17. Les deux variantes de G représentent certainement l'ori- 
ginal, s-nbiann est pris ici comme dans les Proverbes dans le sens 
de pensées. Quant à npa>, on peut tout aussi bien le lire nja* « ra- 
cine » que njP? « tronc ». G. a commis ici deux erreurs, qui ont mis 
à la torture l'esprit des commentateurs. Il a confondu Tp? avec 
apa> « trace », d'où ?x vo «*î et > comme l'a vu M. Margoliouth, t-nVonn 

1 Ce serait une curieuse rencontre avec xlvi, 20, vaTJ "ibftb liPI. Voir, à ce 
sujet, notre dernier article, fieoue, t. XX.X1X, p. 188. 
* Même observation faite par M. Schechter. 



FRAGMENTS DE NOUVEAUX MANUSCRITS DE L'ECCLÉSIASTIQUE 21 

avec i—ns^brin « rechange, changement », d'où àXXotwaewç. — S. a 
passé tout le verset, qu'il n'a probablement pas compris. 

17 &. G offre d'abord une variante qui n'est pas relevée en B, 
et comme la marge en offre une autre, c'est la preuve que l'anno- 
tateur de B consultait un autre ras., d'un type différent. — L'ex- 
pression d^sm, pris dans le sens de « parts », quoique étrange, 
est attestée par le grec {xépvj. (En G. àvaréXXet est une faute pour 
àva6àXXsi; cf. xi, 20). d^uiWtt) « sceptres » == « bâtons, branches », 
se justifierait mieux. En tout cas, rma*» de G est meilleur. 

18 b. L'auteur s^est rappelé à propos que les Proverbes (xvm, 
21) disent la même chose de la langue : « La vie et la mort sont au 
pouvoir de la langue. » — fibiDtt de G est une faute de copiste, 
entrée aussi dans le ms. qui a servi aux notes marginales de B * ; 
par contre, du de ce texte doit être préféré à m de B, qui est une 
erreur. — S. a de nouveau traduit à la diable tout le passage. 
Voici ce que deviennent chez lui les versets 17-18 : « Devant les 
hommes et devant toute chose (!). Le Seigneur a tout créé, le bien 
et le mal, la vie et la mort, et celui qui domine sa langue sera 
sauvé du mal. » 

19. La phrase comporte deux sens : 1° il y a des sages qui le 
sont pour les autres, et qui sont sots pour eux-mêmes, dans leurs 
propres affaires ; 2° il y a des sages qui passent pour tels aux yeux 
des autres et qui se considèrent eux-mêmes comme des sots. 
C'est cette dernière explication que nous paraît recommander le 
contexte. — M. Margoliouth adopte la leçon de B et traduit : « And 
also redeemeth his own soûl ». Je ne crois pas qu'il ait raison; 
en tout cas. G. et S. ont lu barû, que G. rend par « inutile » et S., 
exactement, par « sot ». Seulement S. ici encore bat la campagne : 
« Quiconque est sage à son sens est sot. » 

20. C'est l'antithèse de 19a : « Il y a aussi des sages qui sont 
méprisés du public, et qui alors n'ont aucun plaisir. » 

20&. anwn b^Ktt ressemble à une double leçon (too^yj et TpucpTrj), 
d'autant plus qu'en G. il n'y a qu'un nom, TpocpTj. (Cf. xlix, 5, 
*W bns ■nab.) Mais le texte peut se comprendre comme nous 
l'avons traduit. D'ailleurs, plus loin, vers. 29, S. a la même expres- 
sion : apiism anbsatt. Rien à tirer de S., qui parle de « gloire » et 
rend simplement l'idée. 

22. C'est-à-dire : ne sert qu'à lui-même. — irma « son corps » 
est confirmé par le verset 25 de la marge de C. Il faut donc sup- 
poser qu'en G. ffro^axoç « bouche » est une faute pour ffwjxaToç 
« corps ». Mais, d^ne part, la leçon de G. rappelle étrangement 

1 Cf. Ecclésiaste, vin, S, où nnbttîH est mis en parallèle avec l publ2) « pouvoir », 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'Ecclésiaste, vi, 1 : rvzb tn» bfty bs « Toute la peine de l'homme 
est pour sa bouche », et, d'autre part, wds kith de S., comme le 
dit M. Herkenne, fait penser à une confusion entre vdk, ou V3d, 
et vd. Toutefois la présence du mot ïma aux versets suivants et la 
traduction de ce même terme, en S., par iirasab témoignent en 
faveur de notre leçon. C'est donc G. qu'il faut corriger d'après 
l'hébreu. — On n'a pas encore donné d'explication plausible 
du mot 7ci<rToi qui se lit à la fin de G. et revient en 23 ô, à la 
fin aussi. 

23. G. n'a pas compris le verset, parce que, comme en 19, il a 
pris ûsrr dans le sens d' « instruire » : « L'homme sage instruit 
son peuple ». — S., comme on l'a observé, a pris itt*b pour dbi*b; 
d'où cette traduction : « Il y a un savant qui en tout temps est 
savant ». 

23 b. EBYnaa, naturellement, répond au même mot dans le verset 
précédent. Ce terme étrange rappelle l'araméen awana « corps », 
pris également dans le sens de « soi-même ». La langue a plus 
tard adopté fias*. Ici S. confirme le mot îrna, car il porte : « Et les 
fruits des sages sont pour eux-mêmes •prriaDnb », traduction qui 
exclut ûmsa ou ûïrsb. En G. le mot a disparu pour faire place à 

25. L'ordre suivi par G. est mauvais, car le verset 24 ne peut 
se séparer du verset 26. Comme nous l'avons dit, le texte de B et 
de C, qui est aussi celui de G., est un hors-d'œuvre assez imprévu 
en cet endroit. Je sais bien qu'on l'expliquera par cette idée que 
l'auteur, en parlant de peuple, pensait naturellement à Israël ; 
mais si l'on observe que dans tous ces paragraphes les dévelop- 
pements ont un caractère neutre, — peut-être même ce para- 
graphe décrit-il plutôt la vie politique ou municipale dans les 
pays grecs — la présence inattendue d'Israël paraîtra choquante. 
A cette impression s'ajoute la considération que ce verset res- 
semble étonnamment — Israël écarté — au même lieu commun 
exprimé en termes identiques au chapitre xlii. 

Le texte de la marge de C, que nous avions deviné, en com- 
mentant ce dernier verset, convient bien mieux au contexte : 
Celui qui voue sa sagesse au public profite à celui-ci. Les hommes 
auxquels il a rendu service, il est vrai, n'ont qu'une vie éphé- 
mère, mais la renommée de ses bienfaits passera à la postérité; 
car si le sage égoïste tire profit de sa science, celui qui est sage 
pour les autres héritera la gloire et son nom sera immortel. Le 
texte de G. proviendrait d'une recension ayant déjà la faute bamzr» 
pour ta©, et c'est de cette recension que dérivent B et C. — La 
marge, qui, à notre avis, représente le texte primitif, reprend à 



FRAGMENTS DE NOUVEAUX MANUSCRITS DE L'ECCLÉSIASTIQUE 23 

dessein le mot îria qui précède, et c'est pour la symétrie que ce 
mot revient avec ûib (cf. plus haut, p. 10). Le texte est très cor- 
rompu, lï-imia est une faute pour ûrwia, ou un mauvais déchif- 
frement de in fc-vna « le corps du vivant »; quant au troisième 
mot, peu lisible, il peut être lu tr^û"» ou trws, c'est un lapsus 
calami pour û* 1 »' 1 avec dittographie de deux lettres du mot pré- 
cédent. — Le verset manque en S. 

26. Cf. Prov., ni, 35. — G. a le mot « bénédiction », qui ne 
peut se défendre ; mais S. confirme notre texte. — A.u lieu de 
lïmiBèTT, mieux vaudrait irrrnBN'n, comme l'exige le mot suivant, 
qui est au pluriel, et comme ont lu G. et S. 

27. La variante de G ^ïam est probablement une simple faute 
de copiste. Il ne peut s'agir de vin — comme le croit M. Taylor 
— ; M. Schechter suppose que c'est une altération de nora « dans 
le manque ». On pourrait y voir -ton « matière » comme dans le 
néo-hébreu, ou "ton c chose désirable » ; mais toutes ces explica- 
tions ne seraient que des jeux d'esprit, puisque "-pTa est confirmé 
par G. et S. 

28. B = G., qui n'a pas de nom après et a lu aussi bsïi, tandis 
que G — relevé à la marge — est comme S., qui a anbiDatt (mais 
qui supprime b^b). * 

28 b. Ici encore B = G., qui fait de « âme » le sujet du verbe. 
(En latin, il y a omni animée = C) — S. b"»bpn « se contente de 
peu ». M. Ryssel suppose que ce mot est une faute pour b"D. — Il 
est remarquable que le latin, qui est déjà d'accord avec C pour 
la construction de la phrase, a le pendant de fT, que paraissent 
n'avoir vu ni G. ni S. : omne gênas est la traduction fautive de 
•jt te, pris pour un mot araméen (cf. xlix, 8, rnsn» s 3f, traduit 
par S. : « les espèces du char). Nouvel exemple des corrections 
apportées par saint Jérôme à la Vêtus Latina d'après l'hébreu, et 
d'après un texte semblable à B-C. 

29. Il faut en G lire ntn comme à la marge de B ; ce mot 
insolite est le synonyme de ^s^n, qui suit; de « se disperser, se 
verser », on a passé à l'idée de « se jeter ». C'est ainsi que G. tra- 
duit exactement le deuxième verbe. Pour le premier, il le rend par 
àTrXr^Tsùou « être insatiable ». — S. : « Ne lui multiplie pas les 
mets délectables, et ne sois pas avide (littér. « que ton œil ne soit 
pas mauvais ») de beaucoup de mets ». Il semble avoir interverti les 
deux verbes. — wnnn de G ne signifie pas « danser », mais est un 
verbe syriaque, qui s'emploie justement au etpaal avec le sens de 
désirer, — La version marginale de B est conforme à celle de G, 
mais avec des fautes de copiste. 

30. "j-opi de G est une faute pour pp\ 



24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

30 b. Corriger en G y\x* en a»^; antsaî-n est de nouveau une 
étourderie de copiste. 

31. La variante marginale provient d'un autre ms. que G, 
puisque celui-ci est identique à B. — Cf., pour l'idée et les termes, 
Prov., v, 23 : ^ora 'pas rnw non. 

xl, 1. vzb de B = S., et *b de G = G. ; m* de B = G., 
mais peut s'accorder aussi avec S., qui dit : « avant que tu n'aies 
besoin de lui ». — La leçon de la marge iram Tan est un nouvel 
exemple d'étourderie du copiste de G. — Pour le mot ttan, ou nan, 
comme tout le monde s'accorde à n'en être pas choqué, je m'in- 
cline devant ce « consentement universel 1 » ; l'autorité de M. Bâ- 
cher en cette matière est une raison pour moi de renoncer à mon 
explication de ce terme incongru. Je n'en dirai pas autant de celle 
de M. Smend, qui s'exprime ainsi au sujet de *»an : « Uebrigens ist 
■•an wohi nur Fehler fur lp\ Schon die Orthographie macht das 
Wort verdàchtig ». Serait-ce la présence du yod à la fin qui révé- 
lerait la leçon primitive *ip ? C'est une nouvelle règle de paléo- 
graphie qu'il faut remercier réminent critique d'avoir découverte; 
elle fait partie vraisemblablement du même système qui lui permet 
de lire, par exemple, Tnanranb hnvo x\> p ba>, là où ceux qui ont 
quelque expérience des mss. hébreux lisent nnanianb noott xm. 

Conclusions. 

Gomme on l'a vu par notre commentaire, le texte hébreu de ces 
chapitres, loin de s'expliquer par le grec ou le syriaque, qui, d'ail- 
leurs, en ces passages de même qu'au ch. xxxvi, s'abandonne à 
tous les caprices de la fantaisie, sert, au contraire, à en dissiper 
souvent les obscurités et donne la clé de nombreuses erreurs com- 
mises par les traducteurs. Ces chapitres sont donc bien, sinon 
l'original pur, du moins une copie assez fidèle de l'original. J'en 
pourrais dire autant des ch. xxxv et xxxvi. Il ne m'en coûte au- 
cunement d'en convenir. Mais, comme on le remarquera aussi, dans 
ces morceaux relativement authentiques, jamais n'apparaissent 
les rabbinismes déconcertants qui avaient tant choqué dans le cha- 
pitre final, dans les pages à doublets et, comme nous allions le 
montrer, dans maints passages du ms. A.. En particulier, jamais 
ne se rencontre le tb relatif. 

Ainsi, d'une part, de nombreux chapitres qui ne s'expliquent 
pas par les versions, mais qui, au contraire, les éclairent; de 
l'autre, des chapitres, avec ou sans doublets, supposant nécessaire- 

1 On n'explique pas pourquoi, si ce verbe était dans l'original, ni G., ni S., ni le 
traducteur araméen cité par ie Talmud, ne l'ont pas rendu selon son sens ordinaire. 



FRAGMENTS DE NOUVEAUX MANUSCRITS DE L'ECCLÉSIASTIQUE 25 

ment une retraduction en hébreu de ces versions; — dans les par- 
ties authentiques, affectation de purisme, rejet, en particulier, du 
tû relatif; dans celles qui portent la trace d'une retraduction, 
langue différente et rabbinismes récents. J'en conclus que le ms. B 
contient des éléments de provenances diverses, qu'en gros, il reste 
l'original, mais qu'en partie, l'archétype dont il provient a été 
complété par une retraduction des anciennes versions et corrigé 
parfois sous leur influence. 

Une autre conclusion se dégage, à notre avis, de notre commen- 
taire, c'est que le texte original a subi toute sorte d'altérations, et 
cela de très bonne heure. Nous l'avions déjà montré pour les 
en. xxxix-xlix. Le traducteur syriaque n'avait pas toujours 
sous les yeux les mêmes leçons que G., et celui-ci travaillait 
sur un texte différent de l'hébreu actuel. Les corrections faites 
par saint Jérôme à la version grecque, et qui s'accordent avec le 
ms. C, prouvent que le type représenté par cet exemplaire hébreu 
existait déjà au iv e siècle, en Palestine. 

De l'hébreu il existait, lors de la rédaction des notes marginales 
du ms. B, au moins trois exemplaires, de la même famille, mais 
offrant des divergences importantes. Gela nous explique que les 
citations que Saadia a faites du Ben Sira soient tantôt d'accord, 
tantôt en désaccord avec le ms. A. — A l'époque du Talmud, il 
existait des recensions de l'original contenant des versets, rédigés 
dans le style de l'auteur, qui ne se retrouvent ni dans les versions, 
ni dans nos fragments ' ; il y avait aussi une traduction libre ara- 
méenne enrichie de nombreuses additions 2 . Malheureusement 
avec les éléments dont nous disposons actuellement, il est difficile, 
sinon impossible, de classer ces différentes éditions, sauf en ce qui 
concerne B et G. 

Voici maintenant une nouvelle forme de l'ouvrage, représentée 
par le ms. D. 

Fragment D. 
Le second feuillet, que nous appellerons D, est de petit format; 

1 Telle la citation de Sanhédrin, 100 i, que relève le glossateur de B et qu'il dé- 
clare n'avoir trouvée dans aucun exemplaire. (Voir notre édition, p. 24). — L'exem- 
plaire de R. Eléazar (Amora palestinien du nr siècle) renfermait, entre autres (voir 
Eaguiga, 13 a, et Beréschit Rabba, 8), un verset (m, 21) qui est en G. et en C et qui 
manque dans le ms. A, aiûsi que dans la citation de Saadia. 11 contenait, en outre, le 
verset suivant, qui est en A et dans Saadia, et qui manque en G et en S. 

* Voir Sanhédrin, 100 b, et Revue, XXXV, p. 23. Une autre traduction araméenne 
nous est attestée par les citations de R. Eléazar. Tous ces ouvrages sont aujourd'hui 
perdus. 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

il mesure 0,143 de hauteur sur 0,100 de large et compte douze 
lignes seulement à la page. 

Ce texte est une nouvelle variété des formes multiples qu'a prises 
avec le temps l'œuvre de Ben Sira : tandis, par exemple, que 
l'exemplaire connu en Babylonie à l'époque du Talmud renfermait 
quantité de versets ajoutés, le ms. dont provient notre feuillet 
supprime la plupart des couplets qui développent la même pensée 
et n'en garde que certains versets. Ce n'est pas un abrégé, puisque 
les phrases y sont conservées en entier : c'est une réduction par 
morceaux choisis. Ce feuillet correspond aux ch. vi, 18 à vu, 25. 
Il manque les versets suivants : vi, 20-27, 29-34, 36-37 d; vu, 3, 
5, 6g'-16, 17M9, 22. On verra que celui qui a procédé à ce travail 
ne s'en est pas mal acquitté, car il a obtenu, par ces suppressions, 
un morceau qui se tient suffisamment. 

M. Schechter m'apprend qu'il vient de trouver, lui aussi, un 
fragment dont les pages n ont que douze lignes et qui se distingue 
par des suppressions analogues. C'est vraisemblablement un autre 
lambeau du même exemplaire. Il renferme les versets suivants : 
iv, 23 b, 30-31 ; v, 4-7, 9-13; xxv, 8, 13, 17-24; xxvi, 1-2, 19 a. 

Les ch. vi et vu faisant partie du fragment A édité par 
M. Schechter, il nous est possible d'instituer une comparaison entre 
les versets qui se correspondent. Cette confrontation nous mon- 
trera, ce que nous savions du reste, que le ms. A est altéré et par- 
semé de fautes grossières; mais, en même temps, que ms. complet 
et réduction constituent le même type se signalant par des incor- 
rections notoires. C'est ce que nous montrerons dans le commen- 
taire qui va suivre. Nous nous contenterons de signaler les va- 
riantes dans le commentaire. 

Recto. 

■— »3fcipsi umro • nxûn a^n vi, 18, 19 

r-mainn nvib ïripi rrba mp 

■o • rmè b^an nn^bh] 28 
S-inrrtiE K^ttn -nnab 
ï-irriD bs .aiwnb ^b *|Dïim 35 
nra b^tti 3n»ii)b yien 

y*l iWh bu .*]N^ bN vu, î 
y\yn pm an t p*» , « [«bi] 

arciE ^btD pn fibra[ft»] 
r-n-nb lypnn bis. [tm] 6 



FRAGMENTS DE NOUVEAUX MANUSCRITS DE L'ECCLÉSIASTIQUE 27 

Verso. 

itvrt r-paiBïrb b^n *|b *pN un 
^3 i-ntu bsian "1^73 int: |i 
mn b« ' rra^ib îaiS!* r-npn 2e 
touj pi m» a -m* n3J 

b-ow n=y . rasa ima 21 
«»» *a»n b« ujddd ana« 

"ID" 1 Y 3 tP33 * UJDin 23 

.fbflrhwià onb nujt ûm« 
[^an û]iNa3 mats Y 5 * ta " ,3a 24 
lhatnri .ta^as Drtb n«n 25 
[13^] ban po? Ntat^i [* ] 
[ ]n ban .ma* lia: 



Traduction. 



vi, 18. ...tu trouveras la sagesse. 

19. Gomme un laboureur et comme un moissonneur approche-toi 

d'elle 
Et espère en l'abondance de ses produits ; 
Car sa culture n'exige que peu de travail, 
Et bientôt tu en mangeras les fruits. 
28. Après, tu trouveras le repos qu'elle donne, 

Et elle se changera pour toi en délices. 
35. Désire entendre tout propos, 

Et que les proverbes de sagesse ne t'échappent pas. 
vil, 1 . Ne fais pas le mal, 

Et le mal ne t'atteindra pas ; 
Éloigne-toi de l'iniquité, 
Et elle s'écartera de toi. 
4. Ne demande pas à Dieu le pouvoir, ni pareillement au roi 

un poste d'honneur. 
6. Ne demande pas à devenir [fonctionnaire], 

Si tu n'as pas la force de détruire l'insolence. 
17. Extrêmement, extrêmement, humilie l'orgueil, car l'espoir 
de l'homme est le ver. 

20. Ne fais pas de mal au serviteur qui sert avec fidélité, 
Ni au mercenaire dévoué. 

21 . Aime comme toi-même l'esclave intelligent, 
Et ne lui refuse pas la liberté. 

23. As-tu des fils, corrige-les, et marie-les dans leur jeunesse. 

24. As-tu des filles, garde leur corps et ne leur sois pas indulgent. 

25. Fais sortir [ta fille], et le souci sortira. 
Et donne-la à un homme intelligent. 

1 Le mot est surchargé ; il y avait dessous probablement 11133. 
1 II y avait certainement n3, mais le mot a été gratté. 



28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Commentaire. 



vi, 18. î-ittan rwon. Ces deux mots sont la fin du verset 18, 
comme le montrent G. et S. Ce verset manque dans le ms. A de 
Cambridge. 

19. G. semble avoir lu arjb au lieu de arib, d'où xoùç àfaôoùç 
xap7roù; aÙT% a ses bons fruits ». S. a ai, mais, au lieu d' « espère », 
il dit : « Tu récolteras » = litpn ou apbn. Cf., pour l'image, entre 
autres, Prov., ni, 14; vin, 19. 

19 c-d. *iït»i « et bientôt » convient mieux que nrwbi * et de- 
main » (également en A) ; c'est, en tout cas, la leçon que sup- 
posent G. et S. — Ce verset confirme pleinement la conjecture que 
j'ai émise touchant la forme originale de li, 27. Ce passage, on se 
le rappelle, est ainsi conçu : 

û">an rrnNirxn na (lis. vib»:n) iznnan] w»îi \wp "*a aa^^a "îan 

« Voyez par vos yeux que j'ai été petit et y ai travaillé et l'ai 
trouvée. Vous nombreux. . . ». J'ai dit, en me fondant sur G. et S., 
que l'original devait être : 

(ou m-i îrnwfcm) mm !-n inttSttn m ^nbE* a?*) ^ aa^^a ian 

« Voyez par vos yeux que j'ai peu travaillé et en ai trouvé beau- 
coup ». L'erreur provient d'une traduction fautive du syriaque 
wï, qui signifie à la fois petit et peu. Cette conclusion m'a fait 
traiter d'ignorant par certains savants : tw, m'a-t-on dit, ne si- 
gnifie pas peu. Or, ici, le texte hébreu porte xsm « peu », et ce 
mot, confirmé par G., est traduit par wt en S. D'ailleurs, M. Ru- 
bens Duval m'écrit que je me suis trompé sur son observation, qui 
portait seulement sur tot la : il n'a jamais voulu contester que 
Wî signifie à la fois petit et peu. Mais ce n'est pas seulement sur 
ce point que me donne raison notre verset : il exprime justement 
l'idée que j'ai cru retrouver sous l'erreur du texte du chapitre 
final : « Il suffit de cultiver un peu la sagesse, pour en récolter de 
nombreux fruits. » Le rapprochement, je le vois maintenant, avait 
déjà été fait, d'ailleurs, par Fritzsche. La conclusion que j'ai tirée 
de ce passage, entre autres, reste donc entière, et je maintiens que 
ce chapitre final est une retraduction du syriaque. M. Bickell est 
arrivé, de son côté, à la même conclusion. 

28. ^Dïm de A, qui avait gêné M. Schechter, doit être corrigé 
d'après notre texte. — S. traduit librement : « Et à la fin, tu trou- 
veras le repos et des délices, et tu te réjouiras dans sa fin. » 

35. Dans le texte B, au lieu de ïirp©, on emploie plutôt le mot 



FRAGMENTS DE NOUVEAUX MANUSCRITS DE L'ECCLÉSIASTIQUE 29 

rr©. Peut-être faut-ii lire 'n rmu, d'où divine en G. (Peut-être 
est-ce plutôt G. qui a commis ici une erreur de ce genre, car S. 
n'a pas cet adjectif.) — G. et S. lisent ^bttîtt et supposent le verbe 

ïûbD. 

vu, 1. D n'a pas ^b, qui choque en A. — Je ne sais pas pourquoi 
on voit ici la source du proverbe cité fréquemment comme venant 
de Ben Sira : *]b ibïqi ab iz^an ^na>n ab it^nb nta « Ne fais pas de 
bien au méchant, et le mal ne t'arrivera. » C'est une tout autre 
pensée, qui est développée au ch. xn, v. 2 et suiv. 

4. Il y a bien en D ^btta), qui est un grossier lapsus calami pour 
*ftiyn. — En S. Nromtt « des dons » est une faute pour «am», 
comme on l'a déjà reconnu. 

6. Le copiste a oublié un mot après t-ivrrb parce qu'il tournait 
la page. 

17. G. et S. ont lu ^îosa baur;, qui se comprend mieux : « hu- 
milie-toi ». Le latin dit spiritnm, qui correspond exactement à 
nn bsraïi des Pirké Aboi, iv, 4, qui citent ce verset. 

176. S. a aussi i-rcnb. A a nxn conformément à Job, xxv, 6, 
et comme on lit dans Pirké Abot. G. ajoute le feu. A-t-il obéi 
à une préoccupation théologique, ou est-ce une interpolation 
chrétienne? 

20. ann est la leçon qu'avait restituée M. Schechter. n^aai 
avant ^ana», qui avait fort embarrassé MM. Schechter et Taylor, 
doit être effacé ; c'est probablement une correction marginale de 
ffo3N, qui suit ce mot : n^aai vaudrait mieux, en effet. — nania de 
A, doit être corrigé en totd comme en D. 

21. A porte nain au lieu de anrm; c'est le verbe employé en S. — 
G. a lu yosî aïian « que ton âme aime » ; il n'a probablement pas 
compris l'expression « aimer comme l'âme », c'est-à-dire comme 
soi-même. Cf. xxxvn, 2, et le commentaire. 

23. au). S. interprète ce mot comme s'il signifiait « prends » et 
il ajoute « des femmes». Cette interprétation est autorisée par 
Ezra, ix, 12. Il est peu vraisemblable que l'auteur ait voulu dire : 
« Sois leur indulgent », car il est loin de préconiser une édu- 
cation qui pécherait par la douceur. Voir ch. xxx ; cf. Prov., 
xm, 24; xxiii, 13-14. — G. ici, au lieu de cette phrase, a le même 
verset qu'au ch. xxx, 12. 

24. Il y avait certainement man au commencement comme en 
À, mais le mot a été effacé et remplacé par û">aai « fils », peut-être 
parce que le copiste a été interloqué par les affixes masculins 
employés ensuite : tnaw et nrpba. En A, effectivement, ces affixes 
masculins se rapportent à « filles ». — L'expression traa *ïW1 
revient ch. xxxv, 9. 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

25. *na lias de A est donc un lapsus, rran de A et itot se res- 
semblent beaucoup. G. (8œp7}<7ou) confirme mat. 

Cet abrégé du Ben Sira serait-il par hasard le livre que Saadia 
attribue à Éléazar b. Irai, et dont il cite des versets qui justement 
sont tirés de l'Ecclésiastique? Rien ne permet pour l'instant de le 
supposer. Mais il est une observation qu'impose la comparaison 
de cet abrégé avec le texte de A. En celui-ci on trouve, à côté de 
versets frappés à la manière de Ben Sira et avec le même vocabu- 
laire, des phrases entières qui sont traduites du syriaque ou pré- 
sentent une syntaxe dont il n'y a pas trace dans les chapitres au- 
thentiques. Précisément dans les versets passés par l'abréviateuF 
se trouvent des formes comme "p^rin ba, pour znann btf (ou 
yvti) ^ma ; ^V*n bat, pour (ou yastt) ^m« b">Dn ba. Dans notre 
fragment et dans le texte correspondant de A la langue est pure 
et conforme à celle des parties authentiques. Avant de tirer des 
conclusions de cette circonstance, nous attendrons la publica- 
tion des autres fragments du ms. D trouvé par M. Schechter. 

Israël Lévi. 

P. S. — Je ne croyais pas si bien dire en exprimant l'espoir que 
le fac similé de mon feuillet servirait peut-être à faire découvrir 
de nouveaux morceaux de Sira. M. Elkan Adler, ayant vu chez 
moi ces deux pages, a recherché dans les ballots qu'il a achetés 
aux mêmes marchands les fragments offrant le même aspect : il 
a été assez heureux pour trouver deux feuillets d'un autre ms., 
contenant les ch. vu, 29-xn, 1, ce qui permet de combler la lacune 
du ms. A. 11 a bien voulu me communiquer la copie de ce texte : 
dans tous ces quatre chapitres, pas un exemple du v relatif. 



NOTES CRITIQUES 



SUR 



LE TEXTE HÉBREU DE L'ECCLESIASTIQUE 



1. ni, 16 : va» irna tt» *a. M. Schechter renvoie, à propos de 
Tïtt, à l'expression talmudique semblable, mais c'est à tort, car 
dans la langue post-biblique l'adjectif désigne celui qui pèche avec 
préméditation, et non le « blasphémateur », sens que doit avoir ce 
terme dans le passage, ainsi que l'ont compris G. et S. Je crois 
que H. est une faute de copiste pour tftttt ; le mot aura été abrégé 
en '1373, d'où m». 

2. Ib., b. lama D^atti est évidemment uue faute ; il faut le 
passif comme G. : xexaxYjpa^évoç uub xuptou, et S. : :rna û^p t^bi. 
D'après G. et S. l'original serait ...n^a tr*a» iftna nnn bbpttt 
« Celui-là est maudit par son Créateur qui irrite sa mère. » Il est 
vrai que le parallélisme exigerait plutôt ici '2 nN bbp_?2T « Celui- 
là maudit son Créateur qui. . . ». 

3. Ib.y 17 J). G. : xori 6710 àvôpc.67:ou Bsxtotj ct.Y<xTtv\Qri<rr\. . . ; S. I "pal 

«nam» am Niai. H. rend cette dernière version par fmstt anam 
man». Peut-être G. avait-il sous les yeux in izî'w et S. a-t-il lu 
p[tt] iû^n, comme Prov., xix, 6, in» wtà rm ban. Cf. Prov., x, 
24, irr», trad. dans les LXX par oexttj = "jn. 

4. Ib.j 26. ana «-si niana aman, copié de S. : ym anaa ûrro pi 
*|Tn3. La leçon de G., qui est différente, n'est pas non plus satis- 
faisante : xaï 6 àyaTTwv xivBuvov sv aurai IfJwceffeÏTai. Si nous tenons 
compte de la variante à7uoXeïTou, l'hébreu s'explique peut-être 
par une variante de ^ provenant de nba 1 ' (cf. Job, vu, 6, Hfo% 

LXX : àiroXtoXe, i&., IX, 22, îlbaft CL-KoXkôzi). 

5. Ib., 31. H. : va-na lairrçn, a copié S. : nrroao iw. Quant à 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la traduction de *pn* par rânp, voici comment je m'en rends 
compte : H. aura pris le mot syriaque dans le sens talmudique 
(comme aiab Tnsb, cf. Levy, Chald. Wor-terb., II, p. 249 s.) : 
« Cela sera sûrement sur son chemin ». La phrase signifiait donc 
pour lui : « Celui qui fait du bien le rencontre sur son chemin > 
(cf. Gen., xlii, 38 : ^a *pDN in&npi). — La variante de G. : {j.ép.v7}- 
t<xi se ramène peut-être à "pa^ — T^. 

6. iv, 1. izjfin t\iXDïi w "pîabtûbn vient de S. : Nnrn^n KasrbiDbv, 
il faut donc corriger to en Ttf , comme l'a vu M. Schechter. 

7. Ib., 15. ma» •mna ■jrr n ^b 'pTfiWi. A mon sens, ma appartient 
au verset 14 b, où S. a : Nnba ûrn mi»» mai. Au lieu de la leçon 
incompréhensible du texte : «Sri Nïïa vibai, il faudrait trïtbio 
nma snap. 

8. /&., 23. ûVi*n W 3>3ttn b«. S. : rowa (cf. Schechter et Tay- 
lor, ad loc). L'original portait certainement in*a ; une copiera, 
d'où ûbva. De même, peut-être, vi, 16 : û^nn trot est pour "nx 

( /fc lX) = G. : cpàpfxaxov, S. : N53D. 

9. v, 7 a. dv ba ùvtt najnn bai. L'original avait probablement 
aa*nn bar Notre leçon est une faute pour *wnn ban (cf. Schech- 
ter), qui vient de S. : na^nn abi. 

10. Ib., 10. La leçon de H. est confirmée par G. et S. Je crois 
cependant qu'au lieu de yart tp ^nen, il y avait dans l'original : 
nrjfio « Pense d'abord, et ensuite parle. » Cf. Job, xvm, 2, wan 
■■ma nrwo. 

11. vi, 2. *pb* ^n rrasm 'jibbs Ta Visn ba. A mon avis, le 
deuxième hémistiche, si étrange, vient de S. : ^n *mn *pN NJan. 
H. avait écrit rtfan (cf. Taylor, ad loc.), ce qu'un copiste aura 
transcrit m?n. Pour donner un sens au mot, il aura pris yb* au 
verset suivant, qui commence par yby, d'où yby ^bTi TOfn. 
« Ta fortune te sera en horreur. » 

12. Ib., 22 0. G : crocpia yàp xatà to ovofxa aut7;ç ê<m' xaï où 7roXXoTç 

£ffxï ©avspà. — H. : Nin p rrttiaa nanEtt *o, qui vient de S. : naobv 
(cf. Taylor ad Zoc). Peut-être y avait-il dans l'original, nnann, qui 
aura été corrompu en rwam (co<pi'a). 

13. Ib., 33. G. : làv àyaTr^^ç àxoueiv « Si tu aimes écouter. » 
S. : ynwnh *mn 'ja « Si tu veux écouter. » H. suit S. : Nain un 
Jttiab « Si tu veux écouter. » La variante se ramène à mari -ariNn. 
Un accident analogue est arrivé à, II Sam., vu, 18 (I Chr., xvn, 
16) •'anaoan, où les LXX ont ^yàir^x^ [*e = ianaïi» *. 

1 Peut-être le texte primitif était-il ftifcl (LXX àyaTiâv, II Chr., xxix, 17), ou 
fort (Esther, vi, 9, LXX). 



NOTES CRITIQUES SUR LE TEXTE HÉBREU DE L'ECCLÉSIASTIQUE 33 

14. Ib., 36. G. : sàv ïZr^ «tuvetov « Si tu vois un homme intel- 
ligent. » Pareillement S. : D^-H 13E "»ïrn. Par contre, H. porte : nsn 
Y^ ïitt « Vois ce qu'il comprend. » C'est probablement S. qui est 
cause de ce non-spns : H. aura lu a«tt = î-ra « quoi », au lieu de 
■tttt = "»» « qui ». Cf. xiii, 23 c : n73îO iiï •% ^m^r br, où S. a sera. 
Là, peut-être H. a-t-il suivi G. : xlç outo;. De même v, 4 : TOsn swi 
rwsiNtt n b « Et qu'est-ce qui me sera fait, rien? », où M. Sohechter 
propose de lire •%. Mais là înto est imité de G. : xi ^.oe iyivsxo « Que 
m'arrivera-t-il? » — fvnwn = dltt de S. — A ce propos, il faut 
noter xn, 13, où ïie est effacé et remplacé par 153 (M. Schechter 
propose la correction 1*3)3). Le texte est conforme à G. : ti« 
IXs^ffetet-à S. : vrrù na 13ft. Au reste, à mon avis, 153 est l'original, 
non pas dans le sens de qui, mais comme simple particule inter- 
rogative (cf. Gesenius-Buhl, 12 e édit.,4166; Levy, III, 95; cf. 
aussi mes Marhus-Sludien, p. 56 et suiv. ; Proverbla-Studien, 
p. 42, note d). 

15. vu, 1. rwn *jb uot ba « Ne te fais pas de mal, et il ne t'arri- 
vera pas de mal. » ^b « te » est étrange; il ne se trouve, d'ail- 
leurs ni en G. ni en S. Nous lisons m bs iç?n btf « Ne fais aucun 
mal. » Reste, il est vrai, cette difficulté que G. ni S. n'ont ce bs 
non plus. 

16. Ib., 3. L'hébreu est incompréhensible : na bv ^nn snn ba 
ûwni» "fiTûtpn }d. S. porte : rwi éwd by ynm sbi « Ne 
sème pas sur le sillon du péché » ; pareillement G. : p) <7Tzz>oi 
Itt' aù'Xaxaç àStxt'aç. Les explications de M. Schechter ne me sa- 
tisfont pas. Je propose de corriger ainsi notre texte : jnïn ba 

17. /&., 8. an t-narab "niapn b>^; S. : artan aamab asm ab. H. a 
probablement retraduit simplement G. : xaTaos^ucv^. Cf. II Rois, 
xii, 20, *nDp nnu:p">n , LXX : so-^av Tràvra Secr^dv, peut-être de TOpn 
(se. tp>, cf. I Sam., xxv, 3 : trbbj>?3 snn TOp). 

18. /#., 6. Il est dit, dans ce passage, qu'il ne faut pas ambi- 
tionner les fonctions. . . de peur d avoir peur des grands. A quoi 
G. et S. ajoutent : et que tu n'exposes ton intégrité à une tache ou 
au danger. G. xoù ôifasiç cxàvoaXov ; S. : arara wm. Or, H. a ici : 
3>ira ïinnn « gain ». Aurait-il lu en S. NDT373 « argent » pour jwitt? 
L'original devait porter w. Cf. Ps., l, 20, ib-j •jnn, LXX: ItiÔek; 
cxàvBaXov. M. Israël Lévi m'informe que M. Félix Perles a déjà (Re- 
vue, XXXV, 52) fait cette conjecture. 

19. lb. t 15. «asa 'pan ba. D'après G. : \u\ jxtcr^ffvjç, il faut pro- 
bablement corriger en yipn ba. 

T. XL, n° 79* 3 



34; REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

20. /&., 14 et 16. Il faut transposer ainsi les hémistiches 

dr vies ^a^nn ban 16 a o-nta rni^a non ba 14 a 

^133»^ sb "p-o* mot 16 & nbana nan rron ba 14 fr 

21. xii, 9. yn kïto û: ©•»« naiîaa « Dans le bonheur de l'homme 
même l'ennemi devient ami. » S. a « l'ennemi est dans le chagrin » ; 
pareillement G. : h Xutcyj. 11 y a ici probablement une confusion 
entre an et an (cf. Prov., xxv, 20 an ab ba>, LXX : xapoïav Xu^sï = 
an" 1 , leçon qui ici conviendrait mieux aussi). 

22. /&., 11 b. "îatttt «Tnïib, d'après S. : riDtt bmttb. G. : xaî cpuXàîjat 
àn'auToy. L'original portait peut-être Tttb, lu mzab par G. 

23. /&., 12 6. "pnrp riïïb, d'après S. : farina kVt; ^d^-" 1 serait 
pour ^Drp; mais peut-être l'hébreu se ramène-t-il au G. àvarpé^aç. 
Cf. Prov., X, 3, tftT Û"W-i mm, LXX : Ccdtjv àffepé&v àvaTpé<|/et. 

24. /&., 16 &. snp-ifta> m-ranï! S. : «npw an^ann œnn» ; G. : 
àvarpé^at as sic pôôpov. H. semble avoir tenu compte des deux ver- 
sions. Les divergences proviennent peut-être de la lecture du 
même mot : lu mmu: par S., et imrra par G. ; cf. Prov., xxn, 11, 
nj?M2y nmizs, LXX : poOpoç paôùç. 

25. /&., 13. anpn ban. S. : ba qa aaan, = ba pi; mais G. : /.al 

7ràvTa; = H. 

26. lb., 17. api> «cm, voir Schechter et Taylor sur ce passage. 
Je crois que laan répond ici à S. aa»aa (peut-être ysm) et que de- 
vant apa> il faut ajouter npa», comme il ya en S.,;npa»Eb. 

27. XIII, 3. mDn^ &Wn naa" 1TW. G. : xal ocutoç 7cpo<T6V6ppi|i,ifaaTO . 
Le verbe se ramène à nattni (S. KWntt), ou à aa>T (Aquilas a, Ps., 
vu, 12, ce verbe pour ûan). Il se peut que l'hébreu man"> ne soit 
qu'une altération graphique de nattni [ f xm — 'sm). 

28. /&., 4. -ib -naar, aa. G. : làv xp^ 1 ^^ î s - : fc ™ 3 « H - vient 
de S. Dans l'original il y avait probablement nbsn; cf. Ezéch., 
xv ; 4, roabnb nbsTî, LXX : \s.y\ ^piq<Ti{x.ov 'iaTa: . 

|29. Ib., b. anan; G. : ôffTspVns ; S. ponrm. Peut-être faut-il 
lire aann. 

30. Ib., 9. pnm rrn 3*13 a*ip ; S. : . . .«rn* V anpntt ; G. : Tcpos- 
/.aXeaajAÉvou as 8uvà<rcou. G. avait donc anp. H. vient de S. — Cepen- 
dant p "Haï parait emprunté à G. : To<ra> [jwtXXov, tandis que S. a 
pT baai. La variante se ramène probablement à pa? — TO. 

31. lb.y 12. biaro "jn^ "nia». Voir Schechter arf tac. Il faut sans 
doute lire ïvp ; cf. S. : aaama non». 



NOTES CRITIQUES SU II LE TEXTE HEBREU DE L'ECCLÉSIASTIQUE 35 

32. Ib., 16. ibiTN ""NDa ba 'pa; G. : itaca rcpÇ xarà yÉvoç owttjç = 

ir» b»K *rcn bs ; S. : nmb non bo 173 = ibssa non bo f». 

33. /";., 22a. -oto *rw, d'après S. : abbtttt {o\nj> ; par contre, 
G. a : ttXo'jitiou dcpaXsvTo;. Peut-être la variante doit-elle ainsi s'ex- 
pliquer : bD">, 'bïï\ bbtt\ Il est caractéristique pour la méthode de 
travail de H que, 22 a, il suit S., tandis que, 226, il suit G. 

34. Ib., 24. G. : âv ax6\uun^ à.çz$ovç. H. a bien reconnu l'erreur 
de G. ; aussi met-il fm "«a b* (S. : anan 03^ b*). Voir quelque 
chose d'analogue en 26 : G. : oivloyiaiLol ^stà xotzov, où H. corres- 
pond sans doute à l'original : btts* snaatra. 

35. Ib., 26. G. : eu'peai; TrapaêoXGv; H. : rr«OT TOI. Il y avait peut- 
être dans l'original : ma Nnwi « source »; G. aura mal compris 
le premier mot, le prenant pour l'infinitif N£73 (cf. Aquil., Ps., 
XXXII, 6 : ti&n eupefftç). 

36. xiv, 1. G. ". xoà où xarevoY^ èv Xuttt] âfiaûxtaç; S. "'Dins tfbl 
fflF* *J73 »ïh. Si nous étions fondé, en nous appuyant sur xxx, 23, 
où yn = 1T7 « chagrin », à croire que Sira a bien employé ce mot, 
les divergences de G. et S. s'expliqueraient facilement : G. aurait 
bien lu, et S. aurait pris le mot pour "pi «jugement ». (aji^pr(oç se 
ramène à *pj> « iniquité », lu par S. WJ « ses yeux », cf. Eder- 
sheim, ad toc). — Quant à H. : "nb "p- vby ma, nous ne savons 
comment l'expliquer. Serait-ce une faute pour m? « envelopper » ? 
(Voir les Dictionnaires aux mots av, aa*, m?)« Gela répondrait 
assez bien à loana de S. (Voir encore Levy, Neuhebr. Woëterb., 
III, 609a). 

37. Ib., 11. ^ttî*Tïl "]T btfVl ; G. : xcd Ttooo'cpopàc; xupuo àÇfa>ç Tcoos-ays. 

Peut-être faut-il lire ycnn "Ha babn. 

38. Ib., 16. G. : 8bç xal Xx 4 3e ; pareillement S. : aoi an; par 
contre H. nsb In. Il faut probablement lire npb au lieu de nab. 
Cf. Prov., xx, 16, vm npb. 

39. Ib., 17. G. : rcaca càoç wç IpLOCTtov TraXa'.ouxat, tj yàp otaô'iqxTj 

àir'alwvbç ; d'après cela en H. : ana ûbv pim ïibai *waa -nmn ba 
W; par contre, en S. : attbsn ^vn "pba abaïï aw^aa lïrtoi. Les 
variantes s'expliquent peut-être de la façon suivante : l'original 
portait nbrr» 'ba \ et le premier mot a été lu umba par G., et nba 
par S. — Au lieu de pin il y avait rvna, lu par S. nma. 

40. Ib., 18 a. yy ba> !nbi> maa, d'après G. : wç cpuXXov OàXXov, et S. : 
8dTl3 t«n. Il faudrait : yy b? n-is rtbys. 

1 Sur et nba et îiba 7ra>aio0xai Gr., cf. mes Markus-Studien, p. 6, note 2; 
cf. aussi Berakhot. Ib. 



36 REVUE DES ETUDES JUIVES 

41. xv, 9. *«n isa i-jbnn 1tta« ab; G. : où/ wpaîoç alvoç. 11 faut 
donc en H. : jras tfb ('«s, TOsa), S. a le même mot : sr«\ Par 
contre, au lieu de rjbnn, il a Nnttan. Peut-être l'original portait-il 

tin = G., lu nwa par S. 

42. /ô., 10. nmabi m btDtti. Ce non-sens est copié littéralement 
de S. : îrebM m u^btUYi. Au contraire, G. porte : xaî 6 xupto; sùoooo- 
<7£t aÛTov Peut-être G. a-t-il lu ^an et S. ftarwn. N'y avait-il pas 
dans l'original inro biBE"! (cf. Prov., xvi, 32), d'où 'na — m ? 

43. /ô., 19. TWtt i»^ bfij "W; suivant G., il faut lire : bfij yw 

44. xvi, lie. vd ITJP û"Wn bn. M. Schechter compare v, 6, 
inn mr>. Toutefois G. : Ix^ecov opyVjv, semble exiger rw ; cf. Job, 
xl, 23, vd bw^ pT mm "O. 

45. /&., 17 c. a™ ^a ba hirm fnïpa; pareillement S. : nra 
warsa ivtei anrrn, tandis que G. a: h àueTpYJTw x-rfoei. La variante 
vient peut-être de la leçon 'an mmn baa, 'an = •pan en G., et 
tnwNï-7 en S. 

46. Ib., 23. G. : xaî àvrjp àcppwv xaî 7rXavcojJL£voç BtavosTxat [xtopà ; S. : 

asarr ficnro nVi* sna:n. Peut-être nbaa = G., nb&o = S. H. : na^ 
rjn* = G., mais il faudrait lire fisfa. 

H. -P. Chajes. 



LES 

ATTITUDES OBSTÉTRICALES CHEZ LES HÉBREUX 

D'APRÈS LA BIBLE ET LE TALMUD 



Au cours d'un travail paru dans la Revue d'obstétrique et de 
gynécologie l , nous avons été amené à nous poser la question 
suivante : Quelle était la position que les femmes des Hébreux 
avaient coutume de prendre pendant la parturition? 

Cette question, restée alors sans réponse, mais que nous dési- 
rons reprendre ici même, est d'autant plus légitime qu'il n'y a au- 
cune raison, expérimentale ou autre, pour admettre une altitude 
obstétricale naturelle, c'est-à-dire instinctive, comme cela existe 
pour la plupart des autres actes physiologiques ; ou, en d'autres 
termes, il n'est pas rationnel d'admettre que, dans l'accouchement, 
il y a une position unique qui, lorsque la coutume, l'habitude ou 
la prescription ne s'y opposent pas, est toujours choisie instincti- 
vement par la patiente. 

Bien au contraire, l'instinct, sous ce rapport, n'est ni un guide 
sûr, ni un conseiller infaillible. Les expériences de Rigby 2 , de 
White 3 , de Nœgele, de Hohl 4 , de Cohen 5 , et de Schutz, entre- 
prises à ce sujet, ont donné des résultats tellement discordants et 
variés, qu'il ne peut plus rester de doute à cet égard. 

D'autre part, la multiplicité des attitudes qui ont existé et qui 
existent encore chez tous les peuples, comme nous l'avons signalé 

1 Des attitudes obst. anc. et modernes, au point de vue mécanique, Revue d'obst. 
Paris, 1899, p. 309. 
1 Rigby, in Med. Times and Gaz., 1837, 3 oct. 

3 White, Treatise on the management of pregnant and lying women, 1773. 

4 Hohl, Lehrbuch der Geburt, Leipzig, 1862, p. 444. 

5 Cohen, Verhand. der Gesellsch. f. Geburtk., Berlin, t. IV, p. 37. 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans le travail auquel nous faisons allusion plus haut et les consi- 
dérations mécaniques que nous y avons développées s'opposent 
également à l'existence de toute attitude physiologique en obsté- 
trique. 

D'ailleurs, la raison en est bien simple : aucune position ne peut 
être, comme l'ont déjà soutenu, avecPloss 1 , Legros 2 , nombre 
d'auteurs, également efficace depuis le début jusqu'à la fin de l'ac- 
couchement. 

Aussi, pour admettre l'usage de telle ou telle attitude obsté- 
tricale, suivant les siècles, chez les Hébreux, il faut, puisque 
cela est impossible a priori, consulter les passages bibliques ou 
talmudiques qui ont trait à l'accouchement. Ces textes, encore 
qu'ils soient peu nombreux, nous paraissent suffisants pour ré- 
soudre le problème. Aussi, allons-nous les passer en revue avec 
tous les développements qu'ils peuvent comporter. 

Mais, dans cette étude, les considérations obstétricales, si im- 
portantes qu'elles soient en la matière, tiendront peu de place ; les 
discussions exégétiques des commentateurs, au contraire, seront 
reproduites avec fidélité et examinées avec soin. D'ailleurs, c'est 
surtout à ce dernier titre que nous avons recours à cette tribune, 
où la libre discussion exégétique, qui a déjà si puissamment 
contribué à éclaircir le passé du peuple hébreu, a toujours été 
accueillie avec empressement. 

« Medica ars cura gente huraana videtur orta » dit Israels 3 . 
Siebold, sans aller si loin pour la médecine en général, affirme 
pourtant que l'obstétrique est aussi ancienne que l'humanité 4 . 
Quoi qu'il en soit, les Hébreux paraissent réellement avoir pos- 
sédé, dès la plus haute antiquité, toutes les connaissances obs- 
tétricales que Y observation attentive et même réfléchie peut faire 
acquérir. Nous n'en voulons pour preuve que ceci : L'auteur divin, 
en racontant l'étonnement de Sara à L'annonce de sa future gros- 
sesse, prend soin d'ajouter : tavo» rna smob FWib bin s , c'est-à- 
dire que le scepticisme de Sara ne résultait pas tant du fait 
qu'elle et son mari étaient vieux 6 , mais bien de ce qu'elle savait 
que la stérilité après la ménopause est une loi naturelle et im- 
muable. 

\S assistance obstétricale paraît aussi avoir existé chez les Hé- 

1 Ploss, Ueber Lage und Stellung (1er Frau, Leipzig, 1873. 

* Legros, Gazettedes Hôpitaux, Paris, 1864, p. 299. 

3 A. H. Israels, Testamen historico-medicum, Groningue, 1845, p. 2. 

*• Siebold, Versuch einer Geschichte der Obstetricie, Leipzig, 1870, t. I, 

8 Genèse, xvm, 11. 

6 Genèse, ibid. 



ATTITUDES OBSTÉTRICALES CHEZ LES HÉBREUX 39 

breux à l'époque la plus reculée de leur histoire, puisque Rachel 
est déjà assistée d'une accoucheuse qui l'exhorte, en lui disant : 
a Ne crains pas, car celui-ci est aussi un fils l ». 

Mais nous avons hâte de revenir à la question qui nous préoc- 
cupe ici. La première indication précise relative à notre problème 
se trouve dans une conversation de Rachel avec Jacob. Cette 
malheureuse femme stérile, qui a si énergiquement réclamé la ma- 
ternité à son mari 2 , se résigne finalement à avoir recours à un 
usage qui est encore de nos jours répandu chez beaucoup de 
peuples primitifs. Ainsi, au Vieux-Calabar, les femmes stériles 
chargent leurs servantes de leur donner une progéniture; elles 
adoptent ensuite ces enfants et les considèrent absolument comme 
étant de leur famille 3 . Et voici comment l'auteur relate la réso- 
lution résignée de Rachel. Elle dit :« Voici ma servante Bilha, 
approche-toi d'elle ; elle enfantera sur mes genoux et par elle 
aussi j'aurai un enfant 4 ». Ces mots « elle enfantera sur mes 
genoux » n'auraient pas de sens, si nous ne connaissions cer- 
taines coutumes obstétricales usitées, même de nos jours, ch^z 
beaucoup de peuples, qui les expliquent très naturellement. Ces 
coutumes, nous allons en citer quelques exemples : 

Les femmes mongoles accouchent assises sur le3 genoux de 
leurs maris. Les femmes kalmoukes ont aussi la coutume, sur- 
tout dans les couches un peu laborieuses, de s'asseoir sur les ge- 
noux d'un homme très vigoureux assis, lui-même, parterre. Pen- 
dant le travail, il presse le ventre de la parturiente et le frotte de 
haut en bas. Au Pérou, les femmes accouchent volontiers sur les 
genoux de leurs maris 5 . 

Les Finnoises aussi, accouchent sur les genoux d'une personne 
apparentée, et il en est de même des Esttionniennes. Enfin, cet 
usage était assez répandu en Hollande, vers la fin du dernier 
siècle 6 . 

Il ne serait donc pas étonnant que cette même coutume eût 
existé aussi, à côté d'autres mœurs obstétricales, chez les an- 
ciens Hébreux, car seul cet usage peut expliquer clairement 
la locution : enfanter sur les genoux d'un antre. Et ce qui 
rend cette hypothèse plus plausible, c'est que Job dit: « Que ne 
suis-je mort dans le sein de ma mère ! Au sortir de ses flancs, que 

1 Genèse, xxxr, 17. 

2 Geuèse, xxx, 1 

3 En^elmann, La Pratique des accouchements chez les peuples primitifs, trad. Ro 
det, Paris. 1886, p. 2. 

4 Genèse, loc. cit 

5 Wittkowski, Hist. des ace. chet tous les peuples, Paris. 

6 Schrôder, Manuel d'accouchement, trad. Charpentier, Paris, 1875. 



40 REVUE DES ETUDES JUIVES 

n'ai-je expiré! Pourquoi des genoux se sont-ils présentés à 
moi J ? Or, d'après ce tableau où il dépeint si fidèlement comment 
la mort guette habituellement le fruit de la conception dans la 
matrice d'abord, dans les parties génitales pendant l'expulsion, en- 
suite, les genoux semblent jouer un rôle très important aussitôt 
après le ventre. Et il ne s'agit pas ici des genoux de la mère, car, 
obstétricalement, le mot a se sont présentés à moi » ne peut s'ap- 
pliquer à ceux-là en aucune façon. En effet, quelle que soit son 
attitude, la mère ne peut pas recevoir son enfant sur ses genoux 
pendant l'expulsion. Au contraire, si c'est sur les genoux d'une 
autre personne que l'accouchement a lieu, le texte devient d'une 
clarté lumineuse. 

L'existence de cette coutume explique aussi ce verset : « De 
même les enfants de Makhir, fils de Manassé, naquirent sur les 
genoux de Joseph 2 », où l'expression «sur les genoux» est ici 
prise visiblement au figuré. 

Mais le passage capital où la Bible indique nettement l'attitude 
que les femmes hébreues prenaient pendant l'accouchement est 
assurément celui-ci : b^astti b? frram « Vous regarderez sur Ips 
pierres 3 .» En effet, à la simple lecture, on voit que troaan b? 
désigne quelque chose qui servait pour l'accouchement. Par con- 
séquent, si l'on connaît la close exprimée par traaa, on con- 
naîtra forcément Y attitude de la patiente qui avait l'habitude d'y 
avoir recours. 

Malheureusement les controverses au sujet de iroaN sont nom- 
breuses et il faut que nous les passions d'abord en revue, avant 
d'en venir à une conclusion quelconque. 

« Veteres interprètes Graeci ac Latini, dit Triller, sensum quidem 
hujus ipsius loci absconditum generatim probe perviderunt ; hanc 
ipsam autem vocem subobscuram, duali numéro propositam, 
trsaatti, tanquam prseruptum quemdam scopulum, aut rupem acu- 
tam nimis, et inaccessam, relinquerunt plane inactum et inexplo- 
ratum 4 . » Et, en effet, les Septante traduisent les mots : b^ imam 
tPSïUStt par un à peu près : xa-. a><n zpb; tS t:xtsiv, et la Vulgate 
rend tout le passage : ù^a^i hy )mvny tnv^iyrt n« pnb^n ïrm, 
par : « Quando obstetncabitis Hebraeas, et partus tempus ad- 
venerit ». 

On voit que, d'après ces traductions, les mots d^n&tti b* s'éva- 
nouissent, pour ainsi dire, en tant que désignation d'un objet 

1 Job, iii,11-12. 

'• Genèse, l, 23. 

» Exode, i, 16. 

* Triller, Clinotechnia antiquaria, Francf. et Leipzig, 1774, p. 225. 



ATTITUDES OBSTETRICALES CHEZ LES HliBREUX 41 

quelconque. Aussi, n'y a-t-il pas lieu d'en tenir compte : ces 
interprètes paraissent visiblement avoir cherché à tourner la 
difficulté. 

Le Talmud n'a pas tenu beaucoup non plus à éclaircir ce 
point obscur. En effet, l'explication que R. Hanan donne, en. 
disant : nM) fuma© twa ï'nb •no» biia l*na ):n Ya twaa \xtt 
a^asa kmasaattt ïTma*p « Il leur livra un signe important, en 
leur disant : Lorsque la femme s'accroupit pourenfanter, ses flancs 
se refroidissent comme des pierres * », cette explication n'en est 
pas une, en réalité, puisqu'elle se borne à faire de « pierres » une 
expression métaphorique. 

Mais il n'en est pas de même des anciens commentateurs 
juifs; ceux-là, au contraire, ont abordé hardiment la difficulté 
en cherchant à donner une traduction du mot a^aa lui-même. 

Le Targoum Onkelos traduit le mot par anan», équivalent ara- 
méen de l'hébreu "mjtt ; même interprétation chez Saadia et Raschi, 
lequel ajoute que c'est le siège de l'accouchée. Il résulte donc de 
cette triple traduction concordante que : 1° a^aaa est le synonyme 
de 'lai»», et que 2° a^aa est une sorte de siège obstétrical sur le- 
quel la parturiente accouchait dans Y altitude assise. 

Malheureusement cette traduction, bien qu'elle soit conforme 
au texte hébraïco-samaritain, qui porte aussi « la chaise 2 », nous 
paraît impossible. D'abord, nous sommes de l'avis de Gesenius, 
qui, en repoussant cette traduction, fait justement observer que : 
« Vix probabile est, in ista antiquissimi temporis simplicitate 
peculiares sellas parturientium in usu fuisse 3 . » En outre, si 
a^aa et "iauî£ désignent le même objet, pourquoi avoir créé le 
terme nauîtt? D'ailleurs, la discussion plus approfondie du passage 
de l'Exode, ainsi que les considérations obstétricales que nous 
aurons l'occasion de présenter plus loin, ne nous permettent pas 
d'accepter une pareille signification pour le duel trsas, qui doit 
nécessairement avoir quelque parenté avec le û^aa du passage 
de Jérémie : traaan b* naabfc rmxt ann nsm wn ma ba twi 
« Je descendis à la maison du potier et voici il faisait son ouvrage 
sur les a*vna*\ » 

Un autre grammairien ancien, Menahemb. Sarouk, a émis, dans 
son Mahbéret, une hypothèse assez bizarre. D'après lui, ce mot est 
la cavité faite pour la parturiente lors de l'accouchement. Comme 
on ne trouve nulle part que la» désigne une « cavité », nous ne 

1 Sota, il h. 

* Siebold, loc. cit., p. 33. 
8 Gesenius, Thésaurus. 

* Jérémie, xvin, 3. 



42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

croyons pas devoir discuter plus longuement une pareille opinion. 

Il en est de même, pensons-nous, de l'hypothèse bien connue de 
David Kimhi, quoiqu'elle soit aussi soutenue par Ibn Djanah, 
Yehouda ibn Koreisch, Parhon, etc. En effet, Kimhi, dans son 
tWflDM "n^ikN, après avoir cité une opinion courante d'après laquelle 
le mot désigne l'orifice utérin, « le lieu d'où tombe l'enfant, — de 
la avec un a prosthétique — », ajoute : aa^aaan ba> ïnwi WT ^sbi 
TONfi ^laia ba> -dot trypî pi te^an tais b:> a^aaa *opai tamn «ti 
nnca ama twatï-; j 1 »»? »5« ■poba tassas ïsrrpn ,i-pbam mbvn 
tnbin i*px *sia ifta a^au: ama aamn « D'après moi, le mut désigne 
l'utérus. Celui-ci s'appelle ainsi à cause des enfants ; il s'appelle 
aussi *hto à cause des douleurs de la parturiente. Le mot est au 
duel à cause de deux trompes qui sont à l'orifice de l'utérus, 
doubles comme les gonds d'une porte. » Cette hypothèse suppose 
donc également que Yalef est prosthétique. Or, outre que le mot 
d^aN avec cet augment, comme Kimhi le prétend, ne se rencontre 
jamais comme synonyme de dm, cette hypothèse est encore un 
véritable non-sens, au point de vue obstétrical. Car, si a^aaa veut 
dire utérus, comment les sages -femmes pouvaient-elles distinguer 
le sexe dans la matrice à travers la paroi abdominale? D'ailleurs, 
les trompes de Fallope n'existent pas à l'orifice de l'utérus, mais 
sont situées au fond de la matrice. 

Cette môme objection capitale peut aussi s'adresser à Hassius 
et à Eichorn, qui veulent faire dériver le mot a^aaa de rtjaN du 
radical ïiaa, et qui le comparent à l'arabe irsas, structura, et 
ïiittaîa, stratum concinatum. D'ailleurs, Genesius a déjà fait re- 
marquer que l'hébreu ignore des mots de la forme îiba»i bçppa et 
que sraaa est le pluriel de^aa 1 . 

Certains autres auteurs, sans vouloir faire de Iraaa un syno- 
nyme ou l'analogue de ûm, ont cherché cependant à lui donner 
un sens détourné. Ainsi Votabilius, considérant que le mot ■ja» 
signifie aussi quelquefois pondus, comme dans 'ps* *]b îrïin kVi 
■ja&o, traduit fcpaMKi ba> par « in procinctu », c'est-a-dire : cum 
propendet puer. Mais, outre que, dans ce cas, les mots a^aaan b? 
sont bien inutiles, l'étrangeté de cette expression saute aux yeux. 
Il en est de même de l'hypothèse émise par Michaelis. En effet, 
cet auteur se basant sur les analogies qui existent entre les mots 
arabes )Nt&tt. I^aa, \\XXBt t et considérant, d'autre part, l'expres- 
sion : - vaaa by wj -ûK, traduit a^aatti bs> par « bei eintretender 
Geburt », c'est-à-dire au moment opportun. 

1 Gesenius, loc. cit. 
8 Proverbes, xxv, 11 



ATTITUDES OBSTÉTRICALES CHEZ LES HÉBREUX 43 

Pour Bottcher, le passage : tranatt b* imam signifie ceci ■ 
« Sehet, wenn'ihr das Kind noch nicht vom Mutterschoosse gelost 
habet 1 . » Mais, dans cette interprétation aussi, l'expression b* 
tnsaan devient une métaphore qui serait unique dans la Bible, sans 
qu'on sache au juste pourquoi le texte ne serait pas ici plus ex- 
plicite. 

Nous laissons de côté nombre d'autres hypothèses sans aucun 
fondement solide, qui ont d'ailleurs contre elles le mot tPDaa de 
Jérémie, qui exclut semblables interprétations. 

Cette longue énumération d'auteurs et d'opinions, que nous 
avons faite à dessein, prouve assez combien les théories les plus 
ingénieuses, mais qui s'obstinent à ne pas voir dans û^aa le duel 
de 'jaa, c'est-à-dire pierre, et sa parenté, sinon son identité, avec 
le traaa de Jérémie, sont impuissantes à éclairer ce fameux 
passage. 

Or, Gesenius donne, d'après Aboulwalid, la description suivante 
du dma de Jérémie : « Duabis constat rôtis ligneis : altéra major 
est eaque inferior, altéra minor eaque superior. Vocatur autem 
instrumentum trsnK, id est lapidum par, quanquam lapideum non 
est, propter similitudinem malse manuariae quse lapidea esse so- 
let 2 . » Sans vouloir discuter si la dernière partie de cette descrip- 
tion est exacte, il semble impossible de ne pas en admettre la 
première partie, à savoir que le ùma, qui servait à un potier, 
devait être composé de deux pierres plates placées l'une sur 
l'autre. D'ailleurs, tous les exégètes modernes paraissent être 
d'accord sur ce point spécial. Et c'est justement de ce con- 
sensus universel que vient, pour eux, la difficulté insurmon- 
table d'expliquer le terme jrsaa de l'Exode. En effet, comment 
concevoir que les femmes hébreues aient pu accoucher sur une 
rota ftglina, c'est-à-dire sur un siège plein au milieu. Et puis, à 
quoi pouvaient bien servir, dans l'accouchement, les deux parties 
dont une rota ftglina se compose? Si c'était simplement pour 
avoir un siège d'une certaine hauteur, le duel de tr^tf n'est pas 
du tout justifié, car il suffisait de choisir une pierre assez haute. 

Aussi, pour comprendre la réelle signification du mot de 
l'Exode, c'est-à-dire en quoi il est semblable à celui de Jérémie et 
en quoi il en diffère, il faut interroger soigneusement tout le 
passage où il est mentionné. D'abord, il n'est pas douteux que 
le passage : « Lorsque vous accoucherez les femmes hébreues 
vous regarderez fr^aNïi hv : si c'est un garçon vous le ferez mou- 

1 Bottcher, in Theologische Stud. u. Kritiken, d'Ullrnann u. Umbreit, Hambourg, 
1834, I e année, II, 639. 
a Gesenius, loc. cit. 



kk REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rir ; si c'est une fille, vous lui laisserez la vie » contient un 
ordre secret. Un rabbin duTalmud, R. Hanina, l'a compris ainsi; il 
dit : ttVJttb iras na ïrotà v:d p pb *iott b-m "j^o « Il leur livra un 
signe important ; si la face regarde en bas, c'est un fils ; si la tête 
regarde le haut, c'est une fille *, » D'ailleurs, si Tordre n'était pas 
secret, la réponse que les sages-femmes font à Pharaon, en disant: 
« Elles accouchent avant l'arrivée des sages-femmes » serait 
dépourvue de sens, car cette circonstance ne peut pas les em- 
pêcher d'exécuter l'ordre du roi. Enfin, pourquoi, si l'ordre 
n'était pas secret, Pharaon ne dit-il pas simplement : « Lorsque 
vous accoucherez les Hébreues, vous regarderez : si c'est un fils, 
vous le ferez mourir. . ? 2 » 

Force nous est donc d'admettre que le premier ordre était 
secret. Or, s'il en est ainsi, voyons à quel moment de l'accou- 
chement la sage-femme pouvait, sans attirer les soupçons de la 
mère, ni même ceux des assistants, accomplir sa mission secrète. 
Avant l'expulsion, ce crime était impossible, car le sexe n'est 
jamais connu à ce moment-là. Le signe mentionné dans le Tal- 
mud, que les garçons ont la tête en bas, n'a pas de valeur, au 
point de vue scientifique, puisque le dégagement en occipilo- 
sacrée, et ce n'est que dans ce cas que le visage de l'enfant peut 
regarder en haut, est très exceptionnel et ne dépend nullement du 
sexe, mais bien de la variété de position de l'extrémité fœtale 
pendant la descente. Après l'expulsion, le crime ne peut plus 
passer inaperçu, car l'enfant, par son premier cri, s'affirme 
vivant. 

Aussi bien, il n'y a qu'un seul instant qui puisse permettre à la 
sage-femme de s'acquitter secrètement et facilement de sa terrible 
mission, c'est celui qui est compris entre la rotation externe et le 
dégagement du tronc. En effet, à ce moment la distinction des 
sexes est d'une facilité extrême, puisqu'il suffit de glisser un ou 
deux doigts, sous le ventre de l'enfant, dans le vagin, pour s'en 
assurer. D'un autre côté, l'infanticide, à ce moment précis, est 
aussi très aisé, car il suffit de serrer un peu, entre les deux doigts 
explorateurs, la tige funiculaire, pour que l'enfant vienne au 
monde mort-né. 

Or, l'attitude qui se prête le mieux à cette manœuvre crimi- 
nelle est assurément celle de la posture agenouillée. Et, d'autre 
part, rien ne nous empêche d'admettre l'usage de cette posture 
chez les Hébreux pendant leur séjour en Egypte, pas plus que 

1 Sota, ibid. 
« Exode, i. 



ATTITUDES OBSTÉTRICALES CHEZ LES HÉBREUX 45 

de supposer que, pour appui, ils se servaient, dans cette circons- 
tance, de deux pierres. Bien au contraire, tout porte à croire que 
cette position obstétricale, qu'on rencontre chez eux plus tard, a 
dû leur être familière depuis longtemps. Cette posture était, d'ail- 
leurs, et est encore très répandue. Nous allons le montrer par 
quelques exemples. 

Les Polynésiennes de la Nouvelle-Zélande accouchent de préfé- 
rence à genoux, les mains appuyées sur un arbre ou sur un bâton 
fiché en terre 1 . Les Pensylvaniennes s'agenouillent volontiers 
devant une chaise, et la sage-femme, placée derrière la patiente, 
attend la naissance de l'enfant. Dans le nord du Mexique, les 
femmes indigènes, comme les Apaches, les Nez-Percés, ont la 
coutume de s'agenouiller 2 . En Chine et au Japon, les femmes en 
mal d'enfant ont l'habitude de se mettre à genoux aussitôt que les 
douleurs leurs paraissent mûres 3 . Les femmes tartares ont en- 
core conservé leur ancienne coutume de rester agenouillées pen- 
dant toute la durée du travail 4 . En Perse, d'après Polak, les 
femmes à terme s'agenouillent en s'appuyant sur deux piles de 
briques. En Abyssinie, les femmes en couches préfèrent se mettre 
à genoux. Ludolf, en parlant des Ethiopiennes, s'exprime ainsi : 
« Parturientes ingenua procumbunt atque ita infantes enitentur 5 . » 
Enfin, en Egypte même, d'après plusieurs témoignages archéolo- 
giques, les femmes semblent avoir eu la coutume de s'accroupir 
sur les talons, ou de s'agenouiller sur le sol c . 

On voit donc, par ces exemples, qu'on peut multiplier faci- 
lement, qu'il n'y a rien d'étonnant à ce que notre double hypo- 
thèse n'ait une réalité. Dès lors, tout devient clair, sans le se- 
cours d'aucune correction, ni même d'interprétation. Le roi, en 
donnant aux sages-femmes son ordre infanticide, leur indique le 
moment propice pour son exécution. Cela doit avoir lieu h? 
Iï»3a8rt, c'est-à-dire lorsque les parturientes sont encore appuyées 
sur les deux pierres, car alors, c'est-à-dire pendant l'expulsion, 
la sage-femme, placée derrière la patiente, pour soutenir et rece- 
voir l'enfant, a toute latitude pour se livrer à son œuvre né- 
faste, sans attirer le moindre soupçon. C'est comme s'il y avait : 
« Lorsque vous accoucherez les femmes hébreues se tenant sur 
les pierres, vous regarderez. . . » 

1 Hooker, /. of the elhnol. Soc. of London, 1869. 

a Wittkowski, loc. cit., p. 384. 

* Wittkowski, loc. cit. 

k Hureau de Villneuve, De l'accouchement dans la race jaune, Paris, 1863, p. 32. 

5 Ludolf, Eistoria aethiopica sive brevis et succincta descriptio regni Habessinorum, 
lib. I, c. xiv. 

6 Wittkowski, loc. cit. 



46 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Dans ces conditions, l'excuse des sages- femmes que : les 
femmes hébreues accouchaient avant leur arrivée, était vraiment 
sans réplique. En effet, cela équivalait à ceci : Arrivant trop 
tard, la sage-femme ne peut accomplir sa lâche, à moins d'un 
crime public. . . Aussi Pharaon se vit-il forcé, cette fois, d'avoir 
recours à ce crime et d'ordonner de jeter les enfants mâles dans 
le Nil. 

Cette signification naturelle de trïSN, deux pierres, est en 
accord complet avec le passage de Jérémie. Certes, le terme 
N21D par lequel le Targoum, comme le Talmud, traduit ici le mot 
û^3N, n'indique pas certainement une rotafiglina, puisque le mot 
peut signifier simplement un tronc de bois, comme dans : *pNT 
ïlttptô bïi "po ^pra SnipT 1 'prvtt. Mais il n'en est pas moins vrai que 
le mot irsa» paraît désigner un appareil composé de deux pierres. 
Seulement, comme le duel signifie, en hébreu, tantôt deux choses 
placées l'une sur l'autre, comme dans itts, trm, etc., tantôt deux 
choses servant ensemble, Tune à côté de l'autre, comme dans 
trnpb», û"*d:553, t^bw, etc., il n'est pas surprenant que le même 
duel serve à désigner un objet dont les deux parties ne sont pas 
toujours dans le même rapport, mais tantôt l'une à côté de 
l'autre, comme dans iraastti btf fma-n, et tantôt l'une sur l'autre, 
comme dans Jérémie. 

Cette coutume de s'agenouiller pendant l'accouchement est 
restée encore longtemps chez les Hébreux. Un passage de Sa- 
muel , où il est dit : « Elle s'accroupit et enfanta »*, est 
très probant à cet égard. En effet, il est impossible d'objecter 
que c'était un simple accident d'avortement, car l'auteur dit : 
nbb rm oros *-im -irtoi, c'est-à-dire qu'elle était à terme ; il 
ne peut s'agir ici non plus d'un accouchement prématuré, car 
l'auteur ajoute : r-itti d^nblin "pn» npbn ba rwwapn ïhn w:m 
rrna mb? iDsna 1:3 ibm ?-om nmi^n", c'est-à-dire que 
l'accouchement a eu lieu très rapidement, parce qu'une nouvelle 
doublement malheureuse a accéléré ses douleurs. Or, il est 
presque sans exemple qu'une émotion pénible provoque un accou- 
chement prématuré avec une rapidité telle que la patiente suc- 
combe à l'hémorrhagie consécutive, comme c'était, sans aucun 
doute, le cas ici. A terme, au contraire, de pareils accidents sont 
d'observation commune. 

Plus tard, avec le bien-être domestique et avec le raffinement 
des mœurs, la posture agenouillée sur le sol, un peu rude et assez 

1 I Samuel, iv, 19. 
8 I Samuel, ibid. 



ATTITUDES OBSTETRICALES CHEZ LES HÉBREUX 47 

mal commode, a dû céder à la position assise sur un siège ad hoc. 
Cela résulte nettement du passage suivant : 13'D73 TJ û'Oa naa ^ 
a Car les enfants sont venus jusqu'au machber l ». Il est vrai que 
beaucoup d'exégètes modernes pensent que ""laàTa désigne ici l'uté- 
rus ou l'orifice utérin. Mais cette signification nous paraît absolu- 
ment inadmissible, car, dans ce cas, la suite du même passage de- 
vient tout à fait incompréhensible. En effet, l'épuisement de force 
exprimé par rrrbb'pa rDi« point de force pour enfanter' 2 » n'existe 
jamais quand l'enfant est encore à l'orifice utérin, c'est-à-dire au 
début de l'accouchement; et puis, si l'accouchement n'a pas en- 
core commencé, que veut dire naM v traa "iaa t> ? « les en- 
fants sont arrivés jusque..? » D'ailleurs, un autre passage d'Isaïe 
prouve péremptoirement que *OM ne peut pas désigner l'utérus 
ou l'orifice uiérin. Le prophète dit : &m*> fcrrja mbi b^nn tnan 
'3fi "DT n^bttrn nb ban « Avant d'être en travail, elle a enfanté; 
avant de sentir les douleurs, plie a mis au monde un enfant mâle » 
"pnba te** vnswh Tbïan ia« ta» 'n "îw tVi& «bi -para tjhti 
« Moi qui fais accoucher, ne ferai-je pas enfanter 3 ?... » Or, si 
isnjn ne veut pas dire accoucher, d'où Tarçp celui qui fait ac- 
coucher ou accoucheur, et naOT objet à l'aide duquel on fait ac- 
coucher, c'est-à-dire siège obstétrical, quel sens faut-il attacher à 
l'exclamation tVin tfbi Ta©» "Wi? Si le prophète entend parler 
ici de Dieu comme d'une femme, ce qui est pariaitement ridicule, 
il aurait dû dire : nba »bi -natBK ^kït, et non pas tVw, qui est 
au hiphil et ne se dit jamais d'une femme. 

11 est même permis de croire que le naptt était un siège à bas- 
cule, comme celui qui est encore usité en Syrie, et que, une fois 
la tête de l'enfant à la vulve, c'est-à-dire en contact avec le 
na©E (d'où -nia» iv traa "itfa "o), le siège était renversé à ce mo- 
ment pour permettre à la parturiente de prendre la position 
demi-couchée, qui est celle qui convient le mieux pendant l'ex- 
pulsion. En admettant cette conjecture, la signification éty- 
mologique de naTO devient aussi claire que possible. 

Mais, quoi qu'il en soit de cette conjecture, la coutume d'ac- 
coucher sur un siège a dû, au cours des siècles, devenir uni- 
verselle parmi les Juifs; d'autant plus que, vers ce temps, les 
autres peuples, plus ou moins voisins, ont également eu recours à 
cette même pratique. Ainsi, pour ne citer qu'un seul exemple, 
Artémidore, qui a vécu vers le 11 e siècle de l'ère commune, parle 
déjà très clairement d'un siège à accoucher. 

1 Isaïe, xxxvii, 3. 

2 lsaïe, ibid. 

3 Isaïe, lxvi, 8, 10. 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

D'ailleurs, le Talmud mentionne très fréquemment le siège obs- 
tétrical, qu'il appelle naçiW, comme dans les passages suivants : 
n^itt di^To dïin "p» w ti "«a» ^dt ïrn btt -d-sei nba bo nos 
« Le trône de la fiancée et Je maschber de la partunente... R. Yosé 
dit qu'ils ne sont pas considéras comme les autres sièges 1 », et 
'■Di nac^n hy nizinro ïij'ïïw \saa *M2& *iaprr nrpns Tnwfitta 
« ...depuis qu'elle est assise sur le maschber 2 ». Il est même fort 
probable que, plus tard, chaque sage-femme avait son siège obsté- 
trical, comme cela se voit encore de nos jours dans l'île de 
Chypre, en Syrie, en Egypte et ailleurs, et qu'elle le faisait trans- 
porter dans la maison où elle devait s'en servir,, Ce qui permet de 
le croire, c'est l'importance sociale que la sage-femme parait avoir 
acquise vers cette époque. Ainsi, pour faciliter ses déplacements, 
on a institué que, le samedi, elle n'est pas soumise à la loi com- 
mune, comme cela ressort du passage suivant : vr» ab ttSTOtna 
rrn bab n»a treba paibïTE twd barb»a pn ppptt avn ba me pri 
3 '-D"i "ib^b naan ttttah qa isba *raba iba an. PourJa même raison, 
on a également modifié certaines lois en sa faveur. Ainsi il est dit : 
Vison knVwûi n=r»oai rirmii ïrnoai nV»o«a moa irnosn ûv 
*'iai b-isan ns b^n ïrnm ,tarpaB na ispit nban *jVîam '"bn. 
De même il a été décrété que la profanation du samedi est permise 
lorsque la sage-femme y invite, comme en fait foi ce passage : "p» 
naun iw^n nia ■pVtoi "pijott bas ,aia tara rronan r-ia 'piVro 
s maiD!-i pn irbj> ytyxm tanpttb aip^w n»on nb p-npi. 

Ce prestige de la sage-femme ne devait pas tenir uniquement 
aux services qu'elle pouvait rendre, mais aussi, peut-être, à ce 
fait qu'elle avait en sa possession un instrument, le siège obs- 
tétrical, dont on croyait ne pas pouvoir se passer. Aussi est-il 
fort probable que, grâce aux sages-femmes, l'usage du siège obs- 
tétrical a dû se maintenir fort longtemps chez les Hébreux. C'est 
ce qui explique peut-être pourquoi les premiers commentateurs ne 
voulaient voir dans ce mot û^aa autre chose qu'un ^aiatt. En effet, 
ils s'imaginaient que la coutume universelle de leurs contempo- 
rains était la seule naturelle, comme, de nos jours, il y a des gens 
qui croient que l'accouchement normal ne peut s'effectuer autre- 
ment que dans l'attitude du cubitus dorsal. 

Si, maintenant, nous voulons résumer en peu de mots cette 

1 Kélim, xxm, 3. 
" Sabbat, 129. 

3 Rosck Haschana, 23 b, et Eroubin, 45 a. 

4 Yoma, 73 b. 

» Sabbat, 128*. 



ATTITUDES OBSTÉTRICALES CHEZ LES HÉBREUX 49 

étude sur les positions obstétricales chez les Hébreux, il nous est 
permis de formuler les conclusions suivantes : 

I. Rationnellement, il ne peut pas exister, en obstétrique, d'a£- 
titude physiologique, c'est-à-dire instinctive. 

II. La multiplicité des attitudes obstétricales chez tous les 
peuples est un fait constant depuis la plus haute antiquité jus- 
qu'à nos jours. 

III. Les Hébreux paraissent avoir possédé toutes les connais- 
sances obstétricales que l'observation attentive peut faire acquérir. 

IV. La position agenouillée sur le sol est l'attitude qui paraît 
dominer chez les anciens Hébreux. Pourtant la position courbée 
sur les genoux d'une autre personne se rencontre chez eux éga- 
lement. 

V. Les théories les plus ingénieuses, quand elles s'obstinent à 
ne pas voir dans û^aas sa signification naturelle, ainsi que sa pa- 
renté, sinon son identité, avec le d^a» de Jérémie, sont impuis- 
santes à éclaircir le passage de l'Exode. 

VI. Le terme û^aa signifie certainement deux pierres dont se 
servaient les parturientes, comme d'un double appui, dans leur 
posture agenouillée pendant l'expulsion. 

VIL Le terme naiatt désigne un siège obstétrical, probablement 
à bascule. Au temps des prophètes, l'accouchement dans Vattitude 
assise sur un "îara parait avoir été d'un usage universel ; cet 
usage s'est maintenu chez les Juifs durant des siècles. 

VIII. Le grand prestige dont la sage-femme paraît avoir joui à 
l'époque talmudique permet de croire que chacune d'elles avait 
un sièg-» obstétrical propre qu'elle faisait transporter dans la 
maison où elle devait s'en servir. 

D. Schapiro, 

Assistant au service de kinésithérapie gynécologique 
à l'hôpital Beaudelocque. 



T. XL, N° 79. 



UN PRÉFET JUIF IL Y A DEUX MILLE ANS 



On ne possédait jusqu'à présent aucun document épigraphique 
relatif au temple d'Onias, qui a joué un rôle si curieux et si obscur 
dans l'histoire du judaïsme égyptien. Cette lacune est aujourd'hui 
comblée. M. Willrich vient de publier dans le premier fascicule 
de VArchiv fur Papyrus forschung un fragment d'inscription, 
malheureusement très mutilé, qui se rapporte incontestablement 
à ce temple. Le petit morceau de marbre, cassé de tous les côtés, 
est de provenance inconnue; en dernier lieu.il était encastré dans 
la toiture du consulat allemand au Caire; c'est dq là qu'il est entré 
au musée de Berlin. Hcibentsua fala lapilli! L'article de M. Will- 
rich, que je le remercie vivement de m'avoir communiqué, est 
intéressant et suggestif, malgré une légère nuance d'antisémitisme 
rétrospectif, qui déparait déjà son travail de début sur Juifs et 
Grecs avant l'insurrection macchabéenne. Mais il a glissé un peu 
vite sur le point essentiel, qui est la restitution et l'interprétation 
du texte épigraphique. Je crois d'autant plus nécessaire d'y in- 
sister qu'un estampage, que je dois à l'obligeante entremise de 
M. Seymour de Ricci, m'a permis de rectifier et de compléter sur 
quelques points les lectures de Willrich l . 

Le fragment, effacé par l'âge et les intempéries sur une notable 
partie de sa surface, n'offre plus aujourd'hui de complètement 
lisibles que les lettres suivantes : 

flIE 
XEÀKIOY2T 

OOYITnNENTniTEMEl 
IZTETIMHKO 
& TTÀYTniAlATOYA 

O0EN EAO 

ITPATHrON 
PY2HI2TE0 
ONYTTOTnNB 
10 APAOAETnP 

1 Willrich n'a rien lu à la 1. 1 et n'a pas noté la première lettre des lignes 3, 5 
et 9. A la 1. 10, il transcrit NAOAETQI. La première lettre de la 1. 4 (devant 1) m'a 
semblé par moments être un E, mais je ne saurais que taire de £içTSTiu.y)xo. . . Les 



UN PRÉFET JUIF IL Y A DEUX MILLE ANS 51 

Ce qui frappe tout d'abord dans ce texte, ce qui l'éclairé immédia- 
tement d'une lumière décisive, c'est le nom propre XeXxtou, génitif de 
XeXxcaç,â la 1. 2. Ce nom juif (l'hébreu Hilkiah) est porté dans l'his- 
toire par un seul personnage : l'un des fils dOnias, fondateur du 
temple de Léontopolis. Helkias et son frère Ananias jouirent, sui- 
vant le témoignage de Strabon ', de l'extrême faveur de la reine 
Gléopâtre (III), veuve de Ptolémée (IX) Physcon. Aussi, dans la 
guerre que celle-ci fit, dans l'île de Chypre, à son fils Ptolémée 
Lathyre, au milieu de la défection générale des troupes de la 
reine, seuls les « Juifs du pays d'Onias » lui restèrent fidèles. Un 
peu plus tard, quand Cléopâtre attaqua Lathyre en Palestine, 
Josèphe rapporte qu'elle mit à la tête de son armée Ananias et 
Helkias. Ce dernier périt au cours de la campagne 2 . 

M. Wilcken, qui, le premier, a étudié notre inscription, a conclu 
sans hésiter à l'identité du Helkias de la pierre et du Helkias des 
historiens; ce n'est pas moi qui y contredirai. Willrich va plus 
loin et veut que le personnage honoré dans l'inscription soit 
Helkias lui-même; je me refuse (avec Wilcken) à le suivre dans 
cette voie. En effet, nous sommes manifestement en présence d'un 
spécimen de la classe si fréquente des décrets honorifiques : les 
considérants vont jusqu'au milieu de la ligne 6, où le lapicide a 
laissé un blanc (omis à tort dans la transcription en minuscule de 
Willrich); le dispositif commence ensuite avec le mot consacré 
!8o[êev]. Or, à l'époque hellénistique, malgré d'infinies variantes 
dans le détail de la rédaction, les considérants d'un décret hono- 
rifique rentrent toujours dans la formule générale : « Attendu 
qu'un tel, fils d'un tel, nous a rendu tel service. «Dès lors, puisque 
le nom Helkias est au génitif (XsXxt'ou), ce n'est pas Helkias qui est 
le bienfaiteur et le bénéficiaire, mais le fils d'He kias, dont nous 
ignorons, d'ailleurs, le nom; peut-être s'appelait-il Onias comme 
son ai^ul, ou Simon comme un de ses ancêtres. 

M. Willrich objecte à cette interprétation que la ligne 2 doit se 
restituer XeXxfou ^[paT^you], qu'à la 1. "7 nous voyons que le béné- 
ficiaire était ffTpaTTjyoç, et que, dès lors, si le fils du stratège 
Helkias avait été lui-même stratège, « Josèphe n'aurait pas 
manqué de mentionner et de vanter ce personnage ». 

Il y a plusieurs erreurs graves dans ce raisonnement. 

D'abord, la 1. 2 peut ou plutôt doit se restituer non pas XeXxtou 

lettres sont de dimensions très variables, mais régulièrement formées. Les plus ca- 
ractéristiques sont l'E dont la barre moyenne est remplacée - par un gros point, et 
le I qui dépasse sensiblement en bauteur les autres lettres. 

1 Strabon ap. Josèpbe, XIII, 10, 4. 

» Josèphe, XIII, 13, 1. 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ffT[paTY)Yoiïj, mais ['Ovi'aç?] XeXjc'ou, ffx[paTTjY<iç] ; dès lors elle est en 
parfaite harmonie avec la 1. 7 : c'est toujours le môme personnage, 
r« honoré », qui est qualifié de <7ToaTTjYoç ; quant à son père, nous 
n'apprenons que son nom. 

En second lieu, le mot cTpaT^yoç, dans la langue ptolémaïque 
de la fin du n e siècle av. J.-C, désigne non un général, comme 
parait le croire Willrich, ce qui se dit ^y 5 ^ ^ ma ^ s un fonction- 
naire civil, un préfet l . Helkias avait été général en chef, son fils 
était simplement préfet; c'est un poste honorable, mais qui n'a 
rien de particulièrement éclatant : il y en avait en Egypte au 
moins quarante 1 Si donc le fils d'Helkias n'a jamais rempli de 
fonction plus en vue, on ne s'étonnera pas que les historiens 
grecs l'aient passé sous silence; or, Josèphe — on ne saurait trop 
le répéter — ne sait de l'histoire des Juifs d'Egypte que ce qu'il 
en a lu chez les historiens grecs, Strabon, Timagène, Apion, etc. 

De même que Willrich s'est trompé sur la personne honorée 
dans notre décret, il n'a pas su résoudre ou plutpt il ne s'est même 
pas po.^é la question de savoir qui décernait ces honneurs. Et cepen- 
dant la pierre nous fournit les éléments de la réponse. A la 1. 3, 
dit Willrich, devant les lettres bien conservées TON apparaissent 
vaguement quelques traces de caractères OYN ou OYZ- Ces 
caractères, Willrich n'en a tenu aucun compte dans sa transcrip- 
tion et a fini par douter de leur réalité. Pourtant l'estampage 
montre bien clairement non seulement OY2, mais bien 0OY2, et 
suggère la restitution tou TtXrjGouç :àiv ev xùk T£jxÉ[v£t xaTotxouvxiov. 
Le mot T£jx£V£t a été bien complété par Willrich; il a compris qu'il 
ne pouvait s'agir que du district sacré où s'élevait le temple 
d'Onias ». Mais, faute d'avoir suppléé tou 7tXt5]6ouç, il n'a pas tiré la 
conclusion nécessaire. Si le personnage honoré est loué, dans les 
considérants, d'avoir obligé « le peuple du téménos », c'est bien 
sûrement que le décret lui-même émane de ce peuple. Notre pierre 
provient donc du temple même de Léontopolis, situé à peu de dis- 
tance du Caire (180 stades de Memphis selon Josèphe). 

Willrich s'est livré, à propos de notre décret, à d'ingénieuses, 
mais bien hypothétiques considérations sur l'organisation mili- 
taire qu'avaient reçue les xarotxcat ou colonies juives échelonnées 
entre Péluse et Alexandrie pour défendre l'entrée de l'Egypte 
contre les Syriens. Il n'a pas insisté sur une conséquence beau- 
coup plus certaine qui résulte du texte même : c'est que la 

1 Voir, par exemple, Lumbroso, Economie politiçue de l'Egypte, p. 260 suiv. 

2 Josèphe, Bellum, VII, 10, 3, § 429 Niese : xô lï Té(j.£vo; 7tôtv br.-z% 7r>:v6o) rcspi- 
T£T£tyicTO. . . Ib., 10, 4, § 434 : outs upodiévai tw tspiva — eçf/xev. Livres Sibyllins, 
V, 492 (Alexandre) : ôeûxe ôeoû tepLevo; xaXov <7Tvi<7to(j.ev àXr,9é;. 



UN PRÉFET JUIF IL Y A DEUX MJLLE ANS 53 

xocxoixta d'Onias formait un véritable organisme politique, capable 
de rendre et de publier des décrets, disposant d'un budget suffi- 
sant pour décerner à un bienfaiteur une couronne d'or (I. 8). Ce 
fait est d'autant plus remarquable que les Ptolémées en général 
s'étaient montrés moins favorables à l'autonomie des centres ur- 
bains. Seules, parmi les villes d'Egypte, Ptolémaïs et peut-être 
Naucratis étaient de véritables cités; Alexandrie n'avait pas d'or- 
ganisation municipale. Je ne suis pas certain que le district 
d'Onias méritait complètement d'être appelé une -KÔhç, ou, comme 
la communauté des Juifs de Bérénice en Cyrénaïque, un ttoXi- 
Teufxa 1 . Mais, en tout cas, c'était un xotvov, comme d'autres xarot- 
xtat d'Asie Mineure -, et c'est probablement ce terme qu'il convient 
de rétablir à la ligne 6 de notre décret. 

J'ajouterai encore deux remarques : 

1° Puisque le préfet, honoré d'une couronne d'or par la commu- 
nauté d'Onias, a été en mesure de servir les intérêts de cette 
communauté, il doit avoir été préfet du département même où 
était situé le temple, c'est-à-dire, comme nous l'apprend Josèphe, 
du nome d'Héliopolis. Il n'est pas invraisemblable que le gouver- 
nement ptolémaïque ait, à diverses reprises, attribué ces fonctions 
à un membre de la famille d'Onias, à un des chefs du sacerdoce 
juif de Léontopolis; ainsi pourrait s'expliquer la phrase singulière 
de Josèphe d'où il semblerait résulter que le nome d'Héliopolis 
tout entier avait été attribué à Onias et à ses descendants 3 . 

2° A la 1. 9, on ne peut guère restituer que T£xaY{J.évo]v ou 
TeTifnr][jt.£vo]v u7rb tojv gfastÀscov, et ces pa<nXe?ç ne peuvent guère être 
que Cléopâtre III et son fils Ptolémée (XI) Alexandre I er . Cela date 
notre inscription entre l'année 108, où Cléopâtre plaça Alexandre 
sur le trône au lieu de Lathyre, et l'année 101 (?), où Alexandre 
se débarrassa de sa mère 4 . Si l'on admet ma restitution de la pre- 
mière ligne : etou]ç ts' [tou xaï tS'j 5 , la date se trouve rigoureuse- 
ment fixée à l'an 102 av. J.-C. Si l'an 15 est celui d'Alexandre, la 
date sera 99. 

1 Corp. inscr. graec, 5361 = Schûrer (3 e éd.), III, p. 42. 

1 Par exemple Selendi près de Thyatire, inscription publiée dans le MouorcTov de 
Smyme, 1885/6, p. 41 (= BCH., X, 420; Meyer, Hermès, XXXIII, 643) : [ëSoÇs] 

Ttô XOIVO) TtOV XOCTOIXWV. 

s Bellum, VII, 10, 3, § 426 Niese : irsiaOec; ITro).eu.ai:o; toi; Uyouivot; otocoaiv aù-rû 
(à Onias) ytôpav éxatov eut io~ç oyoo^x.ovTa GTaoiou; à7T3}(ouaav Msu-çeto; * vou.o; S'oijto; 
*HXt07ro),cTr t ; xaXeTxai. Dans la Géographie de Ptolémée, IV, 5, 53, on lit: l Yi)xoTZo\iz-f\^ 
vou.6;, y.xi ur 1 Tf6T:o) I i; 'HXiov y; 'Ovîou. On interpièle généralement ce dernier mot 
comme l'équivalent du nom sémitique On (Gen., xi.i, 45; Ezéch., xxx, 17), qu'où 
identifie avec Iléliopolis : cela me parait infiniment douteux. 

4 La date 101 est adoptée par Strack,2)i'e Dynastie der Ptolemâer, p. 57. Pour la date 
90 se sont prononcés Sharpe, Mahaffy, The empire of ihe Ptolemies, p. 414 suiv., etc. 

5 Cléopâtre compte ses années régnales à partir de la mort de Physcon (116), 
Alexandre à partir de son installation comme roi de Chypre, trois ans plus tard. 



54 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Sous le bénéfice de ces observations, je propose la restitution 
suivante de la a pierre d'Helkias », restitution forcément très 
incertaine dans le détail des mots, mais dont le sens général me 
parait à peu près assuré : 

"Eto]uç te' [toïï xaî 16'] 

'EtteiSti ô 7)[AÉTepoç ttoXiTTjç? 'Oviaç?] XeXxfou, ffrfpaT^Y^ T °S 'HXtoito- 

XlXOU VÔjXOU, 7roXXv]V 
7rpovotav 7iot£Ïxai ôwep xou 7tX7J]0ouç tûv êv xûn xejjtifvet xaxoixouvxcov 

'IouBauov xal 7roXXàç ^petaç auxoîç 
7capé<r^7jxev àyaôà cupiêouXeucov xojTç xextpnrjxd[criv aùxbv (3a<xiXeuartv . . . . 

5 ] aùxùn Sià touS[s tou ^7]<pi<7[xaxo<;?. . . . 

iraxpjôôev • v EBo[£ev xàk xoivùh xûv xocxot- 

xouvxtov év xàk xejxévet 
'Iou5a(a)V é7catv9j(rai 'Ovtav? XeXxfoo, jaxpax-rjYOv [xou *HXt07toX(xou 

VO(JLOU 

xaWxe<pavouv aûxov ^]pu(jSi crxe(p[àvo)i àub. . . . 8pa^(xôiv 

xexayjxévo V]v ôub xGv ^[aàiXécov 

àv]Spa * 6 81 T<oê[iaç * 

Traduction : 

An 15 (de Cléopâtre) qui est le 12 e (d'Alexandre), mois 

Attendu que notre compatriote Ouias (?), fils de Helkias, préfet 
du département d'Héliopolis, témoigne une grande sollicitude pour 
le peuple des Juifs habitant dans le district sacré et leur a rendu 
de nombreux services en conseillant utilement les rois qui l'ont ho- 
noré de leurs faveurs, (attendu qu'il convient de) lui (montrer) par 
le présent décret (L'estime que nous faisons de ses vertus qu'il 
tient) de son père : 

La communauté des Juifs habitant dans le district sacré a décidé 
de louer Onias (?), fils de Helkias, préfet du département d'Hélio- 
polis, et de le couronner d'une couronne d'or du poids de ... 

drachmes (et d'inscrire sur une stèle) : « (La communauté des 

Juifs du district sacré honore) l'homme (illustre) préposé par les 
souverains (Onias? fils de Helkias) » ; etTobie (greffier de la commu- 
nauté, fera graver le présent décret dans l'enceinte sacrée.) 

Théodore Reinach. 



• La restitution TQB[ia; me paraît certaine. La lettre qui suit Q ne saurait être I, 
1° parce qu'elle ne dépasse pas l'alignement, ce qui est toujours le cas des I de notre 
inscription; 2° parce qu'on aperçoit un commencement d'arrondi à la partie supé- 
rieure. Quoique l'arrondi inférieur ait totalement disparu dans la cassure, comme 
TQP serait un commencement impossible, TQB s'impose. Cp. pour des dispositions 
analogues l'inscription de Lissa (Denkschriften de l'Académie de Vienne, 1897, p. 19) : 
auvTeXesaTto Se xaùxa ô sçeotyixw; Aetov. 



LA BIBLIOTHÈQUE D'UN MÉDECIN JUIF 1 



Dans le dernier numéro de la Revue (t. XXXIX, p. 242 et suiv.) 
M. Israël Lévi a publié le catalogue fort intéressant des ouvrages 
composant la très riche bibliothèque d'un médecin juif de Ma- 
jorque. Il est resté une autre nomenclature, de moindre impor- 
tance, sur une feuille qui provient sans doute de la gueniza du 
Caire, et qui a été mise à ma disposition, comme la liste dont il a 
été parlé ci-dessus 2 , par M. Elkan N. Adler de Londres. Si la liste 
d'ouvrages datant du siècle de Saadia contient, avec quelques ex- 
pressions peu claires, des noms d'ouvrages bien connus ou faciles 
à reconnaître, celle que nous avons sous les yeux ne renferme 
presque exclusivement que des noms d'auteurs et des titres d'ou- 
vrages inconnus. L'accroissement que procurent ces noms et ces 
titres à la science de la littérature est très problématique, la liste 
ne nous fournissant pas d'indication au sujet du lieu d'origine et 
de l'époque des auteurs qui y sont nommés. Néanmoins telle 

1 Les caractères arabes employés dans cet article viennent de l'Imprimerie Nationale. 

» Voir Revue, t. XXXIX, p. 199 et s. — Au sujet de rpJNTn (p. 202), M. Adler 
m'écrit : « J'ai acheté à Mexandrie un Mihtor manuscrit pour les jours de fête por- 
tant ce titre : nV3Tn *I3D et celui de Û^bsi JûblZîb N^3Tn. C'est le Minhag de 
Corfou ; mais il est moderne, peut-être du xvn* siècle. » — Quant aux tnNINJtV 
(p. 208), M. Adler m'écrit : t Un des manuscrits que j'ai achetés à Alep contient 
D^pTODI Q^DITDTD sur les sections sabbatiques du Peutateuque. Ne faut-il pas en- 
tendre minbb rWl&WST comme des poésies liturgiques sur les sections du Penta- 
teuque? » Au sujet de PNWOK (p. 208;, M. Nôldeke, de Strasbourg, m'écrit : 
• Je crois que l'explication de PNTN"Dtf proposée par vous avec réserve est exacte, 
car P1DX peut s'expliquer (par exemple, Targoum sur Yona, m, 7, et Peschitto sur 
Yona, m, 2, 7) dans le sens de « prêcher », par suite NPT1DK (îrnSn) pouvait 
aussi recevoir une signification semblable et se traduire en arabe par \\-S\ ou 
*j'j5l .. Au sujet de ^"INnD, M. Nôldeke dit : « jynNlD laisse bien présumer 
que ceux qui formèrent ce pluriel redoublaient réellement le ^ de ÏT£5"lD, ÏT£3^13 
forme qu'il faut bien accepter comme forme primitive, si la vocalisation MU31S 
doit être exacte. » Au sujet de nXTN"DN, je remarque encore que là où Saadia 
parle, dans Amûnât, de la signification des sabbats et des fêtes, il désigne la prédi- 
cation do ces jours par les mots L.** l>*>t>£jj (éd. Landauer, p. 117, t. 14). Ibn Tib- 
bon traduit ces mots par UTC2 inD 1 !. 



56 REVUE DES ETUDES JUIVES 

quelle, elle mérite d'être publiée et d'être rendue accessible aux re- 
cherches ultérieures des érudits en la matière. 

La feuille qui la contient a 0,23 centimètres de longueur et 
0,16 centimètres de large ; elle a été pliée dans le sens de la lon- 
gueur. Des quatre colonnes ainsi formées, la quatrième est 
blanche et la troisième n'est remplie qu'en partie. En tête de la 
première colonne se trouve la suscription suivante : 'pa s^aa sa 
(■p* nrrw =) 3>"3 rrn-jba T*b« la ^sinabb nnasiba. Gela signifie : 
« Ce qui a été mis en vente en fait de livres du défunt médecin 
Abou'l 'Izz, qu'il repose dansl'Eden ». C'est donc une espèce de ca- 
talogue d'une bibliothèque vendue aux enchères, après décès. 

Les titres des ouvrages sont inscrits ensuite de façon que 
chaque ligne contienne un titre. Nous avons fait précéder chaque 
titre d'un numéro d'ordre. C'est seulement dans quelques cas 
que nous avons dû marquer par des points qu'un mot nous a paru 
illisible 1 . 

■pribN *naa *by t-piûena * i 

baon w p mabs "D grabat ^b* nmian yp&« û^bnn 2 

■nbba Npa ir-OTa û'^pi ta^ 3 

-îanba *by tmain *-rb«i nanaa la^iN-n 4 

■pabnb» ■'bj ia *piDbK -nanbK 5 

tmbK 10a i-mnbK towi 6 

tpbKnbN la û^iûi -ido 7 

attaxbtt tifiona ^b* n^bon 8 

l?)-»bDnb8 ">b* misa 9 

ItnbN ntta ^b* jara-n nbuia iîti "vosn 10 

Tnbnb» tue» ia *b* r-naœ nban (?) m« 11 

barn w p a-isba ia r-n...b« 12 

ï-rpnbK "»bs> r-nmbo nnsi 13 (Col. 2) 

■vonaba aneba ia -»by i3-i:Mb* ia (?)*jnth ba 14 

t\ov mn -6* r-nbwa 15 

«ma ^ ia 16 

nabnba n^a ^by ^naoa bapTrr (?) mis 17 

inab« )onbM na ma-nan 18 

■nbb» «pa -a*a lanaa 19 

"P'rbK *w -pONsm lama 20 

■pabnbK ^b? ia (?) Mtpba ai» aana 21 

bxoba ia *ja sjov hin^bo naa: 22 

•pi-iba ^b* rrawa d-nsip 23 

1 La liste, sauf une exception, n'a pas de points diacritiques au-dessus des lettres 
des mots arabes. 
s Devant rPTDfiHa le mot "pODrî paraît avoir été effacé. 
3 =« «jv^bN, n" 23 et 35. 



LA BIBLIOTHÈQUE D'UN MÉDECIN JUIF 5i 

TabnbN nissa 13 cas^rt î-tbao 24 

•nbb» Np3 cnpttbb ^NDbabN a«ro 25 

^b* 13 *pu5bN (?)^-ina l?)^Bbo» -rosn 26 

TTabnbK ^b* 13 p3^b^ rnia 27 (Col. 3) 

a«3itb« ï-iwia ^b* r-nœ-ntt an^a» 28 

iDitBEbN imbN ^b* nmo 29 

rwottobN nao-n ^by r-irvatY' 30 

jmb» lofcmtt 3n»a» 3t 

3^733» rrbsn 32 

i-ipnba yMttn n£Y» 33 

œnizîabN ^by pamen 34 

•p*nbK ■»?* y»3n»a» 35 

Cette liste est écrite en caractères cursifs avec beaucoup de liga- 
tures, qui ne sont pas toujours équivalentes; pour cette raison, les 
mots marqués de points ou de points d'interrogation me pa- 
raissent douteux ou illisibles. De même, je ne puis lire exacte- 
ment les chiffres qui accompagnent chaque numéro et qui 
indiquent sûrement le prix de chaque ouvrage. A la fin de la troi- 
sième colonne, il y a encore une notice contenant les noms de 13 
■nbbN ap3 ib* 13 aisba et sous chaque nom un chiffre désignant 
peut-être la somme atteinte par les ouvrages des trois auteurs 
mentionnés (voir plus loin III, IV, V). 

Si nous passons maintenant au contenu de la liste et aux noms 
d'auteurs, nous nous trouvons, avec un sentiment voisin de la stu- 
peur, en présence d'une société qui nous est absolument étran- 
gère. Le guide si utile que notre grand maître, M. Steinschneider, 
a composé récemment pour la nomenclature des auteurs judéo- 
arabes (dans la première partie de son Introduction à la littérature 
arabe des Juifs, Jewish Quarterly Review, vol. X-XII) nous 
montre tout au plus que les noms arabes que nous trouvons sur 
cette liste étaient usités par les Juifs, mais pas un seul des au- 
teurs mentionnés ici avec l'indication de leur ouvrage ne se 
trouve mentionné ailleurs. Comme unique élément connu dans cette 
masse d'auteurs inconnus, on peut, avec une grande vraisemblance, 
mettre à part le n° 7. En effet, sous la dénomination de tpbanba on 
peut comprendre avec certitude le Mischné Tora 1 de Maïmonide, 
et le û'rç» nsD est le quatrième des quatorze livres de cet ou- 
vrage. Nous aurions donc là un terminus ad qaem déterminé, 
quant à l'époque à laquelle appartient la liste et où a vécu le méde- 
cin Aboul e Izz, propriétaire des ouvrages qui y sont mentionnés. 

1 Voir Goldziher, Stndten iiber Tanchum Jeruschalmi, p. 36. 



58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Pour l'époque des auteurs mentionnés dans cette nomenclature, il 
n'en résulte aucune indication, les ouvrages que le médecin en 
question possédait dans sa collection pouvant être aussi bien des 
œuvres plus anciennes que des ouvrages contemporains. 

Les auteurs nommés dans notre liste et appartenant désormais 
à l'histoire de la littérature juive, quoiqu'on ignore provisoi- 
rement où et quand ils ont vécu, sont les suivants 1 : 

I. — "jirDbK ïonba 13, Aboul Hassan Ha-Kohen : Consultations 
rabbiniques (n° 18). 

II. — Tfcbnbs Tûttfc 13, Abou Mançoûr le disciple. Une fois le 
mot 13 est omis pour ce nom (n° 17). Cependant c'est le même per- 
sonnage qui y est désigné (Au sujet d'un Abou Mançoûr d'Egypte, 
voir Steinschneider, /. Q. R., XI, 141). Ses écrits sont les sui- 
vants : 

Un commentaire sur l'Exode ou peut-être seulement sur la pre- 
mière section de ce livre (n° 11) ; 

Un commentaire sur le livre d'Ezéchiel, en deux éditions 2 ou 
exemplaires (n°17) 3 ; 

(Un commentaire sur) Weêlê-Hamischpatim, la sixième section 
sabbatique de l'Exode, faisant, par conséquent, partie de l'ouvrage 
cité en premier lieu (n° 24). 

III. — TttbnbN "hy la, Abou Ali le disciple. Une fois cet auteur 
est appelé seulement Abou Ali (n° 16) ; une fois le nom est précédé 
de la dénomination ^laba (le maître, l'ancien), n°o ; une autre fois 
cette dénomination se trouve seule (26). Ses écrits sont les sui- 
vants : 

Alhâwi (n° 5). C'est le nom que portait le dictionnaire du Gaon 
Haï. Peut-être Abou Ali a-t-il également composé un dictionnaire, 
en lui donnant le même titre. 

Midrasch (n° 16). Il n'y a pas moyen de déterminer ce qu'on en- 
tend par ce titre. Il est possible qu'on ait voulu désigner un Com- 
mentaire sur un ouvrage midraschique ou un travail midraschique 
personnel, tel qu'une homélie. Cf. «m» et rmmto dans la « vieille 
liste de livres », Revue, XXXIX, p. 203. 

La seconde partie du titre du livre cité sous le numéro 21 n'est 
pas sûre. La première partie du titre permet de classer l'ouvrage 

1 Le nom de l'auteur des ouvrages est précédé le plus souvent, dans cette liste, du 
mot "ky. Quelquefois cette expression est omise. Une fois (n° 16) il y a d'abord le 
nom de l'auteur, puis celui de l'ouvrage. 

* {J ^x.^à; voir Revue , XXXII, p. 127, ligne 13. 

3 La version Hltt) dans ces deux numéros n'est acceptée par moi que dubitative- 
ment, tandis que dans le n° 27 ce mot se trouve écrit clairement. 



LA BIBLIOTHÈQUE D'UN MÉDECIN JUIF 59 

parmi les livres de morale ou dans la littérature d'éthique popu- 
laire. 

La première partie du titre de l'ouvrage placé sous le n° 26 
*rosn « explication, traduction », est la seule qui soit compréhen- 
sible. Le reste est sans doute lisible, mais incompréhensible 
pour moi. 

Le n° 27, qui est un commentaire sur T'Anâk, nous offre une sur- 
prise. Par le mot pw on peut avoir voulu désigner le poème gram- 
matical de Salomon ibn Gabirol, aussi bien que l'ouvrage de Moïse 
ibn Ezra appelé uyrçnn. Il est probable que c'est ce dernier qui est 
ici visé, car, d'une part, il est difficile de croire que le poème d'Ibn 
Gabirol, dont le commencement seul nous a été conservé dans 
le Mahbéret de Salomon ibn Parchon, soit devenu le sujet d'un 
commentaire ; d'autre part, l'ouvrage de Moïse ibn Ezra, avec 
ses homonymes, qui ne sont pas toujours compréhensibles à pre- 
mière vue, exige un commentaire. 

IV. — baro M "p snoba in, Aboûlfaradj, fils de Rabbi Daniel. 
Une fois (n°2), ce nom est précédé du titre •■ptoba ; une fois (n° 19), 
il y a simplement :nsb« ia, mais par l'expression TOiïïbN « le men- 
tionné » on renvoie à la dénomination précédente plus complète. 
Ses ouvrages sont les suivants : le livre des Psaumes incomplet 
((jaib) et le commentaire sur ce livre. Il s'agit donc d'un commen- 
taire incomplet sur les Psaumes (n°2). — Il ne m'est pas possible 
d'identifier le titre de l'ouvrage portant le n° 12. La lettre du 
milieu ressemble à un *, mais que signifierait le mot ï-wba ? 

De même, je ne donnerai pour le n° 14 la leçon *jnth btt que sous 
réserves. Je ne puis expliquer ce que le nom d'Abou Ali qui se 
trouve ici peut désigner; *iiy (arabe) est facile à reconnaître. 

V. — "nbba apa, Bakâ Ha-Lévi (comparez à ce nom Ibn Baqa 
et Aboûl Beqa, Steinschneider, J. Q. #., X, 137 ; XII, 121). Ses 
ouvrages sont : 

Naschim et Kodaschim, c'est-à-dire la troisième et la cinquième 
parties de la Mischna (n° 3); c'est probablement un commentaire 
sur ces traités. 

Bamidbar, les Nombres (n° 19). L'expression qui suit : •wa, 
« sens, contenu », doit sans doute désigner un commentaire ex- 
pliquant le contenu, et non la partie philologique du texte biblique. 
C'est ainsi qu'Abraham ibn Ezra a distingué, dans quelques-uns de 
ses commentaires, l'explication philologique robttrt idttd de l'inter- 
prétation du contenu ùwatt iûttb ; 

Un glossaire de l'Ecriture sainte. Par yasbaba sans », il faut en- 

1 C'est-à-dire &NBbttbK 1&UW1). 



60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tendre, non un dictionnaire où les mots sont rangés alphabétique- 
ment suivant les racines, mais une explication des expressions sui- 
vant les livres de l'Ecriture sainte et leurs chapitres comme il en 
a été composé sur la Mischna (Cf. Revue, XXXIX, 203). 

VI. — 'iKDfcûb» nwia, Barakat le courtier (voir ce nom, Stein- 
schneider, J. Q. R., X, 138; XI, 135). Le n° 30, nmrp, c'est-à- 
dire des poèmes liturgiques, porte son nom. Cf. la forme arabe de 
ce mot, plus haut, p. 42, note 1. 

VIL — aaaxba rwa, Barakat le teinturier. 

Le titre portant le n° 8 habsn est peut-être la métamorphose 
arabe de l'hébreu i-nbsn et signifie « prières ». 

Le n° 28 lui attribue une collection de Midraschot (sur ywatt, 
voir Revue, XXXIX, 201). Voir notre remarque sur le n° III. 

VIII. — ïtnba ^a, Bîschr l'officiant. (Voir ce nom chez Stein- 
schneider, /. Q. R. % X, 138; XII, 196.) 

Les ouvrages portant ce nom sont : 

Un commentaire (ou traduction) sur la Genèse ou sur le i er cha- 
pitre de ce livre (n° 1); 

Un commentaire (ou traduction) du Pentateuque (n° 6) ; 

Un commentaire sur Wayehi beschallah et sur Wayyischma, 
c'est-à-dire sur les quatrième et cinquième sections sabbatiques de 
l'Exode. Evidemment dans le n° 6, l'ouvrage entier, dont le n° 6 et 
le n° 10 contenaient des parties, est nommé. 

IX. — t\ov nrm, Notre maître Joseph. 

Le n° 15 contient des « Questions » de lui, sans doute des ques- 
tions halachiques et les réponses qui y ont été faites. Cf. les Con- 
sultations d'un R. Joseph dans la « vieille liste de livres » 
(XXXIX, 204). 

X. — b^sba *n fa tpv, Joseph b. Aboûl Fadhl (voir ce nom 
chez Steinschneider, J. Q. R., XI, 592). 

Une copie de Selihot (n° 22) porte ce nom. 

XI. — 1 tribal D^rra, Mahâsin l'officiant (voir ce nom chez Stein- 
schneider, /. Q. R., XI, 137 : là c'est un contemporain de Maï- 
monide). 

La collection (sn^iï, voir VII), indiquée par le n° 31, lui est 
attribuée. 

XII.— ^pnba (c'est-à-dire ïipnba, itfiJî) Al-Thika « confiance ». 
Ce nom ne se rencontre pas chez Steinschneider. 

Il y a de lui : 

Un livre de Selihot (n° 13) et une collection de prières pour les 
fêtes (nsv = nrrrp, n° 33). 



LA BIBLIOTHÈQUE D'UN MÉDECIN JUIF 61 

XIII. — Un officiant désigné seulement par son surnom « le trou- 
blé » (ttllBEb», ySyUÎ)- 

Il y a de lui deux numéros : un Siddour (n° 29) et des pages 
de contenu indéterminé (n° 34). 

XIV. — Le nom marqué d'un point d'interrogation portant le 
n° 9 se trouve à côté d'un titre d'ouvrage mïti, qui désigne certai- 
nement un ouvrage sur les commandements bibliques (mstttïi 'o). 

XV. — L'expression nnnbtf, le savant 1 , a été trouvée suffi- 
sante par l'auteur de la liste pour désigner l'auteur du n° 4. Les 
contemporains savaient probablement qui on a voulu désigner. Ce 
numéro contenait des homélies ou Deraschot sur les Nombres et 
le Deutéronome. Au lieu de l'hébreu miOTr, on a employé le plu- 
riel arabe uyn&W, qui forme une intéressante analogie avec l'ex- 
pression lûi-ians dont il a été parlé plus haut (XXXIX, 208, cf. 
p. 42, note 1). 

XVI. — Il en est de même de la dénomination fwi Va « le Juge », 
dénomination du chef religieux de la communauté, comme plus 
tard celle de rabbin. C'est elle qui désigne l'auteur de trois 
numéros. 

Ceux-ci contiennent : 

Midrasch et interprétation de la Bible (n° 20). 

Kodaschin, c'est-à-dire la cinquième partie de la Mischna, 

sans doute avec un commentaire (n° 23, voir V). 
Deux collections (n° 35, voir VIII). 

Dans la liste d'auteurs qui précède, la dénominaton de « dis- 
ciple » comme nom honorifique (voir II et III) est particulière- 
ment frappante ; celle-ci s'accorde même avec la dénomination du 
numéro précédent ^tub» (= Ipîtt). En outre , il faut remarquer 
l'importance des officiants qui sont désignés expressément 
comme tels (VIII, XI, XIII), ou chez lesquels on peut supposer 
cette qualité en raison des ouvrages portant leur nom (X, XII). 
Deux personnages désignés par leurs professions, Barakât, le 
courtier, et Barakât, le teinturier (VI et VII), étaient probablement 
aussi des officiants. Et il n'y a pas une trop grande hardiesse à 
admettre que le médecin Aboûl 'Izz, qui a laissé ces ouvrages 
d'exégèse biblique, de philologie, de science talmudique et surtout 
de liturgie, a aussi exercé les fonctions d'officiant. 

W. Bâcher. 

Budapest, 25 février 1900. 
1 Voir Monatssehrift, XL11I, p. 360. 



LA BIBLIOTHÈQUE DE LÉON MOSCONI 

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE 



Pour expliquer la forme de cette notice, il me faut la faire pré- 
céder d'un mot sur son origine. Le 10 décembre 1899, M. Israël 
Lévi eut la complaisance de m'envoyer les pages 254-60 du n° 78 
de la Revue des Études juives, où il avait ajouté en marge les 
titres hébreux qu'il avait identifiés à première vue, en me priant 
de rectifier et de compléter ses identifications. Je lui proposai de 
publier le texte seul et lui envoyai mes identifications d'environ 
25 articles, proposées aussi à première vue, sur une feuille qui 
fut perdue. Sans attendre la publication de la Revue, et supposant 
qu'elle ne donnerait que le texte, je rédigeai une liste complète 
des ouvrages, en adoptant toutes les identifications de M. Lévi qui 
me paraissaient justes; par la suite, j'ai pu remplir presque toutes 
les lacunes, même celles que j'avais désignées comme très douteuses 
(p. 249, note). Cependant M. Lévi, de son côté, a rempli des lacunes 
et la plus grande partie de la même manière que moi, et cette 
coïncidence me semble avoir quelque valeur pour la justesse de 
nos conjectures. Il ne reste à présent que très peu de titres 
d'ouvrages à déchiffrer. Quant aux auteurs, lesquels ne sont point 
nommés, excepté dans très peu d'articles, où ils représentent le 
titre, il est difficile de décider ceux qui ont droit à la paternité des 
ouvrages, étant donnée la multiplicité des livres portant le même 
titre. Je crois que la qualité du possesseur de la bibliothèque, 
qui était médecin, doit faire pencher pour les livres et auteurs 
traitant de sciences connexes à la médecine, mais je n'avance mes 
conjectures qu'avec réserve. Une discussion des quelques diffé- 
rences qui distinguent les identifications de M. Lévi des miennes 
ne me semblait pas nécessaire; le lecteur choisira celle qui lui pa- 
raîtra la plus vraisemblable. Un remaniement dé mon manuscrit ne 
me paraissait pas non plus indispensable, sauf en très peu d'ar- 
ticles, quoique la publication des notes de M. Lévi semblât of- 
frir un nouveau point de vue critique pour les titres. 



LA BIBLIOTHÈQUE DE LÉON MOSCONI 63 

En rédigeant la liste des titres, je ne connaissais pas le nom du 
possesseur, qui pouvait servir à fixer les dates, c'est-à-dire à 
offrir un terminus ad quem, pour ses livres. J'ai appris ce nom 
avec surprise. Léon (Jehuda) Mosconi n'est pas un médecin in- 
connu : c'est, au contraire, un auteur qui, d'un côté, brille par son 
érudition, étalée dans ses citations fréquentes, dans son Commen- 
taire du Commentaire d'Ibn Esra sur le Pentateuque; et qui, d'un 
autre côté, est réputé pour ses renseignements qui ne méritent pas 
toujours confiance : ils sont tantôt suspects, tantôt incroyables, 
tels ceux de la préface de sa rédaction du Yosippon, publiée 
d'après un ms. du Vatican par A. Berliner. 

Je n'ai pas l'intention d'entrer, à cette occasion, dans des détails 
sur Mosconi et les sources de sa science; il suffira de prouver 
l'identité du Léon Mosconi possesseur de cette bibliothèque avec 
Léon Mosconi, l'auteur. Pour cela nous n'avons qu'à citer un 
passage du Supercommentaire dans lequel il dit avoir trouvé 
le commentaire de Joseph Caspi sur Ibn Ezra dans l'ile de 
Majorque (préface imprimée dans Oçar Tob publié par A. Ber- 
liner, Berlin, 1878, p. 8). Mosconi, né à Oohrida en 1328, n'a pas 
composé l'ouvrage mentionné avant 1362, et il semble y avoir 
ajouté quelques passages jusqu'en 1310 ; cette date peut servir pour 
les livres qu'il cite, et qui, en partie, sont ceux qu'il a possédés; 
mais il est possible qu'il en ait acquis quelques-uns après la com- 
position de son Supercommentaire. 

Or, j'ai déjà dressé la nomenclature de tous les auteurs et 
ouvrages cités par Mosconi (Magazin fur die Wi^senschaft des 
Judenthuyns^ tome III, p. 143 ss.). J'espérais y trouver quelque 
lumière propre à éclaircir quelques difficultés de notre liste, mais 
j'ai été déçu. Au contraire, l'inventaire est un intéressant supplé- 
ment de nos connaissances concernant Mosconi. 

Je finis ces remarques préliminaires par quelques mots con- 
cernant la transcription des titres hébreux et arabes (en lettres 
hébraïques) assez maltraitée dans le texte latin par l'employé. On 
a souvent séparé les lettres d'un seul mot, ou réuni les lettres d'un 
mot à celles d'un autre. On a probablement noté seulement la 
première suscription d'un volume. On a rendu *i par t, n et s par 
p et v ou w, rt (l'article) par a, n arabe par gu (voir n. 26), n par la 
voyelle suivante. 

M. Steinschneider. 

Berlin » 23 février 1900. 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le mot *wo, livre, a été omis partout. 

1 Atmatar, pour Albafanit (voir Magazxn, III, 200), peut-être 
WfcbK (al-Muthanna), le commentaire d'Ibn Ezra sur les Tables (?), 
ou Abu Ma'aschar? L'une et l'autre conjecture sont peu pro- 
bables. 

2 rrcnrt îiron, nouvelle astronomie, peut-être de Bitrodji (Al- 
petragius). 

3 pm -ot (?). Serait-ce le livre de Joseph Gikatilia? 

4 ^ro m mya. Traité du Talmud. 

*5 . . . *ÏKT3. 

6 }mz>!i msi». Il y a plusieurs ouvrages sur les couleurs de 
l'urine. 

7 pTïpT. Grammaire d'un auteur qui ne peut pas être déterminé. 
Le titre de l'ouvrage de Moïse Kimhi est "jbïitt; c'est Munster qui 
l'a publié sous le titre de pYTpT. 

8 tnnENtt, sans doute « maamarim », traités, ou dissertations; 
on trouve quelques collections de traités avec- cette désignation 
générale, accompagnée parfois d'un autre mot. 

9 *w*\ pa, nom d'auteur (Ibn Roschd, Averroès), qui peut dési- 
gner une des trois formes de ses ouvrages sur Aristote. 

*10 BW... ? 

11 trrPDN 13 TOtiN. Ahmed ben Ibrahim, disciple d'Isaac Israéli. 
Il est probablement question ici de isaottbN *im (en hébreu rmas 
ûwiïi), en latin Viaticum, ouvrage de médecine, traduit deux 
fois en hébreu ; comp. n° 118. 

12 niinn rrwa. Probablement un des plus populaires commen- 
taires sur le Pentateuque, comme ceux d'Ibn Ezra, Nahmanide, 
Behai. Raschi est communément désigné par ©TTO. 

13 ©sa?! 'o(?). Livre de l'âme; celui d'Averroès est le plus 
répandu. 

14 -i£2 "na T1K3. Commentaire d'Abu Na'sr, c'est-à-dire Al-Fa- 
rabi, sur un livre d' Aristote ; comp. n° 32. 

15 trfiba nwsa. Probablement l'ouvrage de Hanoch al-Constan- 
tini, qui florissait vers 1370 (voir le Gâtai, des mss. hébr. de la Bi- 
bliothèque royale de Berlin, 2 e part., p. 56, n° 205). 

16 1^ p ti. 'Hai ben Yoktan (encore au n° 131), probable- 
ment le Commentaire de Moïse Narboni », si ce n'est le petit 
traité d'Abraham ibn Ezra ; on pourrait soupçonner que le vo- 
lume contenait encore d'autres ouvrages après ce premier traité. 

1*7 ovfcbtp pb..? La dissertation logique d'Abu'l-'Hadjadj ben 

>i 

1 II n'a traduit aucun livre de l'arabe ; Mosconi le connaissait personnellement, 
voir Magazin, 111, p. 48 et 150. 



LA BIBLIOTHEQUE DE LÉON MOSCONI 65 

Talmus? (Voir Die hebr. Uebersetzungen, p. 107). Ptolémée est 
nommé par Mosconi rabn (Magazin, p. 197). 

18 (Eps) mpm, ouvrage de Joseph Gaspi. 

19 spD masiap, ouvrage de Joseph Gaspi. 

20 noirn (a-muçar == sps ramas de Gaspi ?) 

21 "©o»tt. Probablement l'ouvrage d'Abraham ibn Ezra; cf. 
n° 102. 

22 « Aatalra » (?) rrfiPttin, Sophistique (?). 

23 mn\ Le prophète Jérémie. 

24 ornioaba, une histoire d'Alexandre. Nous possédons diffé- 
rentes recensions ou versions du roman d'Alexandre [Die hebr. 
Uebersetz., §540, et l'édition de M. Israël Lévi dans la Festschrift 
znm 80. Geburtstag Steinschneider's). — Les lettres finales on et 
la forme correcte démontrent l'origine européenne de ce titre. 

25 tr&paîïwns. Quatre prophètes (?). 

26 awiba aarb? Lettre d'adieu à Abu'l-Hasan ben al-Imam par 
son maître, le célèbre Ibn al-Sâig ou Al-Badjdja, vulgo Avernpace, 
qui se trouve dans un ras. de Berlin en caractères arabes. Elle a 
été traduite en hébreu sous le titre ïttbsïi maa ; voir aussi n° 27 
(cf. Die hebr. Uebersetz., p. 357). Les lettres gu désignent, comme 
on sait, le w arabe, par exemple en guadi (Guadalaxara), etc. 

27 ïrôaba aavo. Kitab al-Bàdjdja (?), autre exemplaire de la 
lettre précédente? 

28 Ttzn •pNb rina-i» . Ardjuza, probablement le commentaire 
d'Averroès sur le Canticum d'Avicenne; cf. n° 130. 

29 inrp idtvd. Commentaire de Jonathan Kohen sur Alfasi? ou 
commentaire anonyme sur le Targum, attribué à Jonathan b. 
Uziel ? 

30 cpa a>">aa (par Joseph Caspi). 

*31 û"3T^m tFFJrt (?) (médecine des yeux et des oreilles ?) 

32 niss naa tDYTS. Commentaire d'Abou Na'sr, voir n° 14. 

33 ûfinpia^b NBYin (?1"ra>) d'Hippocrate (lire : leabucrat), mais 
je ne connais aucun livre portant ce titre. 

34 tpa> ^anen tpa mian (par Joseph Caspi) ; aussi aux n 03 53, 
69, 86. 

35 ïwsnm STttnrt "pa bian (lire : Eendeel), livre d'Averroès ; la 
traduction hébraïque porte le titre i-mnïi V 3 n^NSia fîtt Vnïl 
mpann 1» irfiîDïttn (Die hebr. Uebersetz., p. 276). 

36 û"na>DEfi (lis. amessadirn), livre des aliments, probablement 
la traduction de l'ouvrage d'Isaac Israéli b. Salomon. 

37 or>bn(?) lis. Belenus , c'est-à-dire Apollonius? Dans Die 
hebr. Uebersetz. , p. 846 et 848, on trouve des renseignements 
sur deux ouvrages attribués à un Apollonius, que les Arabes 

T. XL, N« 79. s 



66 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ont identifié avec Apollonius de Tyane (voir aussi la notice de 
M. Gottheil , dans la Zeitschr. d. D. Morgenl. Gesellsch. , 
XLVI, 466). L' « introduction » a été traduite en hébreu par un 
auteur anonyme sans date; 1' « art intellectuel » (qui n'est pas 
attribué au roi Salomon, comme on lit dans le Catalogue des mss. 
de la bibliothèque Bodl. de Neubauer, n° 1535 ; comp. Die hebr. 
Uebersetz., p. xxxiii) a été traduit, selon une notice de Johanan 
Alemanno, par Salomon b. Natan Orgueiri d'Aix vers 1390. Cette 
date dépasse, comme je vois à présent, l'époque de Mosconi; je 
préférerais aussi, pour d'autres raisons, croire qu'il s'agit plutôt 
de l'introduction, et alors nous aurions dans l'inventaire un ter- 
minus ad guem pour la traduction du premier ouvrage. J'ajoute 
que Jacob Baruch, l'éditeur du fittbuî p\an (f° 9, éd. Halberstam), 
confond Apollonius avec Philon, le Juif, on ne sait pas pourquoi. 

38 (sic), ab-iaxôtti mi»*. Ce n'est pas le titre complet; il y a un 
'Ktt 'y Tiao par Immanuel b. Jacob de Tarascon (1365 et encore 
plus tard) et un ouvrage anonyme sur la construction de l'astro- 
labe 'an "»b3 rv«iD:>3 nna tins, ras. Almanzi, 96, in (Benjacob, Thé- 
saurus % p. 60, ne donne pas ce titre) et dans la biblioth Médic, à 
Florence (ap. Biscioni, Plut.,88,Cod. 28, IX; p. 485 de l'éd. in-8°) ; 
mais la fin de ce ms. ïiDNbTan D^branb est la même que celle que l'on 
trouve dans un traite sur le même sujet attribué à Ptolémée, dont 
j'ai énuméré les exemplaires qui se trouvent dans plusieurs biblio- 
thèques (voir mon article, Die Mathematik bel den Juden, 1441- 
1500, dans le journal Bibl. Mathem., 1900, sous presse). Il y a un 
troisième traité anonyme avec un titre très proche du nôtre, c'est 
le 'axNH *\o rr«tt)3> nttNtt, ms. de Munich, 246, 4. Parmi les 
titres d'un nombre considérable de traités sur l'astrolabe que j'ai 
compilés, il n'y en a qu'un seul qu'on pourrait prendre en considé- 
ration, c'est le 'vzxxn rws msa par Jacob al-Corsono y traduit de 
son propre traite arabe en Espagne 1376, mais le temps ne con- 
vient pas bien. 

39 \rwn t de l'urine, désignation qui n'est pas un titre propre- 
ment dit, et il y a quantité de traités sur ce sujet ; le plus célèbre 
est celui d'I^aac Israéli ; v. n° 41. 

*40 D^Tnan (?). C'est le premier mot du titre de l'ouvrage d'Hip- 
pocrate de aère [Die hebr. Uebersetz., p. 663, 664); on devrait 
donc lire aaguerim. Peut-être le copiste a-t-il lu la lettre finale 
comme samech ? Voir aussi n° 57. 

41 binba a»ro, Kilab al-Boul, le livre de l'urine (en arabe) par 
Isaac (Israéli); comp. n° 39. 

4:1 mna , anatomie, peut-être l'ouvrage de Galien (Die hebr. 
Uebersetz. , p. b55). 



LA BIBLIOTHÈQUE DE LÉON MOSCONI 67 

43 ^ttbaf?) Alrnanach, peut-être les tables astronomiques de Ja- 
cob b. Machir (Diehebr. Uebersetz., p. 554). 

44 rsbnoEbN rrmabK nabira. L'ouvrage arabe extrêmement rare, 
de l'auteur nommé Mesue junior, sur les médecines laxatives 
(Die hebr. Uebersetz., p. 718). 

45 rmnirnm nrnûEîi, ouvrage de géométrie par Abraham bar 
Hiyya, dont j'ai publié l'épilogue avec la rrran rùtt». 

46, 47, livres de médecine sans titre spécial. 

48 ûbwi trttizn « de coelo et mundo » par Aristote, qui existe 
en traduction et dans plusieurs rédactions ou commentaires, qu'il 
serait inutile d'énumérer. 

49 rn^ipb (Collectanea). Ce pourrait être l'ouvrage (imprimé) de 
Moïse b. Nahman ; mais comme le numéro suivant 

50 doit contenir la « même chose », il n'est pas vraisemblable 
qu'il y ait deux exemplaires du même livre. Ce sont plutôt deux 
volumes de Collectanea divers, par exemple de médecine. 

51 rrnn *^?nn (miittn). Pentateuque. 

52 Tr^ba 'n ->p-iD. Les Perahim (chapitres) attribués à R. Elié- 
zer), imprimés plusieurs fois. 

53 tpD ^ana sur les Prophètes (par Joseph Caspi) = n° 34. 

54 DTnn, Targum. On pourrait soupçonner que l'auteur de la 
transcription a lu un samech au lieu du mem final ; mais je crois 
que le ms. avait Targù (voir n° 73) et que la ligne surmontant 
Vu est devenue z. 

55 kfo p = Avicenne, probablement le livre du Canon, en hé- 
breu ou hh arabe. 

56 ^bttn pi TWï, ordinairement appelé Ttàm ^bttrt p (traduit 
par Abraham ibn Hisdaï), dans lequel j'ai découvert le roman de 
Barlaam et Joasaf. 

*57 D'H'nNH nias (?) Commentaire (?) ou exposition, sur le livre 
mentionné sous le n° 40, ou ce même livre avec un titre un peu 
différent. 

58 K"it* p Tiaw. Commentaire dlbn Ezra, probablement sur le 
Pentateuque. 

59 mbs^tt. Probablement de gradibus, traduit en hébreu; j'en 
ai découvert l'original arabe, d'Ahmed b. Ibrahim (Die hebr. 
Uebersetz., p. 703) ; ou le traité (récemment imprimé) de Schem- 
tob Palquera. 

. 60 &m Tip\ par Samuel ibn Tibbon, imprimé. 

61 û-wn mm». C'est le titre de l'ouvrage de Samuel ibn Tibbon 
sur la météorologie selon Aristote (Die hebr, Uebersetz., p. 132). 

62 nraiT îib">bD (?) Kalila we-Dimna, le célèbre livre de fables 
indiennes, traduit en hébreu (?) 



68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

G3 (sic) tr^mbjn (ma»). Traduction d'un traité de l'encyclopédie 
des « frères sincères », par Kalonymos, imprimé. 

64 ^Vin. Le traité talmudique Houllin. 

65 pbn pns. Chapitre du traité talmudique Sanhédrin, probable- 
ment avec le commentaire de Maïmonide comprenant les treize 
articles de foi. Il y en a probablement, au moins en partie, trois 
traductions (Die hebr. Ueberseiz., p. 925). 

66 aw "ptf niTD (m&a) (?) Les mystères d'Ibn Ezra, c'est-à- 
dire Explications des passages d'Abraham ibn Ezra sur le Penta- 
teuque où celui-ci suppose un sens mystérieux. Il y a plusieurs 
Commentaires de ce genre avec différents titres, par exemple de 
Joseph Caspi ( f n Tîd) 1 , d'Ezra Gatigno, après 1372 (vtxrb 'rtTlD, 
Ps., xxv, 14), voir l'article Gatigno dans l'Encyclopédie d'ïîrsch et 
Gruber, vol. 54, p. 359. 

67 rwittan. Probablement la traduction (imprimée) du livre de 
Saadia sur les croyances et les dogmes. 

68 ûv>n ^3. Les animaux, probablement la traduction du livre 
d'Aristote, ou un commentaire, ou un abrégé de ce livre. Les plus 
communs sont les ouvrages d'Averroès. 

69 tpD "»rîN (par Joseph Caspi, voir n° 34). 

70 nmttn (lisez : ammisuol, aussi n° 132), probablement le livre 
de Maïmonide (le plur. de ?iwn est nvsiaE, voir sous le n° 11 1 ?). 

71 ïiba». Le livre d'Esther en rouleau ? 

•72 mnir et û*3tk». Les deux livres de grammaire d'Abraham ibn 
Ezra. 

73 tmnn (Onkelos ?). Voir n° 54. 

74 hTtlTK uîtid. Commentaire sur un des hymnes sur le déca- 
logue; comme il y en a plusieurs, on ne peut pas dire celui dont il 
s'agit ici. 

•75 'pan mis. Géographie (imprimée) d'Abraham b. Hiyya. 

76 ïiicsn 'o (?), le premier livre? (peut-être du livre sur les 
fièvres?) par Isaac Israéli. L'ouvrage peut avoir été complet, et 
l'on aura pris la première inscription pour le titre de tout le livre. 

77 "n-nribN. Le livre "Oi^nn par AHiarizi? 

78 (û^Tïïbm) ittbtt. Le livre (imprimé) de Jacob Anatoli. 

79 ras:!! \msm (imprimé), par Abraham b. Hiyya. 

80 Le même que n° 8L 

81 lanybsw ïïwN^n ba 2wNn3 (?) Kitàb al-Hia bïl-arabi, le livre de 
l'astronomie (par Ibn Heitham?) en arabe. Je ne crois pas qu'on 
doive lire Yshs arirû, titre d'un dictionnaire arabe commençant par 
la lettre y (comp. Die hebr. Ueberseiz., p. 64). 

1 Mosconi ne semble pas connaître cet ouvrage, voir Magazxn, III, 148. 



LA BIBLIOTHÈQUE DE LÉON MOSCONI 6>9 

82 d^5 ("fto?), section de la Mischna(?). 

83 mn^bo, prières. 

84 nbnp ©us. Commentaire sur l'Ecclésiaste, peut-être de Sa- 
muel ibn Tibbon. 

85 ^bvn ©r©. Commentaire sur les Proverbes. 

86 sps ■rç'TN, par Joseph Caspi, quatrième exemplaire ! Voir 
n°34. 

87 "pa©^ nftan (lis. hacmat aesbon). Arithmétique ; probable- 
ment le titre spécial manque, et il est même possible que le ms. 
était composé en langue arabe, ou traduit de l'arabe ; car il y a un 
très petit nombre de livres hébreux avant le xv e siècle sur l'ari- 
thmétique seule. 

88 '^'Wttttbtf. Ouvrage de médecine du célèbre médecin Razi 
(vulgo Rhazes), existant en arabe et dans deux traductions hé- 
braïques, le IX e traité même dans une troisième [Die hebr. Ueber- 
selz.,p. 726). 

89 a^iaba 03i* (ba). Introduction au livre ïPWé commentaire sur 
ce livre et sur les Pirhe R. Elièzer (voir n° 52), composé en 1365, 
par Juda b. Nissim [Die hebr. Uebersetz., p. 405). 

*90 inbsrti? = û^diûiVdïi nbsî-r, par Gazzali(?), mais ce livre ne 
fut traduit en hébreu qu'en 1411 [Die hebr. Uebersetz., p. 328), 
tandis que la réfutation par Averroès, intitulée ttbsïtn nbsn, fut 
traduite deux fois au xiv 6 siècle (iô., p. 332). 

91 ftp&FMrt diinn. Paraphrase chaldaïque des Prophètes. 

92 rfpJtà Megilla = n° 71 ; le traité talmudique serait désigné 
par un mot distinctif. 

93 ivi *nn b«pm\ Ezéchiel et les douze petits prophètes. 

94 mm unitt. Midrasch sur le Cantique. 

95 ïmnrt bu: Tosn. Traduction du Pentateuque (par Saadia) en 
arabe. On pourrait aussi lire m©n « et commentaire ». 

96 îtttb© 'n ©r©. Commentaire de R. Saloraon, probablement 
Raschi, sur le Pentateuque. 

97 aibpbK y-WD. Devoirs du cœur (texte arabe), par Bahia b. 
Joseph. 

98 tzrVBDii '0. Libre des médicaments, désignation générale pour 
les ouvrages qui traitent des médicaments ; peut-être tmab ûtbd 
par Averroès? 

99 bbatt. Kulliyyai d'Averroès, traduit par Salomon ben Abra- 
ham ibn Daud, dont l'époque est inconnue (Die hebr. Uebersetz.» 
p. 672), ou bibatt, grammaire (de David Kimhi) ? 

100 mra-i. L'Ethique (d'Aristote?), ou un commentaire sur ce 
traité (?). 



70 REVUE DES ETUDES JUIVES 

101 *#Ya hlD. Partie du Talmud, probablement de la Mischna, 
avec le commentaire de Maïmonide. 

102 ncDtt — i\° 21. 

103 tfwn Wtifà attribué à Gazzali, traduit en hébreu. 

104 cmno n^tt, probablement le livre (imprimé) de Samuel 
Motot, si ce nom doit ainsi se prononcer. 

105 fi-noitt. Je crois qu'il s'agit du livre '"WdiVw inoitt de Ho- 
nein, traduit par Harisi, dont les mss. portent différents titres ou 
n'en portent aucun. 

106 piir *rçïNtt (imprimé) par Gazzali, traduit par Abraham ibn 
Hisdaï. 

107 irrnajm mîik (?) Cet ouvrage inédit a été commencé en 
1354; l'auteur est nommé dans le Catalogue de M. Neubauer, 
n° 1291, Moïse b. Jehuda 'nVa (voir la correction dans les Add. et 
Corr. à ce ras ), ce qui semble une abréviation comme j'ai déjà 
proposé dans l'addition au Catal. BodL, p. 1834, où au lieu de 
Zunz, Z. Gesch., p. 471, il faut lire p. 451. Voir aussi ma note sur 
l'article du Thésaurus de Benjacob. Notre Moïse n'appartient donc 
pas à la famille française Natan, ce que Zunz (Gesch. Schriften, 
III, 107) a laissé dans le doute. Il est différent du poète Moïse Na- 
tan (voir Zunz, Lileraturg., p. 517, où notre ben Jehuda est iden- 
tifié avec le chef de la communauté en Catalogue, en 1354, voir 
Schorr, he-Chaluz, I, 33), dont un hymne, inconnue Zunz, a été 
imprimé dans le journal hébreu Jeschurun, publié par Kobak, 
VI, 131. Je n'entre point dans la question de savoir si ce poète 
Moïse Natan est le même que Moïse b. Natanel, auteur du livre 
d^nnmin (Hist. litt. de la France, t. XXVII, 726; voir Hebr. 
Bibliographie, XVII, 125, et les citations qui s'y trouvent). 

Le dernier mot dans la liste semble être benevuot (maman), 
mais je crois qu'il doit être rwntaa (en choses physiques), ce qui 
est la suscription du premier traité de l'ouvrage identique. 

108 '■nin 13K taris. Commentaire d'Averroès, probablement sur 
quelques livres ou sur un seul livre d'Aristote. 

109 ^nro. L'ouvrage de Juda ha-Lévi, probablement en traduc- 
tion hébraïque. 

110 lUD^ttba. Almageste (de Ptolémée), ou en arabe, ou en hé- 
breu, ou en abrégé. 

111 *xvr\ isfcô IWi. Logique d'Averroès. 

112 bfcPDi rrOTD...(?) Les tendances ou sens du livre Daniel ; le 
premier mot abaa pourrait être *iN3K (j'expliquerai) ou arbaa 
(quatre)? 

113 vaû *»©b OT©. Commentaire de la Physique (d'Aristote), 
probablement par Averroès. 



LA BIBLIOTHÈQUE DE LÉON MOSCONI 71 

114 o^bî«(?)Galien(?) 

115 "jn mn. L'ouvrage anonyme tant de fois imprimé. 

116 rvnuns. Péricopes (du Pentateuque). 

117 nvarawr nrrnD. Introduction aux Mischniyyot (par Maïmo- 
nide?) en traduction hébr. (*>) 

118 yro TfiO. Il s'agit probablement de la traduction du Via- 
ticum (d'Ibn al-Djezzar) par un auteur anonyme {Die hebr. Ueber- 
setz., p. 703), et non de l'ouvrage de Samuel Juda Abbas (ib., 
p. 35); comp. n° 11. 

119 Knrp (Josué), probablement les Premiers Prophètes ou une 
partie des Prophètes. 

120 imïT 'n pripT. Sans doute Grammaire de Juda (Hayyoudj), 
peut-être en arabe, comprenant au moins une de ses œuvres. 

121 srrvttttrt? Voir Die hebr. Uebersetz., 752; ou pour rvrttfc 
Ti&Win d'Israël Alnaqua ou d'Isaac Aboab (xm e siècle, comme l'a 
démontré Zunz). On pourrait aussi lire ammore ïtttoïi = ïrm 
tMiaar» par Maïmonide. 

122 trastttt, partie du srhw î-wiîiï de Maïmonide (?) 

123 )'ûp ûb-tf (par Moïse ibn Tibbon?), ou la traduction du livre 
de Joseph ibn Çaddik (?). 

124 tr-nin ti» ums. Commentaire sur le Cantique, on ne peut 
pas dire de qui. 

125 nva iznns. Commentaire sur Job. Même observation. 

126 •ncnriTbtf. Al-Zahrawi, médecin arabe, auteur du tp-isnb», 
traduit deux fois en hébreu sous les titres ttJittTBirT '0 et ysm 
ûbiaïi (Die hebr. Uebersetz., p. 740 et suiv.). 

127 y^yn nftsrr. Dans l'Encyclopédie d'Abraham b. Hiyya ces 
mots désignent la musique ; mais quoique Immanuel b. Salomon (s 
je me souviens bien) dérive la musique des chrétiens de celle des 
Hébreux (tmayïi ynato "Tûïtt aaia), nous avons très peu d'ouvrages 
sur la musique (voir Die hebr. Uebersetz., p. 855 l ), et je n'en con- 
nais aucun portant ce titre, si c'est un titre et non pas une dési- 
gnation générale. 

128 û^fis rvobrt, le mot guedarim ne peut-être qu'une erreur 
du scribe, qui a lu tTTtt ! L'ouvrage sur les vœux par Moïse b. 
Nahman est imprimé dans la collection 'n "niîtt, 1795, 1838; un 
article '3 rrobln manque dans le Thésaurus de Benjacnb, p. 139, 
comme dans le Catalogue de Zedner, p. 842 (où, p. 833, sous "vok 
'il, il faut ajouter p. 590). 

129 brwpïï est un nom arabe qui se trouve très rarement parmi 

1 L'ouvrage d'Abu K Salt manque dans le registre, p. 1063, sous ce nom. 



72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les Juifs (Jewish Quart. Rev. s XI, 146, n° 375). Peut-être est-ce 
le nom d'un possesseur qui se trouvait en tête du ms. 

130 &wo pb rinnN. Atdjuza (en latin Canticum) sur la méde- 
cine, traduit en hébreu, avec le commentaire d'Averroès. Voir 
n° 28. 

131 pp" 1 "P '*»• Voirn 16. 

132 nmwtt (?) Voir n° 70. 

133 d^vm (novelles). Observations (sur le Talmud); peut-être 
celles de Moïse b. Nahraan. 

134 sru»n as-ra [rmv nrrttt). L'ouvrage imprimé sous le titre 
complet par Juda ibn Sabbatai. 

135 •cm [Judicia], désignation très vague. 

136 Livre de médecine (sans titre). 

137 yiïNpn le Canon d'Avicenne ; la permutation des lettres t et 
c dans les mss. latins est bien connue. 

138 Livre de médecine (sans titre). 

139 Fragments bibliques? 

140 rwa (partie du rrnn naratt de Maïmonide?). 
141, 142, indéterminables. 

143 trr* TObra? ou '* ïi?att?(Zach., m, 9). Je ne connais pas 
de livre ancien de ce nom. 

144 tTSian !TTW3. L'ouvrage célèbre de Maïmonide. 

145 trcnDiVen nw, ou la traduction de l'ouvrage de Gazzali 
par Isaac Albalag, ou l'ouvrage encyclopédique de Schemtob Pal- 
quera (attribué à tort à Samuel ibn Tibbon). 

146 &pnsrj. Les Aphorismes('/j, peut-être ceux d'Hippocratef?) 



P. S. — Après avoir envoyé à la Revue, le 26 février, la notice 
qu'on vient de lire, j'ai reçu, le 3 mars, de M. le D r Simonsen, rab- 
bin à Copenhague, connu par différentes publications, une notice 
contenant les identifications d'environ quarante titres, dont la plu- 
part concordent avec celles que M. Israël Lévi et moi avons pro- 
posées indépendamment l'un de l'autre, par exemple les n os 114 et 
140. Je ne reproduis pas celles qui me paraissent trop hardies ou 
peu vraisemblables ; ainsi M. Simonsen prétend qu'au n° 107 il y 
a un nom d'auteur Hayyim ben Vivas, ou qu'au n° 112 il s'agit des 
rmviD de Gazzali, alors que le nom Daniel n'admet aucun doute. 
Mais je publie avec reconnaissance toutes celles qui me semblent 
simplement préférables aux miennes, ou, du moins, dignes d'at- 
tention, en ajoutant quelques renseignements. Le 22 mars, M. Si- 
monsen me proposa deux autres titres, que j'ai insérés dans 



LA BIBLIOTHÈQUE DE LÉON MOSCONI 73 

répreuve; j'ai mis un astérisque aux nombres suivants pour ren- 
voyer le lecteur à ce P. S, 

5 watt nnsw> H£. Métaphysique selon Aristote ou un autre au» 
teur, par exemple Averroès. C'est sans doute la meilleure ex- 
plication. 

10 trr*n iVin. Sur les maladies des yeux f 

31 tartan irn^iw ; conip. ma note au n° 40, que je retire après 
la conjecture suivante. 

40 rap^n et 57 «pwi "rais (la lettre g doit être lue q) t le livre du 
Syllogisme dans VOrganon d'Aristote et un commentaire (par 
Averroès ou un autre auteur). 

90 mtoft. M. Israël Lévi avait d'abord proposé ce titre ; M. Si- 
monsen le propose aussi en demandant toutefois s'il y a eu un 
livre antique de ce titre. Je crois qu'il s'agit du VI e livre du rwOT 
min de Maïmonide qui se trouvait en tête du ms. 

Note de la Rédaction. 

M. Richard Gottheil, de New-York, a envoyé aussi quelques 
identifications qui s'accordent en partie avec celles de MM. Stein- 
Schneider et Simonsen. 

1 : peut-être Alrnatar, livre de la pluie, semblable à celui que 
j'ai édité dans le/. A. 0. S. — 5 : ?3"jn nn«© il», la Métaphysique 
d'Aristote. — 37 : Apollonius de Tyane. — 63 : Kalila et Dimna. 

— 81 : tons musicaux. — 121 : Double du n° 144. — 125 : Esope ? 

— 127 : yuan rron. — 137 : papn 'o, peut-être le Canon d'Avi- 
cenne. 



inscriptions hébraïques d'arles 



En feuilletant les papiers laissés par Isidore Loeb, M. Israël Lévi 
a trouvé des extraits d'un ms. français de la Bibliothèque munici- 
pale d'Arles, sur les « monuments hébraïques dont il reste quelque 
trace ou mémoire à Arles 1 » (n°244). Il me les a communiqués, 
pensant qu'ils pourraient entrer dans l'Inventaire que j'ai entre- 
pris des inscriptions juives en France. 

En marge de l'en-tête du premier texte, l'original porte une note 
écrite par l'abbé Laurent Bonnement 2 , donnant le nom de l'auteur 
de l'article ; elle est conçue en ces termes : « Jacques Ganteaume 
est l'auteur de ces explications et m'en a fait présent. » 

Les extraits copiés comprennent les trois derniers morceaux du 
ms. en question, savoir : 1° le morceau précité de Jacques Gan- 
teaume ; 2° deux lettres de Séguier à Natoire sur l'inscription d'une 
tombe juive de la ville d'Arles, en date des 26 novembre et 
25 décembre 1766; 3° l'interprétation « de quelques caractères 
hébraïques qui sont sur la muraille du jeu de Mail • (par Séguin). 
De plus cette copie contient : 1° une Relation sur les Juifs (tirée 
d'Anibert, répertoire d'Arles) ; 2° une « Ordonnance [en latin] de 
» Charles II (roi de Sicile), donnée à Aix le 22 février 1298, rendue 
» sur la requête des habitants d'Arles et portant que les Juifs de 
» cette ville contribueront aux tailles qu'on perçoit pour le pont du 
» Rhône, les chaussées et la garde des pâtis communaux » ; 3° Sta- 
tuta per illustrissimura dominura Robertum primumgenitum do- 
mini Karoli H régis Hierusalem et Siciliae et ejus in comitatibus 
Provinsse et Forcalqueri vicarium generaliter. 

Le premier mémoire du P. Ganteaume décrit longuement huit 

1 Copie certifiée par le bibliothécaire de la ville, M. G. Souchier. 

1 II est bon de rappeler que la collection de l'abbé Laurent Bonnement, constituée 
dans la seconde mo'tié du dernier siècle, de 1 "60 à 1791, est ent ée à la bibliothèque 
municipale d'Arles en 1834 et 1835, selon ce que nous apprend M. J. H. Albanès, 
rédacteur de l'inventaire de ces mss. [Catalogue général des mss. des bibliothèques dé- 
partementales, t. XX, p. 345-520). 



inscriptions hébraïques d'arles 75 

textes hébreux dont il y avait encore des traces à Arles de son 
temps. En voici le résumé : 

1. Dans le vestibule de la chapelle des Pénitents bleus, on aper- 
çoit encore une porte qui était jadis celle de la synagogue ; en 
haut, l'on voit inscrits deux versets ; l'un est celui du Psaume 
ex vin, 20; l'autre, du Deutéronome, xxviii, 6. 

2. Sur la muraille de la ville au jeu de Mail, vers la porte du 
marché neuf du côté de la « Lice » vers la première tour, il y avait 
une inscription hébraïque, citée par Séguin en 1686 ; elle est 
malheureusement altérée déjà dans ce livre, nous essaierons plus 
loin de la reconstituer. 

3. Non loin de l'église Saint-Roch, on a découvert, en 1766, 
une inscription ainsi conçue : 'ta m rrbw mn bu5 ïmp fit, « Voici 
la sépulture de dame Imola, fille de S. . . » 

4. Près de la porte du jardin des Minimes, on lisait ces mots: 
Witt W biZ5 Vûp ïit. « Voici la tombe de R. Mardochée. » 

De cette stèle on peut sans doute rapprocher celle qui, sous le 
numéro 6, était déliée « au jeune Juda, fils de R. Mardochée ». 

5. Le point suivant mérite à peine une mention : Plantavit de la 
Pause, dans son FLorilegium rabbinicum (p. 613 et 645), cite le 
■ïïJrt '0 de R. Méir de Trinquetailles comme preuve de la présence 
des Juifs dans ce faubourg d'Arles. 

6. En 1771, vers Saint-Roch « derrière la genouillade », on a 
découvert le texte d'une inscription, encastrée maintenant dans le 
portail d'une maison de campagne sise près d'Arles, et dite maison 
de Greffeuille 1 . L'inscription est ainsi conçue : « Voici la tombe de 
Juda jeune homme, fils de R. Mardochée ; que son esprit repose, 
car il n'a jamais péché. » Il est inutile de reproduire le texte hé- 
breu, car dans son Corpus inscriptionum hebraicarum (n° 94), 
M. Chwolson l'a publié d'après une photographie que lui avait en- 
voyée M. Hartwig Derenbourg. — La deuxième partie de ce texte 
avait été mal lue et, par suite, mal comprise, soit par le P. Gan- 
teaume, soit plus tard par le chanoine Moreau dans son article 
« Explication d'inscriptions hébr. qui sont, ou qui étaient à Arles » 
(suite du susdit ras.). 

7. En 1775, la réparation d'un petit pont sur un ruisseau qui 
débouche dans la Durance a fait découvrir la petite inscription 
suivante : û^tm ttfcbtt) "itt, « Maître Salomon. . . ». Pour traduire le 
troisième mot, Jacques Ganteaume va jusqu'à invoquer le sens 

1 Cf. Inscriptions hébraïques en France, p. 4. — On est étonné que Ganteaume 
n'ait pas cité l'inscription qui a été trouvée aux Aliscamps, tout près d'Arles, et 
placée depuis au [musée de cette ville; elle est ainsi conçue : * Voici la tombe de 
[notre] maître Méir. » (Chwolson, Corpus, n° 55). 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'un mot unique de la Bible (Isaïe, lvi, 10), twïi, dormeurs, et il 
traduit irîîra, « parmi les morts ». Ne serait-ce pas plus simple- 
ment un nom propre mal lu » ? 

S. Enfin, en 1111, à la porte Griffeuille, on a trouvé une pierre 
portant ces mots : ïian m 'n 'an m 'tuba rusa m» bu) map ftï 
(sp ou) tp, « tombeau de la dame femme Belschet, fille du compa- 
gnon maître David, ». — Pour le mot ujba, l'auteur du 

mémoire traduit par divination : « exquisitae pulchritudinis, seu 
exquisitae virtutis », sans se douter que c'est le prénom français 
Belle- Assez, transcrit robn (au complet), qui n'est pas rare au 
xm e siècle. Mais que peuvent bien signifier les deux derniers mots, 
ou plutôt de quoi sont-ils l'altération? Notre auteur les traduit 
sans broncher : « declinavit stillans, seu plorans », paraissant avoir 
lu irjfi, avec rt en tête. 

De ces huit textes le plus intéressant est le second; malheu- 
reusement, il a été le moins compris de tous jusqu'à présent, 
sans doute faute d'une bonne copie. Déjà pour le texte n° 1, le 
copiste a déplacé les premiers mots de chacun des deux versets; 
il les range en une seconde ligne, autrement dit, il les met à la fin ; 
mais, comme il s'agit de versets bibliques, il est aisé de remédier 
à cette interversion; une telle rectification, quoique nécessaire, est 
plus difficile pour l'inscription n° 2. 

Dans ses Antiquités d'Arles-, Séguin consacre un chap. (xi) à 
« l'interprétation de quelques caractères hébraïques qui sont sur 
» la muraille du jeu de maille », et il conclut en disant : « Selon la 
» chronologie des Juifs qui comptent 5179 ans depuis la création 
» du monde jusqu'à J.-C, l'an 5036 revient à 163 ans avant la 
» venue de J.-G. » On se demande où il a pris de tels chiffres, con- 
fondant Tannée de l'ère de la Création contemporaine de celle où il 
vivait avec un comput antérieur. 

La confusion n'est pas moindre dans ce que Séguin rapporte 
des explications fournies par les rabbins d'Avignon qu'il avait 
consultés à ce sujet. Voici son récit, dont la partie historique est 
digne d'intérêt et mérite créance : 

« Les Juifs furent chassés d'Arles, comme du reste de la Provence, 
sous le règne de Charles VIII, en 1493. Ce fut alors que la synagogue 
et l'école célèbre qu'ils avaient dans cette ville ayant été démolies, 
les principales ruines furent portées hors de nos murailles, pour 
servir à réparer une partie de nos fausses Bayes. Ce sont de grosses 
pierres de Moleyres, qu'on voit du fossé de Mercanou, sur la muraille 

1 La première lettre est évidemment l'initiale de ben, et la suite un prénom com- 
mençant par ri, par exemple Hanania. 

2 Arles, 1687, in-4«, p. 42-4. 



INSCRIPTIONS HEBRAÏQUES PARLES 77 

du jeu de maille; sur elle dous observons plusieurs caractères 
hébraïques fort nets. Je les rapporte néanmoins en caractères latins, 
faute d'hébraïques, comme j'ai fait de nos caractères grecs... Je les 
ai fait copier, et pris soin de les envoyer aux rabbins d'Avignon et 
de L'Islle, pour en avoir tout l'éclaircissement possible... Ces 
messieurs ne sont pas d'accord en tout ; mais ils conviennent tous 
du temps et de l'époque que ces caractères marquent, qui est 163 ans 
devant J.-Chr., ?elon la chronologie des Juifs qu'il faut suivre en 
cette occasion. Le rabbin d'Avignon les explique en cette manière : 

» Chodesgh Elul Ghamesgheth Lamech [sic) vav Nischlamu 
bedikoth Schadaï, c'est-à-dire « au mois d'août b036 ont été accom- 
plies les visitations de Dieu tout-puissant ». 

» Il a répoudu ensuite que les lettres suivantes marquent que les 
différentes pierres sur lesquelles elles sont gravées, étaient le tom- 
beau d'un fameux rabbin appelé Salomon, surnommé le Petit, fils 
de David : 

» Matsav Schelomoh Katan Be* David Vehakadosch Baruch 

HU. » 

Cette dernière eulogie, « le Saint béni soit-il », placée là sans 
rime ni raison, que l'on ne trouve jamais sur une épitaphe, a dû 
être déplacée d'une ligne antérieure par la maladresse du copiste 
de Séguin; celui-ci avait aussi communiqué les textes à des 
ecclésiastiques, dont l'interprétation diffère de celle des rabbins en 
quelques menus détails. 

Malgré ses défectuosités, cette page peut rendre service. En 
l'utilisant, on arrive à cette conclusion qu'il faut probablement 
diviser notre texte en deux parties, et reconstituer ainsi la pre- 
mière : tm ^m ibfipm ^iû fr-np^n ittbiz» Y'b '« iziïïn biba unn, « Au 
mois d'Eloul de l'an cinq mille 36 (= 1216), ont cessé les ... Que 
le Saint béni soit-il !... » Peut-être y avait-il encore un ou deux 
mots, de sorte que la dernière expression serait le sujet d'un verbe 
•rab 1 ^ « nous sauvera de... etc. ». Les deux mots qui précèdent 
l'eulogie nous laissent perplexes. S'agit-il d'une cessation de per- 
sécutions, ou de la fin d'une épidémie ? On ne saurait préciser 
l'événement auquel fait allusion le terme bien vague de mp*73, 
examens. Séguin le traduit ingénument par « visitations », et 
Ganteaume par « réparations », obsédé par l'idée d'une recon- 
struction contemporaine 1 . 

Quant à la date, Jacques Ganteaume n'hésite pas à rectifier l'as- 
sertion de Séguin, qui avait prétendu attribuer ce texte à l'an 163 

1 Voir pièce justificative. Certes on ne connaît pas d'exemple d'inscription sur 
pierre faite pour relater la fin de maux publics. Mais, d'autre part, si le mot simi- 
laire rH3n p^D éveille l'idée de « réparation », que signifie ici "HU3, qui suit cette 
expression ? Etait-ce le dernier mot d'une phrase ? 



78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

avant l'ère chrétienne. Pareillement, dans un autre ms. de cette 
même bibliothèque, intitulé « Ebauche d'un dialogue entre deux 
amis sur l'histoire d'Arles » (t. I, p. 445), on lit : « Les Juifs 
» d'Arles étaient encore obligés de travailler aux corvées comme 
» des esclaves. On en trouve la preuve (?) dans une inscription 
» hébraïque qu'on lit dans les Antiquités de Séguin : il en fixe 
» l'époque à 163 avant J.-G. ; mais M. l'abbé Ganteaume, ci-devant 
» jésuite, avec qui j'avais eu occasion de conférer sur cette inscrip- 
» tion, fixait au contraire cette époque à 12T6 de l'ère chrétienne. » 

En effet, dans son mémoire sur ce sujet, Ganteaume reconnaît 
qu'il n'a pas dû y avoir de Juifs à Arles dans un temps aussi reculé 
que le supposait Séguin ; on les y voit pour la première fois en 
449, à la mort de Saint-Hilaire, et en 508 sous Alaric. « Les Juifs 
d'Arbs, dit-il à ce propos, voulurent livrer la ville aux Bourgui- 
» gnons, et à cette occasion ils firent du chagrin (sic) à Saint 
» Césaire. » Or, M. Israël Lévi a démontré 1 que la première 
accusation de trahison, selon le dire môme des apologistes de 
cet évêque, a été portée contre un clerc, parent de ce dernier : 
c'est seulement plus tard qu'une accusation semblable a été for- 
mulée contre les Juifs, et encore contrairement à la logique, car 
évidemment les Juifs eussent été plus heureux sous les Ariens 
assiégés dans Arles que sous les catholiques bourguignons. 

Sans relater toutes les vicissitudes que les Juifs d'Arles ont 
subies tour à tour 2 , il faut rappeler qu'en 1265 l'église de cette 
ville, se plaignant de ce qu'à l'occasion des guerres on contrevenait 
à ses droits, revendique ses prérogatives sur l^s Juifs par l'organe 
de l'Archevêque. D'autre part, il existe un acte de cession fait aux 
consuls d'Arles par les Trinitaires, en 1263, d'une partie de leur 
jardin, pour édifier le mur et creuser le fossé de la ville. Après 
avoir rappelé ces détails d'histoire, Ganteaume se donne une peine 
qui nous fait sourire, pour démontrer que l'an de l'ère juive 5036 
équivaut à l'an 1276 de J.-G. , époque où l'on a dû réparer le mur 
dont il vient d'être question. L'auteur continue en s'exprimant 
ainsi, selon notre manuscrit : 

« Arles s'était rendu à Charles d'Anjou frère de Saint-Louis en 
1251, et ce prince fut appelé en 1263 au royaume de Sicile. Il fallut 
l'aller conquérir sur Mainfroy, qui l'année précédente avait donné sa 
fille en mariage au fils du roi d'Aragon. Arles soumise à Charles 
d'Anjou se voyait exposée dans le cours de cette guerre aux incur- 

1 Revue, XXX, p. 295-9. 

2 M. Gross a consacré une étude à l'histoire de la communauté juive d'Arles, 
dans Monatsschrift, eo 1878-80 et en 1882. Seulement, cet écrivain n'a connu aucune 
des inscriptions qui nous occupent ici. 



inscriptions hébraïques d'arles 79 

sions des Aragonais, alliés de Mainfroy. Voilà pourquoi, en 4263, on 
acheta le terrain desTrinitaires pour bâtir le mur et faire le fossé. — 
Il survint aussi des troubles dans l'Empire. Richard roi d'Angleterre 
et Alphonse roi de Castille prétendaient à la couronne impériale. 
Rodolphe fut enfin élu empereur. Gomme Arles avait été longtemps 
soumise aux empereurs, et qu'avant Charles d'Anjou les Comtes 
relevaient de l'empereur, elle aurait pu être attaquée. Il faut croire 
que le danger fut toujours éloigné, puisqu'on ne pressa pas l'ouvrage, 
et que l'ayant projeté en 1263 on ne le finit qu'en 1276. 

Reste à savoir si cette dernière déduction n'est pas due à une 
a pétition de principe », puisqu'il n'est nullement prouvé que l'ins- 
cription parle de « réparation », encore moins de construction dé- 
finitive, terminée à cette date. Dès lors, il n'y a pas lieu de s'ar- 
rêter à 1 hypothèse émise par Ganteaume, comme seconde ex- 
plication de la ligne finale. Nous croyons, au contraire, que la 
seconde partie de notre texte doit être lue et expliquée à part, 
comme une simple épitaphe. Voici d'abord cette ligne : rrabia '3X53 
"m in pp « Stèle de Salomon Petit, fils de David ». 

En eflet, dans la liste des rabbins qui ont vécu à Arles, Gross 
note un certain Salomon 1 , qui peut bien être le Salomon mentionné 
dans le texte précédent. 

Selon la supposition de Ganteaume, au contraire, le premier 
mot 32E (pour raatta), serait un qualificatif attribué à celui qui est 
nommé ensuite : « Salomon Petit », et cet abbé en avait fait un 
« chef», puis, par extension, un entrepreneur de la construction. 

Enfin, la copie que nous avons sous les yeux offre des détails 
topographiques sur le quartier juif: « La synagogue, est-il dit, 
» était en l'endroit qu'on appelle aujourd'hui V herbolerie, et la 
» Juiverie dans la rue qu'on nomme : Carrière neuve, où l'on voit 
» encore quelques restes. » 

A la suite de ce premier extrait, se trouvent — comme il a été 
dit en commençant — deux lettres de Seguier, qui se réfèrent au 
troisième monument hébreu d'Arles, ou à la tombe d'Imola. Avec 
non moins de mal que son émule Ganteaume, Seguier explique 
péniblement chaque mot et chaque syllabe de ce texte peu impor- 
tant. On a pu s'en rendre compte au n° 3 de i'énumération qui ouvre 
cet article. — Les deux Ordonnances latines qui terminent cet 
extrait seront utilisées, nous l'espérons, par un de nos collabora- 
teurs pour une étude sur Arles. 

Moïse Schwab. 



Qaîtia judaica, p. 79, d'après Y Itinéraire de Benjamin de Tudèle. 



80 REVUE DES ETUDES JUIVES 



PIÈGE JUSTIFICATIVE. 

(Anibert, Répertoire d'Arles, Relation sur les Juifs.) 

... Dans ces entrefaites, il s'éleva une grande contestation entre 
celui qui était chargé par les citoyens de veiller à l'entreiien du 
Pont du Crau, et les Juifs établis dans la cité dArles, au sujet d'une 
corvée bizarre, à laquelle ceux-ci avaient été très anciennement 
soumis. Ils devaient fournir tous les ans, le jour de Vendredi Saint, 
cent bourriques pour porter les matériaux nécessaires aux répara- 
tions du pont de Grau. Il est probable qu'on voulait les obliger à 
servir eux-mêmes de guides, et c'était sans doute ce qui causait leur 
répugnance. 

L'archevêque, assisté des huit consuls de la Cité, termina la dis- 
pute et commua la redevance. Par accord du 15 juin 1178, il fut 
décidé que les Juifs payeraient actuellement la somme de 50 sols, et 
qu'on exigerait d'eux annuellement 20 sols melgoriens, pendant la 
semaine sainte, pour la réparation du pont de Grau. 

Ce temps sacré était vraiment critique pour ces malheureux débris 
de la race d'Israël. Il n'est point d'avanie, poiut d'outrage, que le 
peuple et surtout la jeuuesse d'Arles ne leur fit essuyer pendant la 
journée du Vendredi Saint. En statuant sur l'affaire du pont de 
Crau, l'archevêque et les consuls s'engagèrent à garantir les Juifs de 
cette persécution domestique 1 . 

1 L'acte de cet accommodement est aux Archives de l'Archevêché, livre noir, f. 53. 
Cf. Blancard, Documents médita sur le commerce de Marseille au moyen âge (Mar- 
seille, 1884, 8°), t. I, p. 240. 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES EXÉGÉTIQUES 



I. Gen., ii, 3. 

Les mots t-ntû*b ans sont embarrassants. On a essayé de faire 
une distinction entre ira, créer, et îto*, façonner ; mais dans le 
premier chapitre de la Genèse ces deux termes ont la même 
acception. On doit remarquer ensuite que l'expression ïto* 
fD&6tt, faire un travail, est très naturelle, tandis que roabtt son, 
créer an travail, est tout à fait insolite. Il nous semble possible 
que le texte primitif, au lieu de ara, ait eu "im ; le i sera tombé 
après le i de ton, et *d se sera augmenté de r« de irnb». L'ex- 
pression nm»b *nn se retrouve Ex., xxxn, 14, et ailleurs. 

II. Gen., xxiv, 53, 55. 

Dans ces deux versets on mentionne le frère de Rébecca et sa 
mère, tandis que dans le verset 50 on nomme Laban et Bathuel, le 
père de Rébecca. Il est à noter que nulle part le père et la mère 
ne sont réunis. Gomme Bathuel est désigné en toutes lettres, on 
peut se demander si dans les versets 53 et 55 le mot ma» n'a pas 
été substitué à ïtok, peut-être pour que Laban ne fût pas placé 
avant son père. Raschi remarque déjà l'inconvenance de Laban, 
prenant la parole avant son père, mais au verset 53 l'inconvenance 
serait aussi commise par le serviteur d'Abraham, tandis qu'il est 
moins choquant de voir Laban mis avant sa mère. La confusion 
graphique des mots rpaa et ïtok est, d'ailleurs, très facile. Dans ma 
FW3N (v. 28) la même substitution a pu avoir lieu. La Peschito 
a lu ira», et Graetz, dans ses Emendationes, adopte cette correc- 
tion. Le Midrasch Rabba, ad L, observe que Rébecca s'est adressée 

T. XL, n° 79. 6 



82 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à sa mère, tandis que Rachel a raconté l'arrivée de Jacob à son 
père (xxix, 12). En résumé, il se pourrait que le narrateur origi- 
nal n'eût parlé que du frère et du père de Rébecca. 

III. Exode, xxxiv, 13 et 15. 

Ces versets font alterner étrangement le pluriel avec le singu- 
lier dans les verbes et suffixes se rapportant à ynafi mzn\ Au v. 13 
on trouve ùnmï», ûnn^tt et mm. Le Samaritain met tormira ; 
mais il est plus naturel de corriger "pnmTtt et TToatto, d'abord 
parce que le singulier est plus employé que le pluriel dans ce pas- 
sage et, ensuite, parce que la confusion de û avec v est facile. Dans 
le v. 15 on pourrait après nan supposer le mot V3n, en parallèle 
avec le mot mon du v. 16. Le mot van est, à la vérité, moins 
nécessaire que le mot *mfi. C'est sans doute aussi pour cette rai- 
son qu'il est tombé. 

IV. LÉv., ni, 14. 

Dans la phrase r-iuia inmp 137373 rmpm le mot isaip, non seule- 
ment est superflu, mais il rend la proposition incompréhensible, 
puisque le suffixe de 127373 se rapporte au mot "isnnp du v. 12. On 
n'a pas pu dire : II apportera de l'offrande son offrande. Le 
mot m^p pourrait bien être une dittographie verticale de ipin 
•rça qui se trouve au-dessus à la ligne précédente. En tout cas, il 
doit être retranché. 

V. Deut., xi, 2. 

Ce verset contient certainement une lacune. La Septante tra- 
duit : « Vous savez aujourd'hui ce que ne (savent) pas vos en- 
fants, qui, etc. ». D'autres expliquent : « Vous saurez aujourd'hui, 
car ce n'est pas à vos enfants (que je parle), eux qui, etc. » La 
pensée exprimée ainsi paraît bien faible et en contradiction avec 
d'autres passages où Dieu dit qu'il ne s'adresse pas seulement 
aux pères, mais encore aux enfants. Aussi croyons-nous que c'est 
justement cette dernière idée qu'il faut suppléer, notamment 
d'après Deut., xxix, 16, et expliquer : Vous saurez aujourd'hui 
que ce n'est pas (à vous seulement que je m'adresse, mais) à vos 
enfants, qui, etc. 

Mayer Lambert. 



NOTES ET MÉLANGES 83 



LES ATHÉNIENS A JÉRUSALEM 



Dans le décret que les Athéniens rendirent en l'honneur dHyr- 
can II T grand-prêtre et ethnarque, décret étudié par Th. Rei- 
nach, on lui fait surtout un mérite [Revue, XXXIX, 20) de « sa 
bienveillance envers notre peuple en général et chacun des citoyens 
en particulier, mettant tout son zèle aies servir, qu'il accueille 
avec empressement les Athéniens de passage dans son pays soit 
en ambassade, soit voyageant pour une affaire privée ». Ces pa- 
roles de reconnaissance constatent ce fait que les Athéniens ve- 
naient, à cette époque, assez fréquemment à Jérusalem, soit avec 
des missions officielles, soit pour leurs affaires particulières, et 
cela éclaire d'une vive lumière cette série d'anecdotes que le 
Midrasch Echa Rabbati, sur le chap. i, vers. I (û* vo-i), nous 
offre. Ces anecdotes doivent nous montrer combien les habitants 
de Jérusalem surpassaient même les Athéniens en intelligence, 
en sagacité et en esprit. Dans les deux premières de ces anecdotes 
ce sont des Jérusalemites qui vont à Athènes ; dans les huit 
autres, il s'agit toujours d'un Athénien se rendant à Jérusalem. La 
formule par laquelle débutent ces derniers récits, composés en 
araméen populaire , est : tzjbwpb but dïtw )ft in « Un Athé- 
nien alla à Jérusalem ». Deux de ces anedotes, réunies en 
une seule narration, passèrent dans la littérature arabe, d'où 
elles parvinrent à Voltaire qui les connut par Herbelot , et 
elles lui fournirent le sujet du troisième chapitre de son Zadig ; 
c'est ce que j'ai indiqué dans mon article, « De l'esprit popu- 
laire juif dans la littérature mahométane » (Monatsschrift , XIX, 
1870, p. 70) i . Qu'il me soit permis de répéter ici ce que j'ai 
dit dans cet article sur l'importance de ces anecdotes : Ce sont là 
d'anciennes productions pleines d'un esprit enjoué et pétillant qui 
nous ramènent au temps où Jérusalem était encore la célèbre capi- 
tale, le véritable centre du judaïsme. Le ton vif et animé de ces 
anecdotes prouve qu'elles ont jailli de la vie populaire dans toute 
sa réalité; elles nous apportent un témoignage des plus authen- 
tiques du temps de la dernière splendeur delà vie politique juive; 
c'étaient comme les derniers éclats d'une gaîté qui allait pour des 
siècles céder la place aux plus sombres orages. — Ces monuments 
de l'esprit de l'ancienne Jérusalem qui n'échappait pas aux visi- 

1 Cf. Israël Lévi, Bévue, XI, 209 sq. 



84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

teurs venus d'Athènes, trouvent une espèce de confirmation his- 
torique dans les paroles citées du décret des Athéniens, qui nous 
apprennent qu'effectivement des Athéniens bien souvent se ren- 
daient à Jérusalem et y étaient l'objet de la bienveillance du monde 
officiel. Sur la conduite du peuple à l'égard de ces étrangers, nous 
sommes renseignés par ces anecdotes, dont on peut hardiment 
placer la composition au temps d'Hyrcan II ou de sa mère 
Alexandra, temps où Jérusalem jouissait de la paix et de la pros- 
périté. 

Budapest. 

W. Bâcher. 



UN FRAGMENT POLEMIQUE DE SAADIA 

Les quatre petites pages judéo-arabes que nous publions et tra- 
duisons ici proviennent de la gueniza du Caire et font partie des 
ballots de feuillets acquis par M. le baron Edmond de Rothschild. 
Elles nous paraissent appartenir à un écrit où le Gaon traduisait 
une de ses œuvres hébraïques de polémique contre ses ennemis. Le 
texte se divise en paragraphes en tête desquels se trouvent 
deux ou plusieurs mots hébreux. Saadia est nommé une fois à la 
troisième personne ; mais nous savons qu'il parle parfois ainsi de 
lui-même 1 . Peut-être notre morceau est- il un fragment en arabe 
du Séferhaggalouy, dont le premier chapitre traitait de la sagesse 
et le troisième montrait le mal résultant de la nomination de David 
ben Zakkaï 2 . Quoi qu'il en soit, le fragment que nous donnons 
ici nous parait intéressant, et peut-être découvrira-t-on ailleurs 
d'autres morceaux du même ouvrage. 

Nous avons ajouté les points diacritiques et les teschdid ; dans le 
texte le £ seul a un point. Chaque page a treize lignes et chaque 
ligne quatre ou cinq mots. L'écriture est grande et carrée. Par en- 
droits les vers ont rongé les lettres. Nous avons surmonté d'un 
trait horizontal celles qui sont douteuses : 



* V 7 oir Harliavy, Studicn uni Mittheilungcn, t. V, p. 163. 
3 Ibid., p. 143". 



NOTES ET MELANGES 



85 



Texte 



Verso 



Recto 



y^2i ■'D r^ntm îttpss ■nais 

vpî Sa aninai ttbba Hifia 

v • ' 'ban ûha "lasno&n 

opnsttba i» farrnaaa 
r>«a-i et : nrba a>ba 

fannDob» n.rvai anabr™ 
bï-rabà t^aifïKia *ip toaa 

nNîiDbNi s^Niiaa iba ->d 
b«i ûb-jbN Ntia wn-* S^bban 

ma** t^b Sanban mâb&n tp'rçnb» 

'jn-iipa ntj^art : fana^m }tt 

Va fafiNin yapan fcjimbî» 



a^ana o*b ^n Va Fnbatsa 

■pa "»5fin wi ■papa ibnpa 

faN "oipa pipfimba [pn]nott 

S&t ~ pnna*f"V^n : wanfi 

nniô Kb ^b faN ibnpa riaNâN 

riaaÊKbaa bsnâ anba owbs "j&n 

■•ski ib"iba bips nn?:an ^btf 

vn*n t-nttïia urça t-*bi n*a 

: ^bî "Ja'ai : ^73* 

mpbws ^bnsn na\aa wrra 

i-rnra înatRÔ^b farsoaaa 

ïwn ïYvyn îipn ^b* 



II 



Ferso 

■obrwi n^wat viobn ana 

•ïiibsw l^a Dm^y iran 

Mb éhf» nbi nbb« t^pn *j73 

r-rt72 n«T & a ^a : "priais 

nenR* p * nbia Nin i«b 

3>dx *oaa y-jaa «ira ïin»« 

•pana laxi abaaw brsaa 

fana 'pb* rrnjapa assn ^ena 

'pao'» "jn tok ba "»b* Nànm 

imba n©6fâ : s^nnS» 

ï-iànn «ira ^sa nïïb 

Sa meon tnrhfâ an '■pas ib* 



n£\x ^ani n^a iî< riisa ^aôi 

: -p vn pb : ia ifina 

3 ri-bb^a *p msas ^bnba 

^a *pabao HKTib» lfc ^yi 

}ari a-b na^nni faïiynan in 

■s bip Èjb«5n *{N ^a "rajbNi mttb« 

hbba "{«a -ien «bi ^rwa «ba 

: i^ai isapn : ^oa: laa» 

ibapNi i^5snàNa V N - N 

"n'JDNT a^hnbM va "npnMti 

b« va ^brr^À inosn liv* bn 



s Nin 5n73 n^^aa nan^7û 



DNsbx -iwNTaa i-;n72^a bna^ 



1 Le deuxième i est peul-3tre une faute. 
» Lire nnbfco. 

* Sic. 

5 Lire arsbip. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



Traduction. 



I. Recto. « ... La prière (?), de ce que je ne suis pas sage, en di- 
sant : selon la petitesse de ma science. Et je ne mérite pas la domina- 
tion en disant : Si fat montré, et je ne suis pas digne d'être exaucé 
en disant : Si elle ne me convient pas. Car les hommes sont tous des 
ignorants par rapport à la sagesse, comme a dit l'ami de Dieu : Je 
suis sot et je ne sais pas ; f ai été une bête auprès de toi (Ps., lxxiii, 22). 

Et après cela : Il arriva alors. Alors ces gens se dévoilèrent pour 
contester le droit de Saadia ; ils l'insuUaieat et se révoltaient. Ils de- 
vinrent un objet d'opprobre et de mépris dans toute la nation de 
Dieu. Tout homme pur les a détestés et dédaignés, et [ils subiront?] 
leur malheur de la part du vengeur. 

Détruis, ô notre Dieu : notre Maître, fais-les périr et disperse 
leurs langues. Car nous avons été témoins de leur injustice dans la 
ville que nous habitons. Jour et nuit l'injustice les entoure et la dis- 
pute est dans ses murs. Alors la fraude, l'iniquité et la fourberie ne 
quittent pas leurs places publiques. 

Secoue-les : Par ta puissance abaisse-les et tranche leur espérance 
de 

II. Verso . ..FA cela par de l'argent ou une bourse (?) et cela aussi 
par un mauvais dessein. 

Donc ils ont été pour toi : Donc ils sont devenus pour toi comme des 
divinités, et tu crois que la vie et le bien consistent à leur obéir et à 
les servir, et que la mort et le mal consistent à transgresser leur pa- 
role et il n'y a pas d'être qui fasse revivre (?) et il n'y a pas d'ordre 
comme si Dieu était auprès de toi (?)*. 

Rassemblez-vous et venez : Maintenant, réunissez-vous et avancez ; 
rassemblez-vous de la périphérie et regardez si l'on trouve un 
homme ignorant la science aussi vite que celui-ci. Il remplace ses 
serviteurs (?)par les pires des hommes ; car ils ont gâté ses travail- 
leurs ; ils ont détruit sa pensée. Leur don venait en principe (?) de la 
crainte de Dieu, et par lui non plus ils ne subsisteront pas. 

Car telle est aussi la mesure : Car tout cela est dans les habitudes 
de Dieu, notre Maître, à savoir qu'il frappe les ennemis de son peuple 
l'un par l'autre, comme il l'a fait avec les gens de Naplouse (Sichem) 
et le fils deGédéon (Abimélech). De même sa vengeance s'exercera sur 
toi par eux, et malédiction sur quiconque te nommera chef. 

Comme tu as adjuré : Gomme toi aussi tu t'es engagé par serment ; 
puis tu as rejeté son nom » 

Ce fragment présente encore bien des énigmes, tant pour le sens 
général du texte que pour l'interprétation des différentes phrases. 
Nous espérons que d'autres réussiront mieux que nous à les 
résoudre. Mayer Lambert. 

1 Le sens de toute celte phrase nous échappe. 



NOTES ET MÉLANGES 87 



QUELQUES REMARQUES SUR UNE VIEILLE LISTE DE LITRES 1 



Cette liste présente de l'intérêt, non seulement pour la littéra- 
ture, mais aussi pour l'histoire de la culture, car elle nous 
fournit quelques indications sur la composition d'une bibliothèque 
juive, peut-être même d'une librairie juive, à une époque assez 
éloignée de nous. A l'origine, elle était formée de deux parties ; 
dans la première avaient été inscrits « les livres vendus ou des- 
tinés à la vente 2 », et dans la seconde, celle qui est sous nos yeux, 
étaient mentionnés les livres qui devaient être mis de côté. Cette 
dernière catégorie comprenait pêle-mêle des ouvrages juifs et 
non-juifs, rabbanites et caraïtes, de caractère religieux ou pro- 
fane, mais surtout des compositions liturgiques. La liste cite 
peu de noms d'auteurs. Elle mentionne le plus fréquemment Saa- 
dia, et comme de nombreux ouvrages de ce Gaon ont été perdus 
de très bonne heure, nous pouvons en conclure qu'elle date du x° 
ou, au plus tard, du xi e siècle et qu'elle nous vient de l'Orient. 

Outre les ouvrages connus de Saadia, notre liste en mentionne 
encore deux nouveaux. L'un a pour titre : ^ k r m hn nas aana 
pnbN *hy nv-n ûaopba. M. Bâcher suppose que cet écrit est une 
réplique de Saadia à une réfutation caraïte publiée contre son 
îWïïobN j^antuba taarpbK 3Nro, et cette hypothèse est plausible. 
Peut-être aussi faut-il corriger û&ppba en D&opba et y voir une 
sorte réfutation de la méthode de 1' «analogie » (asrp, ïûpTn), dont 
les Caraïtes ont fait un si fréquent usage. Nous savons par la 
Poétique de Moïse ibn Ezra que Saadia a combattu cette méthode 
dans plusieurs de ses écrits 3 . — L'autre ouvrage nouveau, intitulé 
û"nw wais, ne s'occupait certainement pas de questions de casuis- 
tique, mais du calendrier. Dans son commentaire sur le Sèfer 
Vectra, Saadia cite un ouvrage de ce nom et appelle l'attention sur 
une erreur qui s'y trouve 4 . Mais comme l'explication des « Quatre 

» Revue, XXXIX, 199-208. 

1 Les premiers mots de la liste iniÔbN riari (ou *pâ*")îÔbN) doivent peut-être 
se traduire ainsi : « ils ont été établis, ceux qui sont sortis », c'est-à-dire les livres 
vendus. 

3 Voir Jemsh Quart. Rev., IX, 244 : ifi fi^lp DÊ»ba uhl *ïp fN ûb*&n 

"B b*wo an arpb* *n ipi MiHrowDi ^y apo msïti ••.owpba 

^b» ïwbNin \12 Tr» Cf. aussi le passage de Yéfét sur Exode, xxxv, 3, 
dans Pinsker, p. 20, et Hadassi, Alphab., 174. 
* Éd. Lambert, p. 80 (traduction, p. 103) : ^aiN "'D N73 5138^ H1ÏÏÏ 



88 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Portes » doit se trouver forcément dans tout ouvrage sur le calen- 
drier juif et que Saadia a écrit un ouvrage de ce genre (nand 
Tn^bN), il s'est occupé certainement des « Quatre Portes », soit 
dans un chapitre de son livre, soit dans un opuscule spécial. Et 
de fait, un ouvrage postérieur sur le calendrier cite les &vd>© 'r 
•p&O i"WD 'Tï l ; mais ce 't « sept » se réduit à 'n « quatre ». 
On connaît aussi un poème didactique sur ces quatre portes, de 
Yosé Nahrawani (•^«•miba w '73*7 d^tu ttarw) 8 , avec un com- 
mentaire arabe d'un certain Saadia b. Juda b. Ebiatar (composé 
en 1203). On pourrait admettre à la rigueur que c'est de ce Saadia 
qu'il est question dans notre liste ; mais cette hypothèse soulève 
des difficultés chronologiques. 

M. Bâcher veut encore attribuer à Saadia un autre ouvrage de 
notre liste, le WJ&bfin rnswsba •>*> dtfbd. « Il se pourrait, dit-il, que 
cet écrit fût une partie de l'ouvrage polémique de Saadia contre 
Ibn Sâqeveihi, ouvrage qui porte, entre autres, sur la Pentecôte. » 
Nous pouvons affirmer que cette hypothèse n'est pas juste, car 
nous connaissons maintenant exactement le contenu de ce livre 
de polémique. En effet, dans la bibliothèque laissée par l'archi- 
mandrite russe Antonin de Jérusalem et acquise par la Biblio- 
thèque de Saint-Pétersbourg, M. Harkavy a trouvé un fragment 
de l'ouvrage en question 3 et en a publié un extrait dans le pério- 
dique russe Woscfiod (janvier, 1900, p. 83). Comme ce périodique 
n'est pas très répandu et que nous savons peu de chose de cet 
ouvrage polémique de Saadia contre Ibn Sâqeveihi, je vais donner 
ici ce passage in extenso : 

ïttpnsb rtt&ô rpNiobN maro rroon id nNitN np hîn "nttjbi 

^2Np r**» ibsn *î3n *\t\m* ta-b^m ">d firn© roa ^by ï-pîSi in 

viNO"» *JNd t*«3 JOHN NEï ÏIDin llbp &an T13 dS t^2 3MD"1 C^iaa 

ttnnn im ■»» -b-ibs 'pa rrb y-\yn xny -jo»k ib nrvoo rt 
VE^m y:* yzibtànhtx t^tnp b*bi ï-ittanb toab inm ïiicnnn 
\a 'wanbÈO pia-ibN *by *nbb nin*m tab r^733N r*4jaîTwritxh 
■»d ibam IN D"ip Sab aih naaa torrab^b TwabnbÈn î-T3iaEbN 
an •!« taïrobaàïa T»OBn "b? t^b arr taimoen ^b* canard 
■nba aNidsbN ,*pN ariENba tiNEna ^jfcban Dfibbtta nsaK tenosaa 
— irna ^ mttbnb&o nattnba t» t^b&npK ïKD3«b« N-in t^nb jsaà 

n^©» crpbn nxnn a*np nbiai nwv ia uî-«uj -man ba fc-nyuî 
^ba a*- 

1 Cf. Luzzatto, dans 0m»f, XII, 101. 

» Edité par M. Steinschneider, dans l^ïl d"lS, IX, ftl. Cf. Harkavy, Studien u. 
Mittkeilungen, V, 116. 

s Cf. Zeitschrift f. hebr. Bibiiogr., III, 177. 



NOTES ET MELANGES 89 

•prnanba Sn ûs>t n» ^d î-ïKçaâ ^aai toa*a tùn an nj-ot* N*bi« 
l^Hmw V 3 ™*ra àba aaabai *rmnbN Siêôn aaabss ï-nsbaô 
spnanîabH 173 ti "nâ** rta^u: âb« a^ab^i ianobN iïti naobK 
rro^aabN HispbN 1b«i hod Y'^a ab rtbai ^ïi^bK S^ana nbfin 
inji-nD ^b tûb^T r-n'nybN Hîmc ^a rïbto abnba itwvb ^a rbao 
•p-ia^bN 1^ bà-ib» t^-in fcarï *np bra rtmiB *b ''ban î-nabK 
SïiNibN &rin niai .^bx ^en ^ba t^irr ^a rsbba nttN n*& "îabfcô 
t^nb indsk ïrnx rtSYiprur pbaâbN jinoii v^n-iba ja to^t t<bi« 
tabT srrjpan rtnasn •panja s-pdi «wni kà?ki p?a:n ynsn bits 

t^tb-J nNbN5»bN Jtfbl Ï-I3t»ttb« ^S fcOû^D "»lDa nblp *b* 1Ï1U5PO"' 

1» Nn£*m t-itnfcWNbK ya t^ni^a a^u: ria ^n» ktmèo taijnnbN 
Mïi^-'wàbD fbi 5>72i ïH^mba ï*j ^ni^ai mb* rtTKïittî «b ana 
■*d t-iNTiinttbK i-ra^ba ^d wnbnab in x?aa i?n5ni - — na*n 

.^ba t*opttb« 

Par ma vie ! il (Ibn Sâqeveihi) a bien fait d'appeler son ouvrage 
« Livre de la confusion », car cet ouvrage le couvre de honte et de 
confusion, comme je l'ai expliqué à propos de Prov., xxv, 8 *, et comme 
il est dit (ib.y xxiii, 3) : « Quand le méchant arrive, arrive aussi le 
dédain, et avec la honte il y a la confusion. » Il aurait dû se taire 
pour éviter ce qui lui est arrivé, comme il est dit (Job, xm, 5) : « Si 
vous gardiez le silence, on vous considérerait comme sages. » Il est 
possible que les premiers hérétiques, tels qu'Anan, Benjamin, et 
d'autres, n'aient pas combattu les rabbins et les savants par des cita- 
tions de la Mischna et du Talmud, parce qu'ils savaient que chaque 
ouvrage doit être expliqué selon le sens que lui donnait l'auteur et 
non pas d'après les idées de l'adversaire '• Car l'auteur comprend le 
mieux, selon la lettre et l'esprit, ce qu'il à voulu dire. Or, cet homme 
(Ibn Sâqeveihi) a réuni en dix chapitres des extraits de la Mischna et 
du Talmud. Je veux d'abori faire connaître les titres de ces cha- 
pitres, ensuite j'analyserai chaque chapitre et je prouverai qu'il s'est 
trompé en croyant avoir rencontré des contradictions chez les rab- 
bins. Chapitre I, sur l'unité de Dieu; II, sur une catégorie des lois 
relatives au sabbat, c'est-à-dire celles qui concernent les lumières ; 
III, sur d'autres lois concernant les présents 3 ; IV, sur le commen- 
cement du mois; V, sur la règle nos Y'na ab ; VI, sur l'année embo- 
lismique; VII, sur les prescriptions relatives à la graisse; VIII, sur 
les unions illicites; IX sur les règles concernant une femme qui a 
son flux menstruel ; X, sur les lois relatives à la pollution. Cet homme 

1 En effet, dans son commentaire ad l. (éd. Derenbourg et Lambert, p. 144), Saa- 
dia applique ce verset aux polémiques scientifiques. On a ainsi la confirmation que ce 
fragment est bien de Saadia. 

1 Ces mots rappellent ce qu'a dit Haï dans sa Consultation bien connue sur Ha- 
guiga, 14* (éd. Lyck, n° 99) : b* fnsnb IWl "pa "ÙTWn 13K "O 3H 

ta-rçji* û"nnwD yyrz -nttwa ■*» r-un» abus mis unsbT nax 

* Ce titre n'indique pas clairement quel sujet était traité dans ce chapitre. 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

prétend que sur ces dix points les enseignements des rabbins sont 
contraires à la parole divine, etc. Cet ignorant affirme surtout que 
les rabbins considèrent Dieu comme un corps et qu'ils lui attribuent 
une forme humaine ayant une longueur, une largeur, une épaisseur, 
des membres, des organes, des attributs essentiels et accidentels l . 
Mais à l'appui de son affirmation il ne cite aucune preuve de la Mi- 
schna, des Melihiliot* ou du Targoum; il reproduit seulement huit 
sortes [d'assertions] tirées en partie des Agadot 3 , en partie d'écrits, 
dont l'authenticité n'est pas prouvée, en partie, enfin, de la liturgie. 
Mais tous ces passages doivent être pris au figuré, comme on doit 
le faire pour les passages analogues de la Bible,, etc. 

On voit par ce fragment que les chapitres de l'ouvrage de Saa- 
dia correspondaient à ceux du livre d'Ibn Sâqeveihi. Or, aucun 
desdits chapitres ne s'occupe de la fête des Semaines, à moins 
d'admettre qu'il était question de cette fête dans le chap. v. Peut- 
être aussi l'écrit mentionné dans notre liste est-il le chapitre vni 
du Kitâb al-anwar de Qirqisâni, qui porte un titre analogue \ d'au- 
tant plus que cette liste nomme plusieurs ouvrages caraïtes, par 
exemple un chapitre d'Anan 5 , probablement de son msttii ^so. 

Quant aux autres difficultés de notre liste, du moment que M. Bâ- 
cher n'a pas pu en donner la solution, elles resteront probablement 
longtemps insolubles. Qu'il me soit pourtant permis d'émettre 
quelques hypothèses. Il est peu probable que d^sn anb"i împHinbui 
(n° 6) soit un titre d'ouvrage, car ce n'est que plus tard qu'on a 
usé de titres symboliques de ce genre. Ces mots désignent peut- 
être la description de la table sainte et des pains de proposition, 
par exemple le chapitre qui parle de ces objets dans roabtn am'na 
■pttMaft, ou le passage parallèle de "ffiTtn (éd. Freimann, p. 185), 
etc. En tout cas, les mots "pn ma aa jrtofri restent énigmatiques. 
Les mots natro mann (n° 30) indiquent peut-être un chapitre d'un 
recueil de Halakhot sur les portions attribuées aux prêtres. Ainsi, 

1 C'esl là le commencement du chapitre i er . Ace propos, M. Harkavy appelle l'atten- 
tion sur la citation faite par Juda b. Barzilaï, dans son commentaire sur S? fer Yecira 
(p. 20-21), et commençant ainsi : b"T ÏTHJO t^l "nDOtt ^nN 1D03 "ti^Sai 

S"t i^mm hy y«iïi -îma -iewd *"niû in» *pE fc-naya b* naTno 
t^mab imam r-nai trams vn an© rrb^bm nb^bn Tmbnïi ■wn 

"1d"l D^abiyïl. h croit qu'il s'agit ici d'Ibn Sâqueveihi. Par contre, voir Jewish 
Quart. Eeview, l. c, p. 255. 

2 A remarquer le pluriel m^bîOft. Le singulier iïb&Oft se rencontre fréquem- 
ment, notamment chez Yéfet. 

3 La forme arabisée nfcnfcWN est analogue à la forme nfcONifP de notre liste. 
* D^anyn "pai msnaUÎ an ^D ; cf. Steinschneider-Festsckrift, p. 196, 212. 

5 p3>b ÛNbd (n° 19). Ici, ÛfcOD désigne un « chapitre » d'un ouvrage plus consi- 
dérable. 



NOTES ET MÉLANGES 91 

cette matière est traitée dans les HalaWiot Guedolot, dans un 
chapitre intitulé, il est vrai, rvmsn rrobïi, mais qui débute par 
ces mots de la baraïta de Hoidlin, 133 a : ws îwd marvo Ys 

Le terme si obscur de rj&tpaba (n° 52) doit peut-être se lire 
Tipba et désignerait ainsi un ouvrage sur les points-voyelles. Sans 
doute, la plus ancienne monographie sur ce sujet est de l'Es- 
pagne, de Juda Hayyoudj, mais les Massorètes de l'Orient des ix e 
et x e siècles, comme Ben Ascher, l'ont également traité dans leurs 
écrits. Peut-être même Haï Gaon a-t-il consacré un ouvrage spé- 
cial à cette question ' ? 

Samuel Poznanski. 



SUR UN FRAGMENT D'UNE COLLECTION 

DE 

CONSULTATIONS RABBINIQUES DU XIV e SIECLE 



Il y a quelque temps, un antiquaire de Varsovie m'a apporté un 
petit manuscrit, se composant de dix feuilles in-4° de parchemin, 
provenant, paraît-il, de Jérusalem et qui intéressera peut-être 
spécialement les lecteurs de cette Revue. C'est un fragment d'une 
collection de Consultations rabbiniques, analogue et apparentée à 
celle qui fournit en ce moment matière à l'étude si instructive et 
abondante en faits de M. Israël Lévi (Revue, XXXVIII, 103 ets.). 
Ce fragment, qui forme un cahier d'un grand manuscrit, commence 
au milieu du n° 104 et va jusqu'au tiers du n° 111 * ; il contient 
des Consultations ayant trait à toutes les questions du domaine 
du mariage par lévirat et du refus du lévirat (mt^bm ûtt>) 3 . La 
plupart de ces Réponses ont pour auteur Isaac b. Mordechai 
Kimhi, appelé ici +m "W8 (une fois il est nommé par erreur 
n aK ^vjk) et ont été sans doute collectionnées par son neveu Péreo, 
b. Élie de Corbeil \ 

1 Voir Harkavy, QiauP ÛH B^^fl, II, 13. 

2 Les numéros sont inscrits en marge. 

3 Les bords supérieurs contiennent aussi la suscription : îllfbm Û13*\ et quel- 
quefois ilii^bn. Les Consultations étaient donc rangées suivant l'ordre des matières 
comme dans la collection d'Oxford (voir Revue, XII, 81), et non comme celle qui a 
été étudiée par M. Israël Lévi. 

4 Voir Gross, Gallia judaica, p. 565. 



92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le n° 101 traite la question de savoir si la fille du beau-frère 
(aa^ïi na) qui devait éventuellement accomplir le mariage par lé- 
virat peut attester en justice que son père est mort et que, par 
suite, sa tante est libre. La plupart déclarent son témoignage non 
digne de foi, considérant ce cas comme analogue à celui des cinq 
femmes mentionnées par la Mischna [Yèbamot, xv,4), dont le té- 
moignage en justice n'est pas valable en des cas semblables 1 . 
Ainsi s'exprime Abraham b. Isaac (sans doute de Carpentras 2 ) 
dans sa réponse à un R. Raphaël autrement inconnu. De cette ré- 
ponse, comme nous l'avons dit, il ne reste que la conclusion. Les 
derniers mots sont ainsi conçus : nvwnï-na b&on 'n ^Dïb» *p am 
hîjNm taTnaai traita ta*nan tan rnanauî -ittim bpm r-iKaïiia 
îonnb vb* ïmn*a pn^b î-rnaa^ nviîib ï-wnïn fr-na^aa taa-wa fioft 
rpr K'nn^m t^ro 3 tartan "ntta i-ït ^as*n npTian ï-pi-pek ï-ran 
\nni wan ta^a tnp'mi r-pmEN i-pan fc^anb Tntttt b?tt *as7a 
4 b"ac prix* 1 l'a tamaa &an*»U573b no taanariN[a]. Puis on trouve 
(f° 1 b-lc) un écrit de Nathan b. Juda adressé à Isaac Kimhi sur 
le même sujet. Ce Nathan est sans doute le petit-fils d'Azriel b. 
Nathan ha-Kohen 5 . Nathan reproche à Isaac de déclarer le té- 
moignage non valable. Le commencement est ainsi conçu : aaia 
n"!-ï la (i. Wï) ^aa ma anb î-nirp n"a fna ,m \ a-in rbxû -iibn anart 
STista ma* WKtt ï-ïbina na->azM taipn baa y "a wia 'n ^apï -an« 
■nai asn lana t^bi *-mn '-mi nia):iD û^isa a w rwi fi sfarra nbnn 
lanaa -pbtD *vnan vroan ta^-na ->3ua nw ^asE ima bbm ■»«»« 
tafTH'ai np'nrr t^bu: ta^arj mninb ï-vwib tançai i-ibcaab 
nmnb "p^a s-pop 1 » Sn ' pnr ,m \ a^in rinx p b* "wis "îrvn 
taa^n in a î-nai» r-inNia ï-Tiï b? ^nan b* ï-irota ïnaiùîn 'p i-n ^«e 
'nai m hy bnaa ^jn ik» pa?2 nnab ïi^an i-nttnb. 

A la suite vient (f° 1 c-26) la réponse d'Isaac : mi •wa a^bsinron 
"paa>îi rtî ba> "«stbb '1 ^apî 131» a^n naa p prûf» 'n, et ensuite une 
petite Consultation du même sur ce sujet (2b-2c) : na-ma aib w 
■pD*n Mt b* naîan. 

Le n° 105(2c-4&) traite de la disposition du soulier nécessaire 
pour la Haliça et provient également d'Isaac Kimhi : "pa*» n"p 
.T»»p p« wi» *i"tn '- maa p pris- 1 'n "«w ^aia anb rsarbn b*:» 

1 Plus spécialement encore à la question soulevée par le Talmud [Yebamot. 117 a) 
et non résolue, concernant le témoignage de la mère du beau-frère (r»Nan nniTûn 
p^ai rttfb), cf. Maïmonide, Hilchot GérouscMn, XII, 16, et les commentaires à 
ce sujet. 

* Voir Revue, XXXV11I, p. 109. 

3 Bèça, 2iet s. (cf. Raschi, ibid.). 

* îiaïab p**13£, v. Zunz, Zur Geschichte, 457. 
» Cf. Michael, tTWï 11K, p. 562 (u* 1133). 

« Cf. Megilla, 31 a. 
7 Cf. Edouyot, I, 3-4. 



NOTES ET MÉLANGES 93 

Le n° 106 (4&-4rf) est du même auteur et traite du même sujet. 
Une question lui avait été adressée par les savants de Narbonne. 
Isaac n'ose la résoudre lui-même et soumet la question ainsi que 
sa réponse à Salomon b. Adret : 'nu *wn a-in brozia nT bv Y'p 
r-iNtt ^niïp -0*7173 'n -»3pT wa a-in ma p * n"y 2t"s y"* 1 pris- 1 'n 
ûts* nNttj û5> ïibaieïi j-ikt ï^aïib «in binram aonana ">7aan nirp 
riaïa-iaa *t«kiz3 na^» v'$ rrnbï j-i-n» p i-rabra 'i b*mn ann ba 
'i5i tos* -«fia pbn rrn yiab pa^n jinnnn pbnrsuî nirbn b*a7aa. 
La signature porte aaïa'-iai wn» 'na pnsr ppfi W^ ^8 fi 3 * M 
semble donc qu'Isaac a effectivement vécu un certain temps à 
Narbonne et que cette question lui y a été adressée verbalement 2 . 
La réponse de b. Adret (n° 107, 4a-5a) n'est donnée qu'en 
extrait : nbbaa ï-ïî b? miN p rrobia 'n bvnn a*in na-non T"p 
mairann im»» usn» pbn nr ^a fcr>a-i irra* nm aa>. Dans 
les réponses de b. Adret à Isaac b. Mordechai (I, n° 443 et 
suiv.) , cette Consultation manque. Dans le vol. IV, n° 39, on 
parle d'un sujet analogue, mais il n'y est pas parié de notre ques- 
tion 3 ; du reste, la Consultation dont il s'agit est adressée en Es- 
pagne à •psiaa'iTa (Montozon). Dans notre manuscrit la signature 
est conçue ainsi : ^nanpT ^nanaa *fyy l f»mbK©»b ïama ^rmna rrati) 
ï-fnbï rm» p amaa n"a ï-iTabu) aman ïjnaïai ^janbia ujth. 
Salomon b. Adret cite , entre autres, l'explication d'Alfasi sur 
M^vn ab'iaD (Yebamot, 102a), et il ajoute : "opTE nna taaam 
lampion 4 b'Tanrr anaœ Viao im« r-ms nab -iTasn nabitN tsta -ddd 
Kbi na "pbnb ^nattai nm» nrio* *pd ban N*?a"iON"<n to^b^7aia-'rï nm« 
ûnN ia amnaia nna bnao biODb. 

Le n° 108 (5a-8 a) contient une exposition complète de la ma- 
nière dont il faut accomplir un acte de Haliça, ayant également 
pour auteur Isaac Kimhi : pmr 1 fm y *m rma anb i-iarbn ^pn n"p 
rtanab p^nir -dt Trop pa ^diim "i rjpï ma p na>"2D. Ce passage 
était sans doute aussi une réponse à une question qui lui avait 
été adressée. On trouve quelque chose d'analogue dans les Con- 
sultations de ben Adret 5 . 

Le n° 109 (8a-8c) contient une Consultation de Mordechai b. 

1 a^n y? p-His -ns. 

* Cf. Bévue, XXXVIII, 114, où il est probablement question de la même Consul- 
tation. 

3 La question est ainsi conçue : to^Sat!! ta^ia'lïl W^IÏT flbwi) T\2 
b^w^n m*l£l ïlit^bnbj et la réponse se termine par ces mots : "Oatf ÏHafn 

iia^n pi i&nn "137372 -inans-n nrrpam T3TN1 b^37arr r-ma: taaab nbiu:. 

Notre fragment donne a ors des détails sur la provenance de cette forme du soulier. 

* C'est-à-dire Alfasi. Dans £10"P " , p"1733, ad l. t il est question de la forme du 
soulier de Haliça tel qu'il était usité chez les savants de Narbonne. 

s Voir Perles, R. Salomo b. Abraham b. Adereth, p. 80. 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Isaac, père d'Isaac Kimhi, sur une question du domaine de la 
Haliça : bai naN nbNiz) b* b"£T pnar -frisa TD-ntt 'n anb rmiûn tt"p 
l 'im "pbnn b:n î-jî ^sa. 

Le n° 110 (8c-10&) a déjà été analysé à fond par M. Israël Lévi 
(L c, 114 et s.) ; c'est 1* la question adressée de Garpentras à Per- 
pignan et 2° la réponse de Menahem b. Salomon. La souscription 
de la première porte : bnpb tziantasDnp bnp nNtt rimbia r-n:>N 
n&rTOi "p:* by f^rs^s ». 

Le n° 111 (lOô-lOd) contient la réponse d'Abraham b. Isaac 
(v. ib., p. 118), qui est interrompue au milieu par les mots suivants : 
rrb?73 pbo •*» fc-ittiB nb nttNtt iriN ^->n -paNtta nwz» un p ûnt 
vît -pNi npTma ïiivimB ■wwi. 

On voit donc que des collections de ce genre, en raison de leur 
contenu très précieux pour la pratique, ont été copiées assez fré- 
quemment et ont pu parvenir dans des contrées diverses. 

Varsovie, février 1900. 

Samuel Poznanski. 

Note additionnelle de M. Israël Lévi. 

Mon ms. renferme aussi (f° 126 a) la question soumise à Isaac b. 
Mardochée et envoyée par lui à Salomon ben Adret ; elle porte ce 
titre : ^an njtp nNtt "bT-no 'na pmr» ^"nw nbNo: Mbttvn pkt 
tt"nb"T r-i-riN p hab© 'i b*mn a-n bN i-mbrab bnnujm n:-n-i3 ; 
elle est signée également y'*» main la*™ prw ppïi "la^n 'TON ns ; 
puis (126 £) vient la réponse de Salomon b. Adret, avec la même 
suscription. C'est précisément à cette lettre dlsaac que je faisais 
allusion en disant qu'il « cite une fois une lettre adressée à Salo- 
mon b. Adret : Isaac, fils de Mardochée de Narbonne ». 

I. L. 



1 Cf. Tour et Schotilhan Arouch, Eben ha-ézer, 169, 25, et les sources citées dans 
les commeutairea ad l. 

* Les variantes sont, en général, de peu d'importance. Celles qui sont les moins insi- 
gnifiantes sont les suivautes : Revue, XXXVIII, 114, ligne 7 (des textes), "jrJN nN ; 

i. 8, rimn nwKrro nswssi ; p. us, 1. 1, n^a rtT; 1. 14, -npNi cvna in (i. 40, 
u-npN-j traia yn); i. 3i, larcin nih k>i 1. 36, û-naia?3n 'mui p by ; 

p. 116, ligne 9, lisez : tTDbnntt ; 1. 20, NDND T^WÛ ; 1. 21, "H 10V3N 

"•smNssuî ; i. 23, 213 b^ujp i-i pn^; i. 28, npfin Erana "pi; p- hs, i. 6, 

ÏTtt Û""na VTEN. En outre, le nom d'Abraham de Montpellier est accompagné des 
formules b"£ï et 3>"3, et la souscription de Menahem b. Salomon de l'abréviation 

rf-n. 



NOTES ET MÉLANGES 95 



TROIS LETTRES DE DAVID COHEN DE LARA 



En inventoriant le ras. français n e 19,213 de la Bibliothèque Na- 
tionale, provenant du fonds Saint-Germain-des-Prés et intitulé 
« Recueil du P. Léonardo » (un Augustin déchaussé), M. Henri 
Omont y a découvert trois lettres en hébreu, qu'il a bien voulu me 
communiquer. Caes lettres sont écrites, signées et scellées par Da- 
vid Cohen de Lara, et adressées à un conseiller du roi Louis XIII, 
Johann Telemaco Estella. Elles sont datées de Hambourg, la pre- 
mière du 6 mai sans millésime, la seconde du 25 octobre 1641, la 
troisième du 13 juin, probablement 1642 (comme le montre le 
contenu). Les deuxj premières sont adressées à Paris, la dernière 
à Narbonne ; toutes trois portent des suscriptions hébraïques, ce 
qui est la preuve qu'elles sont venues, non par un courrier ordi- 
naire, mais par l'entremise d'un Juif, ou, au moins, de quelqu'un 
qui savait lire l'hébreu. 

Ces lettres ne méritent pas d'être publiées in extenso, ni même 
d'être traduites en entier. Toutefois, une rapide analyse de cette 
correspondance peut avoir de l'intérêt par les détails qu'elle oftre. 

\° (fol. 212-3) « Très sensible à votre gracieuse lettre, je m'empresse 
de vous répondre. A trois reprises, j'ai remis pour vous des volumes 
hébreux à M. Joachim Martins, sachant qu'un bateau va d'ici à 
Rouen, 1&m, et vous apportera mon envoi. Voici les titres des vo- 
lumes expédiés : Abrabanel, comment, sur les derniers prophèles; Zo~ 
har Hadasch, Semai (petit livre des préceptes), Hobat ha-Zebabot; 
vingt volumes de médecine, dont quelques-uns sont tachés de mouil- 
lures ; S. Ketir Tara l , S. Tannia, Leschon Limmoudim, Scheérit Yosef, 
Panéah, Marot ha-Çobeot, ReschitHokhma, S. Maassé Yak, plus cinq vo- 
lumes sur le mauvais penchant des hommes intitulés de fragilitate 
{sic), enfin mon Ir David, sur grand papier. Gardez pour vous ce que 
vous voudrez et chargez un libraire de vendre le reste. Vous voudrez 
bien m'envoyer aussitôt le moulant en une lettre de change, pD^bn 
rnaat, car j'en ai grand besoin. La noie des prix pour chaque volume 
est spécifiée en argent français, en O^jIUD^^ (testons) et D1ND. 

» Excusez-moi de ce que je sollicite votre intervention t auprès des 
libraires parisiens pour la vente de mon ouvrage Ir David. Si vous le 
jugez i*tile, envoyez des exemplaires à Bâle ou à Francfort, en mains 

1 Depuis ce titre jusqu'au lr David, chacun porte au-dessus un chiffre corres- 
pondant soit à des prix, soit au bordereau ; les voici selon leur ordre : 4, 2, 5, 4, 2, 
4,4,9,11. 



96 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sûres... Je me trouve dans un tel état de dénûment que j'ose vous 
prier de presser le susdit négociant de me payer 50 Reichs Thaler, à 
valoir sur mon compte. — Selon votre désir, j'ai écrit pour avoir les 
divers traités du Talmud comme vous les demandez, et justement 
j'apprends qu'à Dantzig il y a les volumes désirés, tous de l'édition 
Lublin. Je me hâte d'achever ces lignes, devant aller à Amsterdam. 
De là, s'il y a lieu, je vous écrirai. Parmi mes protecteurs je dois 
citer le noble Pietro Sequerino, im-Wp^O . Mais c'est à vous qu'il 
appartient de m'aider à publier mon recueil de proverbes, "'bttîtt '0, et 
le Nomenclator portera le nom du Chancelier Tn«y*03Np, si vous le 
voulez bien. 
» Hambourg, le lundi 9 mai. 

» David Cohen. » 

2® (f. 214-5). « En attendant votre lettre, je vous avise que le syndic 
de notre ville, M. Paulus Bolderus, a pris des informations sur ma 
situation. Il m'a fait venir, m'a donné des nouvelles de Johann Bux- 
torf , qui veut avoir mon livre Ir David. — Il y a trois semaines, 
M. Joachim Marlins est revenu de voyage ; il m'a donné de vos bonnes 
nouvelles, et m'a parlé de nouveau de votre désir d'avoir le Talmud 
complet. J'ai donc donné cette commission à des marchands qui de- 
meurent soit ici, soit à Dantzig, qui vont à Lublin et descendent jus- 
qu'à Jaroslaw; mais il est très difficile d'avoir une telle collection 
complète. Achetez-moi, je vous prie, le Lexicon linguœ araMcœ, que 
vous voudrez bien m'envoyer ensuite par M. Joachim Martins. 

» Hambourg, le vendredi 25 octobre 1641 . 

» Signé : David Cohen de Lara. » 

3° (f. 216-7). « Je réponds de point en point à votre lettre. Selon 
l'ordre reçu, j'ai remis à M. Joachim Martins les traités du Tal- 
mud que j'avais, après les avoir dûment vérifiés. Je les ai ache- 
tés de Hayyim Sarouc p"niD. Voici les titres des trois traités qui 
ont des piqûres de souris : Houllin, Scheqalim, Bèça. Les autres, 
sans défaut, sont intitulés Baba Kamma, B. Mecia, B. Batra, Sanhé- 
drin, Maccot, Nidda, et tout le tr. Toharot. Tous ces volumes ont été 
remis au susdit négociant. Je lui ai encore donné pour vous deux vo- 
lumes du Midrasch Rabba. Au cas où vous n'en voudriez pas, vendez- 
les aux savants de votre pays. J'y joins, en un volume, les huit 
voyages de Benjamin de Tudèle, pour lesquels vous ferez de même 
qu'auparavant. Afin de vous prouver mon dévouement, je me suis 
adressé à ce sujet à un jeune talmudiste en Pologne ; il paraît 
que la commission d'avoir le tout est, sioon irréalisable, du moins 
difficile à remplir. Je vais aussi tâcher de me procurer le Talmud de 
Jérusalem. 

» Je transcris maintenant le catalogue des ouvrages que j'ai à votre 
disposition : Zohar, édit. Lublin; Abrabanel, comment, sur les der- 
niers prophètes; Abraham Bibago, Dérekh Emowia, Tanhouma, Sifra f 



NOTES ET MÉLANGES 97 

Çofnat; Sifrè, Mekhilta, Petite Pesikta, Zohar Hadasch, Hobatha-Zeba- 
àot, Yad Hazaka de Maïmonide en quatre vol.; Isaac Abrabanel, Mas- 
chwia Yeschoua, avec le S. Mekor Hayyim, comment, sur Abr. b. Ezra 
et Logique d'Abou Hamed, fables, Mikhlol, de David Kimhi, Schebilé 
Emouna, Mibhar ha Peninim, Eben Bohan, Mikhlol Yô/î, Mischna, avec 
comment, de Bertinoro et de Maïmonide, Newèh Schalom, Nefouçot 
Yehouda, avec les Schaaré Lima, Korban Aron, comment, sur le 
Torat Cohanim, Ikkarim, Schoâer Tob, Midr. Mischlé et Samuel avec 
Abodat Hahodesch de Méir Gabbai, Schaarè Orali. Menorat Hamaor. Ces 
livres seront achetés dès que vous les commanderez et contre paie- 
ment par le susdit Joachim Martins. 

» Vous m'écrivez n'avoir pas reçu mon précédent envoi ; mais je ne 
dois pas, paraît-il, m'en inquiéter, ni craindre la perte de ces volumes ; 
car notre correspondant possède le connaissement, ca^tto^^lprt, dé- 
livré<par le capitaine du navire qui les a emportés. — Je vous supplie 
d'écrire au libraire de Paris qui garde en dépôt les exemplaires de 
mon Ir David ; qu'il me fasse savoir si ces volumes sont vendus, et 
qu'il m'envoie le montant par le susdit négociant. Ou, si vous voulez, 
envoyez-moi en échange quelques douzaines de petits livres impri- 
més à Paris et une grammaire arabe, à défaut du Lexique épuisé. 

» Je dois vous raconter avoir entendu dire le plus grand bien du 
duc de Sancy, conseiller du Roi, qui a eu pour professeurs d'hébreu 
à Gonstantinople Isaac Gabbai et son fils Yedidia : ils font de ce sei- 
gneur le plus grand éloge. Si vous me présentiez à lui, votre inter- 
vention me serait fort utile. 

» Deux filles me sont nées; ce sont deux œuvres prêtes à être mises 
sous presse. La première a pour titre ; Nomenclator, en quatre 
langues, hébreu, latin, italien, français, que je désire dédier au sus- 
dit duc. La deuxième est un recueil de deux cents proverbes, que 
l'on pourrait largement multiplier; je les restreins par économie. 
J'ai dû, par besoin d'argent, prendre chez M. Joachim Martins un 
acompte de 10 Reichs Thaler. — J'ai été bien aise d'apprendre les suc- 
cès du roi de France et de ses armées... Je viens de recevoir le 
Lexicon de Buxtorf, qui, outre beaucoup de verbiage inutile, contient 
pas mal d'erreurs ; c'est une raison de plus pour que mon travail soit 
publié. 

» Hambourg, le vendredi 13 juin. 

» David Cohen de Lara. » 

Un cachet de cire rouge fermait chacune de ces trois lettres, et 
Ton voit encore un cordonnet de soie jaune sous l'un des sceaux, 
conservé intact. Il donne l'armoirie de notre écrivain qui, dans sa 
misère, n'avait rien perdu de la morgue espagnole. Voici les 
armes : Au-dessous d'une couronne ducale, Técu porte en chef 
deux mains jointes pour la prière (non adigitées, selon le symbole 
habituel des Cohanim), et en pointe deux roses côte à côte. A 
T. XL, n° 79. 7 



98 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dextre, la première moitié du nom : David Cohen ; à senestre, la 
fin du nom : de Lara. 

En nous révélant l'état précaire de sa fortune, ces lettres servent 
aussi à compléter ou rectifier le peu de détails que Ton possède 
sur la biographie de ce lexicographe, originaire de la péninsule 
ibérique, né à Amsterdam, dans la communauté portugaise de cette 
ville. Grsetz i dit de cet écrivain que son ouvrage lr David est un 
« Prodrome aux lexiques rabbiniques ». On voit, au contraire, par 
nos lettres que David Cohen a écrit l'ouvrage entier, y compris le 
Lexique. Aussi, Steinschneider (cat. Bodl., s. v.) a bien mieux 
apprécié l'œuvre en disant : « Quasi prodromus... » au Kêter 
Kehouna, et c'est ce dernier ouvrage qui est inachevé, allant jus- 
qu'à la lettre \ — Il serait intéressant de savoir quel est ce Joli, 
Estella auquel David Cohen s'adresse, et comment ce non Juif (à 
en juger d'après les prénoms) arrivait à lire lui-même, ou à se 
aire traduire, les lettres hébraïques. Nos recherches à ce sujet 
dans les documents contemporains ont été vaines, 

Moïse Schwab. 

1 Geschichte, X, 210. 



BIBLIOGRAPHIE 



Buchler (Prof. D r Adolf). Die Tobin tien untl «lie Oniaden im II. Makka- 
baerbuche untl in tler vervvandtèn judisch-liellenistïschcn Litte- 
ratur. Untersuchungen zur Geschichte der Juden von 220-160 und zur jûdisch- 
hellenistischen Litteratur. Vienne, Verlag der Israël. Tbeol. Lebranstalt et Alfred 
Holder, in*8« de 399 p. 

M. Buchler s'est attaqué à un sujet important et difficile : l'histoire 
politique des Juifs pendant la période qui précède immédiatement le 
soulèvement des Macchabées. La difficulté vient ici non pas tant de 
la pénurie des documents que de leurs contradictions : le second 
livre des Macchabées présente les faits et les hommes tout autre- 
ment que Josèphe, et Josèphe lui-même suit des traditions diffé- 
rentes dans les Antiquités et dans la Guerre. Ajoutez que chacun de 
ces récits, considéré en lui-même, fourmille d'invraisemblances et 
même d'impossibilités chronologiques et morales. Aussi les histo- 
riens, qui ne veulent pas se résigner à un aveu décourageant d'igno- 
rance ou à de chimériques essais d' « harmonisme », en sont-ils ré- 
duits à imaginer à leur tour un arrangement plus ou moins plau- 
sible, mais toujours arbitraire, des événements ; ils retiennent de 
chaque document ce qui leur plaît, écartent ce qui ne convient pas à 
leur système, changent les faits, les dates, les parentés et jusqu'aux 
noms de leurs personnages sans autre règle que la « vraisemblance 
interne », c'est-à-dire un critérium essentiellement subjectif. 

M. Buchler n'a pas échappé à la loi commune du genre. On en ju- 
gera par le résumé suivant de la première et de la plus importante 
partie de son ouvrage : V Histoire des ToHades. Selon lui, Jason, Mé- 
nélas, Alcime, que nos documents donnent pour grands-prêtres des 
Juifs, entre 180 et 160 av. J.-C, n'avaient pas, en réalité, de carac- 
tère sacerdotal. Le seul véritable grand-prêtre était Onias, troisième 
du nom, en fonctions depuis 220 environ et qui fut assassiné en 474. 
Mais à une époque indéterminée, probablement vers 248, lorsque, 
sous la menace de l'invasion séleucide, la plupart des populations 
Gœlé-Syriennes sentirent chanceler leur fidélité, le roi d'Egypte, Pto- 
lémée IV, détacha des fonctions du grand-prêtre toutes les attribu- 
tions politiques et les conféra à un fonctionnaire spécial, représentant 
direct du gouvernement égyptien, nommé et révoqué par le roi. Ce 
fonctionnaire aurait reçu le titre de icpooxotaiç toG éepoû (surveillant du 



m REVUE DES ETUDES JUIVES 

Temple *) ou d'àp^iepeù;, grand-prêtre, — mais entendu au sens laïque. 
Il payait au roi une redevance annuelle, très modique d'abord, mais 
qui, par suite de surenchères successives, finit par monter à un 
chiffre très élevé. Le premier titulaire de cette fonction fut le fermier 
d'impôts Joseph fils de Tobie, originaire de la partie du territoire de 
Benjamin qui dépendait de Samarie. Cet habile homme, après avoir 
été longtemps le chef du parti égyptien à Jérusalem, se rallia dès 
498 à la cause séleucide et fut confirmé dans sa charge par An- 
tiochus III, devenu, après la victoire de Panium, maître incontesté 
de la Palestine. Il eut pour successeurs, l'un après l'autre, ses fils 
Simon, contemporain de Séleucus IV, et Ménélas, sous AntiochusIV. 
Un seul des « Tobiades », Hyrcan, le plus jeune fils de Joseph, prit 
fait et cause pour les Ptolémées et guerroya, de son chef, contre les 
Séleucides pendant une dizaine d'années, sur la rive orientale du 
Jourdain; mais l'intervention énergique d'Antiochus IV l'obligea à se 
donner la mort. Cependant le parti ptolémaïque à Jérusalem ne se 
tint pas encore pour battu. Il avait pour chefs secrets un prêtre dis- 
tingué, Onias, peut-être fils du grand-prêtre Onia$, et son frère Ja- 
son, qui paraît avoir été à son tour dp^tepeûc pendant quelques an- 
nées et qui, en cette qualité, chercha à se faire bien voir des 
Séleucides en favorisant la propagation des idées helléniques. En 
170, pendant qu'Antiochus IV était occupé en Egypte, ce parti crut 
le moment venu de relever la tète. Onias et Jason coalisés chassèrent 
de la capitale les Tobiades (c'est-à-dire Ménélas et son frère Lysi- 
maque) et tous les partisans des Syriens. Mais ils ne purent se 
maintenir longtemps. AntiochusIV, appelé à la rescousse par les To- 
biades, qui lui firent de grandes promesses, occupa Jérusalem et 
écrasa le parti ptolémaïque. Onias et Jason furent réduits à s'enfuir 
en Egypte. Le premier y reçut bon accueil du roi Ptolémée VI et 
fonda le célèbre temple juif de Léontopolis, le second passa en Gyré- 
naïque, où les Juifs, pour se concilier la population grecque d'ori- 
gine dorienne, se donnaient pour cousins des Lacédémoniens. Il y 
périt misérablement. A Jérusalem les Tobiades, restés les maîtres 
incontestés, hellénisèrent à outrance ; la grande prêtrise sacerdotale 
resta inoccupée jusqu'à l'avènement de Jonathan. 

Telle est l'histoire que nous raconte M. Bùchler. On doit reconnaître 
que, sauf en ce qui concerne le rôle de Jason, elle se tient assez bien, 
et que, si on la lisait, par exemple, chez Josèphe, il n'y aurait aucune 
raison sérieuse d'en révoquer en doute l'exactitude. Malheureuse- 
ment on ne trouve rien de pareil, ni chez Josèphe, ni dans les livres 
des Macchabées ; la plupart des traits de ce récit sont sortis de l'ima- 
gination, merveilleusement ingénieuse, de M. Bùchler. Il serait trop 
long d'établir ceci par le menu et surtout de montrer par quels éton- 
nants procédés de dialectique — j'allais écrire : de pilpoul — M. B. 
arrive à persuader ses lecteurs, et à se persuader lui-même, que tout 

1 Tel est le titre donné II Macc, 3, 4. C'est à tort que M. B. écrit constamment 

érciaTcmi;. 



BIBLIOGRAPHIE 104 

ce qu'il leur sert se trouve, au moins virtuellement, dans les textes. 
Pourtant, de temps à autre, la confiance la plus robuste hésite et 
s'insurge. Par exemple, on ne peut s'empêcher de demander à M. B. 
(et cette question, il faut le dire, s'adresse tout aussi bien à "Well- 
hausen e tutti quanti) où il a vu que Ménélas et Lysimaque fussent 
des Tobiades ? Il n'y a pas un mot de cela dans les documents et le 
texte des Antiquités, XII, 239, dit précisément le contraire : il nous 
montre Ménélas coalisé avec les Tobiades, ce qui implique qu'il 
n'était pas Tobiade lui-même. D'autre part, s'il est vrai que certains 
fonctionnaires ptolémaïques ou séleucides aient porté le titre d'dpx«- 
pelç, c'est qu'ils étaient, en même temps que gouverneurs de pro- 
vince, grands-prêtres du culte royale précurseur du culte des Au- 
gustes. Comment admettre que des Juifs (et M. B. tient, malgré tout, 
pour Juifs Jason, Ménélas, etc.) aient pu accepter de pareilles fonc- 
tions, qui eussent équivalu à une apostasie ? Il faut donc ou rejeter 
la tradition tout entière, c'est-à-dire rester en présence du néant, ou 
reconnaître que ces personnages ont été bel et bien (légalement ou 
non, peu importe) grands-prêtres juifs : reste à savoir, il est vrai, 
s'il n'y avait pas à cette époque plusieurs grands-prêtres à la fois et 
si la hiérarchie sacerdotale avait réellement un chef suprême, comme 
l'ont cru les chroniqueurs postérieurs. Quant au pouvoir royal, il 
avait bien un représentant à Jérusalem, mais ce représentant ne por- 
tait nullement le titre d'àpxiepeuç et n'était point Juif. Nous trouvons 
à cet égard une indication précise dans II Macc, 4, 28 : le repré- 
sentant du roi, chargé à la fois de la garde militaire de la citadelle et 
de la perception du tribut, s'appelle Sostratos; l'historien l'oppose net- 
tement au grand-prêtre Ménélas. 

Les autres chapitres du livre de M. B. sont consacrés aux édits 
d'Antiochus III en faveur des Juifs , à la persécution des Juifs 
d'Egypte par Ptolémée Philopator (II e livre des Macchabées), à la 
fondation du temple d'Onias, enfin à l'analyse des sources du 
II e livre des Macchabées. L'auteur n'y déploie pas moins d'érudition 
et d'ingéniosité que dans la première partie. Cette érudition n'est 
pas toujours sans lacunes ni défaillances. Par exemple, un philo- 
logue classique sourira en voyant corriger dans la souscription de 
la lettre de Lysias (II Macc, 41, 21) le nom de mois AwoxopivOfou en 
Aiô; KpovCSoo, et il faut plus que de la confiance pour écrire que 
cette conjecture est « érigée en certitude » [zur Sicherheit wird 
dièse Vermuthung erhoben) par un texte de Plutarque , suivant 
lequel le mois Hécatombéon s'appelait autrefois Kpdvioç, « Monat 
des Kroniden 1 » (!) De même, p. 496, M. B. a lu bien rapidement son 
Schurer s'il y a vu que le décret des Juifs de Bérénice date de 67 av. 
J.-G. C'est l'ère employée dans ce décret qui a été fixée avec vrai- 
emblance à l'an 67 av. J.-C; le décret lui-même est daté en toutes 
lettres de l'an 55 de l'ère, c'est-à-dire 13/12 av. J.-C. Ces erreurs ne 

1 En réalité, Kpovio; veut dire mois de Krono» (Saturne). 



102 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sont pas les seules ; elles prouvent que la connaissance de l'antiquité 
classique est chez M. B. d'assez fraîche date et tant soit peu su- 
perficielle. Mais cette constatation ne doit pas nous rendre in- 
juste envers les très réels efforts qu'a faits l'auteur pour se do- 
cumenter le plus complètement possible, même en dehors du champ 
ordinaire de ses études : dans tel de ses chapitres sur l'âge des éta- 
blissements juifs en Egypte, par exemple, où il polémise contre Will- 
rich, il se montre mieux informé que ce dernier, qui est un philo- 
logue de profession : il n'a pas seulement lu les auteurs, il s'est 
renseigné sur les recueils de papyrus et même — en partie — sur les 
inscriptions. Quant aux conclusions auxquelles aboutit cette vaste et 
diligente enquête, elles participent de la même incertitude que celle 
de YHistoire des Tobiades. Il en est de séduisantes , comme par 
exemple l'hypothèse que le second édit d'Antiochus III est en réa- 
lité un édit (apocryphe) d'Antiochus IV en faveur du temple de Ga- 
rizim; il en est de terriblement hardies, comme celle que la lettre 
d'Onias à Ptolémée VI {Ant., XIII, 3, 1) aurait été, à l'origine, une 
lettre (fictive ?) du Samaritain (?) Dosithée, d'où il résulte que les 
Samaritains d Egypte ont érigé temple contre temple, pour rivaliser 
avec la fondation d'Onias 1 . Il en est enfin de franchement extrava- 
gantes, comme le roman de la persécution des Juifs du Fayoum par 
Philopator et de ses prétendues tentatives pour forcer les Juifs à par- 
ticiper aux fêtes de Bacchus. 

L'analyse très brève qu'on vient de lire est loin de donner une 
image adéquate de la richesse d'informations, de la profusion d'idées 
de détail qu'on trouvera dans le livre de M. B. Cette prodigalité ne va 
pas sans quelque excès et l'on pourrait appliquer à l'auteur le mot de 
Corinne à Pindare, qu'il faut semer avec la main et non à plein sac. 
M. B. a un sac énorme et il le vide un peu au hasard, dans son texte, 
dans les notes gigantesques qui l'envahissent à chaque instant. Une 
nous fait grâce ni d'une conjecture qui lui passe par la tête, même pour 
la repousser aussitôt, ni d'une digression, si insignifiante qu'elle soit 
ou si éloignée de son véritable sujet. Son livre, sans être mal écrit, 
est mal composé et trois fois trop long; c'est un dédale où l'on s'égare, 
l'auteur ne nous ayant même pas fait la charité d'un fil d'Ariane, je 
veux dire d'un index alphabétique ou d'une table des matières un 
peu détaillée. Gela est dommage, car avec ses très réelles qualités de 
science et de conscience, ce travail, qui marquera dans l'histoire de 
nos études, eût mérité de trouver des lecteurs, en dehors du cercle 
très restreint des spécialistes qui l'étudieront par devoir profes- 
sionnel. 

Théodore Bbinagh. 

1 M. B. sacrifie beaucoup à la mode pansamaritaine du jour. Pour lui le II* livre 
des Macchabées n^st que le remaniement juif d'un pamphlet samaritain, né en 
Egypte, et qui se proposait d'humilier les Jérusalemites en montrant combien de 
fois leur ville avait été souillée, leur temple profané. Ceci encore est plus subtil que 
probant. 



BIBLIOGRAPHIE 103 



Davies (T. Witton 1 ). Magic, Divination and Demnnology among tlie 

Hebrews and tlieit* neighbours. inclnding an examination of biblical réfé- 
rences and ofthe biblical terms. Londres-Leipzig, 1898 ; in-8° de xvi -j- 130 p. 



Dans les 130 pages de formatpetit in- 8° que j'ai sous les yeux et qui 
ne sont autre chose qu'une thèse de doctorat soutenue à Leipzig, 
l'auteur traite un sujet très vaste, mais ne l'épuisé nullement. La 
plaquette ne contient pas moins de cinquante-quatre chapitres, suivis 
d'une notice bibliographique. Elle se compose d'une introduction et 
de trois parties. 

Dans l'introduction, M. D. définit la magie en général, parle des 
différentes espèces de magie, de ses adeptes, de ses rapports avec la 
religion, la science, la divination, la démonologie, etc. La divina- 
tion et la démonologie sont l'objet de définitions assez précises; la 
nécromancie et l'animisme sont également étudiées, mais tout cela 
d'une façon très élémentaire. 

Les idées de magie, qui jadis dominaient complètement les hommes 
et sont encore aujourd'hui si vivaces dans le peuple, sont devenues 
étrangères aux gens cultivés, bien qu'à leur insu ils en subissent 
encore l'influence; on peut donc approuver l'auteur d'avoir initié ses 
lecteurs aux concepts obscurs de ces sciences occultes. S'il n'appro- 
fondit pas le sujet, — et cela n'était pas son intention — il eu in- 
dique cependant tout l'essentiel. Dans la première partie consa- 
crée à la magie, il réunit tout ce qui dans la Bible peut se rattacher 
à cette science. M. D. combat l'opinion de Joël, qui prétend ne pas 
y trouver trace de magie; il signale avec raison la plante aphro- 
disiaque û*wn « mandagore » ; mais c'est à tort qu'il conclut (p. 35) 
du silence de la Bible dans ce récit qu'elle a cru à la magie. La 
Bible, en de pareilles circonstances, n'exprime d'ordinaire point de 
critique. C'est également une interprétation forcée que de rapporter 
à la magie l'emploi que fait Jacob de baguettes décortiquées, em- 
ploi qui peut, au contraire, très bien s'expliquer par des obser- 
vations naturelles. Les Théraphim (p 36) sont plutôt du domaine 
de l'idolâtrie que de celui de la magie. On ne peut rien conclure du 
passage de Zacharie, x, 2. 

M. D. fait également le groupement de tous les mots qui, dans la 
Bible, désignent la magie et le magicien et les interprète. Il croit 
que D^aDM (Exode, vu, 41) s'applique aux magiciens, et que le mot 
trsiûDttb'i, qui suit, ne serait qu'une explication de tTE^nb (41). 
Bien que le n conjonclif dans le passage cité offre quelque difficulté, 
l'idée n'en est pas moins séduisante. Aujourd'hui encore le peuple 
appelle les magiciens : les sages. Il n'y a pas de doute, à mon avis, 
que dans le Psaume, Lvm, 6 : « Qui n'écoute pas la voix des enchan- 
teurs, du sage, charmeur des serpents » (ùlpwp D'naïi '■Dfi), le mot 



104 REVUE DES ETUDES JUIVES 

û^rra n'ait la signification de magicien. Mais l'étymologie qu'il donne 
de tjttîS est absolument bizarre. Il croit que t|i2iD = t|D3 =» magie 
blanche, et que irni), Isaïe, xlvii, 1 1 , désigne la magie noire. La dis- 
tinction entre la magie blanche et la magie noire repose sur l'effet pro- 
duit par l'enchantement ; la magie blanche produit d'heureux effets, la 
magie noire de malheureux. Cette distinction vient, à mon sens, du 
moyen âge et non de l'antiquité. En admettant même que dans le 
passage cité ïriniû se rapporte à la magie, il est certainement impos- 
sible de l'interpréter par magie noire : puisque la ïiD^Stt (Exode, 
xxii, 17)devait être tuée, elle n'était certainement pas une magi- 
cienne bienfaisante (cf. p. 48 et 57). . 

L'étymologie de tnan-nan (Deut., xvm, 11 ; Psaumes, xvni, 6; 
Isaïe, xlvii, 9, 12) est obscure. W. R. Smith, dont plusieurs savants 
modernes ont adopté l'opinion, croit que le mot en question signifie 
« charmeur de serpents ». D'après Sifrè, Deut., passage cité ; Sanh. t 
65 a, et le Targoum Jonathan, ce mot indique l'action d'enchaîner les 
animaux et, par conséquent, aussi les serpents, etc. D'après cela, le 
mot *nn a le sens de « lier » dans la tradition juive, ce que notre 
auteur admet aussi. Mais alors il n'aurait pas dû dire (p. 53) que 
Smith adopte sur ce point l'interprétation juive, puisqu'en réalité, 
c'est lui, et non Smith, qui l'adopte. Plus loin il renvoie à tort 
à Yebamoty 121a (53, note 3), car il y est question non de *»ïp n , 
mais du persan 'nnn, mot par lequel le Talmud désigne les mages. 
Page 55, il cite l'opinion de Smith qui rattache "Dn I2n à 
l'arabe "habara « verba nectere ». Pourquoi ne s'autorise-t-il pas 
aussi bien de l'hébreu, où cette racine signifie également « réunir »? 

L'auteur ne consacre que deux pages à tout le Nouveau-Testa- 
ment (60-62), et il y parle même du judaïsme post-biblique; il 
trouve même moyen d'expliquer à ses lecteurs la différence entre la 
doctrine écrite et la tradition orale. Il me suffit de renvoyer à mon 
livre, La magie juive dans l'antiquité, où l'on verra que la matière 
est plus riche que ne parait le supposer M. D. Le Nouveau-Testament 
n'offre pas une moisson moins abondante que le Talmud. 

M. D. explique bien les mots ^ P«ttoXoyiî<ttits (Matth., v, 7), que les 
paroles de la prière ne doivent pas se répéter, ce que Sirach, vin, 14, 
interdit également (Ecclés. est une faute d'impression, p. 60, note 1, 
au lieu de Ecclus.). J'ajouterai volontiers la Mischna (Berachot, 33 £, 
et Megilla, 25 a) « Quand quelqu'un répète û'Hia, on lui ordonne de 
se taire » ; naturellement on ne parle pas ici de la répétition de ce seul 
mot, mais de la répétition littérale de toute la prière, comme le fai- 
saient les sorciers. 

Notre auteur s'occupe aussi de la magie chez les Arabes, les Assy- 
riens et les Égyptiens ; tout cela en quelques pages. Les Égyptiens 
divisaient le corps humain en trente-six membres et croyaient que 
chaque membre avait sa divinité spéciale, qui veillait à sa santé 
(p. 71, Wiedemann, Religion d. Aeg.). Or, chose digne de remarque, 
d'après le TalmudJ^&fca, 45 0), le monde ne peut subsister s'il ne 



BIBLIOGRAPHIE 105 

s'y trouve trente-six hommes pieux qui voient Dieu chaque jour. 
Faut-il chercher un lien entre ces deux idées? 

Après la magie, notre auteur traite de la divination et il consacre 
à la démonologie la 3 e partie de son ouvrage. Ces trois sujets ont 
tant de points communs qu'il y a naturellement beaucoup de répé- 
titions. Ces répétitions étaient d'autant plus inévitables que, dans 
ses remarques préliminaires, M. D. avait déjà défini d'une manière 
générale les notions dont il devait s'occuper; en traitant ensuite spé- 
cialement chacune des questions, il ne pouvait pas ne pas revenir 
sommairement au moins sur ces définitions. Pour ce qui concerne 
les détails, nous ferons remarquer qu'il aurait pu, au sujet des rêves 
(p. 77), citer le passage si important de I Samuel, xxviii, 6, 15. M. D. 
identifie (p. 89) m» et ^?n\ Il croit qu'on doit traduire "WrH aiN : 
« ne who seeks a departed spirit that is knowing », mais il va encore 
plus loin et soutient que DT^n btt urm désigne la même personne, 
de sorte que les trois termes du Deutéronome (xvin, 11) ne dé- 
signent que les nécromanciens. Je crois que sur ce point il nous 
sera permis de ne pas partager son sentiment et surtout d'adopter 
sa traduction. 

La divination dans le judaïsme post-biblique ne prend qu'une 
demi-page : deux citations du Talmud, toutes deux incomplètes, et 
dont l'une est mal interprêtée. Voici le texte complet du passage 
bien connu de Houllin, 45 a : w> izma "para ^"D3>N ira&n pirn r-na 
1*PD (et non 1^0 w* ...lûna ■pjKip i"a*N). Voici le sens de ces mots : 
si la divination Uîn: est interdite, le l^ro (omen) est permis à qui 
s'en soucie, lors de la construction d'une maison, de la naissance 
d'un enfant, du mariage. M. D. qui, en somme, n'a pas compris ce 
passage, dit : « Hère there is not a syllabe of condemnation about 
the iBna, which is in the Old Testament uniformly reprobated » (90). 

Il aurait également dû compléter la citation de Sanhédrin, 101 a, 
d'après laquelle on ne doit pas non plus consulter les esprits les 
jours de semaine. Je parlerai ailleurs de la divination dans la litté- 
rature post-biblique. Fausse encore cette autre proposition soute- 
nue dans le même passage, que le Talmud contiendrait la pensée 
juive du m e au vn e ou même au vnr 8 siècle ; cela est vrai du ni e au 
V e siècle, si l'on parle exclusivement du Talmud babylonien. Mais 
les deux citations de l'auteur sont empruntées à des baraïla du 
II e siècle. Cette remarque était donc déplacée en cet endroit. 

D'après l'auteur, les clochettes qui ornent le vêtement du grand- 
prêtre (Ex., xxvin, 33 et suiv. ; xxix, 25 et suiv.) doivent leur origine 
à cette croyance que le son de l'airain chassait les démons. Est-ce 
exact? Nous ne le savons pas. Aux documents fournis par D. pour 
prouver que les sons métalliques exorcisaient les mauvais esprits, 
j'ajouterai mon travail, Bas altjàd. Zauàerwesen, p. 152 et suiv. 

M. D. ne peut pas comprendre que des matériaux aussi considé- 
rables que la Mischna aient pu être conservés par la tradition orale 
(109, note 2), et il émet l'idée que chaque partie de la Misçhna avait 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

été assignée à un savant particulier. Hypothèse étrange : tous les 
savants devaient savoir par cœur le texte littéral de la Mischna. Les 
anciens, qui ne pouvaient se référer à une Mischna écrite, et qui, dès 
leur enfance, apprenaient les Mischna par cœur sans se servir d'au- 
cun écrit, avaient une mémoire admirablement exercée, qu'ils for- 
tifiaient encore par des répétitions continuelles, même quand ils 
étaient en route. Il est question dans le Talmud de docteurs qui ne 
peuvent soutenir tout le poids de leur savoir ("inr^tt "pb:? ïispn). 
L'invention de l'écriture a affaibli la mémoire, celle de l'imprimerie 
l'a presque fait disparaître. 

Je comparerai volontiers aux Djinn 'hâbil (p. 421) les anges des- 
tructeurs du Talmud si souvent mentionnés : nban "OKbtt. Je veux 
aussi rappeler que notre auteur considère le Tallit katan des Juifs 
comme une amulette (p. 125). Il n'en est rien ; ce qui le prouve, c'est 
cette circonstance qu'on ne le porte pas la nuit, temps où les esprits 
agissent, et que les femmes sont dispensées de l'obligation de le porter. 

La récitation de certaines formules joue un rôle.excessivement im- 
portant dans la magie. Les Égyptiens attribuaient un pouvoir illi- 
mité aux formules bien prononcées et récitées sans faute (p. 4 29). 
Cette croyance se rencontre également chez les peuples de l'anti- 
quité classique, et, nous pouvons le dire hardiment, chez tous les 
peuples. On en trouve des traces dans bien des légendes du Talmud 
(voir mon ouvrage, p. 4 49 et suiv.). 

L'opuscule de M. Davies est donc instructif, sans être complet. 
L'auteur lui-même dit dans sa préface (p. vu) qu'il espère pour 
plus tard de meilleurs fruits de son travail; nous nous joignons à ses 
vœux. Si l'opuscule devait avoir une nouvelle édition, il faudrait ap- 
porter beaucoup de soin aux corrections. Nous donnons ici la liste 
des erreurs qui nous ont frappé; nous mettons les corrections entre 
parenthèses. 

XI, 36, 52, 102, Baudissen (Baudissin). — XI, Das transcendentale 
(Trans-). — XIII, sachs (sae-). — XIV, Levy, Neu hebr. (Neuh.). — 
XIV, Der neu-Aramaïsche (Neuar.). — XV, altestamentlichen (altt.). 
— XVI, Terd. (Ferd.). — 26, noie 6, il faut lire : Introduction to the 
Hisiory of the Religion. — 43, 1. 10 d'en bas : "pbïi Cplto) ; ib. 'ptëtààiô 
(-^-) < _46, 4, Prov., xvi, 16(9). — 46, 2, Ezek., xxi, 22 (26). — 52, 
).4 d'en bas et 54 en bas, tP'ljnb (-n-). — 60, Endectes Judenthum (Ent- 
deck.). — 68, HWSfc (-$-). — Ibïd., aïfc hbjs (-3-). — 77, 1. 4, d'en 
bas. Gen., xxr, 2*4, (xxxi). — 78, 2, Job, xxxn (xxxin). — 80, Û'tàna 
(Û^dto). —83, trois fois *çh& (-|) et une fois açnTij (-à), — 87, Kaulsch 
'Kautzsch). — 119. note 4, Schôffung und Chaos (Schôpf.-). 

Nous ne croyons pas pouvoir mieux exprimer notre reconnais- 
sance à l'auteur qu'en l'engageant à continuer ses études sur ce su- 
jet intéressant. 

Budapest. L. BLA.U. 



BIBLIOGRAPHIE 107 



Barjeau (J. Philippe de). L'École exégétique d'Antioche. Paris, 1898 ; 
in-8° de vm + 100 p. 

Cette étude ne traite pas exclusivement de l'exégèse chrétienne de 
l'école d'Antioche, comme le titre semblerait l'indiquer, mais aussi 
de sa dogmatique et de sa christologie. Si, malgré cela, je l'analyse 
dans cette Revue, c'est que M. de Barjeau attribue aux exégètes 
grecs des mérites qu'ils n'ont pas en réalité. Mais il a une excuse : 
il n'est pas très versé dans l'histoire de l'exégèse juive, et, pour la 
défense de l'exégèse scientifique qui se trouve dans les dernières 
pages de son livre, il avait besoin d'une école chrétienne qui l'eût 
préparée. Cependant il ne faut pas, quels que soient les sentiments 
auxquels on obéit, qu'on altère les faits historiques, jusqu'à les 
présenter tout autrement qu'ils ne se sont réellement passés. 

Voici les points les plus importants de la thèse de M. de Barjeau. 
L'école d'Antioche, dont les principaux représentants sont Lucien, 
Théodore de Mopsueste, Théodoret de Cyrus, etc., est la première 
qui ait établi les principes de l'exégèse scientifique (p. 93 et ailleurs) 
en appliquant la méthode historique aux Saintes Écritures — nous 
ne parlons naturellement dans notre discussion que de l'Ancien Tes- 
tament. Cette opinion peut se soutenir si l'on compare l'école d'An- 
tioche à celle d'Alexandrie, dont le principal représentant, Origène, 
pratiqua tellement l'interprétation allégorique, à l'exemple de Philon, 
qu'on a de la peine à retrouver chez lui le sens littéral et les récits 
historiques de la Bible. Mais la thèse de l'auteur est inadmissible si 
l'on compare l'école d'Antioche à l'ancienne exégèse juive. La carac- 
téristique que l'auteur donne de celle-ci, et que je cite textuellement, 
est absolument dénuée de fondement. Il dit, en effet : « L'allégorie a 
d'antiques origines. Chez les Juifs, elle s'est développée après l'exil, 
sous riniluence de deux besoins également impérieux : le besoin 
d'appuyer rétrospectivement sur la Loi les prescriptions religieuses 
et les traditions établies depuis la captivité et le retour, et le besoin 
d'atténuer le contraste douloureux entre la situation misérable des 
Juifs et leurs rêves obstinés d'avenir, en cherchant à tout prix dans 
le texte sacré la justification d'espoirs de plus en plus téméraires. 
On sondait avec une ardeur fiévreuse la Loi en tous sens. Le sens 
littéral fut de plus en plus négligé, et les Midrasch (sic!), ces sources 
inépuisables d'allégories, naquirent en foule dans les écoles des 
rabbins. Ainsi cultivée, l'interprétation allégorique devint bientôt 
une science mystérieuse, avec des règles cabalistiques, une sorte de 
magie noire. Tantôt elle s'attachait à la valeur numérale de chaque 
lettre, tantôt elle ne considérait que le sens des premières lettres du 
mot, tantôt elle substituait aux lettres d'un mot les lettres d'alphabets 
autrement disposés. C'était de la fantaisie, ce n'était plus de l'exégèse. 
L'exégèse subit chez les Juifs alexandrins, la même transformation. » 
(P. 2-3.) 



108 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Tout cela est absolument faux. Les Juifs n'ont jamais négligé le 
sens littéral, et le Midrasch n'est pas, même dans ses dernières pro- 
ductions, « une source inépuisable d'allégories ». Il n'y a même pas 
en hébreu de terme spécial pour désigner l'allégorie, car le mot bttîTa 
s'applique surtout à la parabole. Les rabbins n'admettaient pas du 
tout l'explication allégorique de la Loi. Ismaël ben Elischa (vers 
l'an 1 00) s'étant permis d'interpréter allégoriquement trois expressions 
de la Tora, le fait fut signalé expressément (Sifrè y éd. Friedmann, 
82 £ en bas, et 417 à en bas), et pourtant son interprétation ne 
modifiait nullement la prescription de la Loi. 

Dans les 32 Règles d'Éléazar b. R. Yosé Haguelili (vers l'an 200), 
le mot Maschal (allégorie) apparaît seulement à la 26° (cf. Bâcher, 
Die âlteste Terminologie d. jûdischen Schriftauslegung, p. 422). La 
trace la plus ancienne d'une interprétation allégorique chez les Juifs 
est l'adoption du Cantique des Cantiques au nombre des livres cano- 
niques. Encore cette adoption fut-elle combattue, et c'est pour cette 
raison qu'Akiba (au commencement du n e siècle) déclare le Cantique 
des Cantiques le plus saint des livres 1 . Théodore a donc eu des 
prédécesseurs parmi les Juifs qui ont voulu rejeter le Cantique des 
Cantiques 2 . 

On ne trouve que très peu d'interprétations allégoriques dans les 
Midraschim classiques des Tannaïtes, la Mechilta, le Sifrè et le Sifra. 
On n'en trouve pas non plus dans la Tosefla. L'allégorie ne se ren- 
contre qu'exceptionnellement chez les Juifs non helléniques. Ils n'en 
avaient pas besoin comme les Pères de l'Église, qui voulaient par 
leur exégèse allégorique détacher les Juifs de l'Ancien Testament. 
Comme la Tora avait force de loi chez eux, ils auraient avec leur 
allégorie ébranlé tout leur édifice social. Dans le dialogue de Justin 
Martyr, on reproche au Juif Tryphon de ne pas admettre d'allégorie. 
On ne s'expliquerait pas [la traduction littérale d'Aquila si les 
rabbins avaient aimé la méthode allégorique. 

Les interprétations au moyen de la valeur numérique des lettres 
et de leur transposition sont tout aussi rares que le système qui 
consiste à prendre les lettres pour des abréviations de mots. 

Les noms même de ces modes d'interprétation — Gematria et 
Notarikon — prouvent suffisamment que ces méthodes exégétiques 
ne sont pas d'origine vulgaire et que, par suite, elles n'ont été 
appliquées ni très anciennement ni très fréquemment. Tous les 
documents sur cette question sont rassemblés dans Krauss (lehn- 
worter, II, 171 b et 356 a) et Bâcher (atteste Terminologie, 125-127), et 
leur petit nombre prouve avec évidence que ce mode d'interprétation 
n'était pas populaire. On ne peut parler de la kabbala et de la magie 
noire que si l'on n'a jamais lu les Midraschim. M. de Barjeau a peut- 
être lu quelque exposé de l'exégèse cabalistique du xvi e ou du 

1 Mischna Yaâaytn, ni, 5. 

* Léonce de Byzance fait à Théodore le môme reproche qu'Akiba; il dit : 'AXXà 
■yàp xal T<J5v àyi'tov àytcoTarov t<î>v à<j|xàTeov "Aafia (Barjeau, p. 72, note 3). 



BIBLIOGRAPHIE 109 

xni e siècle, qu'il a ensuite appliqué à l'exégèse des anciens talmu- 
distes. Autrement comment parlerait-il « des beaux jours de la 
gematria rabbinique »? (P. 5.) 

Tandis que l'auteur accuse les talmudistes de Palestine de tomber 
dans les excès de l'allégorie, il loue les Amoraïm babyloniens du 
111 e siècle. Il en fait des historiens, des exégètes, des grammairiens 
qui ont eu la plus grande influence sur Antioche par l'iatermédiaire 
d'Edesse. Nous ne pouvons mieux caractériser les idées de l'auteur 
qu'en citant ses propres paroles. Nous lisons p. 15 : « Il se pourrait 
enfin — et c'est là sans doute que se trouve la vraie solution de cette 
question des origines qui nous préoccupe — qu'Edesse et Antioche 
aient subi une influence commune, celle des écoles juives de la 
Mésopotamie. La Mésopotamie était peuplée de Juifs et avait de 
florissantes écoles. Or, vers le ni e siècle un mouvement intellectuel 
semble s'y être produit. On n'acceptait plus aveuglément les anciennes 
autorités. On goûtait moins, sans toutefois s'en affranchir, les fan- 
taisies allégoriques où se complaisait depuis des siècles la science 
juive. En revanche, on s'occupait davantage d'histoire, d'exégèse, de 
grammaire. Pour si vague et si incomplet qu'il pût être, ce réveil des 
esprits dans les écoles babyloniennes ne fut pas ignoré des Syriens. 
Edesse, en contact direct avec la Mésopotamie, fut sans doute la 
première ébranlée et agit à son tour sur Antioche. » 

Notre auteur, à la vérité, se réclame de Graetz, IV, ch. 45. Je ne 
sais pas où Graetz peut bien avoir soutenu que les Amoraïm de 
Babylone avaient rejeté les divagations allégoriques des Palestiniens. 
On peut encore moins soutenir que les docteurs de Babylone, con- 
trairement à ceux de Palestine « se soient occupés d'histoire, d'exé- 
gèse et de grammaire. » Les éléments de toutes ces sciences doivent 
se trouver dans la Haggada : il suffit de lire les ouvrages de Bâcher 
qui s'y rapportent. Tandis que les Haggadot dues aux Amoraïm 
palestiniens des m e et iv e siècles, accompagnées du nom de leurs 
auteurs, remplissent trois forts volumes, celles de tous les Amoraïm 
babyloniens, y compris celles de Rab, qui avait étudié en Palestine et 
qui avait fondé l'école de Sora, ne remplissent qu'un livre de 151 pages. 
Tous les midraschim proviennent, comme on le sait, des écoles de la 
Terre Sainte. Pour ce qui est de la grammaire, il suffit de jeter un 
coup d'oeil dans le livre de Bâcher, Die Anfânge der hebraïschen 
Grammatiky et dans Berliner, Beitrage zar hebràischen Gframmatik im 
Talmud und Midrasch, pour se rendre compte de l'insuffisance de la 
grammaire à cette époque, et de la part minime qui revient aux 
auteurs babyloniens dans les travaux de ce genre. Et c'est chez les 
Tannaïtes, docteurs palestiniens des deux premiers siècles, que se 
trouvent appliqués les principes de la plus saine exégèse, chose que 
démontre encore surabondamment l'ouvrage de Bâcher, Die Agada der 
Tannaïten (2 vol.). On trouve aussi chez les Tannaïtes et chez les 
Amoraïm palestiniens des commencements de critique biblique, 
comme on peut s'en convaincre dans le livre, fort incomplet d'ailleurs, 



110 REVUE DES ETUDES JUIVES 

d'Eisenstat, Ueber Bibelkritik in der talmudischen Literatur (Francfort, 
4 894). Malheureusement les docteurs du Talraud ne nous ont donné 
que des interprétations, parce que le sens littéral était trop univer- 
sellement connu, et par instant même ils ne nous les donnent pas : 
ils nous les laissent deviner. 

Le fait que la vocalisation a pris naissance chez les Juifs de Pa- 
lestine à un moment précisément où les maîtres de l'enseignement 
oral se trouvaient depuis longtemps chez les Babyloniens, prouve com- 
bien le goût de l'étude de la Bible avait pris racine chez eux. Tibé- 
riade, qui possédait au m e siècle la plus brillante école talmudique, 
devint plus tard la résidence célèbre desMasorètes. 

Des trop courtes indications que fournit l'auteur, je ne puis con- 
clure qu'Ephrem le Syrien ait subi l'influence des écoles juives de 
Mésopotamie (p. 49, note 2), puisque je ne connais pas d'école d'exé- 
gèse juive en Mésopotamie. Il est bien plus vraisemblable que les 
Juifs de Mésopotamie ont été en exégèse les élèves des Palestiniens. 
Ce sont eux qui ont donné à Ephrem rintelligence de certains écrits, 
comme cet Hébreu (ô f E6pôUoç) si souvent cité par les savants d'Antioche, 
et qui, à ce qu'il paraît, ne donne pas le texte original de la Bible, mais 
une altération du texte (cf. p. 57). Il s'agit donc d'un maître juif 
comme Origène et Saint-Jérôme en avaient. Je ne crois, en effet, pas 
plus que notre auteur (p. 55), qu'Origène ait su l'hébreu. En tout 
cas, il n'en savait pas tout ce qui lui en était nécessaire pour rédiger 
son Hexapla. L'idée même de transcrire la Bible hébraïque en lettres 
grecques ne saurait lui être attribuée (Cf. mon ouvrage, Zur Einlei- 
tung in die heilige Schrift, 82 sq . ) . 

Tous les progrès que notre auteur attribue à l'école exégétique 
d'Antioche, toutes les qualités qu'il vante chez elle ne sont au fond 
que l'écho d'idées juives et même palestiniennes. Les livres de Sa- 
lomon, d'après Théodore, ne sont pas inspirés par l'esprit saint * His 
quse pro doctrina hominum scripta sunt, id est, Proverbia et Eccle- 
siastica quse ipse ex sua persona ad aliorum utilitalem composuit, 
cum prophetiœ quidem gratiam non accepisseù, prudentiœ tero gra- 
tiam. » Mansi, Conc, Coll. IX, col. IV; dans Barjeau, 62, note 3. 
Dans la Tosèfta Yadayim, n, 4 4 (683, 12), nous lisons : R. Simon ben 
Menasia disait : a Schir Haschirim souille les mains qui le touchent, 
parce qu'il est composé par l'entremise de l'esprit saint, mais Kohé- 
lèt ne souille pas les mains, parce qu'il vient simplement de la sa- 
gesse de Salomon 1 . » Les termes « esprit saint» et « L sa g esse M de 
Salomon sont mis ici en opposition : l'esprit saint désigne, dans la 
langue de la tradition juive, l'esprit prophétique. Ce n'est pas seule- 
ment l'Ecclésiaste, mais aussi les Proverbes et le Cantique des Can- 
tiques qui rencontrèrent de l'opposition. Rab, dans la première moi- 
tié du nr siècle, disait encore : les Sages voulaient « cacher » 

ab m ib vimn rrabia bu: inwsna n\-d ^d» D^rn nN ^nwn îjpg 
"on nabn *u «bis aro. 



BIBLIOGRAPHIE 111 

Kohélèt et Mischlé {Sabbat, 30*). Dans A bot d. M. Nathan, Inver- 
sion, i, p. 2 de l'éd. Sckechter, il est dit : « Jadis on disait que les 
Proverbes, le Cantique des Cantiques et l'Ecclésiaste étaient cachés, 
parce qu'ils n'étaient que de simples œuvres d'imagination, et qu'ils 
ne faisaient pas partie des Hagiographes, mais vinrent les hommes 
de la grande Synagogue qui les expliquèrent 1 . » 

M. de Barjeau, p. 63 et 76, aurait pu citer ces passages qui 
montrent que les jugements de Théodore n'étaient pas originaux. Mais 
le jugement sévère que Théodore (ibid., p. 72 et 75) et d'autres portaient 
sur les livres de Job avait déjà été porté antérieurement. Le princi- 
pal passage relatif à Job se trouve dans Baba Batra, 15-17, où il y a 
un véritable petit Midrasch sur ce livre et où l'on donne l'interpréta- 
tion de différents passages. Il n'y a, à ma connaissance, quelque 
chose d'analogue dans le Talmud babylonien que dans le traité Me- 
gilla, où, sous forme de Midrasch, se trouve l'interprétation d'une 
partie du livre d'Esther. Pour notre but, il nous suffira de signaler 
ce qui suit de ce texte : « Job n'a jamais vécu ; le livre n'est qu'une 
allégorie (biDE). » C'est ce que dit un Amora (15 a). D'après deux 
baratta, il était païen, ce que Théodore soutient également. C'était un 
pieux païen qui a blasphémé Dieu dès que le malheur l'a atteint. 
Dieu lui a donné sa récompense en ce monde pour l'écarter du 
monde à venir (15*). Raba (milieu du iv° siècle), s'appuyant sur un 
passage de Job, ir, 10, dit : « Ce ne sont que ses lèvres qui n'ont pas 
péché : il a péché dans son cœur. » Trois fois l'expression « la 
poussière » est mise dans la bouche de Job, parce qu'il a parlé irres- 
pectueusement de Dieu ; il a blasphémé en disant : « Dieu change 
2"PN, Job, en rrnN, ennemi » (16 a-b). Il est remarquable que ce sont, 
à une exception près, des Amoraïm du iv° siècle qui accusent Job de 
péchés. Ce n'est que sur ce 'point qu'on peut reconnaître, avec M. de 
Barjeau, l'influence que les docteurs juifs de Babylone ont exercée 
sur l'école d'Antioche. 

Il serait facile de démontrer que c'est dans les livres talmudiques 
et dans les Midraschim que se trouvent les commencements de l'exé- 
gèse moderne et même de la critique moderne. Mais cela nous mène- 
rait trop loin. Sans la connaissance de la littérature talmudique, on 
ne saurait se faire une idée exacte de la marche qu'a suivie l'exé- 
gèse biblique. 

Ludwig Blau. j 

Budapest. 



nbviarr no3D ^a« in ma n? Drrjron )i2 ir>&o mbM û l n» , iK r>n 

'"DT ,„ÛmN "UDTD"). Cf. la 2 e version, p. 3, et Midrasch Mischltf, 25, 1 : ^2812 

trmron \iw w "pn fcPT-m nbîipn û^-ptan ■nai mbtBtn "n^-iN* 

Ci'. Koh. R. y i, 3, et passages parallèles, et J. S. Bloch, Studien zur Cfeschicht» der 
Bammlung der althebraïscàen Literatur, Leipzig (1875), p. 145 sq. 



112 REVUE DES ETUDES JUIVES 



Bischofp (Erich). Kritiscbe Geschichte der Thalmud-Uebersetzungen 

aller Zciten und Zungen . Francfort-sur-le-Mein , J. KaufFmann , 1899 ; 
in-8» de 111 p. 



De nos jours on parle beaucoup du Talmud, et, parmi les griefs 
qu'on articule contre les Juifs, on voit souvent revenir celui de garder 
secrète leur doctrine. On en a surtout au Talmud, qui, à cause de sa 
langue et de son esprit, n'est guère accessible aux chrétiens, et qui, 
par là même, est toujours au premier plan de la discussion et ne 
cesse d'exciter la curiosité du public. Il est dans la nature de 
l'homme de regarder les objets qui lui sont inabordables comme 
quelque chose de mystérieux, de surnaturel ; c'est le cas du Talmud, 
et on le considère comme renfermant les enseignements ésotériques 
du judaïsme. Gomme si le judaïsme avait un enseignement ésoté- 
rique ! Les Juifs auraient tout avantage à ce que leur littérature fût 
connue de tout le monde, car alors bien des préjugés et bien des 
suspicions tomberaient d'eux-mêmes. 

M. Erich BischofF, un jeune savant de Leipzig, vient de montrer 
que le Talmud est accessible à tous ceux qui ont le désir sincère de 
le connaître et qui ne se laissent pas guider par la malveillance. 
L'auteur, qui est chrétien, a rassemblé en l'espace serré de 110 pages 
l'histoire des traductions du Talmud « de tous les temps et en 
toutes langues ». Le contenu de l'ouvrage répond pleinement à la 
promesse du titre. 

Dans l'Introduction, l'auteur passe en revue les recueils de tra- 
ductions du Talmud qu'on avait établis jusqu'ici. Nous y constatons 
des corrections apportées aux travaux d'un bibliographe tel que 
Steinschneider : cela permettra d'abord de se former une idée du 
labeur et de l'érudition de notre auteur. Dans le premier chapitre, il 
examine d'anciennes informations sur les traductions du Talmud, 
qu'il montre être erronées. C'est ainsi qu'il s'inscrit en faux contre 
l'existence d'une version grecque du Talmud sous Justinien et d'une 
version arabe qui aurait vu le jour sous le kalife Hakem II; nous 
sommes de l'avis de M. B. Dans le chapitre suivant, il est traité des 
traductions globales de la Mischna, puis de la traduction de cer- 
taines portions plus grandes de cette œuvre. Pour la traduction des 
traités pris séparément, l'auteur examine traité par traité, et il est 
curieux de voir comme plusieurs d'entre eux ont été souvent traduits. 
Gela est particulièrement vrai du traité d'Abot, dont M. B. ne 
signale pas moins de soixante-dix-huit traductions, et encore n'est-il 
pas fait mention des différents rituels où les Abot sont traduits. 

Dans le chapitre intitulé « Guemara palestinienne », la traduction 
française de M. Schwab se présente seule. Ce qui s'en rapproche le 
plus, c'est la traduction latine de vingt traités par Blasius Ugolinus 
et la traduction allemande des morceaux aggadiques d'Auguste 



BIBLIOGRAPHIE 113 

Wûnsche- Pour ce qui est du Talmud de Babylone, une traduction 
allemande est en cours de publication ; c'est celle de Lazarus Gold- 
schmidt. Notre auteur a raison de qualifier cette traduction d'in- 
suffisante. M. B. passe en revue les traductions des portions plus 
étendues, puis celle de chaque traité particulier. Nous constatons 
que presque tous les traités ont trouvé un traducteur. Là encore la 
langue française occupe une grande place avec les travaux de 
J. M. Rabbinowicz : Législation civile du Talmud et Législation crimi- 
nelle du Talmud. Enfin, il y a les traités appelés extracanoniques 
[Abot di Rabbi Nathan, Soferim, Semahot, Dérech-Erèç). Pour chaque 
traduction M. B. donne l'exacte bibliographie des ouvrages, et il nous 
assure qu'il connaît ces ouvrages pour les avoir pratiqués. Un autre 
mérite a [été d'accompagner le nom des auteurs des quelques notes 
biographiques nécessaires; nous pouvons en croire M. B. que la 
recherche de toutes ces données lui a coûté un labeur énorme. 

De l'aperçu pragmatique (p. 80 et suiv.) nous relevons que les 
traductions sont ou libres ou littérales, qu'elles ont pour objet l'édi- 
fication (par exemple Abot) ou la théologie ou quelquefois la polé- 
mique. La période florissante des traductions est le xvn e siècle ; seul 
le xix e peut lui être comparé. Les langues dans lesquelles le Talmud 
a été traduit sont : l'allemand, l'anglais, le français, le hongrois, 
l'italien, l'espagnol, le russe, le polonais, le roumain, le suédois, le 
hollandais, l'arabe, l'hébreu, le jargon judéo-allemand, autrefois 
surtout le latin. Dans Fappendice, l'auteur donne quelques spéci- 
mens de traductions. 

Cette courte analyse suffit à montrer que M. Bischoff a bien 
mérité de la science du judaïsme. Nous ne louerons pas cet écri- 
vain chrétien d'avoir été impartial : l'esprit scientifique implique 
l'impartialité. Sans le faire exprès, M. B. a mis aux mains du ju- 
daïsme une arme de défense, car cette grande quantité de tra- 
ductions prouve à qui ne se bande pas les yeux que le Talmud n'est 
pas une doctrine secrète. Pourtant ce que M. B. voulait établir, c'est 
qu'en réalité, il n'existe pas encore de traduction intégrale du Talmud 
et qu'il serait du devoir des gouvernements d'encourager un travail 
de cette nature. Gela arrivera-t-il jamais, et aussi bien pourquoi les 
gouvernements auraient-ils à se préoccuper d'une telle lacune? 

La langue de M. B. est brève et précise, la division du sujet claire 
et nette. L'ouvrage est dédié au professeur Strack de Berlin, dont 
notre auteur suit la méthode. Étant données cette précision et cette 
exactitude, on est surpris que l'auteur transcrive avec si peu de 
souci scientifique les mots hébreux. Ainsi, il écrit Eruvin pour ■pari* 
et non Erubin, Evel pour bru*, Avoth pour rrnN, etc. Inexact est le 
numéro 42 à la page 51 dans le compte des traductions d'Abot; ib. y au 
lieu de § 48, lisez 49. 

Pour ce qui est du fond, je me permettrai les remarques suivantes. 
A dire vrai, il faut regarder comme les premiers traducteurs du 
Talmud les pères de l'Église, qui ont traduit certaines parties de la 
T. XL, N° 79« s 



114 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mischna et du Midrasch, avant que le Talmud fût rédigé. Origène et 
saint Jérôme, qui ont été à l'école des Juifs, connaissent très bien la 
langue du Talmud. Ainsi saint Jérôme dit : Barachibas et Simon et 
Helles, magislri nostri, tradiderunt nobis, ce qui équivaut à : &o!"î ïibnp 
bbn DTI373 ntt&TCJ "p^M 'i ûhdïï Nmp? ,ta i ^se ima (Jewisk Quar- 
terly Review, V, 146; cf. ib., VI, 253, où j'ai signalé plusieurs tra- 
ditions hébraïques chez saint Jérôme). Ce ne sont là, il est vrai, que 
des phrases détachées et isolées. Par contre, on peut considérer 
comme de véritables traductions les nombreux passages talmudiques 
qui sont cités dans les procès du Talmud à Paris en 1240. Isidore 
Loeb dit : « Il est un spécimen des plus curieux de la manière dont 
les chrétiens du xin siècle traduisaient le Talmud en latin. Il faut 
rendre justice aux deux clercs qui ont prêté leur concours à l'auteur 
des Extractiones Leur traduction est exacte, précise, très scien- 
tifique... » [Revue, I, 250.) 

Nous avons une autre preuve extérieure que les traductions du 
Talmud ont pris leur point de départ en France. Innocent IV, qui 
vivait en exil à Lyon, prescrivit au cardinal-légar Eudes de Paris de 
vérifier ou de faire vérifier encore une fois les écrits talmudiques 
(Graetz, Geschichte, VII, 127). A cela Hermann Gonringius, cité par 
Wagenseil, Tela ignea Satanae, p. 86, ajoute la remarque suivante : 
« Cœperunt sane non adeo pridem denique verti in linguas vulgo 
notiores quœdam Mischnae partes, Gemarae tamen perpauca ». 

Ainsi l'enquête judiciaire contre le Talmud semble avoir provoqué 
la traduction de nombreux passages, et, comme les a linguae vulgo 
notiores» ne sauraient être la langue latine, il faut admettre que 
certaines parties du Talmud avaient été traduites dans certaines 
langues populaires, et dans l'état de la science au xiu e siècle, on a 
dû sûrement employer le français. 

Nous ne sortons pas de notre sujet en reproduisant ici les paroles 
de Luther, également citées par Wagenseil. « J'aurais aimé voir 
YAlcoran lui-même, et je m'étonnais qu'on n'eût pas depuis 
longtemps traduit l'Alcoran en latin, d'autant que Mahomet règne 
depuis plus de neuf cents ans et qu'il a causé tant de dommage ; 
mais personne ne s'est préoccupé de savoir ce qu'est la croyance de 
Mahomet. » — Nous avouons que Wagenseil a raison de placer sous 
un même point de vue la traduction du Coran et celle du Talmud. 
Car dans les deux cas il s'agissait pour les chrétiens de connaître 
les livres religieux des deux autres religions monothéistes, afin de 
les pouvoir mieux attaquer. La première traduction du Coran de Ma- 
racci, que, vu son ampleur, nous pouvons comparer aux in-folio des 
traductions du talmud, ne fut entreprise que pour réfuter le Coran. 

Signalons une inconséquence de l'auteur. M. B. parle (p. 51) de 
l'ouvrage de Schuhl, Sentences et Proverbes du Talmud, etc. (Paris, 
1878). Or il existe une foule de ces recueils de sentences et proverbes 
du Talmud et probablement dans toutes les langues dont il a été 
question plus haut. Même en hongrois, où il n'y a guère de litt é 



BIBLIOGRAPHIE 115 

rature théologique juive, nous possédons plusieurs recueils de ce 
genre. Sans doute, M. Schuhl a annexé dans son ouvrage une tra- 
duction des Abot; mais M. B. cite aussi (p. 52) le livre de Salomon 
Kohn, prw n bM (voir mes observations à Revue, XXXVII, 50), 
où ne se trouvent que des maximes détachées. L'auteur aurait dû 
dire à quel point de vue il s'est placé pour appeler ces ouvrages des 
« traductions partielles ». 

Il aurait eu plus de raison de donner dans une nomenclature com- 
plète des traductions du Talmud une place à un ouvrage tel que le 
"n&ttan rmi», qui contient de nombreux passages du Talmud et qui 
depuis longtemps a été traduit en judéo-allemand. De même, le 
premier volume de Winter et Wuensche, Die judische Literatur 
(Trêves, 1894), renferme de nombreuses traductions du Talmud ; 
notre auteur aurait donc dû en dire un mot. Dans le fameux livre 
Û"«r>tfr> insu: de Sabbataï Bass (Amsterdam, 1710), il est question, 
parmi les œuvres qui ont été traduites en judéo-allemand, des miE^a. 
On sait que sous ce nom on désigne des morceaux relatifs aux sa- 
crifices, morceaux empruntés à la Bible et surtout au Talmud. Cf. 
aussi la table de la littérature judéo-allemande de Steinschneider 
dans Serapeum, 1847. Ces écrits, bien qu'ils ne dussent pas être mis 
sur le même rang que les autres, méritaient au moins une mention. 

Pour être complet, signalons encore une traduction anglaise an- 
noncée dans la Revue, I, 344, de la Mischna et de quelques morceaux 
du Talmud par le D r Brown, d'Atlanta, en Amérique. Cette tra- 
duction a-t-elle paru? 

Si nous avons relevé ces petites lacunes, cela n'a été possible 
que grâce à cet excellent travail sur les traductions du Talmud. 
Nous en exprimons encore une fois toute notre reconnaissance à 
M. BischofT. 

Samuel Krauss. 



Mélanges de littérature et d'histoire religieuses, publiés à l'occasion du 

jubilé épiscopal de Mgr de Cabrières. Paris, Picard, 1899; 2 vol. in-8o. 

Le tome I er de ces Mélanges contient (pp. 81-94, 483-518) deux 
articles intéressant l'histoire juive : 1° Le Jugement de Tacite sur 
les Juifs ', par G. Boissier; 2° La Poursuite des lépreux en 1321, par 
M. l'abbé Vidal. Dans le premier, M. B. explique comment Tacite, 
écrivant sur les Juifs, a cru devoir se défier des sources juives (pour 
recourir à Manéthon et à Apion) et comment il s'est trouvé blessé 
dans ses convictions de citoyen et de philosophe par le judaïsme 
(qu'il ne connaissait pas). Cette analyse psychologique est, en somme, 
un résumé élégant de ce que l'on savait sur l'état d'esprit des lettrés 
du ii # siècle à l'égard des Juifs et des Chrétiens. 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

On nous permettra d'insister davantage sur le travail de M. Vidal. 
L'auteur, qui s'est déjà, à différentes reprises, occupé d'histoire juive, 
étudie cette fois le célèbre complot qu'auraient organisé en 4321 les 
lépreux et les Juifs avec l'appui des princes de Grenade et de Tunis 
pour l'extermination générale des Chrétiens. Sa thèse comprend deux 
parties que uous croyons pouvoir résumer ainsi : 4° Il y a eu certai- 
nement en 1321 un complot des lépreux de la région toulousaine, et 
sans une répression immédiate il eût gagné toute la France. 2° Les 
Juifs y ont presque certainement pris part avec le concours des rois 
musulmans. Pour établir sa première thèse, M. l'abbé V., laissant de 
côté le témoignage suspect des chroniqueurs, s'appuie sur un texte 
inédit : la « confession » de Guillaume Agassa « commandeur de la 
léproserie de Lestang •» devant le tribunal de l'inquisition de Pamiers: 
le « coupable » y avoue tout au long les machinations ourdies par les 
lépreux du Languedoc, avec des détails qui concordent étrangement 
avec le récit des chroniqueurs. Le 11 mai 1320, une cinquantaine de 
lépreux, réunis à la maladrerie d'Arnaud-Bernard, près de Toulouse, 
après avoir reçu l'assurance que le roi de Grenade et le sultan de 
Babylone étaient avec eux, auraient solennellement abjuré le chris- 
tianisme et se seraient distribué des poudres destinées à empoisonner 
toutes les sources de la région. Nous devons remercier M. V. de nous 
avoir fait connaître ce texte nouveau. Nous regrettons seulement 
qu'il n'ait pas cru devoir le publier en entier : il s'y trouve, paraît-il, 
une couleur naïve et un accent de bonne foi, il y a, dans le triste 
récit de cette sinistre conspiration, une « bonhomie » (p. 499) que 
nous aurions aimé à constater. C'est qu'en effet, si l'on ne saurait 
mettre en doute « l'authenticité matérielle » de cet interrogatoire, il 
est permis d'en discuter la valeur morale. Ce témoignage unique n'est 
pas sans laisser quelque inquiétude. Malgré la précision que M. V. se 
plaît à y constater, ce récit ne concorde peut-être pas toujours avec 
ce que l'on sait de l'organisation des léproseries. D'autres détails 
peuvent nous mettre en éveil : il est loisible d'admirer la « précision » 
avec laquelle Agassa raconte son voyage à Toulouse en compagnie du 
gouverneur de la maladrerie de Saverdun (p. 494) ; mais une fois ce 
malheureux exécuté, il se trouve qu'il n'a pas assisté à la réunion 
(p. 497). Dans son interrogatoire du 40 juin, Agassa accuse deux de 
ses compagnons d'être allés à Toulouse prendre des poisons et 
d'avoir empoisonné les fontaines de Pamiers en novembre 4 320; 
le 6 juillet, il dégage ces pauvres gens et déclare avoir lui-même 
commis ce crime au mois de mai. Le luxe de détails que remarque 
M. V. s'explique, d'ailleurs, tout naturellement : Agassa sait que le 
oupablequi fait désaveux complets, au lieu d'être condamnée mort, 
n'est condamné qu'à la détention : il ne risque donc rien à trop 
avouer : M. V. doit le reconnaître lui-même, et il ne semble pas que 
ses réflexions complémentaires ôtent rien à la force de cette re- 
marque. Il faut, du reste, ne pas oublier que Agassa a subi au moins 
une fois la torture : M. V. croit pouvoir expliquer par là les c ontra- 



BIBLIOGRAPHIE 117 

dictions ou rétractations du coupable. Mais alors où finit la vérité, 
où commence l'imagination ? 

2° Pour discuter l'intervention des Juifs dans le complot, M. V. 
se sert de la traduction de deux lettres inédites (p. 511] et que, sans 
se « prononcer définitivement » (p. 5I5), il croit pouvoir « sans témé- 
rité retenir ». Il s'agit de deux lettres adressées l'une par le roi de 
Grenade à un Juif nommé Sanson et l'autre par le roi de Tunis « à 
ses frères ». Si ces lettres sont fausses il faudrait en attribuer la 
paternité aux chefs des lépreux qui usèrent de ce moyen pour se 
donner plus d'autorité auprès de leurs * subordonnés » (p. 516); 
mais si, dit M. V., « comme f incline à le croire, les lettres sont 
authentiques, il faut résolument admettre que l'initiative du complot 
est venue des Sarrasins et des Juifs » (p. 517). — M. V. eût pu, sans 
inconvénient, faire plus formellement ses réserves : ce document 
inédit est, en effet, bien connu et même généralement tenu pour 
suspect : analysé dans le Musée des Archives Nationales (p. 182, 
n° 328), il a été publié 1 en entier par M. H. Chrétien dans sa notice 
sur le Prétendu complot des Juifs et lépreux en 4321 (Ghateaudun, 
A. Majesté, 1887, in-8°, pp. 15-16). M. Lazard l'a étudié ici même', en 
remarquant que la traduction de ces lettres n'a été faite que le 
2 juillet, après l'arrestation des Juifs et des lépreux. Enfin, tout ré- 
cemment, M. L. Le Grand déclarait cette pièce « fabriquée pour les 
besoins de la cause »'. Nous nous permettrons de renvoyer M. V. à 
ces différents auteurs. Mais une lecture attentive du document ne 
suffisait-elle pas pour remarquer et l'air de ressemblance de ces deux 
lettres écrites l'une à Tunis v et l'autre en Espagne et surtout la sin- 
gulière négligence du rédacteur s'oubliant jusqu'à faire parler au roi 
de Grenade de Pâques ueuries?Que les hommes.du moyen âge pussent 
croire à la possibilité d'un tel complot, c'est assez naturel. La situa- 
tion du Juif était assez voisine de celle du lépreux et dans la société 
et dans l'opinion publique 5 : l'imagination populaire devait admettre 
sans peine que ces parias pussent se réunir dans une même pensée 
de révolte contre la société. Il nous appartient de montrer plus de 
circonspection, et, pour nous, cette vengeance des Musulmans, comme 
disait déjà Michelet, reste « fabuleuse » : nous devons continuer à 
voir dans ce complot une de ces tristes légendes qui obscurcissent 
l'histoire des Juifs et qui leur ont valu au moyen âge tant de vio- 
lences et de nos jours tant de calomnies. 

P. HlLDKNFINGER. 

1 Moins, il est vrai, les indications finales sur la manière dont auraient été tra- 
duites les lettres et qu'il a seulement résumées. 
» Rev. des Études juives, XVII, p. 219-221. 

3 L. Le Grand, Les Maisons-Dieu et léproseries du diocèse de Paris au milieu du 
XIV* siècle (Paris, 1899, 8°j, p. xcn. 

4 Agassa disait : Babylone, mais M. V. fait justement remarquer — en note — qu'il 
n'y avait pas de sultan de Babylone (p. 511). 

8 Cf. Th. Reinach, Textes d'auteurs grecs et latins relatifs au judaïsme, p. xvn, 
et Rev. des Étud. juiv., XXXIX, p. 304. 



118 REVUE DES ETUDES JUIVES 



Horovitz (S.)« D*e Psychologie Ibn Gabirols, publiée dans le Jahres-Bericht 
des jUdischen-theologischen Seminars, Breslau, 1900. 



Le mot « psychologie » éveille aujourd'hui l'idée d'une science 
positive, ou qui s'efforce de l'être, d'une science des phénomènes qui 
ont le double caractère d'être inétendus et directement connus par la 
conscience. Rien de tel lorsqu'il s'agit d'un scolastique, d'un néo- 
platonicien, de Gabirol. L'expression adéquate serait sans doute : 
« Ontologie de l'âme », car elle doit répondre à un effort purement mé- 
taphysique. C'est assez dire qu'il ne faut pas s'attendre à rencontrer 
dans l'étude de M. S. Horovitz autre chose que le reflet d'une con- 
ception a priori de l'àme, sans y chercher le plus faible souvenir 
d'observations intérieures. Même en parlant des sensations particu- 
lières à chaque sens, Gabirol fait disparaître sous l'appareil ontolo- 
gique le peu qu'il emprunte à l'expérience. Il parle de l'âme humaine 
comme il traite de l'organisation des substances objectives; et, de 
fait, rien ne ressemble plus à l'âme de l'homme, selon sa philosophie, 
que la grande âme du monde. 

La « psychologie » de Gabirol étant un fragment de sa métaphy- 
sique générale, M. Horovitz commence par restituer brièvement le 
point de vue général du philosophe. C'est le point de vue même de 
Plotin, à quelques nuances près, dont l'originalité ne peut être attri- 
buée avec certitude à Gabirol. En effet, Gabirol n'a pu connaître 
directement les idées de Plotin, puisque les Ennéades n'ont pas été 
traduites en arabe, puisque le nom de Plotin n'est pas arrivé aux 
philosophes arabes, qui ne connaissent que celui de Platon, à qui ils 
attribuent les doctrines alexandrines. C'est par l'intermédiaire défor- 
mateur de la littérature pseudépigraphique, en particulier à travers 
la célèbre « Théologie d'Aristote », qui est la paraphrase des trois 
dernières Ennéades, c'est par le Liber de Causis, que, d'ailleurs, Gabirol 
ne doit pas avoir lu, c'est par le pseudo-Empédocle que les théories 
de Plotin sont venues alimenter les controverses arabes, puis les 
discussions scolastiques. Rien d'étonnant, dès lors, si la pensée de 
Plotin, travestie par des faussaires ou par des adaptateurs mala- 
droits, n'apparaît pas telle quelle chez un Gabirol; et il est difficile 
d'en conclure à l'originalité du Scolastique. 

Ecartant avec raison tout emprunt au De anima (inexactement at- 
tribué à Gabirol), M. Horovitz fonde son exposition sur la Source de 
la vie et a recours parfois aux autres écrits, surtout à la Couronne 
royale. D'abord il note l'importance attribuée par Gabirol à la con- 
naissance de l'esprit humain. La meilleure partie de l'homme, écrit 
Gabirol \ est celle qui a pour fonction la connaissance ; ce qu'il doit 
donc rechercher, c'est la science. Or, la science préférable est celle de 

* Baeumker, p. 4. 



BIBLIOGRAPHIE 119 

l'homme lui-même, elle est le moyen de tout connaître, car l'essence 
de l'homme contient toutes choses. Cette idée peut s'interpréter en dif- 
férents sens, car, d'une part, reprenant la théorie platonicienne de la 
réminiscence, Gabiroi montrera toutes les Idées, c'est-à-dire toutes 
les réalités, contenues dans l'intelligence intuitive (la vdrjau; de Pla- 
ton)', et, d'autre part, il assimilera l'homme à l'univers comme un 
microcosme au macrocosme, qu'il reflète et résume. 

Cette analogie guidera constamment Gabiroi. De même que le mou- 
vement des corps en général a une cause transcendante à ces corps, 
de même le mouvement du corps humain doit avoir une cause exté- 
rieure à lui ; et voilà démontrée l'existence de l'âme. Son essence est 
analogue à celle de l'âme universelle : elle est une substance motrice 
et mobile par soi, inaccessible aux sens, spirituelle, simple. Cette 
simplicité n'exclut pas une certaine composition : comme tout ce qui 
existe, l'âme est la synthèse d'une matière et d'une forme, d'un in- 
déterminé ou d'une « puissance » et d'une détermination ou d'un 
« acte », au sens d'Aristote, ou tout au moins selon le souvenir de ce 
sens, car il est hors de doute que la signification de la matière et de 
la forme n'est plus ici celle d'Aristote; pour le péripatéticien, matière 
et forme marquent le commencement et l'achèvement d'un être : ce 
sont deux moments distincts ; et pour Gabiroi, ce sont des conditions 
simultanées, les deux parties métaphysiques d'un tout. — C'est en 
tant qu'elle est détermination et unité, c'est par sa forme que l'âme 
connaît; sa forme, en effet, porte les formes de tout ce qui est, et la 
connaissance des choses n'est pas autre que la subsistance de leurs 
formes dans l'âme. Cela exclut toute théorie empirique de la connais- 
sance, en particulier la théorie stoïcienne des etôcoXa, d'après laquelle 
des choses se détacheraient de subtiles enveloppes qui, à travers l'air, 
viendraient frapper les sens. Ce n'est pas du dehors, c'est d'elle-même 
que Tâme tire ses connaissances; sa forme porte les formes des 
choses depuis qu'avant d'être jointe au corps, elle a séjourné dans la 
région des intelligibles : savoir, c'est se ressouvenir; savoir, c'est se 
connaître. Cette patrie intelligible, l'âme la retrouvera; de même 
qu'elle a commencé d'y vivre avant de tomber aux liens du corps, 
de même, lorsqu'elle se sera affranchie des sens, elle y remontera 
pour y vivre à jamais. Elle est immortelle. On reconnaît la « psy- 
chologie » du Phédon. 

A un autre point de vue, l'âme est complexe, car elle est à la fois 
âme végétative ou principe de la croissance du corps et des mouve- 
ments internes, âme animale ou principe des mouvements externes 
qui déplacent le corps entier et de la sensation, âme rationnelle, 
enfin, ou principe de la pensée. Ces trois âmes sont réellement dis- 
tinctes, puisque la première existe toute seule dans les végétaux et 
que la troisième est l'apanage de l'homme. D'ailleurs, leurs fonctions 

1 Cf. B., p. 284 : Dico quod intellecta spiritualia sunt in intelligentia et quod sunt 
ipsa intelligentia. 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nettement distinctes corroborent cette première preuve : tandis que 
l'âme végétative s'unit à la matière des corps et par contact, c'est de 
loin que l'âme animale et sensible s'unit à leur forme; et si l'âme 
animale s'unit aux formes sensibles et grossières, c'est aux formes 
intelligibles et subtiles que, sans le secours du temps et de l'espace, 
s'unit l'âme rationnelle; l'âme animale n'est pas capable, l'âme ra- 
tionnelle est capable de connaître l'ordre des réalités. Celle-ci est la 
plus haute des trois âmes; elle est leur cause; elle les contient. 

Ce n'est pas tout. Au-dessus de l'âme végétative, au-dessus de 
l'âme de la sensation et de l'âme de la pensée discursive (la ôiavofct 
platonicienne), au-dessus de l'âme triple, l'intellect est la faculté 
suprême de l'homme, le principe de la pensée intuitive et de la rémi- 
niscence, le support véritable des intelligibles. C'est là que l'homme 
découvre la vérité, car celle-ci n'est pas extérieure à l'intellect, elle 
lui est interne; elle est l'intellect lui-même : c'est l'intellect qu'il faut 
connaître, et cette connaissance suffit : « Cognitio illius ducit ad 
cognitionem totius *. » Le vrai et cette faculté de connaître le vrai ne 
font qu'un. Aussi est-il impossible à l'intellect de se tromper : il 
trouve en lui-même et sans intermédiaire la vérité ; seule l'âme peut 
faillir. Bien distincts sont, en effet, les rôles de l'intellect et de l'âme. 
Celle-ci connaît le non-être : les différences, les propres et les acci- 
dents, c'est-à-dire les universaux sensibles ; l'intellect les genres et 
les espèces, les universaux intelligibles : sa fonction est d'aller droit 
à l'être. A l'âme la connaissance de la diversité, à l'intellect celle de 
l'unité. Et ces deux connaissances se joignent dans la « définition », 
qui réunit le genre (prochain) et la différence spécifique, comme l'a 
dit Aristote. 

Ainsi apparaît, assez confusément, le caractère de l'âme rationnelle. 
C'est, dans cette métaphysique où se pressent les « intermédiaires », 
le moyen terme entre l'intellect et l'àme de la sensation, entre l'in- 
tuition intellectuelle et l'intuition sensible, entre l'Idée générale et la 
perception singulière. Elle est le passage du particulier à l'universel et 
de l'universel au particulier; elle est le raisonnement. Mais toute 
obscurité n'est pas encore dissipée au sujet de cette âme « intermé- 
diaire »; n'est-elle pas d'abord « intellect premier » avant d'avoir reçu 
encore une forme, puis, les formes reçues, « intellect second »? Ainsi 
elle serait le mouvement par lequel la connaissance humaine passe 
de la puissance à l'acte dans la réminiscence : elle serait l'effort hu- 
main pour connaître. Nous hasardons cette interprétation à la suite 
de celles que propose M. Horovitz, sans prétendre indiquer la solu- 
tion certaine d'un problème aussi embrouillé. 

L'âme est donc placée entre l'intellect et le corps; elle est attirée 
tantôt vers l'un, tantôt vers l'autre, et s'élève selon le cas ou s'abaisse. 
Dans la vie humaine elle joue le même rôle que l'âme universelle 
dans la vie de l'univers : elle établit un passage entre les substances 

* B., p. 264. 



BIBLIOGRAPHIE 121 

spirituelles et la substance corporelle ou substance qui porte les 
catégories. Peut-être même faut-il la considérer comme un fragment 
de l'âme universelle. En tous cas, l'ordre de l'âme particulière est 
réglé sur l'ordre de l'âme du monde. Aussi Gabirol admet-il l'in- 
fluence des astres sur notre destinée, sans, d'ailleurs, supprimer 
absolument la liberté : il nous appartient toujours, en effet, de se- 
conder cette influence. 

L'âme du monde gouverne le monde au moyen du ciel, moyen 
terme entre les substances spirituelles et les corps. De même, le 
souffle prend place entre l'âme de l'homme et le corps qu'elle anime; 
et il constitue un intermédiaire indispensable, car, entre deux subs- 
tances dissemblables, il ne saurait y avoir d'action réciproque ni 
d'union immédiate. Sur ce problème de l'union de l'âme et du corps, 
Gabirol est plus prolixe que précis, sans que, d'ailleurs, on puisse 
lui en vouloir : ce problème, cas particulier du problème général de 
la communication des substances, est la pierre où se heurtent toutes 
les métaphysiques substantialistes, et les héritiers de Descartes ne 
seront monadistes, panthéistes ou occasionnalistes qu'afin de ré- 
soudre cette fondamentale difficulté. L'âme et le corps, dit Gabirol, se 
mêlent comme la lumière et l'air : cela n'est qu'une comparaison. 
Mais notre philosophe est plus intéressant lorsqu'il affirme que c'est 
le corps qui subsiste dans l'âme, comme les corps dans l'esprit uni- 
versel; l'âme n'est donc pas dans le corps (elle n'y est pas logée, disait 
Aristote, comme le pilote dans le navire), mais elle est le lieu du 
corps, le contenant du corps : lieu intelligible, s'entend, c'est-à-dire 
lieu véritable. 

Telle est l 'âme en elle-même, par rapport au monde, et à l'égard de 
son corps. Quelles sont, à présent, ses facultés? 

Toute connaissance est la fusion de deux formes, de celle qui est 
connue et de celle qui connaît, de la couleur, par exemple, avec la 
vue. Or, il y a deux espèces de formes : les sensibles et les intelli- 
gibles. Il y a doue deux espèces de facultés dans l'âme : la sensibilité 
et l'intelligence, les facultés inférieures et les facultés supérieures. 
Elles ne sont pas, d'ailleurs, disjointes les unes des autres, car les 
formes sensibles, une fois connues par la sensibilité, montent jusqu'à 
l'intelligence, qui les épure et les interprète. 

M. Horovitz insiste sur la sensibilité et montre que Gabirol dis- 
tingue les sens intérieurs et les externes. De ceux-ci le plus impor- 
tant et le plus élevé est la vue, à cause de la richesse et de l'instanta- 
néité de ses perceptions. Immédiatement au-dessous vient l'ouïe. 
Ensuite l'odorat, apparenté au sens précédent, puisque le son et la 
vapeur subsistent pareillement dans l'air. Puis le goût. Enfin, le tact 
qui ressemble aux sens intérieurs. 

Il existe des rapports entre les différents sens et les vertus et les 
vices; chaque sens est cause d'un vice et d'une vertu. A l'œil cor- 
respondent la fierté et l'humilité, la honte et l'insolence; à l'oreille, 
l'amour et la haine; à l'odorat, la colère et la bienveillance; au goût, 



122 REVUE DES ETUDES JUIVES 

la joie et la tristesse; au tact, la libéralité et l'avarice. Nous voilà 
ramenés à notre point de départ : quel rapport existe-t-il entre la 
connaissance et l'action, entre l'exercice des facultés intellectuelles 
et la conduite de la vie? La réponse à cette question servira de conclu- 
sion à l'étude de M. Horovitz. 

L'àme, on le sait déjà, préexiste au corps. Avant de lui être unie, 
elle vit au pur séjour des intelligibles. Mais la naissance est pour 
elle une chute : liée au corps, elle oublie provisoirement ce qu'elle a 
vu dans sa véritable patrie. Gomment retrouvera-t-elle cette connais- 
sance perdue? En étudiant le monde sensible, qui est l'image du 
monde intelligible où elle a vécu : pour elle, la perception sensible 
est le moyen, la conquête de l'intelligible est le but. Les sens doivent 
donc être soumis à l'intelligence, comme l'instrument à la fin. Con- 
naître le vrai, c'est s'affranchir du corps, c'est remonter au sein des 
réalités intelligibles. La poursuite de la science est la meilleure 
conduite pour l'homme; ou plutôt, savoir et bien agir ne font qu'un. 
Aussi, lorsque le Disciple, à la fin, demande au Maître : « Quis est 
fructus quem consequemur ex hoc studio? » le Maître répond-il : 
« Ëvasio mortis et applicatio ad originem vitœ. » Ce qui explique le 
titre de l'ouvrage. 

Nous avons voulu suivre fidèlement M. Horovitz dans son travail 
aussi exact qu'intéressant, et c'est à peine si, parfois, nous avons 
appuyé légèrement sur un trait qui nous semblait mériter plus d'in- 
sistance. Il reste à dire que M. Horovitz a négligé quelques détails 
sur lesquels il eût trouvé des renseignements sans sortir du Fons 
Vitœ. Par exemple, l'amour et l'appétition : « Intentio appetitus et 
amoris non est nisi inquisitio applicationis ad amatum et unitionis 
suée cum illo; et materia inquirit applicari formée. » (B. p. 317.) 
« Invenies omnia, quamvis sint divisa, tamen appetentia commis- 
eeri. Erit ergo in extremo inferiori commixtio, sicut in extremo su- 
periori unitio. » (B. p. 321 .) « Motus omnis rei non est nisi propter 
bonitatem, quee Unus est. . . Motus est appetitus et amor. » (B. p. 317.) 
Mais ce ne sont là que de très petites lacunes dans un ensemble des 
plus solides. 

Maurice Loewé. 



Schwab (Moïse). Répertoire des articles relatifs à l'histoire et à la lit- 
térature juives parus clans les périodiques de 1183 à 1898. Tome 1. 
Paris, Durlacher, 1899 ; gr. in-8" de x + 408 p. 



Quand notre cher collègue M. Moïse Schwab commença la publi- 
cation de la traduction du Talmud palestinien, on admira son cou- 
rage, tout en se montrant fort sceptique sur la durée de ce beau zèle. 



BIBLIOGRAPHIE 423 

Les faiseurs de pronostics en furent pour leurs frais : en quelques 
années, cette œuvre colossale était arrivée à bonne fin. Lorsqu'en 
riant, je proposais un jour à mon excellent ami d'accomplir un nou- 
veau tour de force en faveur de ses confrères, en leur offrant un ré- 
pertoire commode des articles de science juive parus depuis un siècle 
dans les divers périodiques, j'étais convaincu que, devant les diffi- 
cultés de la tâche, M. Schwab reculerait épouvanté : le volume est là, 
sur la table, narguant mes prévisions. Le dévouement qu'il a fallu 
pour mener à terme une telle entreprise, on le devine, et le monde 
savant ne saurait être trop reconnaissant à M. Schwab de son abné- 
gation persévérante. Les travailleurs, dans leurs recherches et leurs 
études, sont exposés à toute sorte de déconvenues, entre autres à 
celle-ci : après avoir dépensé beaucoup de temps et d'efforts à pour- 
suivre la solution d'un problème, tout d'un coup ils s'aperçoivent 
qu'ils « viennent trop tard dans un monde trop vieux », et qu'ils 
auraient pu s'épargner un labeur inutile. Les ouvrages qui ont 
quelque valeur, on les connaît généralement, pour peu qu'on ne soit 
pas trop novice dans la carrière ; mais les articles dispersés dans les 
revues, journaux et périodiques de tout ordre, comment savoir 
même qu'ils ont jamais été écrits? On ne peut vraiment pas exiger 
de nous qu'avant de nous mettre à l'ouvrage, lorsqu'un fait nous 
frappe ou qu'une idée nous vient à l'esprit, nous allions dépouiller 
des centaines de collections, dont beaucoup même sont pour nous 
inconnues même de nom. Et justement aujourd'hui la science 
semble, faute de souffle ou par défiance de soi-même, affectionner 
l'étude des questions de détail qui ne comportent pas la composition 
de volumes — lesquels, d'ailleurs, ne se lisent plus guère. Ce qui est 
vrai de la science en général l'est encore plus de la science juive. 
C'est pour venir en aide à ceux qui ont besoin d'être rapidement in- 
formés de tout ce qui s'est écrit depuis un siècle — dans les pério- 
diques — sur l'histoire et la littérature juives, que M. Schwab a dressé, 
au prix de fatigues énormes, le Répertoire que nous annonçons en ce 
moment. 

Ce travail se composera de deux parties principales : 1° un réper- 
toire par ordre alphabétique des auteurs, et 2° un autre par ordre des 
matières. Le premier vient de paraître, le second ne tardera pas à 
voir le jour. 

On connaît la modestie de notre savant confrère : elle se manifeste 
une fois de plus dans la manière dont il nous présente son ouvrage. 
Connaissant mieux que personne les difficultés de la tâche qu'il a en- 
treprise, sachant d'avance qu'il s'exposerait presque fatalement à 
commettre des confusions, des oublis, des omissions, il nous pro- 
pose son Répertoire comme une simple ébauche, destinée à être re- 
prise et corrigée, et, pour mieux marquer son dessein, il a fait tirer 
ce volume en autographie, comme une simple épreuve. A un point 
de vue, nous regrettons cette détermination, car les autographies ne 
sont pas toujours faciles à lire — et dans le présent volume nombre 



124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de pages sont mal venues — et exigent un calligraphe consommé — 
ce que n'était pas malheureusement celui qui a écrit les titres hé- 
breux. 

Le plan adopté par M. Schwab était le plus simple et le moins 
sujet aux erreurs. Après avoir dressé le catalogue des périodiques 
susceptibles de renfermer des articles l'intéressant, il a consciencieu- 
sement extrait des tables des matières tout ce qui entrait dans son 
programme. Ce catalogue renferme un nombre considérable de col- 
lections, dont toutes ne sont certainement pas connues des meilleurs 
bibliographes, à plus forte raison des simples savants ; les revues 
françaises, en particulier, ont été l'objet d'une attention soutenue. 
M. S. ne s'est pas borné aux revues et journaux, il a également dé- 
pouillé les rapports des établissements d'enseignement, séminaires, 
universités, etc., les mémoires des Académies, et même des écrits 
non périodiques, tels que les Festschrift. Il va sans dire que ce Cata- 
logue présente des lacunes. Ainsi manquent : Journal of the Royal 
Asiatic Society, HascAahar, Haboker Or, Harnaguid, Hamèliç, Die is- 
raelitische Lehrer u. Cantor, Israelilische Monatsschrift (supplément 
à la Jud. Presse), Jildische Press, Heh\ Review, Maguid Mischné. Cette 
liste, que nous dressons au hasard, M. S. pourra l'enrichir en par- 
courant seulement les Revues bibliographiques d'Isidore Loeb. — 
Fallait-il comprendre aussi dans ce dépouillement les comptes rendus 
d'ouvrages? M. S. a pensé avec raison qu'il fallait leur réserver une 
place dans son Répertoire, car souvent ces recensions sont de véri- 
tables articles. En ce cas, pourquoi n'avoir pas relevé ceux de la 
Theologische Literaturzeitung de Schùrer, des Gùtting. gelehrte An- 
zeigen, etc. ? 

Un des écueils de ces listes de noms, c'est Vhomonymie : beaucoup 
d'auteurs se sont appelés de la même façon, se distinguant seulement 
par leurs prénoms — et pas toujours même. Les confusions sont 
faciles, et M. Schwab ne les a pas toujours évitées. Ainsi Abrahams 
(Isaac) devient l'auteur de la plupart des articles d'Abrahams (Israël), 
le distingué directeur du Jew. Quart. Review. Bern. Béer, à qui l'on 
doit, entre autres, la Vie d'Abraham, et qui est mort depuis long- 
temps, ne fait qu'un avec son homonyme, qui est, je crois, un débu- 
tant. Julius Furst, notre collaborateur qui vient de nous être enlevé, 
est confondu avec l'auteur de la Concordance, de la Bibliotkecajudaica, 
etc. Heureusement ces erreurs n'ont aucune importance, car l'essen- 
tiel est de connaître les articles portant leur signature. 

Une autre difficulté, beaucoup plus grave, c'est le vague des titres 
adoptés souvent par les auteurs. Que nous sert de savoir ce qu'a dit 
M. X. sur « un passage altéré de la Bible », si on ne désigne pas ce 
passage, ou que M. Z. a composé des Mélanges si on ne nous informe 
pas des matières qui y sont traitées ? Heureusement ici la difficulté 
peut être surmontée, et la deuxième partie du Répertoire ne man- 
quera de compléter ces indications insuffisantes. Ce sera surtout 
nécessaire pour les titres hébreux. Dans la littérature scientifique 



BIBLIOGRAPHIE 125 

rédigée en hébreu sévit encore la fâcheuse habitude de placer les 
travaux sous des rubriques de fantaisie. Pour remplir son programme, 
il faudra — ou plutôt il a fallu — à M. Schwab un courage singulier : 
lire ces articles pour les résumer en quelques mots. Autrement 
autant vaudrait n'en avoir fait aucunement mention. 

Les auteurs anciens dont les œuvres ont été publiées dans les 
périodiques sont rangés parmi les auteurs — ce mode de classement 
peut se justifier; il sera nécessaire seulement de prévenir les lec- 
teurs du deuxième volume, qui pourraient se contenter de chercher 
ces noms à la table des matières. 

Une dernière observation : il serait nécessaire de donner la clé des 
abréviations ou pseudonymes sous lesquels se cachent certains au- 
teurs. Le travail est relativement encore facile. 

Nos lecteurs reconnaîtront à ces critiques diverses l'esprit d'impar- 
tialité qui nous anime : ils n'en accepteront donc qu'avec plus de 
confiance notre conclusion : le Répertoire de M. S. est un instru- 
ment de travail et un aide pour les recherches indispensables aux 
savants comme aux simples curieux, et notre cher collaborateur a 
bien mérité de la science en lui élevant ce monument. 

Israël Lévi. 



AUDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. XXXVIII, p. 145 et suiv. — Zurita, Historia del Rey D. Fernando et 
(Jatolico V, p. 342 a, a déjà parlé de la part que prit Don Isaac Abravanel 
dans la négociation de relations commerciales entre le Sénat de Venise et le 
Portugal. 11 dit que les Vénitiens voulaient conclure un traité de commerce 
avec D. Manuel, roi de Portugal, « por medio de un Judio llamado Abraua- 
nel y como non se pudo efectuar la concordia en negocio de que resultaua 
tanta utilidad ». — Pour la prononciation du nom Abravanel, il n'y a plus 
le moindre doute ; toutes les chroniques espagnoles et portugaises ont 
Abrauanel (== Abravanel), et non Abrabanel. — Le fils de D. Isaac Abra- 
vanel, Joseph, qui naquit en 1471, mourut en 1552. Il dépassa donc un peu 
quatre-vingts ans, mais n'atteignit pas l'âge de quatre-vingt-quatre ans. 
— M. Kayserling. 

T. XXXVIII, p. 273. Quant à la restitution de fttYO» (au lieu de 
TO^aiO), quelque scientifique, ingénieuse et tentante qu'elle soit, il m'est, 
à mon vif regret, impossible de l'accepter, ayant de mes yeux vu un y et 
un b(non 3Y 1 ). Pour ce qui est de l'3> en particulier, il est à remarquer que 
les trois ■> de la 2 e ligne et celui de la 3* ligne ont toujours leur queue ver- 
ticale, jamais oblique, comme il le faudrait pour lire Y y en question : 1». — 
À. Lipmann. 

T. XXXIX, p. 52, note 3. — Au lieu de « qui se disputaient », il faut : 
« qui avaient commerce entre eux ». — H. -P. Chajes. 

T. XXXIX, p. 67, 1. 3, du bas, n^MU)"' «bl rTWn : supprimer le pre- 
mier mot. — P. 84, 1. 6, lire, au lieu de Ûivnb, Û^YTpb. — P. 86. Dans 
la 3 e édit. de son Histoire (p. 404), Graetz a adopté mes conclusions. — 
P. 90, 1. 5, au lieu de 125"1, lire tûfcn. — S-J. Halberstam. 

T. XXXIX, p. 90, note 3 : il vaut mieux citer I Rois, xvin, 38, et Ha» 
guiga, 15 b ; avant-dernière ligne, lire : rWT [inTûDn] -)UJN ; dern. ligne : 
au lieu de rWTlfc, N3H3». — P. 91, 1. 24 : erreur du copiste pour ^pTmtt 
ou la^TïTO ; ibid.y 1. 3 du bas, supprimer la virgule après maiNH ; ibid., 
note 5 : lire 5 a, au lieu de 7 b ; note 6, le mot sur lequel joue l'auteur est 
ï"nn. — P. 92, 1. 1 et 3, supprimer le point d'interogation ; cf. Ez., xli, 13, 
et Isaïe, xiv, 32 ; ib., 1. 9 du bas, il faut, cela va sans dire, lire TDTl, 
puis rWtt tpStt; ligne 8 du bas, note 3, cf. Guittin, 41a. — P. 93. 1. 7, 
faute d'impression, lire KDDnûttb ; 1. 11, 3HTH 'sa = 3HTH niDIDa : ef- 
facer donc la note 3 ; 1. 27, lire ynn 5*3 et bn b^3 ; cf. Meguilla, 14 a; 
1. 20, mettre une virgule après ^~?:3 et supprimer celle qui suit p b*. — 
P. 94, 1. 1» lire D"»aD rVYlDiS. — Forgés. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 127 

T. XXXIX, 304-310. — Les explications de M- Mendelsobn relatives à 
l'anecdote raconte'e dans Sanhédrin , 5 b, concordent avec ma remarque 
dans Agada d. paladin. Amoràer, III, 751. Son hypothèse que ^nnb vient 
de "inN 'nb (= "iriN inb) est neuve et ingénieuse. Mais on peut admettre 
aussi facilement que "innb est une ancienne faute de copiste pour 
")Dnb. Il est même très probable que les documents babyloniens avaient ex- 
pressément nommé cette localité mentionnée dans les sources palesti- 
niennes parallèles parce que l'indication du nom offre de l'importance dans 
ce récit. Il y est, en effet, question de la défense faite à un élève de se 
prononcer sur une question de casuistique dans une localité distante de 
moins de 12 milles romaines (d'après le Talmud babyloniens, 3 parasanges) 
de l'endroit où réside son maître. La pointe de l'anecdote, un peu émoussée 
dans le récit babylonien, consiste en ce fait que R. Tanhoum b. Yirmiya 
s'est prononcé sur une question religieuse à Héfer, pendant que son maître 
Mani — à son insu — se trouvait à Sepphoris — Au lieu de ^121 ^212 'n 
Tl» (p. 305 , 1. 9, il faut corriger 11? en "h*) , il faut lire \m "«373 '"1 
*H"ID2£. On a sans doute changé IDH en "inn, comme on a mis T1SS pour 
■niDS. — W. Bâcher. 

Ibid., p. 306, note 1. — L'hypothèse de M. Mendelsohn au sujet du pas- 
sage de j. Berakhot, Qa, 1. 16, est très plausible. M. M. aurait pu rappeler 
qu'il existait un amora du nom de N3"irO fcW^n '■*), omis dans le Mebo 
Hayyerouschalmi de Frankel, mais que j'ai mentionné dans Agada d. pal. 
Amoràer, I, 568. Voir aussi Levy, Worterbuch, II, 431 b (N3"irO, scripteur, 
clerc). La correction de ÏTYTia de j. Teroumot, 46 b, 1. 17, en ïiairo est 
également très bonne ; l'édition de Venise a la corruption mina. Dans 
j. Meguilla, 71 c, 1. 15, il y a !"P*irC (= fiwina), ce qui confirme la conjec- 
ture de M. M. — Dans un passage qui se retrouve trois fois dans le Talmud 
de Jérusalem, on oppose R. Isaac b. Hiyya à R. Mani le jeune à propos 
de la tradition d'une halakha. M. Mendelsohn ne cite qu'un de ces trois 
passages, Yebamot, 14 a, 1. 40 : 'm ^"13 pn*" 1 '1 ÛDO nb n»a N3» 'n 
pn"P '"l Dl2)3 rtmriD t^Tï « R. Mani enseignait cette halakha sans citer 
à son appui aucune autorité, mais R. Isaac b. R. Hiyya l'enseignait au nom 
de R. Yohanan. » xMême passage dans j. Sota, 19 c, 1. 62, seulement il y a 
rn*n, au lieu de HXirO. Dans j. Yebamot, 12 d, 1. 61, la deuxième partie 
de ce passage est ainsi conçue : '"! 012)3, Î13 "»S313 f-r^T! ÏTH3 pn^i '"! 
fTDT. On peut difficilement admettre que !13 "»a73 soit une corruption de 
H3irO ; ces mots signifient « il atteignait avec cette halacha (c'est-à-dire 
il la faisait remonter) jusqu'à R. Yohanan ». Au lieu de 712V, il faut natu- 
rellement lire "pn"P. Ainsi dans ce dernier passage, l'épithète de Ï13irû 
manque. Dans mon Agada d. palâstin. Amoràer, III, 449, note 9, j'ai con- 
sidéré n3"inD et H3"n comme des altérations de tl3 ">Î3Ï3. Maintenant je me 
rallie à l'explication de M. Mendelsohn. R. Isaac b. Hiyya, qui dans le 
dernier de nos trois passages, n'a pas l'épithète de Ï1311TO, ne l'a pas non 
plus dans l'Agada ; cette épithète se rapportait sans doute au nom de sou 
père. On connaît de lui trois explications agadiques : dans Genèse rabba, 
ch. 66, § 4 ; dans Lëvltique r., ch. 26, § 7 (.— Midrasch Samuel, ch. 24, § 6, 
et Tanhouma, Emor, 4); dans Schoher Tob sur Ps., i (§ 19). Voir Agada d. pa- 
lâstin. Am., III, 716. — Le même. 

Ibid., 307-310. — La «restauration d'une Pesikta » proposée par M. Men- 
delshon est trop forcée pour être exacte. L'existence d'un amora du nom 
de SlP^aatt (nb^aa), frère d'Abba b. Kohen (que Frankel mentionne, du 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

reste, dans Mebo, 114) ne justifie pas la correction de ï^^b^N N3N '*) IttN 
en 1ï"D 13 SON '1*7 "nnN ttb^E . La différence seule des mots ïl^baK 
et tlb^tt suffit déjà pour empêcher d'admettre la conjecture de M. M. 
Comme l'Agada mentionne, en réalité, une sorte de bois précieux appelé 
îl^bsN (= N2"03N. è6évivoç; voir Krauss, Lehnworter, II, 6«),le plus simple 
est d'admettre que, dans la Pesilta, R. Abba (que ce soit celui dont j'ai 
parlé dans Agada d. pal. Amoràer, III, 517 ss., ou que ce soit un autre) 
identifie ce bois précieux avec le D^EÏN de la Bible. A cette explication 
de R. Abba, les Agadistes joignent une observation que la tradition attri- 
bue à R. Houna Hakkohen b- Abbin, qui est l'agadiste désigné d'habi- 
tude sous le simple nom de Houna (voir Ag. d. pal Am., III, 272-302). 
Mais cette observation de Houna a élé rapportée par la tradition dans deux 
versions différentes. D'après une des versions, Houna a émis une obser- 
vation personnelle ; d'après l'autre il a fait connaître une ancienne expli- 
cation traditionnelle concernant le bois d'Almouguim au nom de Joseph, 
l'amora babylonien (ib., 302, note 3). La Pesikta rabbati rapporte deux fois 
l'explication d'Abba, une fois avec une des versions de la remarque de 
Houna, et une autre fois avec l'autre. En résumé, la tentative de restaura- 
tion de M. Mendelsohn est inutile. — Le même. 

T. XXXIX, p. 310-313. — La Revue a publié comme inédite une ex- 
plication biblique de Nabschon Gaon accompagnée d'un commentaire. 
M. H. J. Bornstein de Varsovie me fait remarquer que ce fragment 
a été publié depuis longtemps dans le commentaire cabbalistique sur 
la Bible EHSN mnS *023. (Vilna, 1873) d'Abraham ben Mordekhaï Azou- 
laï, le grand-père du tt""Pn, ad l. Plusieurs leçons sont plus correctes dans 
cet ouvrage que dans la Revue. Ainsi, p. 312, ligne 3, lire 3HV!TI 

mrsa mm -înb-iao ; 1. 8, niayb nnn, au lieu de nuj^b nro, 1. 12 liions *i 

b"T *pN} ; 1. 20, Û"Hlï53n ÛTiNE. Plusieurs fautes sont communes aux deux 
textes. Ainsi, 1. 2 h"sm] ûnilîri DTIN73 ÛÎT1; 1. 16, lire n"D fin, au lieu 
de Y'S &Ï1. Le fragment du Yémen est peut-être tout simplement un extrait 
du commentaire d'Azoulaï. Comme les nombres dits « nombres de prédilec- 
tion », sont une invention des mathématiciens arabes (p31Z)nn ^E^n), il n'y 
a aucune raison de dénier à Nahschon la paternité de ce fragment. — 
£. Poznanski. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



TANHOUM YEROUSCHALMI 



ET 



SON COMMENTAIRE SUR LE LIVRE DE JONAS 



I. Tanhoum ben Joseph Yerouschalrai, quia fleuri vers la se- 
conde moitié du xm° siècle, paraît avoir composé sur tous les 
écrits bibliques un commentaire arabe intitulé TNfPKbs 3Kro 
"jsrnbfco 1 . De son commentaire sur le Pentateuque, dont on a long- 
temps contesté et nié l'existence 2 , des fragments sur le Deuté- 
ronome ont été découverts à Saint-Pétersbourg 3 , et M. Harkavy 
en a publié récemment trois passages 4 . Le commentaire sur les 
Prophètes (excepté Isaïe), les cinq rouleaux et Daniel (jusqu'à vi, 
7) se trouve en manuscrit à Oxford 5 ; le commentaire sur Isaïe G 

1 Ce titre est mentionné dans « l'introduction générale » de Tanhoum à son commen- 
taire biblique (ï~"!N' , 'robi<) ; voir plus loin p. 140. Munk énumère ses autres écrits 
dans la préface à son édition du commentaire de Habacuc. Pour le commentaire 
sur les Haf'tarot, voir encore l'Appendice. — On ne sait presque rien de sa vie (voir 
Graetz, Vil, 144, note 2J, sinon qu'il avait un fils nommé Joseph, qui a vécu en 
Egypte et qui a également écrit. Daus -p by Y^, 1893 (D"HnD73 " , 3173^73, I, 
p. 17) M. Brody a publié d'un de ses écrits hébreux, qui se trouve à l'état de frag- 
ment au British Muséum (ms. or. 2588), une lettre à David, petit-fils de Maimo- 
nide. M. Harkavy a découvert à Saint-Pétersbourg un fragment d'un écrit arabe, de 
contenu philosophique et moral, qu'il attribue à ce môme auteur; voir Qà D v vZ3*7n 
EP3131, X, 7. 

* C'est ce que fait encore M. de Kokowzow dans son édition du commentaire de 
Jonas, dont nous parlerons plus loin. 

3 Voir Harkavy, Zeitschr. f. alttest. Wissenschaft , I, 54. 

* tZPStt^ Û3 D^tDin, X, p. 22-23, surxvi,21, 22, et xxin, 13. 

5 Cat. Neubauer, n°* 133, 318, 319 et 363; cf. aussi n° 2489. — Le commentaire 
sur Kohélét a été acquis aussi dernièrement par le British Muséum (ms. or. 5064). 
Comme me le fait savoir M. G. Margoliouth, le ms. ne commence qu'avec le commen- 
taire sur i, 4; en outre, il y a des lacunes aux pages 168 et 176. Il a été copié à 
Alexandrie CpftN N3) par Isaac b. Yéfet ha-Hazzan, et porte la date du 7 hesch- 
wan 5087 (5 oct. 1326). 

* De ce commentaire M. Harkavy a publié (ibid., 24-25) trois passages : sur xlix, 
14 et lvii, 4,16. 

T. XL, n° 80, 9 



130 HKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et les Psaumes (et, pour une part, sur Josué, les Rois et les douze 
petits Prophètes) esta Saint-Pétersbourg. Quant au commentaire sur 
les Proverbes, Tanhoum le cite lui-même dans Lament., i, 4; v, 14, 
et Kohél., i, 1 ! ; pour celui de Job (dont une partie existe peut-être 
également à Saint-Pétersbourg), il en parle dans Koli., m, 10, et 
ix, 14. Jusqu'ici on n'a pas trouvé trace d'un commentaire sur 
Ezra, Néhémie et les Chroniques ; toutefois un argumentum a si- 
leniio ne prouve rien. Maintenant il est possible que Tanhoum, 
qui, à ce qu'il semble, a commenté les livres bibliques suivant 
V ordre du Canon 2 , ait été empêché par la mort ou par toute 
autre raison de rédiger le commentaire sur ces derniers livres. 

C'est au xvm e siècle que Pococke fit connaître pour la pre- 
mière fois à l'Europe le commentaire de Tanhoum 3 . Il en avait 
apporté une partie de l'Orient; il publia, dans son commentaire 
sur Osée, Joël, Miellée et Malachie, différents passages du com- 
mentaire sur ces livres, et, dans sa Porta Mosis, il cita des pas- 
sages de ce commentaire sur d'autres écrits bibliques 4 . Les par- 
ties apportées par Pococke ont passé à la Bodléienne ; Schnurrer, 
pendant son séjour à Oxford, en copia plusieurs passages et pu- 
blia un choix d'abord de Juges, v, Ezéchiel, xxi 5 , puis de Juges, 
i-xii g . La copie de Schnurrer vint aux mains de Gesenius, qui en 
inséra maints passages dans son Thésaurus, de même Roediger 
dans son travail, paru en 1829, Le origine et indole arabicae ti- 
brorum V. T. interpretatxonis. Baarbrucker aussi a publié de 
cette copie des extraits de Juges, xiii-xxi, puis de Samuel, des 
Rois et, enfin, le commentaire sur Josué 7 . Du ms. d'Oxford, en 1843, 

» Cf. Steinschneider, Helr. Bibliogs., VI, 16 ; ZDMG., XLVII, 340. 

2 Cela résulte de ce fait qu'il ne cite jamais le commentaire sur les livres bibliques 
suivants, mais en parle comme d'une chose future, cf., par exemple, suri Sam., xv, 32: 
2"PiX ^D *p32 NTDlD- (Pour d'autres exemples du commentaire surJonas, voir plus loin, 
p. 143, note 2). Le commentaire du Pentateuque fait peut-être exception à cette règle. 

s Parmi les auteurs juifs du moyen âge, pour autant que je sache, le compilateur 
Abraham b. Salomon du Yémen (xv* ou xvi e siècle) a mis à contribution le commen- 
taire de Tanhoum dans ses collectauées hébréo-arabes sur la Bible (cf. Steinschneider, 
Hebr. Bibliogr., XIX, 131-136; XX, 7-12, 39-42, 61-65), mais il ne le nomme pas 
toujours; il lui emprunte aussi beaucoup de citations d'anciens auteurs et traduit par- 
fois des passages entiers de Tanhoum en hébreu, également sans citer les sources, 
voir plus loin, p. 133, notes 1, 2, 5. Pour ce qui est des citations de Tanhoum faites 
par un glossateur caraïte(?) de la Bible (nVDIfalp *>L31p'?, p. "D"), ss., cf. Graetz, 
l. c), il n'y a rien de prouvé. 

4 Voir particulièrement p. 4, 60, 76, 91, 219, 220. Le passage, p. 21, est probablement 
emprunté au Mourschid. Cf. aussi Schrôter dans VArchio de Merx, I, p. 154, note 3. 

s Dans ses Dissert ationes (1790), p. 45, 449. 

R. Tanch. Hierosyl. ad Ubros V . T. commentarii arabici spécimen, Tubingue, 1791. 

7 R. Tanch. Hierosyl. in prophetas comm. arab. spécimen I, Halis, 1843. — R. 
Tanch. Hieros. comm. arabicum ad iibros Samuelis et Regum lotos graviores, Lipsi», 
1844. — li. Tanch. Jerusch.. arab. Comm. zam Bûche Josua, Berlin, 1862 v numéro 2 des 
Wissenscha/tliche Blaetter de la Veitel Huine Ephraiinsche Lehranstalt de Berlin) , 



TANHOUM YEROUSGHALMI 13 ^ 

Munk publia le commentaire sur Habacuc, et Gureton celui des 
Lamentations '. Puis M. Goldziher fit paraître, comme appendice à 
sa monographie sur Tanhoum, les passages de Juges, i-xii, laissés 
par Schnurrer-, et M. Eppenstein des extraits sur Kohélet, i-vi 3 . 
En dernier lieu, M. P. de Kokowzow, qui a fait ses preuves dans le 
domaine de la littérature judéo-arabe par ses excellentes éditions 
du Kitâb al-mouwâzanû, d'Ibn Baroûn 4 et d'un spécimen de la 
Poétique de Moïse ibn Ezra 5 , a publié le commentaire de Tan- 
houm sur Jonas et Ta accompagné d'une introduction, d'une tra- 
duction consciencieuse et de notes savantes (en langue russe) 6 . 

IL Les commentaires de Tanhoum présentent d'abord un intérêt 
littéraire et historique : Tanhoum est presque Tunique représen- 
tant d'une exégèse biblique sobre et rationnelle en Orient au 
xm e siècle 7 ; en second lieu, ses commentaires forment un trésor 
inépuisable pour l'ancienne littérature exégétique et grammati- 

1 Comrn. de R. Tanhoum de Jérusalem, sur le livre de Habakkouk, Paris, 1843 
(d'abord dans la Bible de Cahen, t. XII). — Tanch. Hierosyl. comm. arab. in Lamen- 
tiones, Londres, 18i3. 

8 Studien iiber Tanchum Jeruschalmi, Leipzig - , 1870. 

3 Aus dent Kohelet-Comm. des R. Tanch. Jeruschalmi (dans Magazln f. d. Wis- 
sensch. d. Judenthums, 1888, p. 1-35; a paru aussi séparément). 

k Parut à Saint-Pétersbourg eu 1893 comme, premier volume des « Contributions 
à l'histoire delà philologie hébraïque et delà littérature juive-arabe du moyen âge », 
voir Revice, XXX, 155. Depuis la publication de ce volume M. Harkavy a découvert 
de nouveaux fragments d'Ibn Baroûn à la Bibliothèque de Saint-Pétersbourg, qu'avec 

les fragments du E|rûbN 3NP^ de Hayyoudj et du rP3ttnbfcO "PDinbN SNnD de 
Moïse ibn Chiquitilla (Voir Revue, XXXI, 288-289; le nom arabe que j'avais deviné 
a été confirmé depuis par une citation d'Isaac b. Samuel, voir Jew. Quart. Rev., X, 
398) découverts à la même bibliothèque, M. Kokowzow publiera comme second volume 
des i Contributions ». M. de Kokowzow a eu l'obligeance de me communiquer des nou- 
veaux fragments d'Ibn Baroûn un passage de l'art. *m, qui confirme ma supposition, 
que celui-ci s'est servi du commentaire biblique d'Ibn Chiquitilla (voir mon travail 
sur ce dernier, p. 54). Ce passage est ainsi conçu : "j^ ïlbbiK *] nb^LJpJ *p "O"^ 

ps&ban nn[ND] nr™ im #wn ^tj iria lanrtn trw nard) ^y» 

nnbp Nfa TU « D'après Ibn Chiquitilla (Dieu ait pitié de lui!) "DT 1 (Ps., xlvii, 4; 
a le même sens que ^n^ (c'est-à-dire conduire), mais c'est là une opinion erronée. 
La meilleure explication est celle que j'ai donnée. » 

5 Voir mon article sur ce spécimen (tirage à part du Wostotchnija Zamjetki, 
Saint-Pétersbourg, 1895) dans la Zeitschr. f. hebr. Bibliogr., I, 29-30; cf. aussi Mo- 
natsschrift, XL1I, 188. 

6 Tolhotoaniyye Tanhouma iz Yerousalima na knigouprorokajony (L'interprétation 
de Tanhoum de Jérusalem sur le livre du prophète Jouas), Saint-Pétersbourg, 1897, 
72 pp., in-8°. (Tirage à part du ÏTHDtûTabN, recueil des élèves du prof. Rosen, 
p. 97-168; je cite d'après cette dernière pagination). 

7 Kokowzow place à côté de lui Moïse b. Scheschet (dont le commentaire sur Jé- 
rémie et Ezéchiel a été édité par Driver, Londres, 1871 ; cf. Geiger, Jûd. Zeitschr., 
X, 77), qui, en réalité, était un Espagnol établi à Bagdad et dont l'exégèse est très 
défectueuse. On pourrait nommer plutôt Isaac b. Eléazar Hallévi (également à Bag- 
dad ; voir sur lui mon article dans la Alonatsschrift, XXXIX, 251 et suiv.), qui dans 
ses deux ouvrages grammaticaux, *)fy S™)DU5 et ÏTap""^ '0, ofïre aussi beaucoup 
de renseignements exégétiques. 



132 • REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cale, attendu que Tanhoum emprunte la plus grande partie de ses 
explications à ses prédécesseurs. Comme il l'indique lui-même, sa 
principale source au point de vue philosophique, théoiogique et 
halachique a été Maïmonide, au point de vue philologique et exé- 
gétique, Aboulwalîd. Cependant, ajoute-t-il, nous avons utilisé en- 
core d'autres sources et nous ne les avons nommées qu'en partie 1 . 
En effet, Tanhoum cite beaucoup d'opinions étrangères sans nom- 
mer l'auteur, avec la formule nos, b«p% b^pn, etc. Ce n'est pas 
cependant une raison pour le qualifier de plagiaire, vu qu'un pareil 
procédé est tout à fait dans l'ordre pour un écrivain oriental 2 . 

Afin de donner une vue d'ensemble et une idée plus exacte des 
sources de Tanhoum, je vais établir — pour la première fois — la 
liste complète des auteurs cités par lui, pour autant que le per- 
mettent les publications parues jusqu'ici 3 . Je dois rappeler que 
Tanhoum n'a probablement pas utilisé d'une manière directe 
tous les auteurs cités. Les sources indiquées par lui en dehors du 
Talmud, du Midrasch, du Targoum, de la Massore et de la lit- 
térature similaire (comme, par exemple, le Yosippon) sont les 
suivants : 

Saadîa Gaon : Deut., xvi, 21 ; xxxm, 13 (voir Harkavy, ûwn 

fcP3U5i m, L c); Is., xlix, 17 (ib., p. 24 : nosaba) ; Ruth, m, 13 

(chez Eppenstein, p. 5) ; Esther, commencement (voir Wolf, III, 

1168). 

Aron ibn Sardjado : Deut., xxxm, 13 (Harkavy, ib., ftvn 'n 

1 L'original, publié par Haarbrucker, Spécimen I, p. ix, est ainsi conçu : N^D *7pT 

ywpnttbN t^b^Db^ Snipn p ymïn "in naroba aprr p ^n n^n 
rr»b*bN anaÔN ib b*if 1W73 -rn nwn ia^sn toajfcb» ûsbs aenati 
SisabN -»d b'f ntvi p yntt irisr n fcaKbai rrmbK n&n»pn*«b«i 
Saipa p arrrû î^k^N me pr> \nn rmabba -noKDnb&n ïrireba 

t<i^N rr-DiS t=b pi ^fitttt imO-© 1 ! 17273 B^ÏTlXl (Haarbrucker a vu ici, 
chose étrange, des titres d'ouvrages de Maïmonide et d'Aboulwalîd). De même, il y a 
dans l'introduction générale (publiée par M. de Kokowzow, p. 126) : bltf p 
1"IN3 ÏHU373 13W 8^53nblN t3ïl373 pnN "»b* ^IfiOnO» ïlîpl "nNErUN 
^INm iTTHM -IfiDDiO t-!N"INpnyN1 Ï^TlN 173 ï-TMMtm «73 "*S bSÏT 

r^r:ban?3N p^Npn ^arn Hrwpbfc* rariK3*b&n rï-ONaSbN bNntt«b« 
i^rnabba i3N*»bK i£> n«3i p T»bib« ia« K»i-p38ni .i-Tixaba 

■m»* an t^biNïiD fiiwabH s-iNpNprv^Nbfco FpBDbbK nas-nirribN'i 

ÛÏT^by 11D3 frTaïl "1U3N ^inn. Ailleurs aussi Tanhoum a conscience de son 
caractère de compilateur. Ainsi, sur £|b3Tm (Jonas iv, 8), il donne d'abord sans 
nommer l'auteur plusieurs explications et à la fin la sienne, à laquelle il ajoute : ûb 

i^bnp •pmwzjbK p inab rwni. 

" Voir Goldziher, L c, p. 3. 

' En dehors des extraits imprimés mentionnés plus haut, il y a ceux qui sont pu- 
bliés pour la première fois dans l'Appendice. Des premiers, je n'ai pu me procurer 
les Commentaires de Pococke et les Dissertations de Schnurrer. Des citations dans le 
commentaire sur les Haftarot (voir Appendice) il n'est pas question dans cette liste. 



TANHOUM YEROUSCHALMI 133 

î-Dïi ; Tanhoum le citait, selon Harkavy, encore en d'autres en- 
droits : "narpDtt mmpï2 stras to tD"irrcn 'n ik^ pi). 

Samuel ibn Hofni : Deut., xvi, 21 (voir ïb.). 

Haï Gaon : Deut., xvi, 22 (ib. : *by nvwbs yn ^ ^hi trwi 
y*ei lïmb rt5N b^p np^ tfarn); Jug., vm, 11 (éd. Schnurrer, p. 31 : 
■namba *z> ttttâ V't "»wi :m) ; I Rois, i, 19 ; Gant., iv, 2 (chez Eppen- 
stein, p. 6 : •nanba ^ bap b"T ^n h). 

Dounasch b. Tamim : I Sam., v, 7*. 

Hefeç b. Yaçliah : Jug., xx, 28 (^Èmaba s^rû ^s yen il bupi) 2 . 

Dounasch b. Labrat est cité d'une façon anonyme sur I Sam., 
xxiv, 13 : tnn îmat mwtei b^pi ts wah itjk Eps: fcrtfrabN y-jm 

Hayyoudj : Hab., n, 7 ; Soph.. n, 1 (voir Appendice); Lament, 
i, 8; Koh., ix, 12 (voir Appendice). 

Aboulwalîd : Deut., xvi, 21 ; Jos., v, 4; I Sam., iv, 19 ; vi, 18; 
I Rois, x, 12; Ez., vu, 7 (voir Appendice); Amos, ni, 12 (chez 
Munk, p. 99) ; Jonas, iv, 8 (voir plus loin, p. 140, note 5) ; Hab., n, 
7, 13; Soph., n, 1 (voir Appendice); Lament., i, 8 ; iv, 14; Koh., 
m, 18 ; ix, 12 (voir Appendice ; cf. aussi plus haut, p. 132, note 1). 

Samuel ibn Nagdela : Deut., xxxiii, 13 (Harkavy, l. c. : baittun 
Kwnoaba naro n) bap toït); 1s., lvii, 16 (ib. : -nbii baitttf) '*ntt) ; 
Gant., vu, 7 (chez Eppenstein, p. 6 : pasnba bwi nn&cn); Koh., 
ix, 12 (voir Appendice) ; peut-être aussi Isaïe, lvii, 4 : aba ipo 
nimna !id ^b ^itum tmb» trwD ib bap 1^3, voir Harkavy, l. c. 

Salomon ibn Gabirol : Cant., vu, 3 (chez Eppenstein, l. c). 

Moïse ibn Chiquitilla :Ps., vu, 4; lxxiv, 14; lxxxviii,19; cvi, 
25; cxxxix, 3; Koh., ix, 12; x, 17 (voir Appendice). 

Yehoudaibn BaVâm : Ez., vu, 7 (voir Appendice) 4 . 

Moïse ibn Ezra : 1 Sam., xvm, 10 (■'D nto p rmJtt b^p 
ifûfinttb&n rhxNnfcba bnhb) 5 - 

Yehouda Hallévi, voir Steinschneider, Cat. BodL, 266(3. 

1 Cette citation est probablement tirée d'Ibn Barâm sur Deut., xxvm, 27, voir 
Fuchs, Studien ûber Ibn, Bal'âm, p. xli, et mon observation dans J. Q,. i£., VIII, 
505. Tanhoum, à son tour, a servi de source à Abraham b. Salomon (voir Hebr. 
Bibliog., XX, 8, où û^r. p 123 j"H a été corrompu en Û">fan^3"ï). 

2 Ici encore Tanhoum a été la source d'Abr. b. Salomon. voir Hebr. Bibl., L c. 

3 Voir «33 il tmmian, éd. Filipowski, p. 3; 13-nb p ttfctl *D"1, éd. Kahana 
(Varsovie, 1894), p. 66. (Je dois l'indication de ce passage à M. H. Brody de Nachod). 
Donc il faut corriger Eppenstein. p. 5, qui n'avait pas trouvé trace que Tanhoum 
eût utilisé Dounasch. 

4 Voir plus haut, note 1. Il est regrettable que M. de Kokowzow, qui pouvait 
consulter à Saint-Pétersbourg les commentaires manuscrits d'Ibn BaTâm, n'ait pas 
pensé à les comparer avec Tanhoum, afin d'établir nettement les rapports entre les 
deux auteurs. A remarquer aussi que M. de Kokowzow écrit partout ibn Bil'âin au lieu 
de Ibn Bal'âm, voir Fuchs, l. c, p, 13, note 7. 

5 Abr, b. Salomon s'est aussi servi de cette citation, voir Hebr. Bikl. s l. c, p. 12. 



134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Abraham ibn Ezra : Deut., xvi, 22 ; xxxiii, 13 (voir Ilarkavy, 
L c); Jonas, n, 6 ; iy, 8 (les deux fois yi nw "p tnnN 'n ; cf. 
plus loin, p. 140, note 6) ; Koh., n, 8 ; x, 17 (voir Appendice) ; 
Esther, commencement (voir Wolf, l. c.) l . 

Moïse Maïmonide : Jos., x, 12 (éd. Haarbrûcker, p. 25 : "pawbH 
ÏWHnbà nb^bi aaro ^d yatï-nb» "i^m pà^abN) ; Jug., vu, 5 (éd. 
Goldziher, p. 12 : ^mnba is b"T îsrca'n bapn). Cf. encore plus haut, 
p. 132, note J. 

Josef ilm Aknîn : Koh., iv (voir Eppenstein, p. 3). 

Ainsi, l'auteur le plus récent cité par Tanhoum est l'élève de 
Maïmonide. MM. Goldziher et Eppenstein, à rencontre de Roedi- 
ger, Munk et autres, ont essayé de prouver que Tanhoum a utilisé 
également un contemporain occidental d'Ibn Aknîn, à savoir Da- 
vid Kimhi, bien qu'il ne le mentionne nulle part. M. de Kokowzow 
se range à cette opinion et s'efforce de la corroborer par des pas- 
sages parallèles du commentaire sur Jonas 2 . J'avoue que, si l'uti- 
lisation de Kimhi par Tanhoum paraît très vraisemblable 3 , on ne 
saurait néanmoins l'affirmer absolument, attendu qu'il se pourrait 
que les deux auteurs eussent puisé à une source commune ou se 
fussent rencontrés. C'est le cas de plusieurs démonstrations de 
M. de Kokowzow. Ainsi pour l'opinion signalée par Tanhoum 
sur Jonas ni, 2 4 . D'après cette opinion, Jonas aurait refusé d'an- 
noncer le message de Ninive, parce qu'il aurait prévu que les 
Ninivites se repentiraient et que cette conduite aurait pour 
effet le châtiment d'Israël, qui persévérait dans ses péchés. 
Cette explication, Tanhoum n'a pas eu besoin de l'emprunter à 
Kimhi, il a pu la tirer de Raschi ou d'Ibn Ezra 5 . De même, Tan- 
houm remarque, sur ni, 4, que le mot trnbtfb sert à renforcer 
l'idée 6 , et Kimhi donne la même explication ad loc.\ Il est pro- 

1 Par erreur M. Goldziher (p. 5, note 1), se référant à Steinschneider (Cat. Bodl. y 
L c), dit quTbn Ezra est cité par Tanhoum sur Dan., xi, 2 (ce qui est impossible, 
puisque le commentaire sur Daniel tel qu'il nous est parvenu ne va pas jusqu'à 
vi, 7). Or, SteiDSchneider dit quTbn Ezra sur ce passage cite Moïse ibn Chiquitilla. 

2 Voir p. 100, note 1 ; 127, note 21 ; 131, note 32; 135, note 56; 136, note 57 ; 
137, notes 60 et 64; 140, note 75; 141, note 80; 143, note 85 ; 144, note 92. 

3 Graetz (L c.) doute que les travaux de Kimhi aient été connus en Orient du 
temps de Tanhoum; ces doutes ne sont pas justifiés, vu qu'Isaac b-. Eléazar Haliévi, 
contemporain plus ancien de Tanhoum en Orient, a probablement connu et utilisé 
les écrits des Kimhides, voir Monatsschrift, l. c, p. 258, note 2. 

* Texte, p. 111; trad.,p. 136 (cf. note 57). 

5 Voir Raschi sur i, 3, et Ibn Ezra sur i, 2. Il est invraisemblable que Tanhoum 
ait puisé directement dans le Mischna, car alor9 il se serait servi du terme r'-WtÔN 
ou de tout autre semblable. 

6 Texte, p. 111; trad. p. 137 : NS^?n N3^ Ï-|!££D1 „..t:TbNb -W01 

hbx c<snb. 

7 -nnrû ies S-iVwtt yn bNb nma *piD ib-^i-ib tvtxm -m b3 
ï-r bsN?j rr nanbia ba tin b«. 



TANHOUM YEROUSCFÏALMl 135 

bable que Tanhoum, qui répète cela pour I Sam., xiv, 15, et Gant., 
vu, 6 (chez Eppenstein, p. 13), comme aussi Kimhi, l'ont pris 
d'Aboulwalîd, qui le premier a trouvé cette interprétation '. Donc 
la question doit rester ouverte, jusqu'à ce qu'une plus grande par- 
tie des commentaires de Tanhoum ait été publiée. 

IIL Les commentaires de Tanhoum, qu'avec raison l'on a appelé 
T « Ibn Ezra de l'Orient », n'ont pas seulement un intérêt de forme, 
mais aussi de fond, car l'auteur a été un exégète sobre et un philo- 
logue distingué. On le savait depuis longtemps, le commentaire sur 
Jonas nouvellement paru confirme ce jugement. Tanhoum s'ap- 
plique surtout à expliquer les termes et les phrases des livres bi- 
bliques et à dégager le sens simple 2 . Je donnerai quelques 
exemples tirés du commentaire sur Jonas. 

Il examine des questions générales de grammaire hébraïque. 
Ainsi, sur i, 8, à propos de fcD# ttfla ■W, il dit qu'il faudrait 
to? îiî "Wn et que ta? itftel suffirait, mais que les Hébreux 
aiment à intercaler parfois un îtT et à faire précéder cette par- 
ticule d'un mem, et. Gen., xvi, 8; II Sam., i, 3, etc. — Sur 
la forme ïTnaniûi (n, 10), Tanhoum observe : « Tu sais bien que 
les Hébreux ont coutume d'ajouter quelquefois au hé du fémi- 
nin un autre hé et de changer le premier en taw 3 . » — Digne de 
remarque est la digression sur iv, 11, au sujet de la ponctuation 
de ^nia ; à ce propos il cite une règle générale de grammaire d'après 
« l'introduction générale 4 », puis l'opinion des Massorètes (d^siDbtf 
rmsïïbtt Mt'rûfcK a^pba) sur ce mot. Suivant ces derniers, la ponc- 
tuation irréguliere de ce mot avait pour but de le distinguer de 
l'impératif du verbe ftntD. Or, comme un scheiva mobile ne sau- 
rait être suivi d'un daguesch, il faut dans la prononciation que le 
mot "ma soit précédé d'un î non écrit. Si devant ce mot il y a un 
mem, alors ou bien l'e sehïn a un daguesch et le taio qui suit est 
aspiré, comme par exemple Juges, xvi, 28, ou bien le daguesch 
reste dans le taw et alors il faut qu'après le hireh du mem il y ait 
un gai/a, comme dans notre verset de Jonas 5 . — D'autres observa- 

1 Voir Ousottl, 64, 17 : tr*J3>nbb Jibb« ÛDN (bDNtt ">b*) S-pb* "HNT "Ipl 

^bfc* i-nbDNtt ynN ">b? "ibapa ï^tt&Nba "s dï-ïrr&w ^by ytxrh&y. 

* Au commencement du commentaire il y a : tTTEJ ">D f"<b*N '"TlDN *JN N")N ^ND 

mïtoïsw 73n*mi fratpb» sriri ÔKâb«« 

3 Tanhoum a emprunté cette observation à Ahoulwulîd {Lowna', 80, 23), ce qui a 
été déjà remarqué par M. de. • Kokowzow (p. 135, note 2 i) 

k Texte, p. ne, trad., P . i is : "paanay^ii }« Vi wbsbsos) rmvn l'p svb 

^nnn» t<nia va tnèâ nib yn raan pnip ^b- 

5 Nouvelle est l'opinion, que dans la prononciation on l'ait précéder ^rîUJ d'un i ; 
jusqu'ici on savait seulement qu'il existait des localités où l'on prononçait Jiïschtayim; 



136 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tions grammaticales sont présentées sur i, 3 ; ni, 6 ; îv, 2, 8, etc. 

Une grande place est accordée à l'élément lexicologique ; à côté 
de simples explications, il y en a d'étymologiques, pour la plupart 
au nom d'auteurs antérieurs 1 . Parmi les explications personnelles 
de Tanhoum nous relèverons les suivantes : 

Sur ntt33>rr> (i, C) il cite, sans nom d'auteur, l'explication d^boul- 
walîd, d'après laquelle ce mot serait dérivé de miDins)? « ses pen- 
sées » (Ps. cxlvi, 4) et serait apparenté au mot biblique-araméen 
rvw (Dan., vi, 4). D'après cela, notre verset signifierait : « Peut- 
être Dieu pensera à nous et préparera un moyen de salut, afin que 
nous ne périssions point 2 ». Mais si S-iwm signifie muîm, observe 
Tanhoum, il manque un objet. Il dérive donc kniûsm de nm (Gant., 
v, 14), inm (Jér., v,28), pur, quitte, joli, et traduit notre verset : 
« Peut-être Dieu nous tiendra-t-il quitte, c'est-à-dire nous par- 
donnera-t-il nos péchés et les écartera-t-il de devant lui ». — Cer- 
tains expliquent rpD (n, 6) dans le sens de l'arabe ûîbp, comme tr 
t|iD ; mais suivant Tanhoum, cela n'a pas de sens ici. Abraham ibn 
Ezra le dérive de trio, « fin, coin d'une pièce d'eau 3 » ; mais cette 
explication ne va pas non plus. Tanhoum voit dans tpD des 
« masses d'eaux pesantes », de là vient que la tempête qui s'agite 
avec force s'appelle ïisnD. — asOT (i, 5), c'est simplement « dor^ 
mir » (et « aller se coucher pour dormir »); tmn, c'est « dormir 
profondément » 4 . — On trouve d'autres synonymes dans Jonas, 
tels que ùnarafc et trba (il, 4). Les premiers désignent les vagues 
qui s'entre-choquent et ont l'air de vouloir se briser les unes les 
autres (cf. Ps., xcm, 4) ; to^a ce sont les vagues en général qui 
s'enflent en forme de monticules (ba), cf. Is., lt, 15 et Jér., xxxi, 
34. — A remarquer encore l'observation sur n, 2 : comme 51 et ïw 

voir, outre la dissertation de Philippi [Z.D.M.G., XXXIÏ, p. 82-92 [non p. 71-76]) 
citée par M. de Kokowzow, mes Beitrâge z. Gesch. d. hebr. Sprachwisse/ischaft, 1, 
p. 24, et Koenig, llwt.-krit. Lehrgcbilude d. hebr. tiprache, 11, 1, p. 466. 

1 Par exemple l'explication de ttT©nn (i, 3), b^ûVj (i, 4), bain (i, 5), "JVp^p 
(îv, 6), etc. M. de Kokowzow a partout rétabli la source; mais pourb^n il a omis 
la glose sur YOusoul d'Aboulwalîd (col. 262 , note 27 : mai "W ÏINDJE 
■"Jim; cf. aussi Opuscules, éd. Derenbourg, p. 349-350). 

a Texte, p. 107 : h:n b->pi a;a ï-rbbN rpb^ h^d nos d^ï-ibaïi i-nwwrp 
^d nas' 1 1&* ^oy \n rmain» bnE 8-mKDDK in inba Tmiinra? p 
oîtàft t<iï~i is lïn C]bn3 abi ettb Hwsab» nàl is ia*rn K3173N 
r^mabtj bs b^ nmttpnb mua* aobtti lasnobN bipb. L'explication 

donnée au commencement est peut-être une interprétation particulière et n'a pas de 
rapport avec celle d'Aboulwalîd (cf. aussi Ousoul, 555, note 63 '.. Alors il faut traduire 
b"Vp1 « et d'autres disent », et non pas comme M. de Kokowzow (p. 130, ligne 7) : 
« et ils disent ». 

3 Gomme l'a déjà montré M. de Kokowzow, cette explication ne se trouve pas dans 
Ibn Ezra. Cf. Hebr. Bibliogr., XX, 7, note 1. 

k Cf. mon travail sur Moïse ibn Cbiquitilla, p. 125. 



TANIIOUM YEROUSCIIALMI 137 

désignent aussi bien l'espèce que l'individu, sans qu'il faille tenir 
compte du genre, ces deux mots peuvent se substituer l'un à 
l'autre 1 . — Voir encore les explications sur ^nasa (n, 6), *nm 
(ni, 6), etc. 

La philologie comparée de l'hébreu et de l'arabe qui se ren- 
contre en de nombreux endroits dans les commentaires de Tan- 
houm 2 n'apparaît pas dans celai de Jonas. Par contre, on y ren- 
contre des comparaisons avec l'araméen biblique (appelé par 
Tanhoum "Wioba, comme par presque tous les auteurs juifs écri- 
vant en arabe), qu'il emprunte à Abouhvalîd et réfute 3 , puis avec 
le Talmud 4 et le Targoum 5 . Beaucoup de ces comparaisons sont 
prises à des sources plus anciennes. 

IV. Gomme dans les autres commentaires de Tanhoum, il y a 
dans celui de Jonas des passages de philosophie religieuse 6 . Il in- 
siste sur ce point, que les expressions anthropomorphiques concer- 
nant Dieu doivent être prises métaphoriquement (rnfcOnoK, wûîo)? 
d'après le fameux principe : « La Tora parle le langage des 
hommes » (Lrra ^a inraba min mai). Ainsi, quand le capitaine du 
navire dit (i, 6) : « Peut-être Dieu pensera-t-il à nous », ou quand 
le roi de Ninive dit (ni, 9) : « Qui sait? peut-être Dieu se repen- 
tira-t-il », car, en vérité, « Dieu n'est pas un homme, pour qu'il 
se repente » (1 Sam., xv, 29), ou, enfin, quand Dieu dit à Jonas 
(iv, 10) : <c Tu éprouves du regret au sujet du hikayon, pour le- 
quel tu n'as eu à te donner aucune peine », on n'a pas le droit 
d'en conclure que Dieu, en créant les choses, se donne de la 
peine, puisqu'en vérité, « il ne se fatigue ni ne s'épuise » (Is., xl, 
28) 7 : partout il faut appliquer le principe »... min mai ». 

1 Cf. Zouma 1 , 319, 11. 

' Voir Goldziher, p. 21 etsuiv.; Eppenstein, p. 14-17. 

3 Cf. plus haut, p. 136, note 2. 

* Sur i,ll (p. 108) : abl V'T fcDïlblp )12 t~\5^ prilD" 1 m» ^TO ...pn^l 
ï"~ip^nD Nbtf "2112 rpj>b ^PN^Û (la source n'est pas ici Ahoulwalid, comme 
M. de Kokowzow, p. 131, note 33, l'indique par erreur] ; sur iv, 6 (p. 114) : *j-|^p"'p"j 

P^P *J73ia rîSMbH bip m Otàl ymD mB nOD (voir Ousoul, s. v.); sur iv, 8 

(p. 115) : ...ïambNi nnaba KïTÈOJtt 1 N ...ï|byrr*i ^ i^ïi:\s b^pi... 
*ïbK B]b*rûi nma ^ina nbin ib wm V2 b"T b^anaba bip p pNpniaau 

(il s'agit ici d'Aboulwalid, 5. »., voir Kokowzow, p. 143, note 87 ; mais sou opinion 
est rejetée ). 

5 Sur i, 12 (p. 107) : i& -)Stf btt» ^'ûT: "*M>K ^138 b^pl ...^EJÏI "n^l 

Hdlûd r^sma ':nnb 05Nà73 irr ^b« T»b* ^^j: ^ wn. 

Voir Goldziher, p. 24. 

7 A l'occasion de ce passage (texte, p. 115), nous remarquons que la correction de 
M. de Kokowzow (p. 144, note 91) "jb D"*b, au lieu de ^pî D"6, est inutile, attendu 
que le ms. d'Oxford a effectivement "p. Cf. aussi la Misâle de Ibn Koreisch, p. 40 
[où il faut peut-être chercher la source de Tanhoum). 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Dans d'autres passages, notre auteur parle de la prophétie, su- 
jet qu'ainsi qu'il le dit expressément au début du commentaire sur 
Jonas, il a traité tout au long dans la « première partie », ou dans 
<( l'introduction générale » de son commentaire biblique *. Je cite- 
rai le passage sur m, 2, qui est ainsi conçu : « L'Ecriture ne 
donne pas dans ce verset le contenu de la menace (que Jonas de- 
vait annoncer à Ninive), mais il en ressort que l'Eternel la lui 
avait révélée ; si elle n'est pas indiquée dans ce verset, c'est parce 
qu'elle est contenue dans le verset 4 : « Encore quarante jours et 
Ninive sera détruite. » Nous avons déjà expliqué dans la « pre- 
mière partie», que cette prédiction et d'autres pareilles, qui peuvent 
ne pas se réaliser, dépendent de la persévérance (des hommes dans 
leurs péchés). Mais cette condition ne fut pas signalée, premiè- 
rement parce qu'elle est évidente, deuxièmement parce que l'âme 
est plus ébranlée devant une prédiction absolue, sans condition. 
Après que les Ninivites, à l'ouïe de la prédiction, se furent em- 
pressés d'éloigner la cause (qui avait nécessité cette prédiction), 
cette condition disparut et le châtiment annoncé fut levé. Mais si 
le châtiment était fermement décidé (tfttnn), et non lié à une con- 
dition, il ne pourrait être arrêté 2 ». — De même sur m, 4 : « Se- 
lon un exégète, les mots nsrrrt !TO»ïi ont une signification interne 
ftûfiO), c'est-à-dire que Ninive se convertira de l'état de rébellion 
en celui de la piété. Cet (exégète) s'est vu obligé à cette explica- 
tion, parce que le prophète ne pouvait pas annoncer au nom de 
Dieu un événement qui ne se réaliserait pas ; aussi s'est-on servi 
(à dessein), lors de la prédiction, d'une expression ambiguë, afin 
que les Ninivites la prissent dans un sens littéral et fissent péni- 
tence, par là même le sens interne du mot se trouverait accom- 
pli. Mais dans ce cas, les mots « après quarante jours » n'auraient 
aucun sens, caria pénitence s'est produite bientôt après, et, si elle 
n'avait pas eu lieu, la punition aurait frappé les Ninivites. La 
meilleure explication, c'est la nôtre, à savoir que la réalisation de 
pareilles prédictions dépend de la persévérance dans la déso- 
béissance 3 . » — ïanhoum s'occupe encore de la prophétie à pro- 

» Texte, p. 106, trad. p. 127: |)Tï5Sb J-î&ttElp ^rDN '"S'iSab» "ON yàin ... 

fc-wbsbfio tnoifcb» z^nsba. 

2 Texte, p. 110 ; trad. p. 135. Sur le dernier passage, cf. Nidda, 70 h, et passages 
analogues : p"r TU ^tlNb )$5 pi "1H ÛTVp )tCD- Cf. aussi dans l'Appendice 
le passage de Tanhoura sur Aggée, n, 9. 

s Texte, p. 111; trad. p. 137. L'opinion ici combattue, Ihn Ezra la cite déjà, 
sans nommer l'auteur, et la réfute. Mais elle n'est pas celle de Raschi, comme le 
croit M, de Kokowzow (p. 138, note 65) : c'est une glose qui s'est glissée dans le 
commentaire de Raschi. 



TANHOUM YEROUSCHALMI - 139 

pos de il, 7 : « Tu sais que les prophètes dans leurs prières se 
servent souvent du parfait, mais ils prient aussi à l'imparfait, cf. 
le verset 8. Les mots ont le même sens que s'il y avait eu : b:?rr 
Tibôn ^psb fcrnn /^fi nmafc, comme dans Ex.,' xv, 13 1 ». 

Enfin, je signalerai encore les passages suivants. Sur n, 6,Tan- 
houm s'exprime ainsi : « wî w signifie « jusqu'à l'endroit de la res- 
piration ». Suivant d'autres : jusqu'à ce que se séparât l'âme, c'est- 
à-dire jusqu'à la mort presque; pour ma part, je préfère la première 
explication. D'aucuns dérivent ^ibdn de E|K, c'est-à-dire « l'eau m'a 
envahi jusqu'au haut du nez » ; mais alors les mots vzî iy seraient 
superflus, puisque ces mots signifient aussi « jusqu'au lieu de la 
respiration », comme nous venons de l'établir. De plus, nous avons 
montré ailleurs que ejn a un noan dans la racine et n'appartient 
pas aux verbes géminés 2 ». — ^rt dans n, 7, désigne l'âme, 
attendu qu'elle est la source de la vie a . — La création du ki- 
hayon et son rapide dessèchement étaient l'œuvrp, non des lois de 
la nature, mais de la volonté de Dieu, ainsi que le séjour de Jonas 
dans le poisson pendant trois jours et trois nuits et ainsi que 
d'autres récits de notre livre 4 . 

V. M. Goldziher 5 a déjà fait observer que Tanhoum, à l'exemple 
de beaucoup d'écrivains juifs du moyen âge, a cité de mémoire des 
versets bibliques et que, par conséquent, maintes citations sont 
inexactes. Nous relevons pareille inexactitude dans le commen- 
taire de Jonas c , où il cite, îv, 8 [^m "nra nrjj m iTD^net y ajoute 

1 Texte, p. 110; trad., p. 134. Cf. l'opinion de Samuel ha-Naguid citée par Ibn 

Ezra [Cahot, p. 34 b) : \vobn Tn* hy û'wb naTio û"sr»a5ïi BBTBWS^.. 

p f iTllb ÏTltt !"ntt3 13S1Ï3 mi?3 "înr. Voir aussi mon Mose ibn Chi- 
çuiùlla, p. 120, et le Comm. de Juda b. Barzilaï sur le Séfér Yeçirah, p. 169 (cité 
par M. Bâcher dans Revue, XVII, 283, note 1). 

2 Texte, p. 109; trad., p. 133. La première des opinions rejetées se trouve chez 
Ibn Ezra et Kimhi, comme l'observe M. de Kokowzow ad loc. (il m'avise par une 
lettre que les notes 42 et 43 de p. 133 doivent être transposées) ; la deuxième (d'après 
laquelle "^IDÛN vient de htf), Tanhoum l'a probablement empruntée à la monogra- 
phie d'Ibn Bal'âm sur les verbes dénominatifs s. v. DX, cf. ûbl3> "nrî, H, 54 : 

Bfsr, Sn tran iwaio iroan t|N i» f^irra ^"qik ©i tr» ■wbbjk 

'"D1- Cela a échappé à M. de Kokowzow. Le dernier passage de Tanhoum est ainsi 
conçu dans l'original : q L N{ ^ jklttbK f** 1 !^ T3 ^D "{00 'Ip !"!3ND t^^NI 
l^bnwb» SlNTl )J2 «b 'JIDbN SnNIT yn, par quoi il faut sans doute entendre 
« la première partie » ou « l'introduction générale », la DNhblDbiN. (M. de Kokow- 
zow traduit « d'une racine dont la première lettre est un noun » ce qm ne donne pas 
de sens.) 

3 Texte, p. 110 ; trad., p. 134. La source est Ibn Ezra, voir la remarque de M. de 
Kokowzow, ad loc. (note 49). 

4 Texte, p. 114; trad., p. 142. 

5 L.e., p. 34-35. 
« Texte, p. 115. 



140 REVUE DES ETUDES JUIVES 

la remarque suivante : « Ordinairement le mot :n est suivi du 
pronom *jb (ou ûab), ainsi Deut., ni, 26 ; n, 3. Ici on s'est contenté 
du seul mot an ». Gomme l'observe M. de Kokowzow 1 , Tanhoum 
s'est probablement souvenu de I Rois, xix, 4. 

VI. Gomme dans tous ses commentaires, Tanhoum ici donne ses 
sources, sans presque jamais nommer l'auteur, mais avec les mots 
b^p, nos, bttp" 1 Tp (une fois p"» np'-. licite néanmoins trois fois le 
Targoum 3 , quatre fois les talmudistes 4 . Des auteurs du moyen âge 
il cite Abouhvalîd une fois 3 , et Abraham ibn Ezra deux fois 6 . 

De ses propres écrits, Tanhoum nomme dans son commentaire 
de Jonas cinq fois la « première partie » (Viaba rabat) ou « l'intro- 
duction générale» (nanbaba) du commentaire sur la Bible 7 . J'ai 
mentionné plus haut s trois de ces passages, dont l'un sur la 
grammaire et deux sur la philosophie religieuse. Je parle d'un qua- 
trième plus loin 9 . Le cinquième, enfin, présente un contenu très 
vague 10 . M. Goldziher li , au moyen de citations des commentaires 

* Trad., p. 144, noie 89. 

8 Dans ses notes, M. de Kokowzow a presque partout signalé les sources de Tau- 
houm, là même où manquent les formules. Nous ajoutons que^Texplication de Tan- 
houm sur i, 4 (p. 107), noaba r**na p \x ^yâbis ^d rniana broa r-nion 

ï-pbfct *P3Sn p r~l*7N«T, n'est pas prise dans le Targoum ou dans Raschi, comme 
le dit M. de Kokowzow (p. 129, note 25), mais dans Aboulwalid, voir Onsoul, 

253, 33 : [,„p] TUHCA ^N335NbÈO *-)5n ^aiÛttb H2'On S-naBKTl. De même, 
la deuxième explication du mot "ion (h, 9 ; texte, p. 110; trad., p. 134, note 25) se 
trouve déjà chez Abouhvalîd, /. c, 239, 1. Cf. encore plus haut, p. 136. note 1. 

* Dans tous les passages (suri, 3, p. 106; i, 4, p. 107 ; iv, 8. p. 114) avec la formule : 
dînnnbN bNp ^jbnSI (ou d"UnnbN). Cf. encore plus haut, p. 137, note 5. 

*■ Outre les passages cités plus haut, p. 137, note 4 (qui en partie sont empruntés à 
Aboulwalid), il y a encore, sur n, 11 (p. 110) : î-ïannbx "^JEa 5lb n "P "flaïOI 
"pN "lb T?2"l ^"ï b^NIKb» ^51p pn» N721 irTOrTb«1 (il s'agit ici, comme 
l'établit M. de Kokowzow, p. 135, note 55, des 17 r^bfi* "Wl ''p'IB, ^b. 10\ 

* Sur n-, 8 (p. 114) : ^n nNnoaba p y": vniy p tnaa 'n Spai 
aana ^B ?ài T>bibN "*a«b p: ï-raaTJn ^ibai ... :wî n^:^ p T?b"ib« 
aosfcn "rçyfcbÉa &ip« "': kit* p D-ia« 'n i-rbpa kei ...SiSwxbs 
toab ■paiba s-in-pai vbnba "«aa to p nbp: ï-rb*bi pajob^a 
b*>m NmDT "*ribN r*wmba Tib« nzrz p ^c t ^bn *b* qp: ab 
■^b» mpanba a«na ">ç fpb*. 

6 Sur n, 6, p. 109 ; mais le passage en question ne se trouve pas chez Ibn Ezra, 
(voir plus haut, p. 136, note 3), et sur iv, S (voir note précédente'. 

7 Deux fois daus l'iutroduclion au commentaire (p. 105, 106); sur n, 11 (p. 110); 
m, 1 (tbid.) et iv, 11 (p. 116). Cf. aussi plus haut, p. 139, note 2. 

8 P. 135, note 4, et p. 138. 

9 P. 145, noteS. 

10 Sur il, 11, d'après les mots publiés plus haut en note 4, il y a : fcnn fc^a *ipT 

aaroba fcOïn fc-wba ^s ï-wiâE i-ûm nan a-ip^ won- Je donne un autre 

passage dans l'Appendice ^sur Soph., n, 1). 

11 L. C, p. 7 et suiv, 



TANHOUM YEROUSCHALMI 141 

de Tanhoum, est arrivé à déterminer à peu près le contenu de 
cette introduction, et les passages du commentaire de Jonas ne 
modifient pas beaucoup ses résultats. Mais ses regrets sur la 
perte de cette introduction sont sans objet maintenant qu'on en 
a découvert d'importants fragments à Saint-Pétersbourg 1 . M. de 
Kokowzow 2 parle de leur prochaine publication, que tous les 
amis de la littérature juive voudraient accélérer de toute la force 
de leurs désirs. M. de Kokowzow publie déjà à présent plusieurs 
slonnées sur ces fragments ; je vais en dire un mot. 

Gomme on le supposait, cette introduction, dans sa plus grande 
partie, est une esquisse de îa grammaire hébraïque et porte le 
titre de : tanbia&N V 3 ^""i^nrbtt SistNi rr-iv-ii mib r-iNttiptt. 
Ce précis se partage en chapitres (b^D) et a, par exemple, comme 
contenu : les lettres, leur lien d'origine et leurs propriétés 
(chap. i) ; lettres mobiles et quiescentes, leurs permutations et 
certaines particularités des sons gutturaux (chap. m); la conju- 
gaison des verbes qui, à cause de leur première lettre radicale, 
sont irréguliers, en premier lieu, ceux qui commencent par un n 
(cil. vin) ; les espèces du duel en hébreu et leur classification 
(en. xvni), etc. Ce précis était précédé d'un rapide coup d'œil sur 
les philologues juifs du moyen âge, probablement à l'instar du 
Môznaïm d'Ibn Ezra. M. Israelsohn en a fait connaître le passage 
sur Hayyoudj et ses quatre écrits, et c'est de là que nous avons 
appris pour la première fois le nom véritable et le contenu du 
quatrième écrit ïjniba narû, qui n'a été conservé qu'en partie 3 . 
Tanhoum divise les philologues en trois catégories. M. Harkavy 
aie premier publié le nom de ces savants 4 ; il a justement re- 
marqué que la liste contient des interpolations maladroites d'un 
Caraïte, ce qui, comme on le sait, a eu lieu aussi pour la liste du 
Môznaïm d'Ibn Ezra. Il suffira de jeter un regard sur les noms de 
la première catégorie (^biaba rnmttba) : Sahl b. Maçliah, Yéfet, 
Benjamin (al-Nahawenedi), Daniel ha-Nasi (al-Koumisi) et Sa- 
muel ha-Naguid. Chose étonnante, M. de Kokowzow, à qui le 
passage publié par M. Harkavy semble avoir échappé, a omis de 
relever cette particularité 5 . Dans cette introduction, on donne 

1 Voir Zeitschr. f. alttest, Wissensch., I. c. 
» P. 125, note 10. 

* Revue, XIX, 306-311, et XX, 305. M. de Kokowzow semble avoir négligé cet 
article. 

* Studien u. Millheilungen, V, 131-32. 

4 A cette occasion j'ajouterai à ma notice sur Jacob b. Eléazar et son Kitâb al- 
kâmil (Zeitschr. f. hebr. Biblogr. y II, 153-56) que Tanhoum dit de ce livre : "•'îbN 

ïnrwnoKi rnaûM f<b rjp">pn ïieon, et de son auteur : nm ^ariN î-ibn 

tnp")Dn?3 TUD Ûlb^ iB ïp3Stn. Le coup d'œil finit par un éloge enthousiaste de 



142 REVUE DES ETUDES JUIVES 

aussi le nom complet du commentaire : lN n 3bNi TNiPNbN 3Nn3 « Le 
livre de la concision et de la clarté. » 

Des commentaires sur les autres livres bibliques Tanhoum cite, 
dans l'introduction au commentaire de Jonas, son commentaire 
sur Obadia * et sur les Rois 2 . Dans les deux passages cités, il est 
prouvé que la prophétie de Jonas n'a pas dû se conserver intégra- 
lement, vu qu'il est impossible que Jonas n'ait pas prophétisé sur 
Israël , d'autant plus que l'Ecriture le déclare expressément 
(II Rois, xiv, 25). M. de Kokowzow a imprimé le premier des pas- 
sages cités (p. 323, note 6) ; je donne ci-après l'autre sur le verset 
du li\re des Rois, d'après le ms. d'Oxford (God. Poe. 314, fol. 
236 a) : 

.B-M2Ï1 mïa» in î-tt'p yt3* T3 na*7 t^n b&mi^ liib» ^v -ms 
^no3 T9*\ win Ssm»! *oy niona nb in3 î-wn in S"p ^iti 
ri^p -no niû.y "nn ^b Tib» ttrnna n B n373 fr-wiài ntsï î^3:nVn 

f<?33 N!)73 fc3*Wl "ON 3Nn3 îlb 1N3 IN ^ I 73 fr^abïB 30n ÏTïïHl 

dwn inai nsoi baniDi ^3b7jb tai^nn "na^i nsoi wn ibû tai» 
n?jb-û aro i*d -nn3n f^aars irai nnn- 11 tnapaai s-mïT "Obab 
"pbfcbK nN33N je s**aw 'niniaba nîh b*b"i î-rb.»nîQAri nrasm 
Srj ^b ût? N7373 r^ûN 1?3 îà (?N5« 113^ Nb) l"i-p r<b »*na3«bin 
rmnb» 5>» mànE ^pa -nba Kim m*iM»b« itniaribKi nababs 
tora 1)3 N03n Nb ï^naN yr\ msi pas -wn t^éro ïYniiaba 
tara s**b -3 KjeabOM yi2 mn? fr-nanm r*i3b rtfcrn Kna« 
yn t<j^3 NîrnNan t^sbibi vjii i&a mon s**b *o bNps î^rî73"i23 
r]w\bn3Ni css:nbw n^o CjNbroNi j^jN^sn nshjs'i toaibtt -)N33N yn 
Nj7oon ^3ji d/3NbN ^pN3 yn NrjbroN N5D t^ïbNi «rqona tzsnbNinN 
ïyyn ^n "»nb« nnaSpnnbK MNb» -pNDb "nâ t>s?3D mtiïi ann 
^bKHnban Habttba ipa b-*ït»b NsrÔN fc-Hiià riab7273 \ni irmp 
nbbN bNp N7D3 arrrtf'mzn ^nt^ &**bâ ^72 dt-raoN ^om imn-n 
(i. Snio^) apan snt da [tp bn:] ■rçsb» nban d^pnrt niBW dN i*n 
tara nN r-nnwb "ni nai î^bi i^in b«pi ['un] "na rrroua ina©i 
itdn "n* ^a i>3 itpuje Wtta irn 173N Nbi bnTo d" i 73cn nnn7j birne^ 

.nms nnN ^inrîb- mi nN Sbpb nb 

Suivant la parole de l'Eternel, le Dieu d'Israël, qu'il a dite par l'or- 
gane de. son serviteur, Jonas b. Amittaï, le prophète (II Rois, xiv, 25). 
Ce verset prouve que Jonas a annoncé des prédictions sur Israël, 

Maïmonide. Pour le passage sur les deux sources principales de Tanhoum, Aboul- 
walid et Maïmonide, voir plus haut, p. 132, note 1. 

1 Texte, p. 105 : rTH3"l3> *-|30 1Q ÏTfiW-OÎ Î^î73 3>73 ^jbh ^9 S^b^bNT... 
■^bN Nk\N. 

2 Ibid. : t=P3b72 ^DO "«B !TN3-l3i «nbj» "pbN \12 ^ N733. 



TANHOUM YEROUSCHALM1 143 

tout comme les autres prophètes. Dans sa prophétie, conservée 
parmi les douze petits Prophètes, il n'y a que l'histoire de Ninive ; 
mais de notre verset nous apprenons qu'il avait composé un autre 
écrit, qui s'est perdu, comme le « Livre des Justes » (Jos., x, 13), 
la « Chronique des rois d'Israël » (I Rois, xiv, 49, etc.), la « Chro- 
nique des rois de Juda » (ibid., 29, etc.), les prophéties de Gad 
et de Nathan, et comme beaucoup des écrits de Salomon, de sa sa- 
gesse et de ses proverbes. Donc, ce que nous possédons des récits des 
rois et des prophètes n'est qu'une partie de ce qui s'est perdu durant 
les longs exils et les persécutions successives. Ce qui est resté se 
juxtapose à la Tora, qui, elle, subsiste suivant une prédiction de 
Dieu, que jamais elle ne sera oubliée au milieu de nous, en témoi- 
gnage de son amour pour nous et en consolidation de l'alliance 
qu'il a conclue avec nos ancêtres. Avec la perte de la Tora, nous- 
mêmes nous serions perdus, c'est pourquoi il est dit : « Elle (la Tora) 
ne sera pas oubliée de la bouche de ses descendants » (Deut., xxxi, 
21). Si la Tora ne s'était pas raffermie parmi nous, comme aussi 
une partie des histoires de nos rois, des enseignements de nos 
prophètes, des vicissitudes de notre religion ainsi que des vicis- 
situdes subies à cause d'elle par ses adeptes \ nous nous serions 
mélangés avec les autres peuples, notre nom serait oublié, nous 
n'existerions plus, comme il est arrivé aux autres peuples de l'an- 
tiquité. Quelque religion qui se fût établie, quelque empire qui fût 
né, les autres religions et les autres empires les ont absorbés, si bien 
qu'ils ont disparu et que leur nom a été oublié. Israël seul et sa 
religion forment une exception, conformément a la parole de Dieu : 
« Comme ces lois (de la nature) ne disparaîtront pas de devant ma 
face, dit l'Eternel, ainsi les descendants d'Israël ne cesseront pas 
d'être un peuple, etc. » (Jér., xxxi, 35). Il est encore dit (v. 27) : « Et 
Dieu ne voulut point détruire le nom d'Israël de dessous le ciel. » nm 
a ici le même sens que ")tttf et a le sens de « vouloir », cf. II Sam., 
xvi, 40 ; Ex., il, U. 

Tanhoum, ainsi qu'il a coutume, parle ici également au futur 
de commentaires sur les derniers livres de la Bible et promet de 
revenir sur certains points dans les commentaires sur le Cantique 
et Kohélet. Effectivement, les passages annoncés se trouvent dans 
les commentaires en question ; M. de Kokowzow les a cités dans 
les notes de sa traduction du commentaire de Jonas aux endroits 
respectifs -. 

1 Je ne suis pas sûr d'avoir bien traduit cette phrase. 

a Texte, p. 117: "pN d^'W -piab t**3rTU0 ifi ISabJnO "J3ND (le passage 
sur I, 15, à la p. 147, note 95); ibid, : fn-p ^ï'y û^DnbN f^ntfttD f^înbD 

■« rraorno t*^ *h$ ^b"i tjh ^bon -narD tû-p vijan !»nyp 'ip ">d 
•nra l-nï*a mba asb^n x*1wN n^iiïï; p. 120 : &nn 'onba bntt s^?jd 
ïrb« «m vin m tn»a«i roap t* 'ipn nbnp ^d t^i\s ^fcb» 



144 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

VIL Par ce qui précède on peut se rendre compte que le commen- 
taire sur Jonas est conçu dans le même esprit et dans le mrme 
sens que les autres parties jusqu'ici connues des commentaires 
bibliques de Tanhoum et qu'il n'enrichit guère notre connais- 
sance de cet auteur, en tous cas remarquable. Toutefois Tanhoum 
se présente ici à nous sous un aspect nouveau, à savoir comme 
un adepte de l'exégèse allégorique, tout à fait suivant l'esprit et, 
en partie, avec le style des Maïmonistes postérieurs. Au reste, il 
y a déjà dans les parties de son commentaire parues jusqu'ici des 
considérations de philosophie religieuse et d'ordre allégorique 1 ; 
mais nulle part cette tendance ne se manifeste plus clairement 
que dans le commentaire de Jonas 2 . 

Dès le début 3 , Tanhoum dit que le jugement s'égare, quand on 
s'apprête à expliquer des expressions telles que celles de notre 
livre : « Et Jonas se leva pour fuir devant Dieu » (i, 3), ou « Car 
il s'enfuit devant Dieu » (r, 10). Comment admettre, en effet, qu'un 
prophète s'enfuie devant Dieu ou se refuse à exécuter son ordre 4 ? 
L'exégèse homilétique ou similaire peut satisfaire certains, mais 
jamais celui qui aspire à la vérité. L'on pourrait, avec quelques- 
uns, interpréter tout le livre d'une façon allégorique % en sorte 
qu'il ne faudrait tenir compte que du sens interne, caché (nj^ao), 
et que le sens apparent n'aurait aucun fond réel ; mais cela con- 
duirait à la destruction des principes de la religion, car alors on 
pourrait admettre que toutes les prophéties doivent être expli- 
quées d'une manière allégorique et qu'aucune ne saurait être 
prise à la lettre. L'on ne peut absolument repousser l'exégèse al- 

'yr\ nbba fi^a naeo» ^s ïimtMo e***: n br b-na Y 3M ( le P assa n e sur 

Koh., ix, 14, à la p. 157, note 130). M. de Kokowzow a, en outre, imprimé dans un 
supplément spécial (p. 163-168) l'introduction au commentaire sur le Cantique avec 
la traduction; voir plus loin, p. 146, note 7. 

1 En dehors des passages notés par M. de Kokowzow (p. 99, note 3), il faut 
mentionner celui qui porte sur Juges, v, 4 (dans Goldziher, appendice, p. 4). Ici 
Tanhoum donne d'abord l'explication simple du verset, puis il continue : "09 N"irî 

mbp? mtrbân *b$ rra»» irrpipm iriNàbN à«sb»b8 rnv 
npttbio trùjba Tmûttbtf ^b'i ^."j5 yab mîià rnarm nspKlDNi 
*{bN anenb». 

* A côté du commentaire sur Jonas on peut mettre, à ce point de vue, ceux sur 
le Cantique et Kohélet (celui-ci très au long). Ces deux commentaires sont inédits. 

3 Texte, p. 104-106 ; trad., p. 122-128. 

k Ibn Ezra etKimhi, comme le fait observer M. de Kokowzow (p. 122, note 1 ; cf. 
plus haut, p. 134, note 5) se posent la même question. Voir aussi l'opinion du Saadia 
dans Bmounot, ch. m (éd. Slucki, p. 64; éd. Landauer, p. 125) et la réponse de 
Haï dans Wertheimer, J-j^blI) nbîlp (Jérusalem, 1899), n" 4 (p. 7, 76; cf. Monats- 
schrift, XLIV, p. 143). 

5 b-nanban b^annbN pnu yn xnm in mi»-nb« b^a© ^y; cf. Kokow- 
zow, p. 122, note 2. 



TANHOUM YEROUSCHALMI 145 

légorique ; seulement elle n'a sa place qu'à côté de l'interpréta- 
tion littérale et naturelle. Or, celle-ci présente ici une double dif- 
ficulté, générale et particulière. La première consiste en ce que 
beaucoup de faits et de circonstances, ayant été passés sous silence 
par les prophètes, parce qu'ils étaient connus de leurs contempo- 
rains, nous demeurent cachés à nous, et, par suite, ces prophé- 
ties sont pour nous incompréhensibles. Ajoutez que le livre de 
Jonas ne nous est pas parvenu intégralement ; de là le caractère 
énigmatique de certaines de ses parties. Nous avons déjà re- 
marqué, dit Tanhoum, dans le commentaire sur Obadia, qu'il est 
impossible qu'un prophète célèbre ne reçoive qu'une mission de 
la part de Dieu; cette remarque se trouve spécialement confirmée 
par l'Ecriture à l'endroit de Jonas (II Rois, xiv, 25) l . Ainsi, notre 
livre n'est conservé qu'en partie, le reste s'est perdu, en même 
temps que beaucoup d'autres livres qui sont mentionnés dans la 
Bible 2 , comme d'ailleurs se sont perdus beaucoup d'écrits et de 
sciences qui existaient chez nous autrefois et que maintenant il 
nous faut apprendre à connaître des autres 3 . Si le livre de Jonas 
s'était totalement conservé, beaucoup de points qui nous pa- 
raissent étranges à présent seraient intelligibles. 

Notre livre a donc un double sens : exotérique et ésotérique. 
Pour le premier, tous les savants et exégètes tombent d'accord 
que Dieu a eu pour objet, au moyen de l'histoire qui nous est ra- 
contée dans ce livre, de gourmander Israël parce qu'il n'écoute 
pas les remontrances du prophète et ne se repent pas, tandis 
qu'un peuple païen, bien que moins près de Dieu, a obéi sur-le- 
champ à son message et fait pénitence. Au point de vue allégo- 
rique, on nous dépeint l'état de l'âme humaine pendant son exis- 
tence dans le monde sensible, comme elle est illuminée par la 
lumière de l'intellect et atteint la béatitude éternelle, quand elle 
reçoit cette lumière, comme, par contre, elle souffre, quand 
cette lumière lui manque. Conformément à cette manière de 
voir, Tanhoum donne d'abord une explication naturelle et phi- 
lologique, que nous avons analysée plus haut ; il y joint une 

1 Voir plus haut, p. 142. 

> Tanhoum signale : isbttb toWH ">"l^"î ,M"*MÎ1 \Tft "Haï ,*W*?t *l&0 

btw, etc. 

3 Tanhoum répète ici l'assertion souvent exprimée de l'origine juive de beaucoup 
de sciences, qui tombèrent dans l'oubli avec la dispersion. Cette opinion n'est pas 
née au moyen âge, comme l'affirme M. de Kokowzow (p. 125, note 9), en s'appuyant 
de nombreux exemples, mais elle se trouve déjà dans Philon et Josèphe, et elle 
était partagée par beaucoup de non-juifs, voir Harkavy, O"^^ Q5 O^ttHn, vu, 
57. Comme l'indique Tanhoum, il en a parlé aussi dans l'introduction générale : 

narobs «in fa biNba pba rifcTp» ->s t^a r^a- 

T. XL, n° 80. 10 



146 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

explication allégorique 1 , que nous allons reproduire dans ses 
traits principaux. 

VIII. Sous le mot fttT (colombe) il faut entendre l'âme humaine. 
Cette désignation vient de ce que l'âme a beaucoup de traits com- 
muns avec la colombe, particulièrement celui-ci, que la colombe 
s'accoutume au lieu où elle a été élevée et soupire après ce lieu dès 
qu'on l'en éloigne et cherche de toutes ses forces à y retourner 2 . 
Il en est de même de l'âme. Elle est une émanation, un épanche- 
ment de lumière divine et vient du monde intelligible 3 , elle entre 
dans le corps pour le diriger, par quoi elle tombe dans le monde 
de la matière et dans la fange des phénomènes sensibles. Si elle 
reste longtemps dans cet état, elle périt et perd sa béatitude; mais 
si elle se relève au moyen des vraies connaissances 4 , elle se res- 
souvient de son origine et y aspire. Par l'acquisition de vertus 
rationnelles et morales 3 elle obtient la force d'ouvrir sa cage, 
c'est-à-dire de s'unir, après sa séparation des ténèbres du corps 6 , 
avec sa source et de parvenir à la béatitude éternelle. De là vient 
que Salomon , dans le Cantique, appelle plusieurs fois l'âme 
« colombe » 7 . 

1 Texte, p. 117-121 ; trad., p. 146-162. Commencement : ri"T£J blZli "7p1 "ïfcO 

?nrûbs nssbis snn )i2 mïï *fym âNnnn mïwki inba âNEb^bN 
■^*7abN ^bj> î**tpt7û b"n*nb« )i2 Nrpb* bfcm "jn pa* ^7:3 "fs'h 
^ba ynÔHniûbn P "P^ n "^ 1 ra P 1 " 1 ^ w nrtsâb». 

* Déjà le Midrasch (sur Gant., i, 15, etc.) met ce caractère en relief et y trouve 
une analogie entre la colombe et la communauté d'Israël. 

3 ">bp?b'K tabsybN *je >n ïrna; yn r-ii^s (oeab» ■*») t^naas ... 

La première expression est néo-platonicienne ; elle est employée souvent par « les 
frères purs » (ou plus exactement par • les tidèles », voir Goldziher, Muhammed. Stu- 
dien,\, 9; toutefois je conserve la désignation usitée). Dans la littérature juive, elle se 
trouve dans la psychologie de Bahya 033^8 ^j&C'fà, trad. par Broydé sous le titre 
\Z5DDn mmn, Paris 1896, p. 65. La deuxième expression correspond au xo<ru.o; 
vot)t6; de Plotin, voir Kokowzow, p. 147 , notes 96-97 (je lui emprunte aussi la 
plupart des exemples de la philosophie arabe et judéo-arabe cités dans les notes qui 
suivent). 

4 ÏTipipnbfi* Ûlb^biS, par où il faut entendre la connaissance philosophique de 
Dieu, qui, d'après Maïmonide, forme le but suprême de l'homme et la condition de 
sa béatitude; v oir Daldlat, 111,54 (fol. 134 a). 

5 rppbib&O rPpasbfi* b^Nisb», cela correspond à la division aristotélicienne 
des vertus (àpetcu) eu dianoétiques (ôiavorjTixaî) et éthiques (f,6ixaî). JYlaïmouide en 
parle longuement dans le deuxième de ses huit, chapitres. 

6 "JOJbtf DÎSWbû» ua ^ es tours les plus usités dans les écrits des « pères purs », 
v. les traités des Ikhwân al-Çafâ, éd. Dieterici, p. 42 (TKOànbN rïjabû), 29 et 519 
(DNOàNbN PN»bâ), etc. 

7 Tanhoum cite ici en exemple Gant., v, 2,vi, 9, n, 14, etc., et promet d'examiner 
ce sujet avec plus de détails dans le commentaire sur ce livre : ^Ï-JN/^O Niribs 

5>bon "narra wr» TiTan inav 'np *s> ?i?v n"* û*onbN (ooabN *>n) 



TANHOUM YEROUSCHALM1 147 

Cette explication est confirmée par le rapport où l'on met, dans 
notre livre, Jonas avec Amittaï. L'âme, comme on l'a dit plus haut, 
est un épanchement de la lumière du monde intelligible, dont l'exis- 
tence est fondée dans la première vérité (c'est-à-dire Dieu). L'exis- 
tence de Dieu est une pleine positivité, il est nécessairement exis- 
tant, tout le reste n'est qu'accidentel, attendu que son existence n'est 
qu'une émanation de l'existence divine. La première émanation de 
Dieu, c'est le monde des anges, c'est-à-dire des formes sans ma- 
tière \ et de ces anges émanent les âmes. Par conséquent, l'exis- 
tence des anges renferme plus de réalité que celle des âmes et ils 
servent d'intermédiaires entre celles-ci et Dieu. Cette conception 
est exprimée par cette locution que « Jonas (l'âme) est fils d'Amit- 
taï (du réel ?) ». 

Le message de Dieu est adressé à Ninive (rwi). Ce mot dérive 
demu a demeure » : l'âme doit séjourner pendant un certain temps 
dans ce monde, afin d'acquérir la connaissance dont elle a besoin 
pour sa perfection in actic i . Mais de là résulte un éloignement de 
Dieu et l'âme plonge dans l'obscure mer de la matière. C'est le sens 
des mots : « pour fuir de devant Dieu vers Tarschisch 3 ». La fuite 
a lieu sur un bateau ; par là il faut entendre le corps, où réside 
l'âme 4 , afin de s'aider et de l'aider à conquérir la béatitude. Mais 
comme la raison et la direction appartiennent à l'âme seule, le 
salut et la perte dépendent d'elle seule. Sadonne-t-elle à l'illusion 
de la vie matérielle, tout va sens dessus dessous, et les vagues 

r-nî*a imba fepbati t*<-iN ruÊi» ^d nacnso r<73 ^b? ^bi yyy 

^T125. Dans l'appendice (p. 163-168), M. de Kokowzow publie un long extrait de l'in- 
troduction de Tanhoum au Commentaire du Cantique, il en donne le texte original et 
la traduction, où les idées signalées ici sur l'âme humaine sont plus amplement 
développées. 

1 "l&Ottbb ï~Tp^NDttbN TISfcbN, « formes séparées », c'est ce que Juda Hallévi 
(Kouzari, I, 1) appelle l&n^bitf jy ÏÏT"IJE bip3>, et Maïmonide [Dalâlat, II, 4, 
etc.) rïpnND?2btf bip^bN, « intelligences séparées ». 

1 bysbfcO »>4nb»S?2D bllin "62, en opposition avec l'être à l'état de possible 
(mpbfctt) ; cf. Dalâlat, I, 68 (f. 87 b) : *nin73 1ÏT5 11TO b^D ïlb N7û bn 

b^sban. 

* Tanhoum voit dans 123^ 1 n , comme Aboulwalîd, une désignation pour la 
« mer », appelée ainsi à raison de sa coloration bleue, qui ressemble à celle de la 
pierre de ce nom (Ex., xxvm, 20) : 0">U5"in bXNI "imbb tSOS t^îjïl TZPIDnm 

^nmbb î-iiiï bp3i naizn tarn» izj-wn pnîiôa r-np&rbb ;>un2ria 

"JJ3 1* nmb npiT ^D n3 WWipb (texte, p. 106; trad., p. 126, cf. note 23). 
On dit également de la mer sombre de la matière, remarque Tanhoum, que sa noir- 
ceur est profonde comme la couleur bleue, d'où la comparaison. Cf. aussi Dalâtat, 
III, 4 (f<> 7 b). 

* Tanhoum poursuit dans le détail la comparaison du bateau et du corps, mais 
cela nous conduirait trop loin. 



148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de la mer terrible (c'est-à-dire du terrestre) fouettent le navire ; 
c'est pourquoi il est dit : « Et l'Eternel suscita un grand vent 
contre la mer et il s'éleva une violente tempête sur la mer. » Or, 
il n'y a pas de force en dehors de lame qui soit capable de sauver 
le navire, aucune ne connaît ce moyen, car chacune a ses devoirs 
particuliers, tout comme les matelots se sont adressés en vain 
pour être sauvés à ceux qu'ils servaient. Le salut ne vint point. Ils 
jetèrent tous les agrès dans la mer, mais ils ne découvrirent point 
la cause véritable, le sommeil de Jonas (c'est-à-dire de l'âme). Or, 
celui-ci continuait de dormir, bien que le pilote, c'est-à-dire l'ange, 
dont c'est le devoir de diriger l'âme rationnelle et de veiller sur 
sa perfection 1 , l'eût réveillé et exhorté en ces termes : « Que 
dors-tu? lève-toi, implore ton Dieu ! » 

L'épithète ^ny est susceptible de plusieurs explications. Ou bien 
il faut la prendre dans le sens de « voyager » (comme Ps., vin, 9), 
c'est-à-dire que l'âme ne fait que séjourner dans ce monde comme 
un voyageur ; ou il faut la dériver de ^îa* « au delà de la rive » 
(comme I Rois, v, 4), c'est-à-dire que l'âme, étant un épanchement 
du monde intelligible, est étrangère, non indigène, dans ce monde 
sensible 2 ; ou bien, enfin, il faut l'entendre littéralement et le 
rattacher à la foi d'Abraham, l'Hébreu, en l'unité (de Dieu). L'âme 
aurait donc son origine dans le monde de la simplicité pure et 
de la vraie unité 3 . Par « mer et terre ferme » il faut entendre le 
monde inférieur et le monde supérieur. Le monde sensible est, 
comme nous l'avons vu, comparé à une mer ; le monde où l'on 
peut se sauver de cette mer s'appelle pays sec. Par suite de son 
profond sommeil, l'âme préféra rester dans cette mer, parce 
qu'elle n'a pas idée de la béatitude qui l'attend, et c'est pourquoi 
elle dit : « Prenez-moi et jetez-moi à la mer » ; sa souffrance aug- 
menta et les animaux de cette mer effroyable l'engloutirent. C'est 
alors seulement qu'elle reconnut le danger, et elle eût péri, si elle 

1 N!-îb^35m ripU&ObN D3îbN ï^fcHtt ibinfcbN ^tfbttbfl ; probablement il 
s'agit ici, dans le sens de la philosophie de Maimonide, de « l'intellect actif • 
(biOSbN bpybN, 33HDÏ1 bSti), voù; «owjtixoç), au moyen duquel la raison humaine 
arrive à « l'intellect acquis » (n&OnOttbtt bp3>bN, Î15p3ï"î bSIIÎtt, vûOç xa6' gÇiv), sans 
lequel la béatitude n'est pas possible. 

1 i-INDIOnftbN ûb&W ^3 ïnmstt fiaTU (ODSbN ■>«) ^fiS. De même, dans 
« les frères purs », i. c., p. 523 : Elle (l'âme) se rend compte qu'elle se trouve dans 
un monde étranger (^mabtf dbtf? ^D), etc. 

s ïïûJKOmbN ûbtf3>. Tanhoum emploie la même expression sur Hab., n, 2U : 

■^bN rïirrabN inpKoabM dba* TDsnba \tm ib* ittHp b^m wn. 

Dans le Dalâlat, Dieu reçoit souvent l'attribut de la simplicité pure, par exemple, 

i, 60 [f. 76 b) :i;nfcpbM môwba is rikrrabN rïaaonbN, etc. 



TANHOUM YEROUSCHALMl 149 

ne s'était pas réveillée du sommeil de la sottise *, si elle n'avait pas 
imploré le Seigneur et invoqué son secours. C'est ce que signifient 
ces mots : « Et Jonas pria vers Dieu de l'intérieur du poisson ». 
Après que l'âme eut fait pénitence, elle fut jugée digne de prendre 
le gouvernail et de se diriger soi-même ainsi que les autres sous ses 
ordres. Ceux-ci reconnaissent sa souveraineté, accomplissent ses 
prescriptions, cessent leurs mauvaises actions et leurs iniquités 
et s'efforcent d'atteindre le but proposé. C'est ce que marquent 
ces mots : « Et les gens de Ninive crurent en Dieu, établirent un 
jour de jeûne et grands et petits s'enveloppèrent de sacs. » Cela 
arriva après que Jonas leur eut annoncé le message de Dieu, qu'ils 
ne pouvaient contredire et auquel aussi le poisson qui avait avalé 
Jonas dut se soumettre, si bien qu'il le porta au lieu de sa desti- 
nation, c'est-à-dire que l'âme a été conduite â sa source, au 
monde intelligible. C'est ce qu'expriment les paroles suivantes : 
« Et Dieu donna au poisson un ordre, et le poisson vomit Jonas 
sur la terre ferme. » C'est à ce moment seulement que Jonas put 
admonester les gens de Ninive et qu'ils lui obéirent ainsi que 
leur roi, c'est-à-dire l'instinct du mal, qui est désigné ainsi ail- 
leurs (Koh., ix, 14) 2 . 

Les mots : « Une grande ville de Dieu » veulent dire que l'âme 
doit être conduite à la connaissance de Dieu, et les mots : « long 
de trois journées de voyage » signifient que l'homme, pour les 
trois forces principales qui le dominent, a trois organes : le cœur, 
le cerveau et le foie 3 . Les mots : « hommes et bêtes » désignent 
la plus haute de ces énergies, qui peut se comparer à l'homme, et 
la plus basse, qui se compare aux bêtes, ou encore l'énergie pen- 
sante, qui n'appartient qu'à l'homme, et les autres forces qui sont 
aussi l'attribut des bêtes. Enfin, les mots : « après quarante jours » 

1 nbNÏTÔN n72")3, expression qui revient souvent chez « les frères purs », par 
exemple, l. c, p. 29 : lïbKîlâbiN Û"l3 ; expressions analogues, ib., p. 514 : ÏTTpi 
ï—îbs^bfrî Û1D ,!"ibNÏ"rôbN, etc. La dernière expression « sommeil de l'indolence » 
se trouve aussi dans Daldlat, II, 10 (f° 225). 

* Dans son commentaire sur ce verset (publié par M. de Kokowzow, p. 157 , note 1 30 
auquel Tanhoum se réfère ici, il est dit que par le grand roi il faut entendre le désir, 
et qu'il faut regarder les autres forces physiques et vitales comme ses auxiliaires et 

ses soldats : Hroiaba -npbN *pkoi ïTMnTOba rnp'btt b™ 'ptti 
r-roNOjn n3Ni3>N y*ttâbK b&pib&n &mban rrawibai irronaabN 

nn>2l5 "'b^ 'ptt'nm ÏTlTaNIN ï^rinjam. Cette idée se trouve déjà dans .e 
Talmud {Nedarim, 32 5). 

3 Ces trois forces sont : la vitale (ï~P3NTTlbN ïïlpbN)> la psychique (S-"npb& 
ï"P3NDS3bN) et la physique (ïTS^Sttbfit îllpbtf), et les trois organes y corres- 
pondent. Pour d'autres observations et la littérature, voir Kokowzow, p. 158* 
note 131. 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

reçoivent, grâce à l'allégorie, une explication originale. Le but 
de riiomme, c'est la perfection de l'âme ; mais cette perfection ne 
peut être atteinte qu'à l'âge de quarante ans 1 . Nos Sages disent 
dans le même sens : Abraham était âgé de quarante ans, lorsqu'il 
reconnut son Créateur 2 . 

Notre corps est naturellement imparfait et forme donc un ob- 
stacle pour l'âme dans son aspiration à s'unir à sa source. De là 
vient que l'âme croit d'abord qu'elle doit s'efforcer de détruire le 
corps et s'en délivrer. Mais une connaissance plus approfondie 
montre qu'il en doit être autrement. Voilà pourquoi nous lisons 
dans notre livre que Jonas, au premier moment, éprouva du cha- 
grin que les Ninivites ne périssent point et que, grâce à leur 
pénitence, ils continuassent de vivre. Alors Dieu lui révéla que le 
perfectionnement de l'âme peut se poursuivre parallèlement à 
l'accroissement des forces corporelles et que la justice de Dieu 
exige que chacun reçoive en partage ce qu'il a mérité par son 
effort 3 . Comme le corps, pour avoir développé ses énergies 
vitales, n'a pas cessé de se soumettre à la direction de l'âme, il ne 
doit pas perdre ce qui lui revient, ni, d'autre part, recevoir ce 
qui ne lui est pas nécessaire. En d'autres termes, la justice di- 
vine demande que l'âme comme le corps obtiennent tout ce à quoi 
ils ont droit de par leurs qualités et leurs destinations respectives, 
jusqu'à ce que le temps de leur préparation morale, dont Dieu a 
fixé la fin, soit passé. C'est là le sens des mots : « Tu t'es affligé 
au sujet du kikayon. . . moi je ne m'affligerai pas sur Ninive. . . » 

Cet effort pour sauver les Ninivites comporte encore une autre 
interprétation allégorique. Par Ninivites, il faut entendre des 
âmes qui sont plongées dans le monde sensible. Lorsqu'une âme 
s'unit à l'intellect autant qu'elle le peut, malgré son enlizement 
dans la matière, elle ne se contente pas de son propre salut, mais 

1 Conformément à la parole de la Mischna (Abot, v, 21) : HS^ab D^S'IS "p. 
Chez les « frères purs » [l. c. , p. 12) il est dit que l'homme après sa quarantième 
annie entre sous la direction de la force angélique (îT^bttbN ÏTIpbtt ou ï-npbN 

* n&ma nN tsima» *p5ft HW '-in "p b"T b-WNbtf bip ins <?y 

(Gen. ]£., xxx, 8). Partout le passage est ainsi conçu : HjIU n"?2 p> et Kokowzow 
(p. 159, note 134) remarque justement que Tanhoum paraît avoir tiré cette parole 
indirectement de Maïmonide (Hilchot Aboda Zara,\, 3), qui a aussi Û^'^'IN- Celui- 
ci a eu sans aucun doute une pareille version sous les yeux, voir les commentaires 
in loc. 

» ïipnno^ si» n bN ^noa Sa bar^ "ir^ ïiDNbs b^bs wqki 

ÏTT&n^nOiNS. P ar TN^nDN « disposition », il faut entendre, d'après Alexandre 
d'Aphrodisie, l'intellect hylique ou matériel (^NbvïlbN ^pjbfi* /^NbTïlfi bS'JÎ, 
vouç 7ra6v)Tixôç) ; voir Munk, Guide des égarés, I, 306. 



TANHOUM YEROUSCHALMI 151 

elle poursuit aussi le salut des autres âmes, en les instruisant et en 
les exhortant au bien. De la sorte, elle devient l'instrument de 
leur salut l , tout comme Jonas, après s'être sauvé lui-même, a 
sauvé les Ninivites. Cette explication, ajoute Tanhoum, est belle 
également, toutefois la première cadre mieux avec l'ensemble. 

A la fin, Tanhoum s'excuse de s'être attardé longuement à ce 
livre et de s'être écarté de sa façon habituelle 2 . Il explique 
qu'une telle explication allégorique présente une utilité particu- 
lière. Les hommes sont déterminés par là à veiller sur leur âme 
et à réfléchir sur leur origine et sur leur fin. Il serait du plus 
haut intérêt de décrire notre histoire à l'issue du Kippour, parce 
qu'à ce moment les désirs sensibles ont disparu, que l'âme est 
mieux disposée à recevoir l'enseignement et à prendre conscience 
de ses devoirs. D'ailleurs, nos docteurs, en vue de montrer l'ef- 
ficacité delà pénitence, ont donné au livre de Jonas la place d'une 
Haftara dans le rituel de Kippour. Mais si, à côté du sens exté- 
rieur, l'on faisait connaître le sens interne et profond du livre, le 
repentir serait inévitablement renforcé. 

IX. D'après ce qui précède, on peut résumer ainsi la signification 
allégorique du livre de Jonas : « L'âme rationnelle, qui a son ori- 
gine dans le monde spirituel ou intelligible (le xocpoç votjtoç des 
néo-platoniciens), descend dans le monde sensible et entre dans 
le corps humain, pour le diriger et par là se perfectionner soi- 
même et ennoblir le corps. Dans son nouveau séjour, l'âme a 
tôt fait d'oublier son devoir et s'enfonce dans la mer des incli- 
nations sensibles ; si elle ne se réveille pas à temps, elle est con- 
damnée à périr. Seule l'acquisition de la vraie connaissance lui 
fournit le moyen de soutenir la lutte avec la matière qui l'entoure, 
de se ressouvenir de sa haute origine et d'y aspirer. Par des 
efforts continus l'âme parvient, à la fin, à se réunir au monde 
intelligible et s'assure la béatitude éternelle 3 . » 

Comme on voit, nous sommes en présence du fameux problème 
de la « conjonction de l'âme avec l'intellect actif 4 ». La source d'où 
notre auteur a tiré ses réflexions est principalement Maïmonide. 
Nous savons, en effet, que Tanhoum, en matière philosophique, suit 

1 Les « frères purs » (/. c, p. 566) enseignaient de même que les âmes, déjà arri- 
vées à la perfection, viennent, une fois délivrées du corps, au secours des âmes qui 
n'ont pas encore atteint ce degré et qui sont encore liées au corps. 

2 ÏT~Pà ">D t>iD^bD72 )y Ï"PD NSinSl- Tanhoum reconnaît donc que l'allé- 
gorie n'entrait pas dans la plan de sou exégèse et qu'ici il a fait exception. 

3 D'après Kokowzow, préface, p. 101. 

4 Cf. Hannes, Das Averroes Abhandlunr/ uehr die Moeglichkeit der Conjunction, fas- 
cicule I (Halle, 1892), p. 5-10. 



m REVUE DES ETUDES JUIVES 

ses traces et qu'il parle de lui avec la plus profonde vénération l . 
D'autre part, les indications dans les notes (et c'est là un des grands 
mérites du travail de M. de Kokowzow) ont prouvé que Tanhoum 
a également subi l'influence de la philosophie néo-platonicienne, 
telle qu'elle est développée chez les « frères purs ». Il lui a em- 
prunté beaucoup de termes et surtout la doctrine de l'émanation 
qui, à la vérité, avait pénétré plus tôt dans la philosophie juive 1 . 
Il est plus difficile d'établir si Tanhoum, dans son allégorie d'ici, 
est original ou si ici également il a procédé à la façon d'un compi- 
lateur. Il est vrai qu'il écrit lui-même, dans sa préface, que notre 
livre n'est interprété par certains que suivant son sens intérieur, et 
que Zerachia b. Isaac de Barcelone (fin du xm e siècle) indique 
l'explication allégorique de notre livre comme une chose connue 3 , 
et bien mieux, un chroniqueur du x e siècle dit déjà que la pro- 
phétie de Jonas renferme en soi une fine allégorie 4 ; toutefois jus- 
qu'à présent on n'a pas réussi à trouver un semblable commentaire 
allégorique sur notre livre. Il faut également faire remarquer que 
le Zohar aussi dans la section Vayaqhèl, explique le livre de 
Jonas d'une façon allégorique : Jonas symbolise l'âme, le vaisseau 
est le corps humain et le pilote représente l'instinct du bien 5 . Cette 
explication est traduite en hébreu à la fin du Midrasch Yona 6 , et 

1 Voir plus haut, p. 132, note 1. Cf. aussi Féloge dithyrambique de Tanhoum en 
l'honneur de Maïmonide dans l'introduction à son Lexique, intitulé "»B&Obtt ^tiJ-lfabN 
(Goldziher, p. 42-43). 

1 Ainsi par exemple, dans le xvi e chapitre de la psychologie de Bahya, voir plus 
haut, p. 448, note 3 ; dans cet ouvrage l'influence de la Théologie attribuée à Aristote 
et des idées néo-platoniciennes se fait vivement sentir ; cf. Schreiner, Zeitschr. f. 
hebr. Bibliogr., I. 121 ; Guttmann, Monatsschr., XLI, 450; Harkavy, D3 D v £nn 
Û^IZJi, X, 18. 

* Voir dans 153 fE IXIM, H, 137 (tité par Kokowzow, p. 102, note 3), sa polé- 
mique contre Hillel de Vérone : ^^ 13 'p^N" 1 "p^tt ab ÛDfl ba "O 3>Tn 

s-wnEa nmn îidid isn ï-naanB (Vjdt niana b"n) kwi irrcnôîn 
fcaa ?ni fr^on nanabi rnsob fia r^a:n n-nn r-ibsnntan imiaaïi 
tzywin iban t-narafi iba ^bn jwid "^b p. 

* ^"nNnbtf 3tfna, éd. Neubauer [Mediaeval Jew. Chron., 11,103) : rt*7ÎT3> ^b^l 

nb r^-ià 1N5 N731 ^nftN p w riias jNa (««y» p û*3T in* ^ 
a-iis ï**fibNbr«3±Ni ft*rôb« r-isaai fisipi nb r-nnba y«bna«i 

î-lp^plbN S^h^NbN ■jbà'tt ><bn» nb fi3Nn30 fibbtf. Cf. Bâcher, Re- 
vue, XXXII, 140-144, que je suis également pour la fixation de l'époque de cette 
chronique. 
« Éd. Vilna, II, 199 a : TZ» W f<ntt1û3 ■frp» >*1 fi^Bûb Jnnai ÏVV 

rrvn» ^n uîs *m a"*y» ...3"an ï-ibijû ■nn^b xnby ■wfc s-inrm 

3"na rrn ^mn pnsttb {-ma» i»p N3nab m*n« ab ï-rna©3 
aTO» -irran nrj w t^n bmnn an *jnt3 Sainn a-i -pb« 3*ip*n 
'toi t^ba. 

6 Beth ha-Midrasch de Jellinek, I, p, 103 : ï-ïB^in "1T fi^BDb 'TPlD ÎW 1 

'lai ïi^sob btD»Drt ma bus spaa nvnb tttïi abi^a mmui. Cf, #***., p. xx. 



TANHOUM YEKOUSCHALM1 153 

c'est sur elle que s'appuie le commentaire d'Elia de Vilna sur notre 
livre ! ; ce commentaire contient encore d'autres traces de l'allé- 
gorie que nous venons d'exposer 2 . On pourrait donc supposer 
que Tanhoum et le Zohar ont emprunté l'idée principale de cette 
allégorie à une source commune, mais cela est peu probable. Il 
faut donc admettre, avec M. de Kokowzow, que Tanhoum, à 
l'instar des exégètes rationalistes de son temps, a appliqué à ce 
livre biblique d'une manière personnelle les principes de la philo- 
sophie maïmoniste. 

C'est l'application de ces idées qui, comme nous l'avons fait 
remarquer, confère une valeur particulière au commentaire de 
Tanhoum sur Jonas. 

Et maintenant, il nous faut, au nom de tous les amis de la litté- 
rature judéo-arabe, remercier M. de Kokowzow pour son édition 
exemplaire, son excellente traduction et ses notes substantielles, 
qui partout révèlent le maître. Nous exprimons le souhait que le 
vaillant écrivain nous mette à même de parler bientôt d'autres 
publications de sa plume sur cette même littérature. 

Samuel Poznanski. 
(A suivre.) 

1 Cf. Horowitz, f-niS» r\1M (Berlin, 1881), I, p. 13. 

» tôt U3"nuin i-iNipa *pi ...^nnn ra"«a ri^^n r*rn iî nav 
éwïto îTn* f^n iw*a ...vi»« nihid ï-Tapnb p ^nttN p ...inttri 
a"m:n û->b bisnaio ï"m$ r**in ta^n'bN ...irma a-ir. rbsn iann 
^n^sn abm m^n in qian to'U'rarift on ta^nbîan larm ...nwa^b 
...abn kito tz^^nn raan xïï-l bainn an rb« t<-ip^ ...r-nma 
tourna» nawi inan nara pios b^ nriTa o"73a -osn nn? n»&rn 
>nnu5 nasm dra "ydsïi araœ l-rb^abia *"a Ss> œnsb ia^ pn 

'iai ni^ nnDH 'Wtt. 



DU SENS 

DES MOTS M^iD ET tt£, ^PTO ET "fflî 

I t - • t : - 

DANS LE MIDRASGH 



1 



L'Arouch (s. v. rrbis) cite trois passages du Yelamdènou où se 
trouve le mot nbiD. 1° sur Lévitique, v, 21, Yelamdènou portait, 
comme l'Arouch nous l'apprend encore plus clairement s. v. ps : 
o^dîti ^W2 y~iv ïttï-j nbiD- t^ 'idt 'fbwn n« "ib^rra pDi nbnsb 
■imN \-v:d pb ^ow^ 3n"p -iran &nn amn pan bas ,rm^n pb "»ïtib 
Que signifie le mot nVis ? Un homme qui, ainsi que le dit le passage, 
connaît les lois et les usages du roi, ce qui le distingue du *pD, 
qui, à cause de son ignorance des règles, n'est pas puni pour ses 
contraventions. Levy {Neu/iebr. Wôrterb., IV, 48a) le traduit 
par serviteur, en le dérivant de la racine aram^enne nbo hébraï- 
sée. Konut le comprend de môme (Aruch, VI, 339 fr, 5. v.), tout en 
remarquant (cf. Levy, IV, 62a) que ce passage du Yelamdènou se 
trouve dans le Tanhouma an^\ 6 (éd. Buber, 11) sur le même 
passage de la Bible (Lévit., v, 21) et, qu'au lieu de nb"iD, il y a un 
mot d'un sens tout différent, 'pabap. Voici le passage : rsttb btttt 
iNarna ■paba p -inai -omp ina ans ^n ■opb r-rain "Dnrs 
tin /in» r<-jn iNtan fcarràDffl nan ,f-rn"»:ib bb*n ^bfctt hy tzrsvc 
■pnabs ^aa nb i-ie» .^oswm jna f-nabs pbi ïampb hsd ,s-to* 
rnn: "pnabs pbi r-pas "srnpbi ^na t^an ■wan larron ,ibio 
ïiè r-nab»n ^o^-o y*iv iras vnas •wnpb onb na« .todid^n 

ITT73 mSbM ^pD3> JTP1 i»* Nirt tST^I ÙV ^D3 "p-J^bs p S^N ,ïn 

^mp airs tpan *p ejn .vbr >*s? pi ira ^bstN t-tfannm in 
ttbjnab» pnabs p «sam /î-pû™- p nar ûnan nx t^ïrbs ■« 'wn 
tSDsb ipdi tpsb roa ^sb ..."inbh tsmaiDi û^n t-i»iû3 ^ssa rwn 
."pOSis^ « Lorsque le corps et l'âme pèchent, c'est comme si deux 
hommes, un i5mp et un ■p'iaba p, manquent au roi, et bien que 
celui-ci apprenne par l'interrogatoire que tous deux ont commis 



DU SENS DE CERTAINS MOTS HÉBREUX DANS LE MIDRASCH 155 

la même faute, il absout le wip et punit le ^*ttftu p. Gomme ses 
•p-iabs ">aa lui témoignent la surprise que leur cause cette sentence, 
il dit : « J'ai absous le -omp, parce qu'il ne connaît pas les usages 
de la cour, mais le 'p'iabD la est tous les jours auprès de moi, il 
connaît les habitudes de la cour et le châtiment qu'entraîne 
chaque délit. Le corps de l'homme est un Wip : l'Eternel l'a formé 
de la poussière de la terre (Genèse, n, 7), mais l'âme est un "p^abD fa 
du ciel : Dieu souffla dans la narine de l'homme le souffle de la 
vie (Genèse, n, 7), et lorsque l'un et l'autre pèchent, Dieu absout le 
corps et punit l'âme. » Ici se trouve, au lieu du mot obscur nViD, le 
mot bien connu 'pltabs p, qui désigne un des nombreux officiers du 
palais royal, lesquels sont également mentionnés ici. D'après cela, 
rtbiD, malgré le sens de la racine du mot, ne pourrait guère dési- 
gner un simple serviteur, qui ne connaît pas les mœurs de la cour ; 
ce serait plutôt un fonctionnaire du palais qui se trouve chaque jour 
dans l'intimité du roi et qui a l'occasion d'apprendre les règles à 
observer ; ce serait un palatin, comme Levy (IV, 51 a) traduit 
l'expression "p^rjbD fa. 

Le second passage que l'Arouch cite du Yelamdènou (sur Deut., 
vu, 17-26) au sujet de nbis est le suivant : 'pœaib "pnbiD b«J p^tt 
,1^*13» tsa^Viaa « Les ^nbis ont l'habitude de porter des souliers 
garnis de clous. » On admet, à ia vérité, difficilement que des 
fonctionnaires de la cour portent de tels souliers, qui font penser 
plutôt à des hommes du commun. On ne peut pas admettre que 
TAgadiste se soit trompé ; les souliers garnis de clous étaient, en 
effet, chose très ordinaire en Palestine, et on ne les aurait pas 
signalés comme une particularité du costume des "pribiD-, s'ils n'en 
avaient pas constitué la marque distinctive. Mais la prescription 
de la Mischna (Sabbat, vi, 2) : -pma »bi -ieide bnaoa œiNfi n^ ab 
,ï-Dtt ibyia \*$m pTa « On ne doit pas marcher le jour du sabbat en 
souliers garnis de clous, même si on n'en porte qu'un seul, à moins 
d'avoir une blessure au pied », l'épisode raconté par les Amo- 
raïm, au temps delà persécution d'Adrien, que le Talmud cite pour 
appuyer l'interdiction de la Mischna (Sabbat, 62 a ; j. Sabbat, vi, 
8 a, 10-15) et les autres mentions faites de la coutume qui ré- 
gnait chez les docteurs de la Palestine (Sabbat, 62&), montrent clai- 
rement que chez les Juifs, ce n'étaient pas seulement les campa- 
gnards et les domestiques, mais aussi des docteurs qui portaient 
de telles chaussures. Or, le premier passage du Yelamdènou nous 
a montré que le nbiD faisait partie de l'entourage de l'empereur, 
ou de la haute administration romaine ; il faut donc aussi prouver 
que les souliers à clous étaient employés chez les Romains. On 
sait généralement que les soldats romains portaient de ces sou- 



156 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

liers ; des sources judaïques en font aussi mention. Josèphe, par 
exemple, raconte (Bellum Jiidaicum. VI, 1, 8, 85) « que le cen- 
turion Julianus (de l'armée de Titus, à l'assaut de Jérusalem) 
portait des souliers garnis de clous, pointus et serrés, comme tous 
les autres soldats ». C'est ce que les Agadistes savaient égale- 
ment, car Samuel bar Nahman [Echa Rab., sur n , 7) dit : 
« Lorsque les païens (Romains) pénétrèrent dans le sanctuaire, 
ils mirent leurs mains sous leurs nuques, regardèrent en l'air, 
blasphémèrent et vomirent des injures, m-iaottn diari FTDW 
,* ©npfcî-j mn ypnpz tywosbixn et les clous de leurs souliers (caliga) 
laissèrent des traces sur le parvis du temple. » D'après cela, fib"©, 
dans notre passage serait un soldat romain, et si l'on tient compte 
de la première phrase de Yelamdènou, un soldat occupé dans le 
palais de l'empereur, une sorte de garde du palais ; ce n'est pas 
nécessairement un simple soldat, ce peut être aussi un centurion, 
comme le montre clairement le passage de Josèphe. 

Voici le troisième passage du Yelamdènou (sur Deut., xu, 29) 
cité par i'Arouch : "moiaira "pnbns t:d bsnu^û *rrm inN tes ^nora 
,&tt:rp abus ima « On prépose à chacun des Israélites deux *pnnD, 
pour qu'ils le surveillent et l'empêchent de faillir. » Moussafia, 
s'appuyant sur le contexte, crut reconnaître ici le mot <puXa£, ce 
que repousse Kohut. Il est certain aussi que ce terme ne peut dé- 
signer des domestiques, dont le rôle n'était pas de surveiller les 
hommes. Mais, à mon avis, aucun de ceux qui ont expliqué le 
mot n'a remarqué que la phrase du Yelamdènou, tronquée par 
I'Arouch, a été conservée en entier dans le Tanhouma "rnp'im, 2 
(Buber, 3) comme ayant été dite par R. Josué ben Lévi : m nb^N 
■»a« cttwtû -nn 'ppib tan r]N bantzp iNarpioa dwn m»iNn 
,-iNam sbttj banian in&o inx Sd ïnEiaa ot© "ns j , b , pbiûo , »k 
« Si les peuples savaient que les péchés d'Israël leur attirent éga- 
lement des châtiments, ils placeraient deux soldats auprès de 
chaque Israélite pour l'empêcher de pécher. » Ce passage con- 
firme ce que nous avons dit, à savoir que nbiD désigne un soldat 
romain, puisqu'ici il est rendu par le mot avanttD'W si fréquem- 
ment employé. Nous arrivons au même résultat en considérant 
que, dans le premier passage, on oppose à nbis, ps, qui ne repré- 
sente pas un campagnard, comme le latin paganus, mais ainsi que 
le prouve très bien Fùrst (Glossariarn, s, v., 162 6) par une cita- 
tion de Suidas et par le Midrasch « un homme qui n'est pas soldat, 
qui n'est pas dans \a.milUia, qui n'a pas de fonction administrative, 
un homme privé ». Celui-ci, naturellement, ne connaît pas les 

1 Sur le texte correct de ce Midrasch, voir Arouch (II, 291 a), Levy (I, 311 a), 
B»cher (Agada derpal. Amoràer, l, 538) et Buber {Midrasch Echa, sur n, 7). 



DU SENS DE CERTAINS MOTS HÉBREUX DANS LE MIDRASCH 157 

usages de la cour, qui ne s'étendent pas au delà d'un cercle très 
étroit, ribiD, qu'on lui oppose, est donc un soldat ou un fonction- 
naire et, si on tient compte du contexte, un soldat ou un fonc- 
tionnaire du palais ; d'autre part, comme nous le voyons en rap- 
prochant les trois passages, c'est un garde du corps. 

Maintenant on peut se demander quel était le terme primitif 
qui est devenu "piEbs p dans le Tanhouma et fibiD dans le Yelam- 
dènou, car ■j'nabs p, à ce qu'il semble, n'a pu être traduit par 
nbis, taudis que l'inverse, si ce dernier est un mot étranger, se- 
rait plus vraisemblable. Gomme c'est une expression de R. Josué 
ben Lévi que le Tanhouma rend par awitaDlM et le Yelamdènou 
par nbiD, on pourrait renvoyer à Ruth Rab., n, 5 (cf. Lévit. Rab., 
ii, 3), où le même docteur explique trniDK (Ruth, i, 2) par palatin i 
(■wabaa), puis Nombres Rab., i, 12 : mpen ab 11b maa hN *|N 
Sot ."ph 'prabs iib Sid laaiB Nba î^&mai dj> iwa ^b ïnab 
nN nvz ^b oiaiDDinob heni rmtt ïmsi^b ib £iuj ^bttb 
,i3ab itti^'n ^ii^bn yn yin nwabïi « Pourquoi les Lévites n'ont- 
ils pas été dénombrés avec les Israélites ? Parce que leur tribu 
était des palatins. C'est comme un roi qui commande à un géné- 
ral de passer en revue ses nombreuses légions, à l'exception de 
celles qui sont de service auprès de lui. » Cette citation montre 
que l'on désignait par le mot palatini les personnes de l'entou- 
rage du roi. Nous savons aussi qu'à la cour de Byzance, dont les 
mœurs se reflètent sans doute dans ces mots étrangers, on choi- 
sissait dans les légions les officiers palatins qui faisaient au palais 
impérial l'office de garde du corps *. 

De tout cela il résulterait que dans les passages que nous étu- 
dions, où nbiD répond exactement à officier palatin, à la place 
de ce mot énigmatique se trouvait i^abD ou "pnubD p. D'autre 
part, Procope rapporte [Historia arcana, III, 136 et suiv.), en 
parlant des soldats de la cour, que les officiers supérieurs de la 
garde s'appelaient 8o[/.ê<jtixoi ts xaï rcpor^xTopsç, et il serait pos- 
sible de ne voir dans "p^ba p que la traduction littérale de 
domesticus*. Mais tout cela ne donne pas l'étymologie de nbie, 
et j'attends des philologues de profession qu'ils établissent 
l'origine du mot de racine araméenne que je ne m'explique 
pas bien. 

Il faut encore remarquer que le mot se trouve à côté de pa et fait 
probablement partie du vocabulaire latin, comme les noms de beau- 
coup d'autres fonctionnaires byzantins. 

A la place du mot étranger pe, le Tanhouma met i^mp, ce qui 

1 Cf. Schiller, Greschiehtt des rôm. Kaiserreichs, II, 98 et suiv. 

1 Cf. Mommsen, Sphem. epigr., V, 121 et suiv., 139; Fùrst, p. 19. 



158 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tout d'abord semble une traduction étymologique, qui ne tient aucun 
compte de la signification de paganus. Celui qui a remanié le pas- 
sage du Midrasch ne connaissait évidemment pas l'expression. Il 
est intéressant d'établir ce fait, non seulement pour la phrase qui 
nous occupe, mais aussi pour l'intelligence d'autres passages impor- 
tants. Car si nous n'avions pas le mot dans le Yelamdènou à côté de 
•pD, nous traduirions d'après la Mischna [Demaï, n,4) ba">p\D Wlpfci 
iifctanroa îTTCJ et d'autres passages du Talmud, ^mp par provin- 
cial, — par opposition avec le citadin — ou, d'après l'araméen, par 
paysan ; mais aucune de ces deux significations ne s'accorde avec 
le contexte, ni avec le rapprochement de ismp et de "pubs \%. 
Le passage de Tanhouma wvruft, 2 (Buber, 2; cf. YalUout Makhiri 
sur Isaïe, p. 4, 25) n'est pas plus explicite : Oiasu) "pubttîb biû» 
ipûb© tosa jto /îbot» wwa Finit* bus ■puT'anao"'» i«a ,i-i3"niïb 
^abuîïi ht onb -i72N in» ^mp s^n .^nan ïi^tra tzi-^y naib 
-iaib "pbisn is« *pN ib tien .1332 ^imb hwi nai iarrw ***in 
jWa 1733» nm *jamK Niïi un totbft ,1733» « C'est comme lorsqu'un 
souverain vient dans une ville, et que les soldats de la ville 
viennent chez lui; quand il leur parle ils s'intimident; alors arrive 
un Wip et celui-ci raconte que le souverain est son ami, qu'il lui 
parle souvent ; les soldats lui disent : nous ne pouvons pas lui 
parler, mais comme il est ton ami, parle-lui pour nous. » Ici les 
soldats de la ville (officiers) qui, par leur position, sont plus près 
du souverain, mais qui sont intimidés par sa présence, sont évi- 
demment opposés au particulier, qui n'a que des relations particu- 
lières avec le souverain. Mais rien n'indique que ce particulier 
ne soit pas de la même ville que les soldats ; qu'il soit d'un village, 
comme on l'admet généralement, cela est tout à fait invraisem- 
blable. Il convient de citer ici ce texte de Genèse Rab., xvm, 3 : 
,iwa«"HB fcobm rmpb iiaa "paM *m n^a, que Bâcher [Agada 
der pal. Amorcier, III, 413) traduit : « Heureux l'habitant de la 
petite ville dont le roi est le paranymphe. » Cette traduction, à ce 
qui me semble, ne rend pas tout à fait le sens. Car on ne com- 
prendrait pas pourquoi le citadin ne se sentirait pas aussi flatté 
qu'un habitant d'une petite ville, d'une telle distinction de la part 
du roi. Mais si rmp est un particulier sans aucune relation avec 
le roi, en opposition avec le 'pabs *ja, qui n'attache pas tant de 
prix à la distinction du roi, parce qu'il le voit fréquemment, le 
sens devient compréhensible. 

Dans le Tanhouma (Buber, ïthz) ^n, 2) cette expression de R. 
Abin est ainsi rendue : wna tniN *jbttïi non ■ptt ^tvj» ^i^n 
.D^wn ba swnii 'ara r-pab -à ï-ra^biTai Là le mot *oito est à la 
place de l'araméen ïmp; mais le sens se retrouve difficilement 



OU SENS DE CERTAINS MOTS HÉBREUX DANS LE MIDRASGH 159 

dans le mot hébreu. C'est encore en traduisant mal d'après son 
étymologie hébraïque, que le mot T$ désigne dans le Midrasch 
un village sans que rien le justifie. Mais les passages qui con- 
tiennent ">rrp? confirment le sens établi ci-dessus de rmp et de 
nmp. R. Lévi dit dans Lévit. Rcib., iv, 2 : "nu» rp™ "Wtfb buiiï 
■*T ôï£r ij^n tabi* *v\yn ba ï-iV»»kmw ^d hy ïjn fob» na 
1UJD3 ûn aa^s b^D"»» n?a ba *p ,fca^3bïï na aonra iob ,n»b ,mann 
.nb^ttba n^nœ ,n»b ;nmn vr* «by» ns^s « C'est comme un ■om? 
qui a épousé une princesse ; même s'il lui offre les mets les plus 
délicats, il ne peut pas la satisfaire, parce qu'elle est une fille de 
roi; il en est de même de lame : tout ce que l'homme peut faire 
pour elle, ne parvient pas à la satisfaire, parce qu'elle vient du 
ciel. » Peut-il s'agir ici du villageois ou de l'habitant d'une petite 
ville ? Mais l'habitant de la grande ville lui-même n'est pas l'égal 
de la princesse. Il n'est pas question ici de l'importance du lieu 
d'où l'homme est originaire, mais du monde auquel il appartient; 
ce n'est pas un "p-iabs p ni un Dis^aa (cf. Ruth Rab., n, 2 : dvnDK 
(■^ao^aiN nttiN rp&tjo nn 3>tt)nrp 'm iMpûba -iïïin "nb p show 'n 
et les mots \& } tT^p, Wlp et wv, d'une part, et i">abs p, d'autre 
part, marquent précisément l'opposition entre celui qui fait partie 
du palais du roi et les autres. Cela ressort encore d'un autre texte 
de R. Lévi (Pesihta, 117 b) où se trouve ce même mot : awnMfcb 
ï-rmo tiT ,t-iwn p "inai *iTpy nna 'prpaïaïuj ikj nb i-nnia 
m 3 «bn na transa na c**bi : i^aws nan nb -iein nin *2yps 
: ■pmffipp t=n3T nb nms n^n nnE p n^ïiïû nn .rua traïa/tf 
ïrrra m by myv *p .' mn tPDWp na «bi na* fc?"*33> na s**b 
Sia nnan bN-nyb naiNi çznbprpb aaaa n^n fc-nrfljrç ^tt* 
■rna:» inn csnan* s^t^e ^b"<« ,apan n^3 ^ na/i vns$ : ^mrra 
,SFbiDn"rM n3"«i7D p s-prrçi ■n-* S^ ïtj?idi ta-ia .pnnnaN 
■>3^itp ■" n3T ij^auj ."jmarp bo tanai Sani^b -iein n-^n 
t^nNEûbo >*e? p Kb jhnniïis ta? nmb» nnn irTNn ta-no 
">T bsn pin ta^na trottai yvûN "nb ian n?a« .^rw aiion i^»jh 
ïmç»p anan Scrwb n^iN n^n ^b» Sœ *pn$* itouf !-nnia 
.niT^ r»*" 1 n^icsn n^a nH*i n^a « Une matrone avait deux para- 
nymphes, un irrr? et un nn» p. Le ^ttj> lui disait des paroles 
de consolation quand elle avait péché : « N'es-tu pas fille de gens 
de qualité, n'es-tu pas de haute naissance ?» Le rwn» p lui disait 
des paroles blessantes : a N'es-tu pas la fille de pauvres gens dans 
la misère ? » C'est ainsi que vint à Jérusalem Jérémie, laTP* de 
Anathot, et il apostropha Israël par ces mots consolants : « Ecou- 
tez la parole de l'Eternel, maison de Jacob : vos pères ont accompli 

1 Le Talkout Makhiri, sur Isaie, p. 9, 18, porte : fû fcÔ ,PN ■pTlT n3 Nb 



160 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de si belles actions. » Mais Isaïe, qui était un rmito fa de Jérusa- 
lem, dit à Israël des paroles blessantes : « Ecoutez la parole de 
l'Eternel, princes de Sodome, prêtez attention aux enseignements 
de notre Dieu, peuple de Gomorrhe ; ne descendez-vous pas du 
peuple qui a été vomi par Sodome et Gomorrhe? » R. Lévi disait : 
« Amos et Amasia étaient frères, et Isaïe disait d'Israël des pa- 
roles blessantes, parce qu'il était le frère du roi, comme il est dit 
(Prov., xviiï , 23) : « Le riche répond insolemment ». Il faut 
d'abord remarquer que, pour expliquer les paroles du prophète 
Isaïe, le même docteur, R. Lévi, indique deux circonstances diffé- 
rentes : premièrement qu'il habitait Jérusalem, deuxièmement qu'il 
faisait partie de la famille royale. Et on se demande comment ce 
second motif se rattache à tout le récit, puisqu'on ne peut pas ad- 
mettre que R. Lévi aurait cité un fait aussi inconvenant. On ne 
comprend, d'ailleurs, pas que la rudesse de langage soit expliquée 
par la naissance et le séjour dans la capitale, et que les paroles de 
consolation viennent d'un villageois, puisque, tout au contraire, 
c'est le villageois qui se montre toujours peu courtois et sans tact, 
et que le citadin est plein d'urbanité. Mais, erî fin de compte, où 
sont donc les différents discours des deux paranymphes et des pro- 
phètes? Il n'y a que les deux phrases araméennes insérées dans le 
texte pour expliquer les passages cités de la Bible qui renferment 
des allocutions, tandis que ni l'anecdote de la matrone, ni celle 
de Jérusalem ne contiennent des indications sur l'origine de 
l'homme dont il est aussi question dans la seconde phrase de 
R. Lévi : le ^rm? parle a la matrone de sa noble origine, le la 
WW lui parle de sa basse extraction ; de la même manière Jéré- 
mie attire l'attention sur le grand Jacob, et Isaïe sur les Sodo- 
mites. Mais si les orateurs rappellent des ancêtres aussi différents, 
cela ne peut s'expliquer par la différence de leur résidence, mais 
parce que leurs relations avec la noblesse ne sont pas les mêmes. 
Isaïe, qui est de la famille royale, comme un des deux para- 
nymphes, un ■pcabs p, ne se laisse pas égarer par la haute origine 
d'Israël, pas plus que le garçon d'honneur ne se laisse intimider 
par celle de la matrone, puisqu'il [est lui-même noble, et lui rap- 
pelle ses ancêtres peu honorables; Jérémie,qui n'est pas noble, de 
même que l'autre garçon d'honneur de la matrone qui est un 
simple particulier, un *pD, à qui la noblesse en impose, rappellent 
l'un la haute origine d'Israël, l'autre celle de la matrone, mrw* 
et tr6ttrrp sont donc des additions du commentateur qui ne com- 
prenait plus la synonymie de ^TP* = ps et de rrntt p = "pubs }a. 
R. Lévi dit lui-même qu'Isaïe était de la famille royale, et la basse 
extraction de Jérémie est attestée par une expression de Samuel 



DU SENS DE CERTAINS MOTS HEBREUX DANS LE MIDRASCH 161 

bar Nahman [Pesikta, 118 àb) l ; il dit que ce prophète descendait 
de la courtisane Rachab, tT»"isa nnDiBatt ou rmas*. 

Dans Genèse Rai)., l, vers la fin, le même R. Lévi dit : biua 
o*an t-ia^nn p "iriNi "ws ina /panas "to inb -p™ wnab 
->3D3 tsms ^3N rmi ta« /pan n?a« .^n-mb lapai ^barj tarrb* 
ta^pna fpn ,^«a irrw irr»n ib-w ,tana"i« in tto* .rsa^arr p 
. . .i^b^ « Une ville avait deux patrons, un larvtf et un ïtpwi p. 
Le roi, étant irrité contre les habitants de la ville et voulant les 
châtier, dit : « Si je les réprimande en présence du Wflsïl p, ils 
me diront : « Si le ^rvy avait été là, il aurait plaidé notre 
cause. » La distinction des deux patrons, choisis certainement 
tous deux dans la population de la ville, d'après leur résidence, 
n'aurait aucun sens, puisqu'elle ne nous apprendrait rien sur 
l'importance relative de leur position. Mais, si le premier est un 
membre de la famille royale ou un officier supérieur et le second 
un simple particulier, la distinction se comprend. On pourrait 
enfin encore indiquer une Pesikta de date récente (Pesikta Rab., 
xx, 95 a) : iiriOT "pa ,b&nïiib rmn ^i~ *pna tanpn "jnDTOSi 
!-rayu> "\b12b ? tarama d">53ïîi i-ïnaia yiK ït73 ^3D?3n .a^aia tarerai 
tansa ^a ,naia isna ï^bi ibx» 10333 t<b D^ana ■»» /inab i-rsin 

NXi .-I72T ^73 Saai Dm»! fcarbaïa "p 30 ^ n3U: 13n:n TOS:S5 

maaa wrçj û^ana ^3a iabiapa amaa -173*0 ^ban ■rçab» maïi 
,^b» bttJ ina obpb riN3 ïtïi ûnb ^ba Su; « Lorsque Dieu donna 
la Tora à Israël, la terre se réjouit, parce qu'elle recevait la Loi, 
et les cieux pleurèrent, parce qu'ils la perdaient. Tel un roi qui 
marie sa fille : les *pa "oa ne viennent pas chanter de louanges, 
mais les *©a ^3a viennent avec toute sorte d'instruments. Alors 
le héraut du roi sort et dit : « Il est généralement d'usage que 
les *pa 13a, qui savent comment on honore le roi, chantent la 
louange de sa fille. » A ce propos, je voudrais encore citer Exode 
Rai)., xxiii, 7:^33 rm Tb^asm Y-*" 51 i:a ttauttia ^bab boa 
*a isan» : "ib n»K nabpb tapaa i3ai ^bab obpb fnBpaa "paban 
nobpb ï-iatnia ^a ^b\Ni "jaoa /oa : tanb naN .nbnn lobp-» 
■>3Dbp"> « Tel un roi qui délivre son fils de captivité ; à cette oc- 
casion les officiers de la cour veulent le complimenter ; le fils veut 
en faire autant. Quand ils demandent qui doit commencer, le roi 

1 Cf. Sifré, Nombres, §78, p. 20 b, et Meguilla, \kb. 

s 11 est vrai, nous trouvons de Raba dans Har/uiga, 13 3, ces mots : ïra ba 

na ns-ra "nsa pb nan b«ptrp nab .rvyw rtxo bôtpTrp tmno 
,*patt na rwnra '■pa pb narr ïtoti nabi ,rjb»ïi « Ce qu'Ezéchiei a 

vu, lsaïel'a vu aussi (et cependant les descriptions qu'ils donnent de leurs visions di- 
vines sont très différentes) : Ezéchiel est comme un villageois qui a vu le roi, Isaïe 
est comme un habitant de la capitale. » Mais cela n'a aucun rapport ni avec le heu 
de résidence, ni avec l'extraction des deux prophètes. 

T. XLI, n° 81. 11 



162 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

répond : « Mon fils, et après lui tous les autres pourront par- 
ler 1 . y> De là ressort clairement que les personnes qui, dans une 
occasion particulière, complimentent le roi sont les officiers du 
palais qui, dans la Pesihta s'appellent tpyo "03 ou wn» S U3, et 
qui ne sont autres que les palatins. C'est ce qui résulte très net- 
tement de cette circonstance qu'en parlant d'eux, on dit qu'ils 
savent comment on honore le roi ; ce qui répond exactement à ce 
que porte le passage qui forme le point de départ de toute notre 
étude, et la justesse de notre raisonnement se trouve ainsi con- 
firmée *. 

On peut encore prouver par le passage suivant de Genèse R., 
xix, 6, que wj* ne signifie pas « villageois » : dïTW "W nsnpsm, 
Ma mra ^ani wst p jsrrr n an aœa )iv "an ?"nn ■pano *yy 
mt bœ irnsn "»3Db na-i* ï-pïto ^i-p^b bsJE ,nE8 **y*p9 ian 
.■pa^pi nbpaa decrn pû'nai'm tmoia ïi«b7a nshp T^sb mm 
aba f taibD ^^72 ■'srîTj t^43N r-nbn 6«n 3>t ,nb hen TOam t:? 
•navi rnTH ^ïïs "jnb rtinn *p ,ma^ r-riaio ïtod "p ïi*n*n t*na 
« Leurs yeux s'ouvrirent (Genèse, ni, 7). Mais avaient-ils donc 
été aveugles jusque-là? R. Judan, au nom de R. Yohanan b. 
Zakkaï, et R. Berakhia, au nom de R. Akiba, disent : C'est comme 
un xrrpy qui passe devant le magasin d'un marchand de cristaux, 
où il aperçoit une caisse remplie de coupes et d'autres vases en verre 
fin, qu'il casse avec son bâton. Le marchand s'empare de lui et 
lui dit : Je sais que je ne pourrai rien obtenir de toi, mais je veux 
te montrer combien d'objets de prix tu as détruits. C'est ainsi que 
Dieu fit voir au premier couple combien de générations il avait 
livrées à la mort. » Levy traduit ici également le mot wv par 
« villageois ». Mais je ne puis comprendre en quoi un habitant 
de petite ville convient mieux au rôle que lui prête ce passage qu'un 

1 Un passade parallèle dans le Tanhouma (Buber, PibUJa, 13) porte : 13") HEX 

*i3a iaai nxpi rronbnb tvv "jbttb ï-tïï-h -mn ïrob ■nbn pas 
*]-V2y\ "pa *ib -n^tr, "iaa /jbtt Sïï v^ana ïmb û-pa masn naan 
,ï-ibnn m oaai ...fcanb -i7:n ?nbnn osa* 1 ■»» ,ùTa msaan cmaw 

« Tel un roi qui partit en guerre et fut vainqueur; son fils et son serviteur vont à sa 
rencontre avec des couronnes, dont ils veulent orner sa tête. Quand on lui annonce 
qu'ils apportent des couronnes et qu'on lui demande celui qui doit être introduit 
d'abord, il répond : « Qu'on introduise d'abord mon fils. » Ici serviteur est le pendant 
de Û"0-l3 ^a. 

i On ne peut pas faire entrer en ligne de compte ici le passage de Tanhouma, 

Buber, ^b ^b, 10 : ca-ib^a )2 mmo oiapmn p nTanba inna nwn 

,1'»S3T , ClbaO ,| KÏ1 "»pb*bl mab!Ob pipT V3K !"PÏT1 car, premièrement, la va- 
riante tDlb^D *ja, qu'on explique par "p^bD "ja, est incertaine et inintelligible, et 
ensuite R. Eliézer, d'après d'autres documents [Genèse Rab., xlii, 1, et Abot di 
R. Nathan, xm, 15 3), était fils d'un laboureur aisé et cultivait les champs de 
son père. 



DU SENS DE CERTAINS MOTS HEBREUX DANS LE MIDRASCH 163 

habitant d'une grande ville. Est-ce parce que ce dernier apprécie- 
rait mieux la valeur des vases de cristal? Ou bien un villageois 
ne peut-il pas être rendu responsable des dégâts aussi bien qu'un 
citadin ? Il ressort de l'ensemble de ce passage que wrs désigne 
un homme sans fortune, qui n'est pas en état de rembourser le 
dommage qu'il a causé. Le mot paganus avait-il ce sens? Je 
l'ignore. En tout cas, il désigne un homme de basse origine et de 
petite situation, ce qui, dans l'antiquité, équivalait au manque de 
fortune ; paganus pouvait donc également signifier « un homme 
dénué de ressources ». Il me paraît également certain que le 
mot ■OYTtf, qui appartient à une époque postérieure, n'a pas été 
employé primitivement par Yohanan b. Zakkaï ou Akiba, mais 
fut adopté par les docteurs du iv e siècle qui rapportèrent ce 
passage, où ils l'insérèrent pour remplacer un autre mot, peut- 
être vmn. 

Il y a certainement dans le Midrasch encore bien d'autres pas- 
sages qui pourraient jeter quelque lumière sur la question sou- 
levée ici 1 , mais je me contente, pour le moment, d'avoir indiqué 
les rapports qu'il y a entre jas, rmp, wip, lyrhs et iDd p et 
d'avoir démontré que tous ces noms désignent un homme privé, 
en opposition avec nbiD, "pt3bs p, nmïï p et yi& p. 



il 



LE TABERNACLE DE SODOME. 



Bans la Pesihta, 187 &, on lit le passade suivant, très difficile a 
comprendre : roia mssfc d^pEE ^ ba .nmn» dOT b^b irttn rîdiDi 
f-*oab wijp pbn ib jma t^oin "pia ©i^pn t\$ y t— it— ûbira 
irmâ pbnb Tn* xin ^na ttmprnû ï-;72 .tZiMO ba ï-iroioa 
ï-ipbnN ï-mbsw wipa iai »nbN *inM5ia ,t=pz:aa û^aato tarp^^b 
na yunïr» "^a-i n?:N /îsnpa nan wrè» irra^i .tto« r-naio pfcan s»o 

1 II faut encore mentionner qu'en opposition avec *pQ, on trouve DûSTlbia dans 
j. Sabbat, xn, 13c, 69, Horayot, iv, 48c, 54 : 'pmDiSSa *pTH Ï*'"»3HT "pin 
BTOâDl N^CDIlbia ; en outre, Nombres Rab., xm, 5 ; Pesikta Rab., vu, 27 6, -]73N 

awTû ^attitanbns pb h-on nans p **ib 'n fcDica p7a^o 'na niin^ 'n 

072125 *lb -)72"lb NT^n73 n vban ÏTHI y"n**l7aa « C'est comme si le fils d'un centu- 
rion (7toXiTsu6u.evo;) de la ville avait commis un vol au bain, et que le propriétaire du 
bain n'osât pas le dénoncer. > Cependant les mots pov)>svT7); et Tco>,iTeu6[x£voç sont 
tous deux empruntés à la hiérarchie administrative de Palestine, tandis que p 
"piLObs se rapporte à la résidence, • 



164 REVUE DES ETUDES JUIVES 

abia»a imabfc shcnnioa ïtnbawai ,ïinb*« ,n"y dînas ^aa ïtt rp»na 
ï-tdiû p»a» n»i ,*pab a^aaia ta^taao nm» pbn» ^n Dais i-rpbna 
T»mû mab^a nyais tnaana*: ttmma iama bra t-msio it /rra» 
ta^-poi panai pra-n snasm Isa ,it as br in iî as b^ iî ta^aaia?: 
fcasîa proti *an i?:n ,}maa by b^am N*aa*n paa naan Si^n 
s-nwam ta^-uay ins? maaiotû ïto' ya ^ s-jataia yai fanv ^an 
.aa^am ^ov ^n n^fiwa ^an .yn«a rwn >n!-n rtbynb yb->7a 
ï-nrn y-i^a yina mm tax a^riDa ï-i»bo Su: iba hein jï-ra in» 
imam ,rtafcntti na:a la ©mb ibaa hein imam .y-iaa im« î-ïnti 
■va ba j^-irr *pna i»"Hpti -pjn ,tm?aat« mabia na toi© "»ba naiN 
,anab mna»b naE» pbn ib }ma -«a» t-rrrr abira rtaio r-nsr» û^piaia 
e**bi et* w> xh a^na ^tjndu: na banoïib Sa^ qi^ïi mm t^bu: 
.ïTN yj> "inana De prime abord, il paraît très difficile de recon- 
naître une liaison entre les différentes parties, qui ne sont pas 
très claires. Cependant tout le passage n'est que le développe- 
ment d'une seule pensée ; cela ressort déjà de ce fait que la même 
phrase commence et finit le morceau, et encadre, pour ainsi dire, 
le tout. M. Buber fait bien remarquer que le Yalkout (sur Lévi- 
tique, xxiii, § 653) ne contient pas la seconde partie commençant 
par pras-i ^an i^n, et que cette moitié est également énigmatique et 
dénuée de sens. Mais on sait que cette constatation dans le Yal- 
kout ne permet de rien conclure, car il abrège souvent, surtout 
quand il y a quelque difficulté à reconnaître la suite dans les 
idées. C'est ce qui devient très évident ici, puisque dans la pre- 
mière moitié il laisse également de côté l'explication du verset 8 
du Psaume lx, et que de tout cela il ne donne que l'idée générale. 
La traduction de Wïinsche (Pcsikla,2~3 et sq.) est rigoureusement 
littérale et n'essaie pas d'établir l'enchaînement des phrases qui, 
en apparence, semblent simplement juxtaposées. Dans Agada der 
pal. Amoràer de M. Bâcher, je ne trouve pas le nom tiré de ttaa», 
ni, par conséquent, la traduction de tout le passage. (Voir plus 
loin.) 

Buber, dans l'apparat critique de ce passage, a rassemblé beau- 
coup de matériaux précieux, mais il n'a pas remarqué le seul pas- 
sage qui, par son analogie, donne la clef de ce morceau du Mi- 
drasch. Dans Lévitique Rahda, v, 2, on lit : .a^ET ^m vrpw KlïTi 
y 1» ?tanb ira mbc mai .p^m Nia ^ ya-nab mbsj in: 
■nb ">an r&y wi >*b a^na „,maaN -paa fcaiptt „,anb mar H373E 
rf'ift "ibaN?o riDis t*nn t^-nn na ynn ïia-iNiD na larm ^an saaun 
rmm ""an ^risca *:u: -ittn« ma» ^an ?ïions Kin masi ,S n » 
Sa» \xp mm ypa ,t-n*aas» 'ai 'a naiN *ov ^an ,nsa "nfci» 
•pmbTi p isùn» Sa» lan^nb S^a-" mn t^b aaiiaT ^ab^N 
ib imai laan Sî:n ^bin \m inws n^noa ,-i n so anpTa .n^^ni 



DU SENS DE CERTAINS MOTS HÉBREUX DANS LE MIDRASCH 165 

... l ib nïtï nrissn a-nana aïit ■naya >*wn mn ^cpaa p-r 1 
« Dieu donne le bien-être, et qui peut y voir une injustice? » Ces 
mots s'appliquent aux habitants de Sodome, auxquels Dieu avait 
donné le bien-être. Qui les trouvera coupables? En quoi consistait 
le bien-être qui leur avait été accordé? Job nous le dit, xxvm, 5-7 : 
la terre produisait du pain, leurs pierres étaient des saphirs, aucun 
oiseau de proie ne voyait les sentiers. Relativement à ce dernier 
point, R. Lévi dit, au nom de R. Yohanan bar imxv : « L'autour 
aperçoit sa proie à une distance de 18 milles. Quelle doit en être la 
grosseur? R. Méïr indique la largeur de deux mains, R. Juda, 
celle d'une main, R. Yosé, celle de deux à trois doigts. Quand 
donc un autour à la vue si perçante était sur les arbres de So- 
dome, il ne pouvait pas, malgré ses bons yeux, voir le sol, telle- 
ment les arbres s'étendaient. » Les pierres de Sodome étaient des 
saphirs : cela signifie que, si quelqu'un allait chez un jardinier 
acheter pour un as de légumes, il trouvait de l'or dans la terre qui 
y adhérait, comme il est dit : « Sodome a de la terre aurifère. » 
Ici l'on décrit avec une grande exagération, mais d'une manière 
très expressive, la fertilité et la richesse de Sodome, mais on 
vante surtout les arbres. Est-ce leur hauteur, est-ce leur feuillage si 
touffu qui était impénétrable à l'œil même de l'autour? Ce point est 
éclairci dans Genèse Rab., xlii, 5 (cf. ma npb,sur Genèse, xiv, 3) : 
ptt? ,ib iN^p3 maa ttîbts .to^TOM p»? Sn nan s-ib« ba 
. -i»N .maVwa ^aïo?^ «ira rvono pu* ...rvoio -pizv ,îtk» par, a^ian 
,panci man npwi nrw "p^n ï-WNm Isa t^ttinan ^an « La mer qui 
plus tard fut nommée la salée avait trois noms : Vallée de Siddim, 
Schawé et Soukkot ; Soukkot, tabernacles, parce qu'elle est cou- 
verte par les arbres, savoir, ajoute R. Tanhouma, par des ceps 
de vigne, des figuiers, des grenadiers, des noyers, des amandiers, 
des pommiers et des pêchers ». Sur ce passage, le commentaire du 
Midrasch attribué à Raschi, comme Buber déjà le note, cite l'ex- 
trait suivant du Midrasch wyih, qui est perdu (voir Epstein, "îpnnï-;, 
I, 65) : t-rùb^s ^ft waia Ma m abro anaa banian b^aia ba ^b "pa 
t<b a^ns naattïB fifc a^pb ^aiaa b^aajîi ba î-pï-tcj srra t-ib^?:b nt 
,B H 2 w> « Il n'y avait pas de sentier à Sodome où il n'y eût 
sept espèces d'arbres, se dépassant les uns les autres, de sorte 
que le sentier était couvert comme d'un toit, ce qui confirme la 
phrase : des sentiers qu'aucun oiseau de proie ne peut voir (à 
cause du feuillage touffu). » Il est donc évident que dans les pas- 
sages du Midrasch il est question du feuillage touffu et des ran- 
gées d'arbres de Sodome, qui recouvraient toutes les routes 

1 Cf. Yalkout, Job, 28, §§ 916, où la dernière phrase est plus complète : "ô "JD 

•aï"ît na^TD î*o:ri72ï araa "naata^w irns-i'ib "jma î-pïtm pT no\Na 



166 REVUE DES ETUDES JUIVES 

comme d'un dais de feuillage, si bien qu'un autour perché sur un 
arbre ne pouvait voir la terré *. 

Or, si nous avons compris ces éléments du passage de la Pe- 
sikta, nous comprendrons aussi facilement l'ensemble : « Celui 
qui observe maintenant la prescription de la fête des Tabernacles 
aura un jour part au tabernacle de Sodome, que Dieu répar- 
tira entre les hommes pieux des tribus. Ceci est annoncé par 
Psaumes, lx, 8; car TOipa nn^ t^i-iba signifie, d'après R. Josué 
ben Néhémia : Dieu a dit à notre père Abraham : mb*a, quand 
je me sentirai plein d'allégresse, quand ma souveraineté brillera 
sur la terre, tDtt) ïTpbrtt*, je partagerai entre les tribus le taber- 
nacle, comme il est dit Titta i-nsio pfcsn, où il est question du ta- 
bernacle de Sodome, qui était ombragé par sept espèces d'arbres, 
au feuillage plus élevé l'un que l'autre. Au sujet de ce feuillage, 
R. Isaac, au nom de R. Yohanan de ttatap, fait remarquer que Tau- 
tour, lequel peut voir d'une hauteur de 18 milles, ne peut pas voir 
à travers ce dais de feuillage, et cite en même temps la grandeur 
qu'attribuent les trois docteurs de la Mischna aux objets que l'au- 
tour peut apercevoir de cette hauteur ; puis l'auteur de la Pesihta 
conclut que Dieu accordera un jour aux hommes pieux un dais de 
feuillage tout aussi impénétrable aux yeux de l'autour. On ne voit 
pas clairement ce que l'auteur entend par là ; peut-être l'autour 
représente-t-il l'oppresseur d'Israël que le tabernacle devait mettre 
à l'abri des violences 2 . 

Quant à l'auteur de ce dire sur les arbres de Sodome, qui s'ap- 
pelle srOTfiWD "a 'pnv 1 dans Lévitique Rab., et ïisaœ ftoT 'pim dans 
la Pesihta, où son second nom est défiguré, le temps où il a vécu 
peut être à peu près déterminé par cette circonstance que, dans le 
premier passage, c'est R. Lévi, dans le second R, Isaac qui nous 
rapporte ses paroles ; il est donc du m e siècle. Or, nous trouvons, 
comme le remarque déjà le Séder ha-Dorot, un R Hanna ïwmij, 
d'après d'autres traditions R. Hanna bar ïinittZ), qui nous a trans- 
mis une sentence de R. Yohanan rapportée par Rabba bar bar- 
Hanna (Nidda, 65&; Aboda Zara, 75a). Le Séder ha-Dorot 

1 II est clair que le passage du Midrasch "Ij"^*"]^ vient d'une Pesikta sur la fête 
des Tabernacles; cf. Epsteiu, "iplfiïl, i, 65. 

s Pour ce qui concerne l'oiseau fcoitn "12, les commentateurs renvoient à Houllin, 
63 a : no^Hn ^3 nN £*02nb ïrtt'W y^n ïtT pn 13T1 i:n, où les édi- 
tions portent, à la vérité, frp"pn *Q ; cependant Sifra, p. 50c, Yalkout, Lévitique, 11, 
§ 537, et le manuscrit de Munich (cf. Dikduke Soferim sur Houllin, 63 a) portent 
fcO^M *D- Pour la citation biblique ci-dessus, cf. Houllin, 63 b : lïtaN "O") ^EN 

-ï»t« r>on pi ,-imia ïiwnia ï-wn rrottï f*npa i-mbï ma rrc r-ian 
î-wm bam mais» >*:n [ma y* insTC) r^bn] &y lan* t**b mns 

•hVtrW* VINS F"îb33. 



DU SENS DE CERTAINS MOTS HEBREUX DANS LE MIDRASCH 167 

l'identifie avec raison avec notre Yohanan dont le nom présente, 
dans la deuxième partie, les mêmes variantes que celui de Hanna. 
La Pesihta, en effet, l'appelle wimï) \n et prend, par conséquent, 
Wiatû pour un nom de lieu (cf. Neubauer, Géographie, 398). Lévi- 
tique Rai)., au contraire, l'appelle ï-jnauî *n et semble prendre 
ïiDiitta pour un nom de personne. Cette concordance ainsi que cette 
autre circonstance que le docteur en question rapporte une tradi- 
tion d'un disciple de R. Yohanan rend invraisemblable la suppo- 
sition de M. Bâcher {Agada d. pal. Amor., III, 592) qu'il faudrait 
lire rtV»K« au lieu de ïianato (Aruch, s. v., ann *n, II, 174 b natro) 
et que ce ne serait personne d'autre que Yohanan b. Saùl, l'Amora 
de la première génération. Ce qui est dit dans Youhasin (éd. Fi- 
lipowski, 140 ô), que Yohanan ï-rtiatt» était un disciple de R. Yoha- 
nan b. Nappaha (on ne connaît pas la source de ce renseignement) , 
contredit également cette identification. 

Vienne, 1 er mars 1900. 

Adolphe Bïjchler. 



LA BIBLIOTHÈQUE DE LÉON MOSCON1 



J'ai eu la bonne fortune de trouver un nouveau document 
relatif à la bibliothèque de Léon Mosconi. Ce médecin major- 
quin était décédé avant le 1 er octobre 1377, car à cette date le 
tribunal du bayle nomma curateur de sa succession Struchus 
Durandi, et celui-ci s'empressa de dresser un inventaire de ces 
biens. Cet inventaire est semblable à celui que j'ai publié déjà et 
qui avait été rédigé deux ans auparavant à la mort de sa femme, 
Muna. Je laisse de côté la comparaison des deux listes de livres 
pour ne parler que de la vente aux enchères à laquelle procéda le 
curateur quelques jours après. Le notaire a noté pour chaque 
livre vendu le titre et le prix et le nom de l'acheteur. Les sommes 
sont indiquées en livres, sous et deniers de l'ancienne monnaie 
mojorquine : la livre vaut 20 sous et le sou 12 deniers. Aujour- 
d'hui six sous font une peseta. La vente produisit 147 livres, 
19 sous et 6 deniers, ce qui représenterait actuellement 493,25 
pesetas ou francs. Mais au xiv« siècle la somme devait avoir une 
plus grande valeur. 

Voici la liste des acquéreurs avec le total des ouvrages achetés 
et le prix de l'adjudication : 

Magistr. Aron Abdalhach 20 ouvrages 22 liv. 10 sol. 8 den. 

Moxino Abdalhac 11 — 12 15 2 

Moxino Abrafim 1 12 

Gresques Abram 6 2 8 

Iucefo Alatzar 6 — 3 72 

Faraig ben Allon \ — 2 2 

Bonjuha Bonfiyl 1 — 7 G 

Alafta Cohen 1 — 6 

Magistr. Aron Cohen 6 — 3 82 

A reporter 53 ouvrages 49 liv. 74 sol. 16 den. 



LA BIBLIOTHÈQUE DE LÉON MOSCONI 169 

Report 53 ouvrages 49 liv. 74 sol. 16 den. 

Magistr. Aron Cohen Sullam 4 2 10 8 

Jahuda Cresques 3 — 1 92 

MaymoQO Dareg 1 — 15 

Natan Doscha.. 1 — 11 

Belshom Efraym 2 — 1 7 6 

Samuel Faquim 1 — 1 

Magaluf ben Faro 3 — 1 16 

Samuel Jucef 1 — 8 2 

Samuel Lévi 1 — 3 11 

Magistr. Leoni 1 — 6 6 

Rabi Bione del Meslre 4 3 9 8 

Sayt Mili 8 — 4 10 

Magalufo Natgar 10 — 8 15 

Maymono Natgar 1 — 4 11 4 

Moxino Natgar 1 — 5 2 

Samuele Natgar 3 — 3 13 8 

Abram ses Portes 7 — 5 54 

Mahir Sason 3 — 1 5 10 

Menahem Sisi 3 — 4 

Maymono Xulelli 41 — 45 4 4 

Maymono Xulelli fil. Abrafim — 1 — 17 6 

153 ouvrages 147 liv. 19 sol. 6 deu. 

Gomme le document est en très mauvais état et par endroits 
effacé, je n'ai pas toujours pu lire avec certitude les titres des 
ouvrages; dans ce cas, je les imprime en petites capitales. 

ESTANISLAS AGUILO. 



II 



Le nouveau document que publie ci-après M. Estanislas Aguilo 
et qui m'a été communiqué par M. Israël Lévi, me donne l'occa- 
sion de revenir sur le remarquable catalogue qui a été déjà ici 
l'objet de plusieurs articles (Revue, n os 78-79). 

Léon, ou Juda, Mosconi, dont le nom est transcrit d'une ma- 
nière fautive (Jazuda Mastoni), avait pour femme Muna », veuve 
de Davin (= David) Xulleli 2 . A la mort de Muna, héritière de la 
bibliothèque de son second mari, son fils (du premier lit) Maimon 



1 Est-ca l'abréviation de Maimuna ? 
* Je reviendrai plus loin sur ce nom. 



470 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Xulleli étant absent, la femme de Maimon, Gracietta, intervint 
pour faire dresser un inventaire des meubles et des livres. Cet 
inventaire fut enregistré dans les actes d'un notaire entre 1375 et 
1311. C'est celui qui a été publié dans le t. XXXIX, p. 254, de cette 
Revue. Celui dont nous avons à nous occuper aujourd'hui, daté 
d'octobre 13*77, nous fournit la liste des objets vendus pour satis- 
faire les créanciers du défunt et par ordre de Struchus Durandi 
(Astruc Durand), curateur de la succession. Les témoins de l'in- 
ventaire ne sont pas ceux delà vente l , si toutefois Alayanan (?) 
Alatzar n'est pas le même qu'Abraham Alatzar — et les témoins de 
b sont en majeure partie les acheteurs. Les noms de ces personnes, 
dérivés du catalan, du provençal- ou de l'arabe, offrent quelque 
intérêt pour l'histoire de quelques familles de savants , par 
exemple, ses Portas, que l'on trouve beaucoup plus tard écrit 
©Emsittiz), vulgo Sasportas 3 . Xulleli est probablement bVna [Jew. 
Quart. Rev.y XI, 615, n° 120); Nagar (une seule fois, p. 243) est 
ailleurs toujours écrit Natgar et répond à l'arabe Nadjar ou 
Nadjdjar (Jew. Q. R., XI, 306, n° 409) ; Maimon est suffisamment 
connu ; Abdalhac est pnba in* « le serviteur du vrai Dieu » (cf. i&., 
XI, 336) ; Abib = rrnn; Faquin (b, 67) = trsrr « médecin » (cf. ib., 
XI, 531; XII, 127, n° 203); Magaluf (nom porté par trois per- 
sonnes 4 ) = tjitott (cf. ib., XI, 138, n° 340); Sayt = t*d ou 
■PO (?) ; Faraig b. Alton (n° 130) = \b* p Jhft (?). 

Pour les prix des livres, notre texte offre des renseignements 
sans pareils 5 . 

La transcription des titres hébreux en b est bien moins exacte 
qu'en a; aussi sans l'aide d'à plusieurs titres en b resteraient très 
douteux. Pourtant il y a quelques meilleures leçons et variantes, 
par exemple n° 120 (a 22). Certains titres en b semblent désigner 
des livres qu'on a ajoutés après l'inventaire, ou que l'on a mieux 
reconnus après coup. En effet, les deux listes diffèrent non seu- 
lement par le nombre des livres, mais aussi par l'ordre dans 
lequel ils sont rangés, et ce n'est que par hasard que deux 
livres, n 03 68 et 97, et peut-être aussi 132, se trouvent à la même 
place dans les deux listes. Pour établir une base solide à l'iden- 
tification des ouvrages dans les deux sources, et pour offrir 

1 Je désignerai par la suite par la lettre a l'inventaire et par b la liste de la vente. 

s La forme Belshoms (ô, n° 14) confirme l'explication que le regretté Isidore Loeb 
a donnée du nom ùltiSbn. 

3 Cf. Catal. Bodl., p. 1254, sex Portas, que j'ai fait suivre d'un point d'interro- 
gation. 

* M. Natgar, M. (ben) Taro 46, 60, Faro 109, M. Durdur. 

5 Voir mes Vorlesungen ùbcr die Kunde hebraeischer Handschrifien, p. 40, et l'ex- 
trait du ms. de la Biblioth. de Munich dans Hebr. Bibliogr., XV, 14. 



LA BIBLIOTHÈQUE DE LÉON MOSCONI 171 

aux bibliographes une liste complète des titres, j'ai classé en se- 
cond lieu tous les titres en question selon l'alphabet hébreu, et j'ai 
indiqué leur place en a et en b par un chiffre avant pour a, et après 
le titre pour b. La première liste représente les titres de fr, suivis 
du chiffre de la liste a; ce simple renvoi suffira généralement pour 
justifier l'identification et la concordance des deux listes. Quant 
aux désignations générales, comme nsDtt, tt&wi, ou aux doublets 
ou aux répétitions (jusqu'à quatre exemplaires, comme rps *Yl&), 
je ne suis pas entré dans des recherches spéciales pour constater 
l'identité des exemplaires dans les deux listes, ayant reconnu 
que même la description extérieure est insuffisante pour résoudre 
les difficultés d'identification ; par exemple 'iddïï a 21 et 102 
« coopertis virmiliis », b 10 « virm. », 102 « nigris » ! Il n'est pas 
impossible que le changement de couverture ait été fait avant la 
vente 1 . Je me suis donc contenté d'indiquer là où il en est ques- 
tion pour la première fois dans la liste b tous les exemplaires de 
a en question. J'avoue avec regret qu'il m'a fallu accompagner 
quelques articles de b, que je n'ai pas osé transcrire en hébreu, 
d'un signe d'interrogation; je souhaite qu'un lecteur plus ha- 
bile remplisse les lacunes. Je signale à l'attention des savants les 
n 08 32, 51, 54, 60, 62, 67, 103, 122, 124, 126, 128. 

M. Steinschneider. 

Berlin, mai 1900. 



APPENDICE 



I. Liste de 'Pente. 

\ Michib (?), arûE (?). 

2 maiTTaa mrc, vertus des aliments (?). 

3 tPCIOtb^BM nW, '145. 

4 tsppy rtfDiïî, 143. 

5 rmn iwmn (mann), 54. 

6 marawr, 67. 

7 vrrj 3>»œ, 143 mv* 1 * [voir in fra,%$). 

1 A propos de la description extérieure, j'observe que le mot Moresch (b n° 108) et 
Molesch (128) n'est pas un titre (voir 130, 141, 143); il semble signifier mauresque ; 
caranyonos 144 (cf. 148, 149, 151) est un mot inconnu a un romaniste que j'ai con- 
sulté. Est-ce un cahier de 4 feuilles 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

8 ODbN '-1*7 ... (?) 

9 ÏTYftJ, 144 d^!35rt '53. 

10 nsDtt, 21 ou 104 (voir infra, 104). 
M fciJnn, 54 ou 73 (voir infra, 118). 

12 &nT3> pi uniKafl), 58. 

13 Trnbio i^nn ($->"n:s> "»d?) 96. 

14 -!iT3 (naNI) "îm TDWD, 14 "HÉ», ou 32. Le mot rôtf, que nous re- 

trouverons ailleurs, est peut-être le *J (= ^) chaldaïque (voir 
infra, 26 et 46). Les trois exemplaires ont été vendus à trois 
différentes personnes , il n'y a donc pas une répétition er- 
ronée. 

15 *p3>bN SNns, comme je l'ai supposé en a, 80, en second lieu, comme 

peu vraisemblable. 

16 (lisez : awisuot), 70 ou 132 (voir infra, 132). 

17 fcTN'OD ttUMD, six prophètes, 25 quatre prophèles(?). 

18 N3H-iba sans (?), 26. 

49 (?n:tfîtt*7) IBVPS. Le commentaire de Maïmonide [îrbîa 'n?) sur la 
Mischna? 

20 ^bfcïî im T»T5, 56. 

21 !"îb»oi (?). Risala, en arabe lettre ou court traité (?). 

22 5Tm Hayyudj = .ïtiW 'n pYrpl 120. 

23 rrnroK D3N, 89. 

24 tpd fnpim, 18. 

25 D^n Tipi "1ÏÏN7J, 60. 

26 1Zî iai tÛWB, 32 (voir M^m, 14). 

27 pbn p-iD, 60. 

28 Vrrinn -iso, 35. 

29 vaa *OT, 113 (?) (voir supra, 7). 

30 nsNnn Tahafut, titre arabe du livre ïibsïi et fibBïilrï fiben de Gaz- 

zali et d'Averroès (?) ; voir sous a 90, que nous trouverons 
pourtant dans b 48. 

31 pbn »Tï»B ? Cf. sftprtf, 27. 

32 nsor: ... ? . . .es Se fer, je ne sais pas déchiffrer « aco » ; Nia» se- 

rait une conjecture trop hardie ; cf. infra, 122. 

33 FTûbîittïl "paisn. C'est certainement le livre astronomique 

d'Abraham bar Hiyya. 

34 ?aan *inwz) ïto, 5* Tiaoa. 

35 Débatte?), 114. 

36 rBian (?), ï-mnn 36. 

37 tpa TM. Il y en a quatre, 34, 53, 69, 88 (voir infra, 44, 61, 111). 

38 T5ÏÏ5E UÎVPD, 85. 

39 13M3J3 Nia». Introduction (de Honein) au livre Tegne {Techné, Ars 

2)arva de Galien, voir Die hebr. Uebersetz., p. 712). 

40 traïNEi fc-nrrc, 72. 

41 d'nw S— nabn, qui confirme notre conjecture 128; là aussi le de 

est ajouté. 



*i£3 iaan ravra (voir swpra, 14). 






LA BIBLIOTHÈQUE DE LÉON MOSCONI 173 

43 û\s^n di:nn f 91. 

44 tpd ^a*ïN (voir supra, 37). 
45 -mn (bN),77. 

46 'jn.ïDn môritt, 6 (cf. 39 et 41 ; et infra, 87) ; ici le d dans Darsoten 

n'a pas de raisoa d'être ; cf. 103 et 124. 

47 d^nsa UV2D « Simples» (mot technique); il y a plusieurs ou- 

vrages sur les simplicia, le second livre du Canon d'Avicenne 
est nommé également ainsi ; je croirais volontiers qu'il s'agit de 
celui-ci (voir aussi infra, 101). 

48 Aapita (lisez aapila) est plutôt ribari que ï"ï«bsïi; voir supra, 30, 

ela PO*. 

49 bvx-ptt, 129. 

50 ïlftpn. Grammaire de Jona ibn Djaua'h, traduction hébraïque, 7 

P"i7pi, qui était incertain. 

51 Eleaîzar est un nom d'auteur. 

52 Aungeia est probablement Na^O p«, et le livre, le liasp, cf. a 

137 (coopertis albis, et infra 117). 

53 vaa *M (voir SMjpra, 7 et 29). 

54 Elmei'issi pourrait être al-Madjusi, c'est-à-dire Ali b. Abbas 

(#w/#0 Haly Abas), auteur d'un ouvrage de médecine qui ne 
semble pas avoir été traduit en hébreu. J'aurais lu "UO^TabN 
{a 100), si ce livre ne se trouvait pas infra, 95. 

55 fiiaw \xbn, 1 o * 

56 ïmïïn ?ma. Le commentaire de Schemtob Palquera (ou Fala- 

quera) sur le « Guide » de Maïmonide. 

57 ÏWtsn "ïdo. Il y a quatre livres « de médecine » ena, 46, 47, 136, 

138 ; dans b seulement trois, savoir 57, 63, 89, le quatrième doit 
être un livre désigné par un titre spécial que l'auteur de l'in- 
ventaire peut-être ignorait. 

58 abnaat», 38 rvw. 

59 p-12 rsTNE, 106. 

60 non^n 'o (voir infra, 79). 

61 spd ^ai» (voir supra, 47). 

62 . .3*?k 2Nna (?) Je n'ose pas déterminer le mot arabe Albarefe. 

63 riïOD-i -1DO (voir 57). 

64 ïmbïnïi "■asiBtt, tilre d'un ouvrage astrologique d'Abraham ibn 

Ezra (voir mon Catalogue des mss. de Berlin, II, p. 138). 

65 ïroim mrr»s (?), 79 (?). 

66 ■n&nrn r (b«) -idd, 126 (cf. infra, 75). 

67 Amicondia, est-ce un titre hébreu? 
es d^n ibJS, 68. 

69 rtbaaïi nbaatf). L'ouvrage d'Abraham bar Hiyya(?). 

70 ta^Dioib^Dn "noIE . Confirmation éclatante de notre conjec- 

ture, 105. 

71 ï-PTn «TT53, 94. 

72 maDONb» mmp(Aliscander), ce qui prouverait l'origine arabe, 

en contradiction avec a 24. 



174 REVUE DES ETUDES JUIVES 

73 pp" 1 p ->n, 16 ou 131. 

74 tp'nno nba», 104. 

75 ^N-l-T (voir swpra, 66). 

76 Peut-être lanm, mot arabe signifiant crise, qui se trouve comme 

titre d'un ouvrage de Galien même dans la traduction hé- 
braïque (Die hebr. Uebersetz., p. 252). 

77 Musica, 127 ymn nttan. 

78 D.^2073, 36. 

79 -jo^tt, 20 (cf. supra, 60 ?) 

80 tr'JDOT HDD, 122. 

81 (Eps) r-npim, 68 (cf. 24). 

82 fns*i^ '0. Livre de démonstration, un des livres de XOrganou 

d'Aristote, peut être avec le commentaire d'Averroès. 

83 nYttïtïi mBfipb , 49 ou 50 Collectanea de Haggadot (voir m- 

fra, 91). 

84 IHW1B, 116. 

85 ù'HïOaïl û"nEN!B, traités ou dissertations « importantes », si 

nous lisons necbodim [= nekbadim); cela ne sert pas à définir 
la matière de l'ouvrage, 8. 

86 'pb'irtt D^iTn (lisez deullin), 64, selon la description extérieure, 

non 133. 

87 fma m&nîû (voir supra, 46). 

88 Laarbi, peut-être quatre (prophètes), 25? (cf. supra, 17). 

89 nanB") nso (voir supra, 57). 

90 mtnp (?), les fièvres (?). Peut-être l'ouvrage célèbre d'Isaac 

Israeli. Gela confirmerait notre conjecture a 76. 

91 fnsaipb, 49 ou 50 (voir supra, 83). 

92 ÏIDIBÎTJ ©an tt3TT»B (?), commentaire sur le traité talmudique Rosch 

ha-Schana. 

93 n£p, Ti:zp, abrégé (de quel livre?), cf. itifra, 142'? 

94 "773 1>», 78. 

95 TOO^ttbK, 95 (cf. 5Wj»m, 54). 

96 û^Ti" fm*35 f confirmant notre conjecture a \\. 

97 mbpba y\N-iD, 97. 

98 ^3Dn ïtwt, 79. 

99 nwnïl ma», probablement le petit traité de Schemlob Palquera 

(imprimé), mais le prix fait soupçonner qu'il y avait dans le 
même volume d'autres traités, peut-être ceux qui en forment 
la continuation ? 

100 mata», 88. 

101 lPTjo, 98 (cf. supra, 47). 

io2 "i3MB, 2 pis "nyiE. 

103 Mauat daenim?S'i\ n'y avait ici « cooportis albis », j'aurais iden- 

tifié ce titre avec DW33?na mna : peut-être est-ce intJn J-nNitt, 
quon a lu r-n&ritt (cf. infra, 124). 

104 -iDOtt (voir sw^ra, 19). 

105 n^n ">b*3 (maat), 63. 



LA BIBLIOTHEQUE DE LEON MOSCOM 175 

106 Ûi-plîiîl TE ©TTO, 124. 

107 2TI3 TÉT, 118. 

1 08 Indéchiffrable; Moresch n'est pas un titre, voir notre note à la fin 

de favant-props. 

109 "pman- nasri, 87. 

110 Cosilibei?), -HTO 109(?) 

111 ÉpD ^*7M (voir 5Wjt?m, 37). 

112 tpr> r»aa, 30. 

113 rrnnTK izîi-pq, lisez azarot, 74. 

114 "ps^ov (Pseudo-Josephus). 

115 "w^a -no,. 101. 

116 Quespi^Dï, nom d'auteur (Joseph, peut-être un doublet d'un des 

livres déjà nommés). 

117 Vienne me paraît une corruption d'Avicenna; ce serait donc le 

III e livre du "p^Np, a 137 décrit le livre coopertis albis; cf. su- 
pra, 52. 

118 aimn (voir A*«pra, 11). 

119 OinpiD\T7 *wms»«, 33. Voilà un des plus précieux articles de 

la liste, donnant le titre en usage au moyen âge {Amphorismi) 
d'Hippocrate, et qui se trouve dans une ancienne traduction 
hébraïque (Diehebr. Uebersetz., p. 661) ; la mauvaise leçon de a 
nous a égarée, quoique nous ayons reconnu l'auteur. 

120 Bùpanta ou att&na. Tractât ou Traùïat, c'est-à-dire traduction 

hébraïque du livre Parva logicalia de Petrus Hispanus, nommé 
aussi n^p "p^n, infra, 142 (Die hebr. Uebersetz., p. 471, 473). 
C'est une des plus instructives rectifications de #22, où nous 
avons proposé nsi'un. 
i2i û^an km©, 1 34. 

122 Acoencsefei?.) (comp. supra, 32), 1I2(?). 

123 Silici del more miE b© "^biD idd, III e partie du Guide de Mai- 

monide(?); le prix convient à cette conjecture. 

124 Mauot aenen{?) ïn©(n) mantt(?), cf. sz^r#, 103, voir 46. 

125 ûbVÏTl ÏV2Vr>, 48. 

126 TameyJit. Est-ce un titre hébreu'/ 

127 nî^rban (?^pna) ©rra, 52?. 

128 Risson de Molesch (= Moresch, mauresque) ? Est-ce un titre? 

ïnoan, I rc partie? 

129 wp^7\ri 'o msa, 57 

130 Le titre manque. Le mot Moresch signifie mauresque, comme je 

l'ai remarqué supra, 128. 
13! tPfïb» r-nwNHTD, 15. 

132 rmijan nso (voir s^r#,,{6). 

133 ïtïttn nb"*bb, 62. 

134 "p:^, 13S. 

135 îasain 1DO, 13 (« Moresch» n'appartient pas au titre). 

136 "jn^n man» (voir $w/?ra, 46). 

137 rnmbo, 83. 



176 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



138 
139 
140 
141 
142 
143 
144 
145 
146 
147 
148 
155 



wm&n «naiN, 130. 

^pfcba, 43. 

Peiras asminayos (livre des pierres... ?). 

Le titre manque. 

IStp )i^T t (Parva logicalia), voir supra, 120 



f Les titres manquent. 



in mi, 115. 

(Lisez : Quitep) riSNabN afcro, 27. 

«p-n, 57 *. 

ss. indéchiffrables. — 150 « Sarraceniros », en écriture arabe? 
mbfcn. Prières. 



II. Liste Générale des titres. 



9 rm iaK- 
63 n"a(mj»«), iosî 
rns^ïi nnaN, 99. 

34, 53, 69, 66, r|Oa> mN,37, 44,61, 111. 

107 arnarna rrar;N,i03? 
ii bvniK P n^nN, 96. 

126 ■nanïlTb», 66, 75. 

71 imnb», 45. 
24 oTnaoabN, 72 nnip. 
■»oianbK? ; , 54. 

110 ^ao^abN, 95. 

43 •pnba, 139. 

■msattbK, voir -mata». 

67 mîTOK, 6. 

33 mp13Nb iMO^IDSK, 119. 

89 n-nabsi 53 N, 23. 
38 nbnaatM (n^or), 58. 

44 nbrtonb» mYrab» rotbàcM. 
ta^aa n^a-iN, voir trima. 

28 nun la^b Emana. 
130 aa^o pNb rmriN, 138. 

3i * tournai tn-maS' 
5 ? ... maa. 

14 nsa naN TiNa, voirtûTvs. 
58 nit^ la -n«a, 12 ta-maa. 

57 Wp^ïlïl (ntO) -lINa, 129. 

51 yaan nnNC ï-ie T«a, 34. 
66 jnn> pN rrmo -naa. 
12 rmnïi m«a. 

37 o^ba. 



52 sa->o "ja, voir "paNp. 

68 û^n ■'bya, 68. 

114 Dia^bsJ, 35. 
30 Eps ynsai.fi2. 

135 ■p^, 13 s/ 

145 tTBIOlb^BH m*"!, 3. 

" pvrpn, voir ïinpn. 
120 rrorr '-i -pM-p'i, 22 vrn. 

35 ïrrinn 11 a bnaft, 28. 
79 csa-n ï"P3!-ï, 98. 
?natp ïywi, 14-2. 
(22 Haycaït) aapNna, 120. 

40 lapVï, 147. 

128 tm-o rvDbn, 4t. 
*90 tiNbsh ou ribcrs, 48. 

34 tpa n-nîH- 
133 ts^tonn. 

64 "jibin, 8 jibim D^iavm. 
16,131 itapi p ti, 73. 

87 iia'^nn n7:an. 109. 
127 ■pian n?aan,-77. 
10* tawn ->b"in h»bn), 55. 

51 min "noTsin Inuwen), 5. 
msbrron "paian, 33. 

(22 rawm] yjpNntû 120. 

118 a\na y*! 1 , 107. 

119 wirr. 

'pD^D'P 114. 

93 11»* nr bapîm. 



60 û-ran np^, 25 -rawa 

23 ÎTW. 



109 "nn3, no? 

112 b^3T mais, 22? 

ûmT7a:i nns, 2. 
62 rraTan nanbas 133. 
27 «Nabi* aano, 146. 
41 binbs n^ro, voir in©rs marra. 
80, 87 ?n^rjbN sans ?, •pyba 15. 

26 3>&mb« 3Nn3, 18? 
Albarcfc nNrû?62. 

49, 50 mmp7i 83 (mwitt), oi. 

103 DWJÏ1 i3TNÛ- 
106 p^-îit ^3TN73, 59. 

-iTawa, voir û^Tart V»p. 
8 D-na^a, 85 ta-na^an. 

7l,92ï-lb^3. 

ribajaii nbaa ? 69. 

104 tonno nb:ra, 74. 

100 Kiltt(n). 

94 mm ©-lia, 71 . 

5 * saqïi nna© ira (m»a>, 34. 

23 IDlBftt), 60? 79. 

105 tZPDIOlb'W "noiE, 70. 

101 W73 -no, 115. 

fiera, 82. 

mran îtti», 157. 
144 e^aarj i-nra, 9, 123 pan. m. 
99 bbs». 

?aro», 1. 
78 tD^rabnîi "7?ab7a, 94. 

101 mis». 
«s -ma»» ^)' 106 - 
36 ta-njoa, 78. 

21, 102 nBOtt, 10, 104. 

89 mV^tt(rî). 

4 ^a© -|©3>73. 

"o, 132 nm», 16, 132. 
129 bnap», 49. 
15 d^rrb» nwi», 131. 

6, 39 "jn©^ mnN73, 46, 87, 124, et voir 

biaba aanaa. 
45 rmaïunm ttm©». 

mbran ■>[3B©?a64. 

122 ta^Bttî», 80. 

T. XL, n° 80. 



LA BIBLIOTHÈQUE DE LÉON MOSCO. I 

25 û'waJ rwa-is 
56 "jban pT -pv • 

13 ©D3r>, 135. 



177 



:8? 17 !-H8tt). 
20. 



82 Û^©3 ("no ?). 

42 mna. 

nan» niD, voir *i*ra. 

83 mmb&, 137. 
98 torao, 101. 

fcai*nan ÛTOO, 47. 

123 pp dbiy. 

ab-iûatfitti m©3>, voir rabnaitN. 

125 a va ©i-r£- 

32 n^a na« ©W»B, 14, 26, 42 ? 

108 V£-| p8 ©TPB. 

74 ma*»» nrpB, 113. 

29 •jnairs-' ©tpb, 65? 

85 ib©?3 OTTO, 38. 

84 nbnp ©TTO. 

na©n ©an ©ma, 92. 
127 û"n^©n n^iia ©1TB, 106. 
113 ^a-j a>7a©b ©rro, 7? ou 29? 
ou 53? 

97 anbpba "pans, 97. 

65 pbn p-lD, 27 OU 31 ? 
52 WÔH '1 ip-lD, 127. 

146 taipnB(n). 

116 riTOJIB, 84. 

117 ï-ra©7a:-î nrrns. 

75 pNï-î rnïX- 
72 ta^aTNTaT mnat, 40. 
û'o-nn n*nai, voir lan». 



117? 

122? 



137 "pa^p, 52? 

19 tpa nanap 
(90?) mmp,90. 

nsp, 93. 

76 ^©K*), 128. 

115 in m-i, 145. 
nbaoi, 21. 

46, 47, 136, 138Ï-IN1B-I, 57, 69, 89. 

ï-nap-1,50. 
65 t]OB mpnm, 24, 81. 

142 taa^ai* njnty- 
134 ta^©ati «an©, 121. 

12 



178 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

18 ûbl?ÏT) Ù^aiûfi, 125. 2 ïlttnn Ïl315n ; 36. 

vao ^53», voir »rns. mban 1S5. 

3 pT2 v^», 102. 95 min bu) TOsn. 

39 «jn», voir m*n». 54, 73 ùnann, H, 118. 

nSNilH, 30, voir Î12BST 91 û^M!! Diann. 43. 



Die dominica undecima mensis octobris anno a nativitate Domini 
millesimo CCC°LXX° septimo. 

Noverint universi quod die dominica undecima mensis octobris 
anno a nativitate Domini millesimo trecentissimo septuagesimo 
septimo, Struchus Durandi, judeus Majoricarum, curatorper curiam 
venerabilis bajuli Majoricarum datus et assignatus bonis et hereditati 
magistri Lehonis Mastoni, aliter Jazuda Mastoni cognominati, fisici, 
judei Majoricarum quondam, pro solvendis et satisfaciendis credito- 
ribus dicte hereditatis, présente me Nicholao Probom notario subs- 
cripto, ac presentibus pro testibus ad hec vocatis et specialiter 
rogatis magistro Aron Abdalhac, magistro Aron Cohen, fisicis, 
Moxino Abdalhac, Belshoms Efraym, Salomona Xulelli, Maymono 
Xulelli, Gresques Abram et Abram ses Portes, judeis, et pluribus 
aliis, ac mediantibus Abrafim Luquial, Alanyano Alatzar, Moxino Lu- 
quial, Mordofay Abib et Samuele Doscha, judeis curritoribus publicis 
rerum de collo, tenuit encantum publicum de libris per eum inventis 
in dicta hereditate et contenlis in inventario per ipsum Struchum 
inde facto auctoritate mei dicti et subscripti notarii, scilicet intus 
scolam sive sinagogam majorem judeorum Majoricarum, ex quibus 
libris vendidit libros sequentes personis infrascriptis tanquam plus 
dantibus et offerentibus in encantu publico, pretiis subscriptis. 

I Et primo vendidit unum librum papireum cum coopertis 
virmiliis vocatum MichiB, Samueli Levi judeo, pro tribus libris 
undecim solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis voca- 
tum coos arnadonos, Samueli Natgar, pro viginti uno solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis voca- 
tum Beaot abpilosophim, dicto Samueli Natgar, pro quadraginta 
quinque solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis 
vocatum Siuha enahim, magistro Aron Abdalhac, pro quadra- 
ginta uno solidis 
V Item quinque libros pergameneos cum postibus virmiliis, 
cum clavibus et tancadors,vocatos ornsetora, Maymono Xulelli, 
pro decem et septem libris et sex solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis voca- 
tum Sefer aemtmot, Moxino Abdahlac, pro decem octo solidis 



LA BIBLIOTHÈQUE DE LÉON MOSGONI 179 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Sematïuel, Samueli Faquim, pro viginti solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Rassim de Roelfes, May mono Xulelli,pro quinquaginta quinque 
solidis 

Item unum librum pergamenum, cum postibus virmiliis et 
cum clavibus et tancadors de lautono, vocatum More, eidem, 
pro centum solidis 
X Item unum librum papireum cum postibus virmiliis voca- 
tum Mispar, Abrahe ses Portes, pro viginti solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis voca- 
tum Terçum, Moxino Abdalhac, pro decem septem solidis et 
sex denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum 
Beurim de ben aatmra, Maymono Xulelli filio Abrafim Xulelli, 
pro decem septem solidis et sex denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis voca- 
tum Rabbeno Salomon, magistro Aron Abdalhac, pro triginta 
solidis et sex denariis 

Itum unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum 
Perus de bunasser, Belshoms Efraym, pro quindecim solidis 
XV Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum 
Quitep elaym, magistro Aron Cohen, pro viginti octo solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Se fer abmisuot, Abram ses Portes pro duodecim solidis 

Item très libros pergameneos cum coopertis virmiliis vocatos 
Sisa neueyni, Moxino Abdalhac, pro quatuor libris decem solidis 
et duobus denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Quitep elagui, magistro Aron Abdalhac pro triginta uno solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 

Perus de Mosee, eidem, pro triginta uno solidis et sex denariis 

XX Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum 

Nazir ben aonelhet, Jahuda Gresques, pro undecim solidis et 

octo denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum 
Rasele, magistro Aron Abdalhac, pro undecim solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis voca- 
tum Ayjug, Abram ses Portes, pro undecim solidis et sex 
denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Onis algarip, magistro Aron Abdalhac, pro viginti solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 
Aasuque quesef, Magalufo Natgar, pro quinquaginta solidis 
XXV Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum 
Maamar hic cdbu ammaym, Maymono Xulelli, pro novem 
solidis 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Item unum librum papireum cum postibus virmiliis vocatum 
Perus de ben, atzer, Moxino Abdalhac, pro quadraginta octo 
solidis et duobus denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Perech eelech, Samueli Natgar, pro septem solidis et octo 
deuariis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 
se fer aabdel, Maymono Xulelli, pro decem solidis et sex de- 
nariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Sematiuy, Magalufo Natgar, pro sex decim solidis. 
XXX Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 
Teefut, Maymono Darey, pro quindecim solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Perus coelech, Maymono Xulelli, pro sexdecim solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
aço es Se fer, Jahuda Gresques, pro quinque solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 
Eesbon, ammalahot, Belshoms Efraym, pro duodecim solidis et 
sex denariis 

Item unum librum papireum viridum vocatum Mosse aarat- 
tena, magistro Aron Abdalbac, pro viginti solidis. 
XXXV Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Celesnus, magistro Aron Cohen, pro quinque solidis 

Item unum librum pergameneum cum coopertis albis vocatum 
tahona, Maymono Xulelli, pro quatuor solidis et sex denariis. 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
aesnequesef, Maymono Xulelli, pro tresdecim solidis et duobus 
denariis. 

Item unum librum papireum et pergameneum cum coopertis 
virmiliis vocatum Perus Mixle> eidem, pro triginta solidis. 

Item unum librum papireum parvum cum coopertis viridis 
vocatum Mano metegue, eidem, pro tribus solidis. 
XL Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 
Saot emosiiaym, eidem, pro undecim solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
alaot denedar im, Abram ses Portes, pro duodecim solidis et octo 
denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Perus danotzara, Maymono Xulelli, pro sex solidis et sex 
denariis. 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 
Tergum deueneym, eidem, pro quatuordecim solidis. 

Item unum librum papireum cum copertis viridis vocatum 
annequeesef Magaluf Natgar, pro viginti solidis. 
XLV Item unum librum papireum vocatum Arit:i, Menahem Sisi, 
pro sexdecim solidis 



LA BIBLIOTHÈQUE DE LÉON MOSCONI 181 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
mitdat darseten, Magalufo ben Taro, pro quatuor 

Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum 
Semmim nifradiu, magistro Aron Àbdalhac, pro decemseptem 
solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum 
Se fer aapila, Magalufo Natgar, pro quindecim solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 
Mocater, magistro Aron Abdalhac, pro triginta solidis et sex 
denariis 
L Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 
Ritma, Magalufo Natgar, pro decem septem solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Aleatzar, magistro Aron Abdalhac, pro octo solidis. 

Item unum librum papireum et pergameneum cum coopertis 
virmiliis vocatum Auengena, Maymono Xulelli, pro sex solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum 
Sematiuhy, Magalufo Natgar, pro viginti solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Elmeiussi, magistro Aron Cohen, pro quinque solidis et duobus 
denariis 
LV Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
albayia enahim, eidem, pro decem solidis 

Item unum librum pergameneum cum postibus vocatum 
More ammore, magistro Aron Abdalhac, pro triginta duobus 
solidis et duobus denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Seferafua, magistro Leoni, pro sex solidis et sex denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
esturlau, magistro Aron Abdalhac, pro tresdecim solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum 
Mosnesedech, Menahem Sisi, pro duodecim solidis et sex 
denariis. 
LX Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum 
Se fer ammachar, Magaluf Faro, pro sex solidis et sex denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum 
annequecef, Magaluf Natgar, pro sex solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Qitep alèarefe, Alafta Cohen, pro sex solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
sefer refua, Maymono Xulelli, pro novem solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum 
Mispete asmaalot, Jahuda Cresques, pro undecim solidis et sex 
denariis 
-.XV Item unum librum papireum et pergameneum cum coopertis 
albis vocatum Perus dion, Maymono Xulelli, pro quinque 
solidis 



182 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Se fer zarauh?/, May mono Xulelli, judeo, pro octo solidis et 
quatuor denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
amicondia, Magalufo Natgar, pro duodecim solidis et sex 
denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
lalaayhim, Magalufo Natgar, pro quindecim solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Maquilla Maquilla, Maymono Xulelli, pro septem solidis et sex 
denariis 
LXX Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Musar apilosofim, Moxino Abdalhac pro septem solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiiiis vo- 
catum Medras adzita, Maymono Xulelli pro viginti solidis et 
duobus denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
coorot alestander Moxino Abdalhac, pro decem solidis et duobus 
denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
aay bi ben juncta, Sayt Mili, pro novem solidfs et sex denariis 
Item unum librum pergameneum cum coopertis albis vocatum 
Maquillas setarim, Abram ses Portes, pro viginti uno solidis et 
sex denariis. 
LXXV Item unum librum papireum cum coopertis virmiiiis vocatum 
zarauM, Maymono Xulelli, pro septem solidis et duobus de- 
nariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
taaran, Moxino Abdalhac, pro tresdecim solidis et sex denariis 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
musica, magistro Aron Abdalhac, pro quinque solidis. 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
missaadim, Sayt Mili, pro quatuor solidis. 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiiiis vocatum 
Sefer an Muça, Moxino Abdalhac, pro quinque solidis et sex 
denariis 
LXXX Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Sefer mispatim y Maymono Xulelli, pro sex solidis. 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Retutquot, Magalufo Natgar, pro tribus solidis et sex denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Sefer mofet, Sayt Mili, pro sex solidis. 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Lacotot hihagodot, Sayt Mili, pro decem solidis et duobus de- 
nariis 

Item unum librum pergameneum cum postibus virmiiiis 
vocatum Parasiot, Maymono Xulelli, pro decem solidis 



LA BIBLIOTHÈQUE DE LEON MOSCONI 183 

LXXXV Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
ma amarim e neebaudi, magistro Aron Abdalhac, pro duodecim 
solidis 

Item unum librum papireum cum postibus vocatum Eerdus- 
sim deutlin, Sayt Mili, pro decem solidis 

Item unum librum pergameneum cum coopertis de per- 
gameneo vocatum Mereot sete, Moxino Natgar,. pro quinque 
solidis et duobus denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatis 
laarbi, Gresques Abram, pro quinque solidis 

Item unum librum papireum et pergameneum cum coopertis 
albis vocatum Se fer refua Maymono Xulelli, pro octo solidis et 
sex denariis. 
XG Item unum librum papireum cum postibus viridis vocatum 
Quetdahot, eidem, pro viginti solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
laquototy Gresques Abram, pro sexdecim solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis voca- 
tum Perus Roossena, magistro Aron Abdalhac, pro undecim 
solidis 

Item unum librum pergameneum cum postibus virmiliis 
vocatum cotzar, Maymono Xulelli, pro triginta duobus solidis 
et sex denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Malmahat, Menahem Sisi, pro quinquaginta duobus solidis 
XGV Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 
Elmagisci, Rabi Biona del Mestre, pro viginti novem solidis et 
duobus denariis. 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis voca- 
tum Sedet atdarahim, Sayt Mili, pro quindecim solidis et duo- 
bus denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
farayt altulu, Abram ses Portes pro tresdecim solidis et duo- 
bus denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Elion annefes, Maymono Xulelli, pro undecim solidis et quatuor 
denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
hicgaeret ac vittua, Sayt Mili, pro viginti uno solidis 
G Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Mensoxi, magistro Aron Sullam, pro viginti solidis 
. Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Semmim, Maymono Xulelli, pro quatuordecim solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis voca- 
tum Xar, Moxino Abdalhac, pro triginta solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Mauat daenem, Aron Abdalhac, pro decem solidis. 



184 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Item uiium librum papireum cum coopertis nigris Mispar, 
Maymono Xulelli, pro sex solidis 
CV Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
balaaym, eidem, pro sex solidis et sex denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis pergameneis 
vocatum Perus de Xirsirim, Samueli Jucef, pro octo solidis et 
duobus denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 
Jayhir natiu, Maymono Xulelli, pro octo solidis et sex denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Moresch, Cresques Abram, pro octo solidis et sex denariis 

Item unum librum papireum coopertis albis vocatum aomat 
aesàon, Magaluf Faro, pro quindecim solidis et sex denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 
CX Costlibe y magistro Aron Abdalhac, pro quindecim solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
atohone quesef, Cresques Abram, pro octo solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis vermiliis vocatum 
Gauia quesef, Maymono Xulelli, pro novem solidis 

Post hoc die lune duodecima mensis octobris anno predicto 
dictus Struchus Durandi, curator qui supra, continuando dictum 
encantum vendidit bona subscripta, pretiis subscriptis et per- 
sonis subscriptis, tamquam plus dantibus, in publico encantu 
facto in platea ante janua calli Majoricarum, présente me notario 
subscripto, ac presentibus et mediantibus dictis curritoribus, ac 
presentibus testibus Maymono Xulelli, Moxino Natgar, magis- 
tro Aron Abdalhac, Moxino Abdalhac et aliis. 

Et primo enim vendidit unum barraganum ruptum Magaluf 
Durdur pro tribus solidis 

Item quatuor coxinos lini repletos de metxino, Allell bistaxio 
judeo, pro novem solidis et quatuor denariis 

Item unam capeietam modicam depictam cum quatuor com- 
passés, Berengario Ugueti, pro duobus solidis et octo denariis 

Item unum quadrant fustis cum sua cooperta, Moxino Natgar, 
pro triginta duobus solidis 

Item unum sturlau de lautono, Maymono Xulelli, pro quadra- 
ginta solidis 

Item unum sturlau de lautono, dicto Maymono Xulelli, pro 
quadraginta quinque solidis 

Item quasdam oras vitreas cum sua cooperta fastis, May- 
mono Xulelli, pro quinquaginta solidis 

Item unam tabulam argenti descriptam, eidem, pro quinque 
solidis et sex denariis 



Die dominica décima tertia mensis octobris anno predicto, 



LA BIBLIOTHÈQUE DE LÉON MOSCONI 185 

dictus curator, continuando dictum encantum, vendidit in loco 
predicto, mediantibus curritoribus predictis et in presentia 
dictorum testium, bona subscripta : 

Et primo vendidit unum librum papireum cum coopertis 
virmiliis vocatum Perus zaros, Mahir Sason, pro quindecim 
solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum 
Joocefon, Maymono Natgar, pro quatuor libris undecim solidis 
et quatuor denariis 
CXV Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Sedermoel, Jucefo Alatzar, pro triginta uno solidis et duobus 
denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis voca- 
tum Quespi, Abram ses Portes, pro quinque solidis et sex 
denariis 

Item unum libum papireum cum coopertis viridis vocatum 
tertium librum Vicenne, magistro Aron Abdalhac, pro quinque 
libris 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Tergum, Maymono Xulelli, pro quindecim solidis et duobus 
denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis voca- 
tum Amforismes dipocras, Biona del Mestre, pro sexdecim soli- 
dis et duobus denariis 
CXX Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
tractais, eidem, pro octo solidis et quatuor denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Sone aannessim Jucefo Alatzar, pro octo solidis et quatuor de- 
nariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
acoenesefe, Cresques Abram, pro sex solidis et duobus denariis 
Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum 
Silici del more, Jucefo Alatzar, pro quatuor solidis 

Item unum librum papireum cum postibus vocatum Mauot 
aenen, Sayt Mili, pro quinque solidis 
GXXV Item unum librum papireum cum coopertis pergameneis 
vocatum Samay vaQlan, Mayr Sason, pro octo solidis et qua- 
tuor denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
tameyh4... Cresques Abram, pro quatuor solidis et quatuor 
denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis pergameneis 

vocatum Perus dalietzer, Moxino Abdalhac, pro septem solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum 

Risson de molesch, Jucefo Alatzar, pro tribus solidis et sex 

denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 



186 REVUE DES ETUDES JUIVES 

beursefe aeques, magistro Aron Cohen Sullam, pro undecim soli- 
dis et sex denariis 
CXXX Item unum librum papireum cum coopertis albis i/oresCH, 
Faraig ben AIIod, pro duobus solidis et duobus denariis 

Item unum librum papireum et pergameneum cum cooper- 
tis albis vocatum Maraot elaym, magistro Aron Abdalhac, pro 
acto solidis 

Item unum librum papireum et pergameneum cum coopertis 
albis vocatum Se fer amisuot, Biona del Mestre, pro sexdecim 
solidis. 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Quelisla vedipna, Jucefo Alatzar, pro tresdecim solidis et duo- 
bus denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis pergameneis 
vocalum Dinin, Maymono Xulelli, pro duobus solidis et duo- 
bus denariis 
GXXXV Item unum librum papireum cum coopertis albis pergame- 
neis vocatum moresch sequeresnef eidem, pro quinque solidis 
et duobus deuariis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Merahot assetim, Moxino Abrafim, pro duobus" solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis voca- 
tum Scliaot, Natan Doscha, pro undecim solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis Ariuza de 
Vicenna, magistro Aron Sullam, pro quindecim solidis et duo- 
bus denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis voca- 
tum aemenaagh, Mexino Abdalhac, pro octo solidis et duobus 
denariis 
GXL Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Petras asminayos, Jucefo Alatzar, pro septem solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis de postibus mo- 
resch, Maymono Xulelli pro duodecim solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Hic jayon cassar, magistro Aron Abdalhac, pro quatuor solidis 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis Moris- 
chum, Maymono Xulelli pro decem octo solidis 

Item unum librum pergameneum cum coopertis albis vo- 
catum caranyonos, eidem, pro duobus solidis et duobus de- 
nariis 
GXLV Item unum librum pergameneum cum postibus vocatum 
Ruaen> cum aliis libris, eidem, pro viginti uno solidis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
Quite albeerge, magistro Aron Cohen, pro tribus solidis et sex 
denariis 

Item unum librum papireum cum coopertis viridis Eegues 
vocatum, magistro Aron Sullam, pro quatuor solidis 



LA BIBLIOTHÈQUE DE LÉON MOSCONI 187 

Item caranyonos de papiro magistri Leonis, magistro Aron 
Cohen, pro sex decim solidis et sex denariis 

Item unum librum papireum caranyonos vocatum Etdussim 
dauotzcLra, Mahir Sason, pro duobus solidis et sex denariis 
GL Item triginta quatuor libros sarracenicos Bonjuha Bofiyl pro 
septem libris et sex solidis 

Item unum librum papireum caranyonos Maymono Xulelli 
pro sex denariis 

Item 

Item (illisible) 

Item unam savanam sive boacen, Maymono Xulelli, pro quin- 
quaginta solidis 
GLV Item unum librum papireum vocatum taflllot cum coopertis 
croceis, eidem, pro duobus solidis 

Item caranyonos pergameneos biblie, eidem, pro tribus so- 
lidis. 



DEUX POLEMISTES JUIFS ITALIENS 



La polémique chrétienne contre les Juifs prit dans les pre- 
miers siècles, en Italie, les mêmes proportions que dans tout 
autre pays. Les mêmes objections et les mêmes preuves tirées 
des pères de l'Église les plus anciens sont répétées à satiété 
par les chrétiens dans toutes les controverses 1 . C'est la même 
ardeur de conversion qui veut recruter les âmes et qui fait naître 
les discussions à ce sujet, qui arrête une polémique exempte de 
préjugés et qui simule ou arrache par la violence les victoires. 
Les Juifs évitaient les controverses autant qu'il était en leur pou- 
voir. Elles ne pouvaient jamais, qu'elle qu'en fût l'issue, leur être 
d'aucune utilité. Du côté des Israélites nous n'avons aucune men- 
tion des controverses des premiers siècles de l'ère chrétienne 5 , et 
bien moins encore en avons-nous une seule qui soit mise par 
écrit. Il n'y a encore que très peu de documents pour l'histoire de 
la littérature de la polémique juive en Italie jusqu'en l'an 1000. 
Toute polémique n'était pour les Juifs qu'une apologétique ac- 
ceptée de force ; les armes restaient toujours les mêmes ; la 
prudence en interdisait le perfectionnement ou un emploi plus 

1 Cf. l'exemple instructif, à ce point de vue, de Y Altercatio Simonis et Theophili, 
éd. Harnack [Texte und Untersuchungen, I, 3 e éd., 1883), qui a tant de trtits com- 
muns avec les écrits anti-juifs antérieurs de Justin, Tertullien, Cyprien. M. Harnack 
considère cet écrit comme une simple rédaction de la plus ancienne Altercatio Jaso- 
nis et Papisci. MM. Vogelstein et Rieger, Geschichte der Juden in Rom, I, 163, note 6, 
soutiennent le contraire. Qu'il me soit permis de faire ici une simple remarque. A 
propos du passage de la p. 41 : « Similiter aquam luto mixtam voluntas, sororem 
tuam tibi in conjugio copulas, sanguinem cum sanguine jungis », M. Harnack re- 
marque, p. 48 : « A quoi vise l'auteur par les mots t aquam luto mixtam voluntas »? 
Je ne le puis dire et je ne puis bâtir aucune hypothèse pour expliquer le sens de ces 
mots. » Je crois que ces mots ont trait à la loi (Nombres, vi, 17) qui châtie la femme 
infidèle. Le sens du passage est le suivant : « D'un côté, vous avez été extraordi- 
naires dans la punition de l'adultère, et, de l'autre, vous demeurez dans l'inceste. » 

* La chronique d'Ahimaaç nous fait connaître une controverse qui eut lieu à la fin 
du x* siècle, dans le sud de l'Italie, à Oria, entre R. Hananel et l'archevêque d'Oria; 
cf. Kaufmann, Die Chronik, etc. 



DEUX POLÉMISTES JUIFS ITALIENS 189 

libre. Ce n'est qu'avec l'humanisme qu'il entre dans les entre- 
tiens religieux une plus grande liberté. Le désir de la science, 
l'avidité d'instruction et la tolérance de quelques princes spi- 
rituels et temporels, l'arrivée des fugitifs espagnols instruits et 
aguerris contribuèrent à élever beaucoup le niveau de la polé- 
mique. La logique obtient dans les discussions la part qui lui re- 
vient; parfois brille une pensée philosophique ; ce qui se montre 
avant tout, c'est une connaissance plus profonde de la littéra- 
ture de l'adversaire; et l'on voit peu à peu apparaître une plus 
grande hardiesse de jugement et d'expression. De cette époque 
plus tardive nous voulons, d'après des sources manuscrites, faire 
connaître deux polémistes juifs dont les œuvres sont jusqu'ici 
restées inconnues, et qui ne sont pourtant point dénuées d'intérêt 
littéraire et historique. 



L'auteur de la première controverse est Elia de Genazzano, fils 
de Benjamin ; cette controverse a eu lieu, à Orvieto, entre lui 
et le moine Francisco de Aquapendente *. Nous ne savons que 
peu de chose de l'auteur. C'était un partisan enthousiaste de 
Moïse de Rieti, qu'il loue comme le « chef de Jeschouroun » et le 
« prince des foules » 2 . Nous savons encore de lui qu'il est iden- 
tique à Élia Hayyim de Genazzano 3 , l'auteur de l'écrit cabalis- 
tique mran mas, où il promet de donner notre dispute comme 
complément. Au cours de ses explications, Élia parle notamment, 
dans son écrit cabalistique, du péché d'Adam, héréditaire, à son 
sens, mais seulement dans son pouvoir sur le corps, et non sur 
l'âme ; il promet de donner, à la fin de son écrit, une controverse 
où il a déjà exposé cette vue. La discussion est tout à fait diri- 
gée dans le même sens, à savoir qu'il y a bien entre les corps hu- 

1 J'ai sous les yeux le manuscrit de la bibliothèque de la Cour de Vienne, décrit 
par Goldenthal. Il y en a un à Munich et un, ayant appartenu au regretté Halber- 
stam, à Ramsgate ; ci', aussi Wolf, Bibliotheca judaica antichristiana, p. 30, n° 42. 
La suscription du manuscrit est ainsi conçue : i3*n;;E 1ï"pbfc* "^3 i~ITI TWS^i 

*ftt*WD tympan ipoiatana ns fiai ï"*"nbT \n^n n"hmaa p 

* Cf. Letterbode, X, 104, et Vogelstein-Rieger, Gf-eschichte der Juden in Rom > 
II, 70. 

* Ms. de Munich, n° 112, f. 17, et Steinschneider, Jewish Literature, 377. J'ai 
sous les yeux une copie de cet écrit tirée de la bibliothèque de l'Institut théologique 
israélite de Vienne (auparavant dans la bibliothèque d'A. Jellinek). 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mains un lien, mais non entre les âmes et que, pour cette raison, 
ce sont les corps seuls qui supportent le péché d'Adam *. 

Si l'auteur des deux écrits est le même, nous apprenons avant 
tout par le r-nmfcn maa que la controverse eut lieu vingt ans avant 
sa rédaction et que Francisco de Aquapendente était un frère mi- 
neur instruit -. On peut également déterminer ainsi l'époque où 
fut composée notre controverse. Moïse de Rieti, qui est mort à 
Rome après 1460, appartient déjà, dans le Iggéret Hamoudot 
aux « défunts » V't Tfy. D'autre part, il combat l'œuvre de Atêret 
Zehènim dans son écrit cabalistique, et en nomme, en deux pas- 
sages, l'auteur, Isaac Abrabanel, son contemporain 8 . Bien que 
nous ne connaissions pas d'une façon précise l'année de la compo- 
sition du manuscrit qui a autrefois existé du Atérét Zehênim, il 
est cependant du même temps, puisqu'Abrabanel s'enfuit en 1492 
d'Espagne en Italie, demeura à Naples, à Monopoli, en Apulie, à 
Padoue, à Venise, et déplo}'a une activité d'écrivain féconde qui 
dura jusqu'en 1508, année de sa mort. Notre controverse, qui date 
de vingt ans plus tôt, tombe à peu près dans le dernierquart du 
xv e siècle. 



1 Le passage du J-|Vnttn m3K est ainsi conçu : bllûtt"* "p*" 5 * d*JNn NÛH1 

bas ""©fia t-nn «an*™ d^oidîi (fcavûMaii) n?:Ntta c<b ba« ,12a 
tnnsan i-int epoa "wa nnp i©«îqi roinb ii&nsa "wia r^-in 
ûn^y *b n t d'n^srïTjE dan a? ^mu)* thn mai ^b n^n 
^-p^n i3'û^ vijv damnai nbbn tarawa a»wDm ,na 12. Et dans notre 

controverse : daSttN NLDn (Adam) r<-|r; QN "ltUsabl îaTHSJSab ÏTtt "tt 

da^bbaa dabia snnb n&natta tnimn tpa aa-n-wpa ûnvnb fcawaïri 
nrDDia aarrprjb d^ai^rr bmxm ïNDfinïi dana bbpna\a i-nbbpa 

'iai r-WWÏl ÏTIVIM fcanb Sd«n ^CN tn^Ta 172d n*P1DE>3 S^ïbl. Peut- 
être peut-on encore ajouter, comme preuve accessoire de l'identité de l'auteur, qu'il op- 
pose le même argument dans le J— 11*71)371 DISK aux Aristotéliciens, dans des 
termes presque identiques à ceux dont il se sert dans la controverse contre les 
chrétiens. 

r-nbna dan^pro -udn r-n-rnan nra-D r-msa i)3ib ynst fNi 
dan ib« ba "o snnbm mmpji mbisa rrrmKi rrtatap aanirpai 

Controverse. 

Kbrti npnynn natta ïrnnrt rrnia "paï-ïb aana ibam "pan 
r-nasap tanro mb"na ûïito nimbas m-no nrmNn mnx: i»i 
rf'mE m»» irpba r-iana p "o t-rmbri dan): mbisa dan?:. 

1 C'est ce que signifie bien : da"H?3*"£?"î )12 *inJS daan. Cf. Zunz, Zur Ge- 
schichtc,\%\, note j, et Zadoc Kahn, Étude sur le livre de Joseph le Zélateur, p. 38, 
note 1. 

s Une fois S^iNanaaN pnar '"i wn r:an)3 ihn daan iittîrflB i£a 
da^jpT nira* iriixip -icoa ; pui?. de nouveau : aa:> dnbtib r^^N nn?i 
bw^iiD ©•"* pm:' 1 Y-in Nim min» ina daan. 



DEUX POLÉMISTES JUIFS ITALIENS 191 

Une indication du Iggéy^et Ilamoudot, qui nous permet de fixer 
l'année de la naissance de Élia, est malheureusement bien peu 
probante. Aussi ne ferons-nous que la signaler sans en ti- 
rer grand parti. A la fin du traité il loue notamment Menahem 
Recanati comme le plus grand des derniers cabalistes dont il 
partage presque toujours les vues. Il y a, en vérité, dit Elia, un 
savant nb^apoitai ^b"i» 'i (R. Samuel (?) de Toscanelia) qui a com- 
battu Recanati en plus d'un point. Et il essaie de le réfuter. Mais 
sa réputation est sans valeur sauf en un point. Ce ^V^tt 'i, ou 
^"hl2 '1, appartenait à la génération antérieure, et Elia avait sept 
ans à sa mort 1 . Mais nous n'obtenons ainsi qu'une comparaison 
avec deux inconnues ; nous avons sur ce savant encore beaucoup 
moins de renseignements que sur notre Élia. 

Avant d'aborder la controverse même, il vaut la peine, eu égard 
au défaut d'autres indications sur notre auteur, de s'occuper de 
son traité ï-inittn rrua. Nous y trouvons quelques traits caracté- 
ristiques de l'auteur, et c'est d'autant plus intéressant que ce traité 
est encore manuscrit. Il est adressé à un jeune ami (*«b waua 
arrcjfiïi mmïi, aussi ^ns) nommé Daniel (mas rtrwhp nafti ma«a 
"paia hy mnttn) et est destiné à l'initier, sur son désir, aux se- 
crets de la Cabale 2 . Il se proposait, dit-il, au commencement de 
cet écrit, de le faire antérieurement d'une façon orale, mais cela 
lui avait été impossible à cause de son éloignement. Il ne pou- 
vait recourir qu'à l'écriture 3 . Les générations antérieures ont 
faussement interprété « du grec » les paroles de Dieu; Maï- 
monide a aussi, dans son temps, déclaré, dans une épitre adres- 
sée aux Juifs d'Egypte et du Yémen, que, après son arrivée 
en Palestine, il avait été initié par un vieillard à la Cabale et 
qu'il regrettait tout ce qu'il avait écrit, dans le Guide, sur les motifs 
des défenses ; et, de même, Moïse de Rieti disait, dans un écrit, 
que la rédaction de son Mikdasch Méat n'était que du temps gas- 

1 ma taan infiOtaiD fcarannNa imtta "pa ^aaNpi» tottJtt n"-irt 
i"in b* nus*© ta-ora nia *;aa ^n w*iri riTa^ai la^asbia ma . 
no"> m an a in»»» r<b mpia ia w^^ai mam rn^s tana» 
■o inyib vnoa ina tanptta ^n SHb^apoisai ib"">72 'n iD\\n taaiiîi 

pDDrî iDl^D t**îb Î"»41Ï1- Le noua ">y'V2 doit) comme le présume M. Steinschuei- 
der, manuscrits de Munich, 2 e édition, n° 112, p. 69, être Samuel. 

* Elia dit, à propos du but de cet écrit : maiXÏI FlNTa TaYlD "pN "O 

^nrapn pa^a nnç -p rnnsb ^aaa nbapn "nai ^s *p tsiaïrb 
tannin a*mana frwn'pa npb sponn pnh ,5m&ramrj. 

3 o-nsb oaanb ppmii;?2 ^n-nn *p^ i-> anaa iaT« na t-pba ïn» 
-an ^?a7a ta-ô^ïi ">nbab ^a -jais ns Sn -d un ^aab ns ïrn 
„nyv2 'ûymft, et de nouveau: nanau) pim •'•itasa 15 imen ■'"in» 
na«a ■•37272 inï r-ipmïi *d taa^a bN a-oa. 



192 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pillé ' . Le dernier livre qui lui tomba entre les mains, lorsqu'il de- 
meurait dans la maison du père de Daniel, l'avait engagé à étudier 
la Cabale. Il est également impossible de pénétrer dans l'étude de 
la Tora, dont chaque lettre est, jusque dans sa forme, un secret, 
avec l'aide d'Aristote. Aussi dirige-t-il dans son écrit une polé- 
mique contre les partisans israélites d'Aristote, contre les philo- 
sophes et aussi contre Lévi ben Gerson, qui dénie à Dieu la pro- 
vidence particulière , contre les théologiens qui veulent résumer 
la foi en articles, tandis que l'article fondamental ordonne de 
croire à chaque mot de la Tora, contre Albo, à cause de sa fausse 
conception des Sefirot, de la prophétie et de la métempsychose 
cabalistique, contre Abrabanel à cause de son exégèse et surtout 
à cause de sa critique du Midrasch qui n'est môme pas déguisée. 
Il met encore son ami en garde contre le Zehout Haadam, at- 
tribué à David de Rocca, qu'il ne veut même pas réfuter 2 , et, 
après cette introduction sous forme de polémique, il passe au sujet 
même de son écrit. 

Il faut, déclare-t-il, admettre deux hypothèses : 1° que la raison 
humaine est bornée dans les recherches de ses œuvres et des 
causes de ses ordres; 2° qu'en Dieu le commencement de la pen- 
sée a lieu en même temps que la fin de l'acte. 

Les philosophes admettent une cause première, dont la pro- 
vidence, d'après Aristote, s'étend jusqu'à la lune; et les cabalistes, 
au contraire, Y homme supérieur [)vby'n tna), qui est identique 
aux sept Sefirot inférieures. Ils le mettent en relation avec la 
cause première ou les trois Sefirot supérieures, dont ils ne peuvent 
aussi comprendre que l'existence, sans leur dénier toutefois la 
providence spéciale. Il démontre donc la série des dix Sefirot 
d'après l'auteur du Maaréchel ; il considère, par contre, d'après 
le Haora de Gikatillia, l'Ensof comme identique à la Sefira su- 

1 En ce qui concerne Moïse de Rieti, cf. Orient, 1841 , p. 235, et Vogelsleio-Rieger, 
II, p. 72. Le passage cité des écits falsifiés de Rieti est ainsi conçu : "H13>3 *53^3 

•h ^ba iy •'bnaa r-nmn \nb^!i nïin b* îa^aay -rnp ûvd ib wsa 
Tipm ppïi iznpfcb r-n^^n^ ^n^pn ^nTûpffi *\y \na wt "wn Dsnsbi 
b?a î^m to« iu3D3b r-nEifin -materai mVno fca^nb» a^pin an» 
'■d-i nabab nwrarî rrm inmi n:n»rr Sn "unn. 

a Le passage caractéristique est ainsi conçu : "pb? fntïîjb ^rP3£"l f^bl 

r-ntnpn by rmora "nnian baia iab na trmnb maata "»2ro matort 
ma», nbbrr a^nanm ï-viaana rïvynn a-inan "tswe S? n»fin 
■»saïn ht b\B in^un imt* 9^xn p^rt i* mn tana psucnb u;"a Qrttiab 
Ti^n in-nnbn '*ib ^n&»pa Tnrt "«biTan vn^n nb« '•a "fb jatoa 
isntob ina w\*n imaa napinp in -idn-ip"^ in bab tain b^aw 
taianï-im tzrvn -imn ïà>nb ^b Tara ï-ïï ba .to^n inaea 
r-i^Ta oaanb nann bn bimnnïi d^snh jn nriT3 rtpwo ina cnb 
ïittann. 



DEUX POLÉMISTES JUIFS ITALIENS 193 

prême l iro, attendu qu'il donne une confirmation de cette iden- 
tité dans les plus anciens livres cabalistiques : aussi bien il fau- 
drait admettre une double cause primitive, ce qui serait absurde. 

Les œuvres pieuses des Israélites, dit-il ensuite, suscitent les 
plus hautes forces — les sept Sefirot ou l'homme supérieur — qui 
ont reçu le bien de la cause primitive et l'élément supérieur de 
l'homme inférieur. C'est avec la Sefira TDti que Dieu a créé le 
monde; elle a donné naissance à ^ns et aux deux Sefirot sem- 
blables : rnàen et rvobtt. La Sefira rrdb'n fut ensuite, comme 
l'Agada le raconte de la lune, abaissée à cause de son orgueil. 
C'est sous sa protection que sont les Israélites — les étoiles; c'est 
d'elle qu'émane donc le bien sur Israël. Moïse seul a vu Dieu, les 
autres prophètes n'ont vu que la Sefira rrûbtt ; l'histoire que ra- 
conte l'Agada du bannissement de la Schechina se rapporte aussi à 
cette Sefira. 

Les Sefirot portent des noms divers , parce que leur objet 
ne peut être exprimé par un seul terme adéquat. Les différents 
attributs cabalistiques — 'irrasrfri Hnvo n"b rira "nsna '3 fl*yûï n"? 
mb^ïï s"" 1 — sont déjà indiqués dans la Tora. Lesattributs de Dieu, 
tout comme son être, sont insaisissab'es : ils ne signifient que les 
états intimes de son être, la source de l'émanation. 

Le but de la création du monde n'est pas encore atteint. Le pé- 
ché d'Adam, qui affecte notre corps, a obstrué les canaux et trou- 
blé l'émanation ; les trois chefs de race ont rétabli l'ordre des 
choses et ont rouvert les canaux de ^dh, "ins et niNsn. C'est ce 
que signifie la sentence cabalistique : ïiaD-iftfi "jn }n t-naaKi. Dans 
une sage prévoyance les patriarches ne se sont pas laissé cor- 
rompre parles force impures, pour protéger leur postérité contre 
elles. David a relevé la Sefira irobtt et Salomon, par son péché, en 
a détruit la force, jusqu'au temps du Messie, où la Tora sera rou- 
verte. Les paroles de bénédiction des Israélites voulaient aussi re- 
lier les Sefirot les unes aux autres, ouvrir la source de l'émanation 
et faire descendre ,sur terre la bénédiction et l'abondance. 

A la fin l'auteur recommande tout particulièrement l'étude de 
Menahem Recanati, de Joseph Gikatillia (ïTTWrt *i£>ô), de Moïse de 
Léon (bpiûttrt nao) et du fnttban rcn*». IL considère Recanati 
comme le plus grand des Cabalistes ; il ne trouve chez lui à re- 
prendre que la distinction de l'Ensof et de la Sefira suprême, nro, 
et la suite des jours de la semaine, qui chez lui — non comme dans 
le Zohar — correspondent aux sept Sefirot. Avec Gikatillia il re- 
connaît une différence de droite et de gauche pour les deux Se- 
firot supérieures rtrari nto^n, et son explication de "^a par la 
« droiture ». 

T. XL, N° 80. 13 



194 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Tel est le résumé de cet écrit. Gomme on le voit, il ne contient 
aucun système de la Cabale ; loin d'être un esprit original, Elia 
de Genazzano est un éclectique (^in» bïMXn Ti3b tojp ^ni 
mbio^r;), et ce qu'il nous offre ici d'une façon souvent irrégu- 
lière, c'est un amas de miettes de la Cabale qu'il a recueillies à la 
table des plus riches. La polémique contre la philosophie reli- 
gieuse prouve cependant qu'il s'en est beaucoup occupé, et la vio- 
lence de cette polémique qu'il en était auparavant le partisan et 
même qu'il appartenait aux prosélytes de la Cabale. 

Passons maintenant à sa controverse. Elle se divise en treize 
questions et réponses. Il examine les questions suivantes : le 
péché original, la révélation, la tradition, l'abrogation de la 
loi mosaïque, la sainteté de Jérusalem et de Rome, les malheurs 
d'Israël, la sainteté des saints chrétiens et des prophètes, l'infério- 
rité du judaïsme, qui ne croit qu'à ce qui est démontré et qui n'a 
ni saints ni prophètes. L'auteur donne la parole d'abord à l'adver- 
saire chrétien et lui met dans la bouche des objections, qu'il ré- 
fute 1 . Il passe habilement alors de la défensive à l'offensive et, 
tout en défendant ouvertement et courageusement l'édifice ju- 
daïque, il dirige l'arme de la critique contre son adversaire, et 
essaie de l'atteindre. 

C'est le péché originel qui forme le premier sujet de l'entre- 
tien. Les Juifs, leurs prêtres et leurs prophètes, telle est l'opinion 
du frère mineur, seraient voués à l'Enfer par suite du péché 
d'Adam. La mort de Jésus ne leur a pas apporté le pardon ; la 
Tora ne promet, en réalité, que le bien-être temporel. La question 
du péché héréditaire avait été déjà souvent discutée ; Élia entre- 
prend cependant encore une fois la réfutation de l'opinion chré- 
tienne parce que cette idée forme la base du christianisme. Les 
âmes des hommes, répond-il, ne sont pas en rapport les uns avec 
les autres ; les corps seuls le sont. Ces derniers seuls sont sujets 
à la malédiction d'Adam, et les chrétiens n'en sont point exempts; 
la mort du Christ n'a pas non plus racheté cela. Les prophètes 
sont déjà de leur vivant participants de la révélation, et, à plus 
forte raison, une fois que l'âme est délivrée du corps. Comment les 
Israélites, qui, de leur vivant, se sont tenus au Sinaï, pourraient-ils 
se voir refuser après leur mort les joies du Paradis? Les Israélites 
souffrent durant leur vie pour leurs croyances, la punition après 
la mort serait une double punition injuste et indigne de Dieu : 

1 II ne nous donne souvent que des analyses des objections faites par l'adver- 
saire. Une fois il ajoute : ^pINÏI ^ r^ HNH "H 3173 obl^TÎ 333?! FPfi Ï1Î1 

•ruxa riair» a-nm, puis ; b3« nbee &vn sa^m n«n Bpoin msn 

v-is-na r.bwn bbsn srn ï-j-. 



DEUX POLEMISTES JUIFS ITALIENS 105 

Moïse l'a aussi promis aux Israélites dans l'autre monde, quand il 
les proclame heureux (Deut., xxxiii, 29). Si la Tora fixe un châ- 
timent pour la transgression des défenses, chaque non transgres- 
sion a naturellement sa récompense, et cela dans le monde futur. 
C'est, d'ailleurs, une loi naturelle que l'âme, après son éloignement 
du corps, retourne à la source d'où elle vient. 

Francisco pense donc que la foi des chrétiens en Jésus et aux 
paroles évangéliques rapportées par ses disciples est aussi auto- 
risée que la croyance des Juifs à la révélation du Sinaï, à laquelle 
cependant tous n'assistaient pas. Les premiers auraient donc pro- 
clamé le châtiment à la suite du péché originel comme un châ- 
timent psychique, et la foi serait supérieure à la nature et à la 
raison. Élia réfute encore cette dernière opinion. Les Juifs sont 
bien éloignés de croire ce qui contredit la raison. Leurs articles 
de foi ne comprennent rien qui ne soit sensé. Certains comman- 
dements peuvent paraître contraires à la raison, mais ils ont un 
sens plus profond, tel celui, si connu, de la crainte de Dieu, et 
n'ont été, d'ailleurs, acceptés par la foule qu'après avoir été 
éprouvés par Moïse. 

Après cette introduction il met en relief les avantages de la ré- 
vélation israélite. Le décalogue fut proclamé par Dieu même 
devant soixante myriades d'hommes, pour confirmer la prophétie 
de Moïse, et c'est seulement après que les Israélites acceptèrent les 
autres commandements. La foi était en tout Israël et elle se ré- 
pandit presque instantanément. La doctrine juive fut entendue 
par soixante myriades de personnes et transmise de génération en 
génération ; la tradition est donc ainsi également confirmée par la 
raison. Mais où la doctrine de Jésus a-t-elle été révélée, où a-t-elle 
été écrite, quelle nation l'a entendu proclamer, en quel temps 
a-t-elle été confirmée ? 

Si donc le moine veut dire que Jésus, qui n'était pas venu pour 
renverser toute la Tora et en a peut-être conservé et aggravé 
certaines parties, n'avait pas besoin de la publicité, Élia lui 
objecte qu'il en avait justement besoin parce qu'il voulait abo- 
lir des lois profondément enracinées ; c'est ainsi qu'un méde- 
cin use contre une maladie intense d'un remède plus efficace. 
Aussi bien, Jésus n'avait pas le droit de supprimer les lois que 
Dieu avait données; c'est ainsi que la circoncision acceptée pour 
l'éternité fut déclarée par les prophètes valable pour tous temps. 
Mais les chrétiens ont aboli les lois de la Tora contre l'intention 
de Jésus. Ils n'observent pas les lois noachides, mangent le sang, 
ne suivent pas le décalogue, puisqu'ils confectionnent des images, 
et qu'ils reportent au dimanche le Sabbat, le septième jour de la 



1% REVUE DES ETUDES JUIVES 

création, célébré également par les apôtres. Il n'est pas jusqu'aux 
fêtes chrétiennes et aux autres lois des chrétiens qui ne soient 
allées, dans le cours des temps, à rencontre des intentions de 
Jésus et de ses disciples, d'après un sentiment assez répandu. Bien 
que Francisco renvoie à saint Jérôme et à saint Augustin, qui 
n'ordonnaient pas de prendre les lois de la Tora à la lettre ! et 
que leurs secrets soient seuls importants, la loi doit pour- 
tant être mise en pratique, pour que ce qui est caché, le mystère, 
soit gardé : l'abolition des commandements entraîne avec elle la 
disparition des mystères. Élia explique donc historiquement Yal- 
légorisalion des lois. De Jésus à Constantin la doctrine tomba 
dans l'oubli pour les chrétiens, peu nombreux au début, qui ne 
connaissaient autrefois, avant la traduction de la Bible, que 
quelques lois par cœur. Après la traduction, ils éprouvèrent bien 
les lois, mais pour ne pas écraser les croyants sous ces lois si 
dures et jusqu'alors inconnues, ils renvoyèrent au passage des 
Actes, xv, déclarèrent provisoires les lois et les allégorisèrent. 
Aussi bien, comment peuvent-ils tirer d'après une traduction les 
secrets de la Tora, dont chaque lettre a, par sa forme même, 
une signification 1 Si Jésus a réellement été envoyé par Dieu 
pour la délivrance du genre humain, pourquoi cet événement 
s'est-il produit en un temps où sa doctrine ne devait pas être 
acceptée et justement chez un peuple qui ne croirait jamais en 
lui ? Francisco tire argument du martyre et de la mort des Saints 
pour la croyance chrétienne ; cela n'en démontre pas la vérité; et 
les Opinionistes, qui renient le pape, se laissent brûler pour leur 
croyance : w !-D3 bs û^in fitt ^rmaa ira b? nan î-fà nfcan Dîo 
W3i D^bu; Tpssaa û*i©rDJ3T0 ■rç&rsTDiNfi ro û^np;n ron û-pn 
sd ûj> to^ntt &o-r; maso mpw ab )^iyi dhw nsnisa •o -n^n 
ûDribar Si Francisco invoque le succès d'une croyance pour en 
démontrer la vérité, il ne donne pas là encore aucune preuve, 
car, enfin, l'empire du monde a appartenu aux payens de Rome, 
et les Mahométans sont torts et puissants et possèdent la Terre- 
Sainte. 

La dernière question sert de point de départ à une autre con- 
troverse. Francisco soutient que Jérusalem a cessé d'être sainte 
après la destruction du temple et que Rome est, dès lors, sanctifiée 
par le sang des martyrs, devenue la ville sacrée. Élia le contredit 
en se fondant sur ce que tous les prophètes ont promis pour la 
fin du monde le retour de Dieu à Jérusalem. Cette espérance des 

1DÏ? ÛiflfflTl EH riDsn nbttl t\OV J-n^»l pm^. Ces arguments doivent 
êlre encore rapportés à Justin et traînent dans tous les écrits anti-juifs. 



DEUX POLEMISTES JUJFS ITALIENS 197 

Israélites excite les railleries du moine, (JM&ttïD nan -tek) et il de- 
mande quand cet événement finira par se réaliser et quel péché ont 
bien pu commettre ceux qui suivent la Tora pour s'attirer de Dieu 
tous leurs maux et leur long exil. Lorsqu'ils adoraient encore des 
idoles, ils devaient attendre seulement soixante-dix ans pour re- 
voir leur pays. A cette objection si souvent soulevée, même par les 
payens et les Mahométans, contre les Juifs, Étia répond avec rési- 
gnation que les voies de la justice divine sont impénétrables à l'en- 
tendement humain. C'est ainsi que les mauvais propos des explora- 
teurs ont eu pour suite le séjour des Israélites dans le désert durant 
quarante ans et un châtiment plus sévère que l'adoration du veau 
d'or ; c'est ainsi que Saùl fut beaucoup plus sévèrement puni pour 
n'avoir pas tué Agag, que David pour son adultère et son crime. 
Les voies de la justice divine furent cachées à Moïse et aux pro- 
phètes même. Malgré cela, les Juifs ne changeront jamais de 
croyance, car leur croyance est la vérité. Aussi bien, au temps du 
deuxième temple, les ancêtres ont commis bien des péchés ; mais 
l'amour et la sagesse divines laveront par l'exil Israël de ces 
crimes. Si Francisco pense encore que la délivrance de Juda an- 
noncée par Jérémie ne signifie qu'une seule chose : la délivrance 
de l'âme et la reconnaissance du Christ, — et non point la des- 
truction des maux et la domination du monde — c'est qu'il ne 
fait qu'employer la méthode des sages du christianisme : enlever 
aux paroles des prophètes, quand elles fournissent des armes à 
l'adversaire, la force de leur signification littérale. Il n'est cepen- 
dant pas permis de rpjeter les paroles des prophètes pour accorder 
sa croyance aux sages du christianisme. 

De là l'auteur passe à une autre controverse sur les Saints du 
christianisme. Ces sages, dit le moine avec colère, étaient de saints 
hommes, dont la sainteté fut confirmée par des miracles. Il y a, 
répond Élia, des miracles naturels que Satan même peut faire, et 
que les magiciens d'Egypte accomplissaient effectivement, quand 
ils faisaient, par exemple, sortir les grenouilles des eaux ; mais il 
y a aussi des miracles surnaturels que peuvent seuls réaliser les 
hommes divins. Les miracles des Saints du christianisme sont 
naturels, comme les guérisons. Bien plus, les chrétiens attribuent 
ces miracles aux Saints, qui sont morts. Cela est absolument in- 
croyable. Les prophètes réalisaient, au contraire, leurs miracles 
de leur vivant. Comment les Juifs pourraient-ils croire aux mi- 
racles des chrétiens, consulter les ossements des morts et les 
honorer, puisque la Tora leur a interdit toute souillure par les 
morts? Mais les chrétiens placent les morts dans l'église et at- 
tendent leur bonheur du contact de ces cadavres. 



198 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La force de la croyance judaïque, déjà mise en relief plus haut 
par Élia, et qui consiste en ce qu'elle ne contredit pas la raison, 
est ensuite attaquée par Francisco : « Les Juifs ne croient qu'à ce 
qui est démontré par la raison ; mais ce n'est plus une véritable 
foi. La réelle, la véritable foi, c'est la foi aux choses indémon- 
trables. 11 y a, d'ailleurs, dans la Tora des choses qui ne corres- 
pondent point à la raison, et auxquelles les Juifs sont tenus de 
croire. » Élia redresse maintenant sa manière de voir et prend en 
même temps l'offensive contre son adversaire. Les Juifs, répli- 
que-t-il, ne demandent pas une preuve pour tout ; ils ne rejettent 
que ce qui contredit directement la raison, comme la croyance à 
la Trinité, qui postule trois existences unies et séparées en même 
temps, ou au pain de la communion, dans chacun des morceaux 
duquel tout le corps du Christ doit se trouver en même temps 
qu'il se trouve tout entier dans le pain tout entier. Quant aux mi- 
racles de la Tora, ils sont dignes de foi. 

Malgré tout, dit encore le moine, le judaïsme n'a aujourd'hui ni 
prophètes ni Saints; le christianisme compte, au contraire, encore 
des centaines et des milliers d'hommes qui vivent en saints et sont 
morts sans péché, sans s'être approchés d'aucune femme. Mais 
Élia conteste la sainteté de leur vie. L'éloignement de la femme 
est plutôt un péché. Le premier commandement de la Tora dit : 
« Croissez et multipliez. » Et au point de vue de la nature même 
tout homme qui n'a pas d'enfants fait l'effet d'un meurtrier des 
âmes qu'il empêche de vivre. Le monde deviendrait désert, 
ce qui assurément est contraire à l'intention du Créateur. C'est 
pourquoi tous les prophètes étaient mariés ; c'est pourquoi le 
grand prêtre devait aussi l'être, abstraction faite, d'ailleurs, de 
ce que, d'après la Tora, la femme est une partie de l'homme et que 
sans elle l'homme reste imparfait 1 . 

Le moine est acculé : il ne sait plus que faire ressortir le con- 
traste entre le bonheur terrestre et la tranquillité des chrétiens, 
les souffrances et les tribulations des Juifs, contraste qu'il pré- 
sente comme un avantage du christianisme. Cette objection plutôt 
eudémonistique est singulièrement piquante venant après la pré- 
tention du début, qui veut que les chrétiens soient sûrs du 
bonheur en l'autre monde. Élia ne fait que donner du relief à 
cette contradiction ; il ne répond point à la dernière objection de 
son adversaire et c'est ici que se termine cette controverse, en 
tout cas fort curieuse. 

1 II fait allusion aux usages des cloîtres qui subsistaient vraisemblablement à cette 
époque, quand il dit : Î-Tîfàiari ïmr03 Û"M25ttr)125EÏ"NÛ t^SSED ïftfVl 

t-nbîina nrisa fcaïib lopa*' bnbs smaiaT buj s-inbxai nb*naa. 



DEUX POLEMISTES JUIFS ITALIENS 199 



IL 



La seconde controverse a eu lieu, comme le dit la suscription 
du manuscrit, au mois d'avril 1617 dans un couvent de jé- 
suites de Ferrare, entre l'auteur, inconnu, et le jésuite Alfonso 
Garacciola, sur l'ordre du cardinal Orazio Spinola, légat du 
pape, avec le consentement de l'inquisiteur Jean-Baptiste Sca- 
rella et en présence de deux mille hommes, parmi lesquels les 
notabilités de la ville. La suscription de notre manuscrit est ainsi 
conçue : "»n^a ma tDitt "psi iy»a tK5 r^ ../lÈSTa ïio nœJSia rrw 
tûaiwpa ïibT*assnsp îosisbN n?ow ><np2 icraY'o'W rott bina ta-m 
rroonm iaw»b ttbi^M iiawrnK yamn mhyn "nvati mon teaïibia 
1735 nwjan raansa rrn riTi rtb^«pp ïiaonaOÉta jam npirs'n '^12 
.*rri3n»m wïi i:na fcaiin fnnïn «y*» û^sba 

Tant au point de vue extérieur qu'au point de vue intrinsèque, 
la controverse se divise en quatre parties, elle traite de quatre 
questions : 1° si les Juifs croient au Christ ; 2° s'ils croient à sa 
qualité de Messie ; 3° s'ils sont tenus de croire à l'Évangile ; 4° com- 
ment il faut distinguer la tradition vraie de la tradition fausse. 
Ajoutez à cela une question accessoire posée par l'adversaire chré- 
tien : pourquoi les Juifs ne font-ils pas valoir les miracles comme 
une preuve de la vérité des prophètes et de la prophétie? Le 
but de la controverse, tel qu'il ressort de la suscription, est de 
convaincre les Juifs qu'il leur faut accepter la foi chrétienne 2 . 

1 J'ai sous les yeux un ms. de la bibliothèque de l'Institut théologique israélite de 
Vienne, de 16 feuilles in-8°. Les lettres qui manquent dans la suscription peuvent 
être facilement restituées d'après l'édition de de Rossi (Bibl. antiehr., p. 124, 
n° 172) : In titulo dicitur in ea urbe et mense aprili ejus anni (1017) publiée habita, 
etc. . . ib* • . • sont les lettres finales du nom du mois. Abraham Pesaro dit aussi dans 
ses Memor/e storiche sulla communità israelitica ferarese (Ferrare, 1878, p. 37) : Da 
uno opusculo ebraico del chiarissimo Prof. Rabb. Jaré di Mantova, Livorno 1876, ri- 
levai che nell' Aprile 1617, etc.. » Je ferai encore remarquer, à ce propos, qu'en 
1617 la terrible Inquisition sévissait violemment. Pesaro, p. 21 : « Nel 1610, 1617 e 
1624 si sofirirono nuove recrudescenze inquisitoriali, etc. » Le consentement de l'In- 
quisiteur est mentionné dans la suscription. On ne peut soutenir et encore moins dé- 
montrer que notre controverse ait ou non le moindre rapport avec l'Inquisition. A 
Ferrare le célèbre Abraham Farissol controversait aussi à la fin du xv e siècle à la 
cour du duc Ercule d'Esté ; cf. Perlés, Revue, XII, p 252. Au texte manuscrit sont 
ajoutées beaucoup de gloses marginales, qui, provenant de la môme main, sont re- 
jetées dans le texte. A la fin on lit : Visto da me fra. Francescho di Bolo^na. 

- Dans la suscription on lit : 3^ t3' 1 *Tl!rFrTlï3 rPSIÏlb Tl^l b"3ïl d^tim 

wm s-nsiJu ^n'3 !rr bs> t-oam omœtt mai Dm ns bnpb dTns-itt 
1$p mro t^i- namiM hbra bbsn »"?a ta^imh w^a lanns ^ 
abei73 mafpa-. 



200 RKVUE DLS ETUDES JUIVES 

La controverse, qui ne nous est connue qu'en extrait, est divisée 
d'une façon claire et logique : le Juif ne joue qu'un rôle d'apolo- 
giste, sans jamais prendre l'offensive. Il combat courageusement 
pour sa foi et la tradition et d'une façon fort mesurée pour ne 
pas blesser les assistants. 11 demande encore pardon, dans une 
addition, pour toutes les paroles qui pourraient avoir blessé la 
chrétienté, ses adeptes ou ses sages : il ne se proposait que de 
démontrer que les Juifs ne sont pas tenus d'adopter la foi chré- 
tienne (ta^n^inw ïsn "para n^tûiibi iV© smbswnïib iimn \ns-o pn 
hlïW ïmri bapbn tnmn aiwb ïrmawi). Sur les sages chrétiens 
il s'exprime une fois ainsi : "nzi&nb !-;yj:> ùtok ûbs "O. 

Il y a un courant de douce tolérance dans les paroles de l'au- 
teur, qui témoigne de ses lumières : quand il expose que c'est la 
tradition seule qui engage un chacun dans sa croyance, mais qu'il 
est convaincu de la vérité de sa propre tradition, on croirait en- 
tendre parler Lessing. Aussi bien, les nombreuses citations tirées 
des œuvres des pères de l'Église et des savants ultérieurs du chris- 
tianisme prouvent retendue de ses connaissances en ce domaine. 
La connaissance des œuvres chrétiennes, les études pour devenir 
controversiste et apologiste semblent avoir autrefois fait partie, 
dans les cercles juifs, de l'éducation et de l'instruction des Israé- 
lites. Léon de Modène, qui était à cette époque (1571-1648) rabbin 
de Venise, écrit : « J'ai durant toute ma vie beaucoup fréquenté 
les savants chrétiens. Dès l'âgé de dix ans j'ai étudié les contro- 
verses religieuses et puis me vanter d'avoir lu sans aucune excep- 
tion tous les écrits imprimés latins, italiens, espagnols, hébreux 
qui renferment de la polémique christiano -juive -. » L'auteur 
sait tirer des armes d'autres ouvrages que de l'Évangile : il con- 
naît saint Jérôme, saint Augustin, saint Thomas d'Aquin et son 
commentateur Grégoire de Valence, Galatenus et Alfonso de 
Castro. Il en cite d'autres comme ^bu) mfiWFba ïiVnw»afi«î ttDtfn 
et "ipwii "noM i-îbb^D i»^iblï3*i»a« : Spéculum peregrinarum 
questionum. Abraham Pesaro (p. 37) dit de notre controverse : 
« Il Rabbino di cui si tace il nome nel sullodato opusculo mos- 
tro di certo summo corragio nel presentarsi nell'indicato luogo 
et al cospetto di si imponente adunanze per sostenere la sua 
tesi oppositissima a quella del suo oppositore e chiuse il suo 

1 Cf. Gei^er, Léo da Modena, Breslau, 1856, p. 24, Le petit-fils de Léon de Modène 
écrit aussi dans l'introduction de son édition de 2~\ni D"im *p72, à propos de son 
graod-père (voir Libowitz, Juda Arjeh da Modena, p. 84) : ÎT\~J t>ïb "O ÎO ISHI 

i*np Nbia (!)nrr« rmn in mbajETC yr\ rrmo fn ^r«» nso twa 
tr^Dtn torrasn ba msn riîn enoai n:"i72wX3 pin a"a rrnnb n:ci 



DEUX POLÉMISTES JUIFS ITALIENS 201 

dire cou parole tanto rispettose ail' altrui credenza religiosa ; 
al governo, al pubblico astante, che gli conciliarno stima e prê- 
tez ione. » 

La première objection de l'adversaire chrétien repose sur la 
divinité de la religion chrétienne. Une religion provient soit d'un 
homme, soit de Satan, soit de Dieu. La religion chrétienne ne 
peut pas venir d'un homme, attendu qu'elle contient des comman- 
dements qui vont à rencontre de la nature humaine, comme 
l'ordre de tendre la joue droite à celui qui a frappé la gauche, 
comme la confession et la mortification, et des idées comme celles 
de la trinité et de l'incarnation du Christ, que l'intellect humain 
ne peut saisir. La religion chrétienne ne vient pas non plus de 
Satan, attendu qu'elle a précisément détruit les idoles. Elle ne 
peut donc venir que de Dieu, et les Juifs doivent nécessairement 
l'agréer 1 . Mais le Juif lui objecte que, malgré ces preuves, la reli- 
gion chrétienne peut provenir des hommes. Les commandements 
contre la nature humaine, comme la présentation de la joue, ont 
pour but d'enseigner la modération aux hommes; la communion 
de les éloigner du péché, bien que, d'ailleurs, elle puisse éga- 
lement les multiplier, et la mortification de combattre la concu- 
piscence humaine. Quant à la preuve tirée des idées insaisissables 
à l'esprit humain, elle n'est guère solide : les Chrétiens môme 
ont essayé de leur donner de la vraisemblance, en comparant la 
trinité aux rayons du soleil ou aux branches de l'arbre et en ex- 
pliquant l'incarnation par la miséricorde de Dieu, qui voulait se 
rapprocher du genre humain, s'unir à lui et qui devint homme à 
cet effet. Dans leur signification, ces idées ne sont pas du tout 
incompréhensibles : aussi bien, ces commandements et ces idées, 
les chrétiens croient qu'ils sont aussi indiqués dans les paroles des 
prophètes. Ils peuvent donc provenir d'hommes qui avaient mal 
compris les paroles des prophètes, qui croyaient qu'elles étaient 
annoncées dans ceux-ci, et les Juifs ne doivent pas reconnaître 
à la croyance chrétienne le caractère divin, ni par conséquent 
l'accepter. 

La deuxième objection de l'adversaire chrétien a trait au messia- 
nisme du Christ. Le vrai Messie, dit-il, est celui qui résume en lui 
toutes les prédictions messianiques dues aux prophètes. Or, c'est 
le cas chez le Christ : donc les Juifs doivent reconnaître le Christ 
comme le Messie et suivre sa doctrine 2 . A cette objection l'auteur 

rr»pb« rn arma jto nbapb D^nn 1 - un» û^rroitti m bwsn. 

2 "pENn'n nbapb tamïrn on» ûttotoi imjflNfi rpiBEn ton s"« 
nbia mai ia. 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de notre entretien répond que la première prémisse est vraie, mais 
non la seconde. Les Juifs ne croient d'abord pas aux conditions 
que les chrétiens attribuent au Messie, par suite de leur interpré- 
tation des prophètes, ni à sa naissance d'une vierge, ni qu'il sera 
en môme temps homme et Dieu, ni qu'il sera tué, ni qu'il ressusci- 
tera, ni qu'il prêchera une nouvelle doctrine. Ils sont plutôt d'avis 
que ce sera un homme, qui réunira les dispersés, qui rétablira 
Jérusalem et le sanctuaire, et qui ne renouvellera pas la doctrine. 
En second lieu, il faut que les chrétiens, s'ils admettent aussi ces 
conditions, commencent par prouver que toutes les prédictions 
des prophètes ont été pleinement réalisées par Jésus. C'est une 
preuve qu'ils ne pourraient tirer que de l'Évangile, et justement 
les Juifs en contestent la véracité. 

La troisième objection du chrétien ressort de la véracité de 
l'Évangile. Les Juifs croyaient, d'après lui, à la Tora, non point 
parce qu'elle était acceptée de Jésus et de Mahomet : leur croyance 
en elle était plus ancienne, non pas non plus à raison de sa trans- 
mission, ni à cause des miracles arrivés à cause de la Tora, car 
ils pourraient être invoqués à l'appui de leur religion par d'autres 
croyants — , mais bien parce qu'elle raconte des miracles mani- 
festes et des choses faciles à reconnaître à ceux qui vivaient au 
temps même de leur manifestation et qui auraient pu les réfuter. 
Il en est de même pour l'Évangile : aussi les Juifs doivent-ils y 
croire. Il termine son objection comme par un refrain : (d"k ïiin 
.•pr^TNs "nrosœ ûnain 'pîoNî-îb tm^-irnû Dmïrn tana m«) 

A rencontre l'auteur fait valoir deux raisons. Tout d'abord, 
l'Évangile ne contient pas des miracles manifestes et des choses 
faciles à reconnaître, comme c'est le cas de la Tora. L'histoire 
de la naissance de Jésus fils d'une vierge, son caractère à la fois 
divin et humain, sa résurrection, son voyage aux enfers et au 
ciel, sont plutôt choses obscures et mystérieuses. Abstraction faite 
de cela, il y a entre la doctrine de Moïse et celle de l'Évangile 
d'autres différences ; d'abord, par exemple, la publication de la 
Tora devant soixante myriades d'hommes, et la communication 
de l'Évangile à une partie infime du peuple, dont les tribus vivaient 
déjà dans Texil; en outre, la Tora avait été donnée par Dieu, 
dont Israël avait entendu la voix et dont il avait reçu l'ordre de 
croire à tous les préceptes de Moïse : Jésus ne fut jamais con- 
firmé par Dieu; en troisième lieu, Moïse avait reçu de Dieu l'ordre 
d'enseigner la Tora ; les évangélistes ne reçurent que du Christ 
l'ordre de prêcher l'Évangile ; la Tora a été écrite par un seul 
homme et ne contient aucune contradiction; l'Evangile est l'œuvre 
de plusieurs auteurs et c'est pourquoi il renferme des contradic- 



DEUX POLEMISTES JUIFS ITALIENS 203 

tions ; enfin, la Tora a été acceptée par tous sans hésitation, l'Évan- 
gile par les seuls disciples de Jésus. Si les Juifs de ce temps-là, qui 
avaient tout vu et tout connu par eux-mêmes, n'ont pas accepté 
l'Évangile, ceux d'aujourd'hui ont encore plus de raison de ne pas 
le faire. En second lieu, les Juifs croient à la Tora, non point 
parce qu'elle raconte des choses notoires, — c'est aussi le cas 
pour l'Islam — mais à cause de la tradition. La tradition seule 
lie également les chrétiens à leur foi, comme le dit saint Augustin 
même. Chaque adepte d'une religion doit pouvoir renvoyer à une 
tradition, dont la doctrine a été écrite au temps de la prédica- 
tion par le prêcheur même. Elle pourrait, d'ailleurs, être écrite 
dans un temps où personne n'aurait plus été à même de la réfu- 
ter. Ainsi les Juifs se reposent sur la tradition, et c'est cette tra- 
dition, et cette tradition seule, qui les lie à la foi. 

La quatrième objection du moine a trait au point qui vient 
d'être étudié, la tradition principalement. Si la croyance se base 
sur la tradition, répond-il à l'auteur, comment peut-on distinguer 
la vraie de la fausse religion : chacun soutient, en effet, la véracité 
de sa propre tradition et cependant il n'y a qu'une religion de 
vraie. Pour répondre, l'auteur analyse les preuves qu'il donne à 
l'appui de la vérité d'une tradition et principalement de sa tradi- 
tion. Une tradition peut être éprouvée par quatre moyens : par la 
religion, qui la transmet, par le législateur, par son envoyé et par 
le destinataire. La religion même doit avant tout contenir des 
principes destinés à ennoblir l'âme et le corps, c'est le cas de 
la doctrine de Moïse dans ses lois cérémonielles ', judiciaires 
et morales. La doctrine contient des ordres justes (Deut., iv, 
8) ; elle est parfaite (Ps., xix, 8), et partant invariable. Car une 
nouvelle doctrine serait forcément défectueuse, ou aussi par- 
faite. Dans le premier cas, la nouvelle doctrine ne viendrait 
pas de Dieu, qui n'abolirait pas le parfait pour le remplacer par 
l'imparfait ; dans le second cas, elle serait superflue et inutile. Il 
ressort donc de là que la doctrine de Moïse, qui est à tout point 
de vue la perfection même, est la religion vraie, la religion divine 
et que, par conséquent, sa tradition est également vraie. La vérité 
de la tradition est aussi confirmée par le législateur. Dans la doc- 
trine de Moïse, c'était Dieu même qui avait proclamé les dix com- 
mandements de sa propre voix et ordonné à Israël d'obéir aux 
commandements de Moïse. Il est apparu sans corps et sans image 
et a averti son peuple de ne pas se considérer comme obligé de 
croire à un homme qui se donnerait pour un Dieu. On ne peut 
non plus accepter que la volonté du législateur ait changé à l'en- 
droit de ses lois. La nourriture matérielle a toujours été dispensée 



2 ». REVUE DES ETUDES JUIVES 

à chacun par Dieu d'une façon invariable en tous temps ; il en 
est de même de ladoctrine spirituelle et divine. Et puis, la modifi- 
cation aurait dû avoir lieu dans les mêmes circonstances et avec les 
mêmes préparatifs que la publication. La Tora a donc été donnée 
par Dieu, dont Israël a entendu la voix, et cela confirme encore 
une fois la vérité de la tradition judaïque. — Quant à la troisième 
preuve de la véracité du prophète, elle ressort de la personne de 
l'envoyé, Moïse. C'était un grand prophète, plus grand que les 
autres et envoyé de Dieu. Sa prophétie n'est pas confirmée par des 
miracles, car les miracles peuvent devoir leur origine à la sagesse, 
à la ruse, à l'astrologie et au sortilège ou même se réaliser avec 
l'aide du nom divin. 

L'adversaire chrétien jette alors dans la discussion l'objection 
suivante : « Il est dit expressément dans la Tora (Ex. v, 30, 31) : 
« Moïse a fait des miracles en présence du peuple et le peuple a 
cru. » La Tora même accepte la véritable prophétie de l'avenir 
comme une preuve pour le prophète et à plus forte raison les mi- 
racles. L'auteur lui répond en reprenant son explication inter- 
rompue. Quand bien même, dit-il, les miracles vaudraient comme 
preuve de la véracité des prophètes, ce ne serait point cependant 
une preuve essentielle de véracité puisqu'il y aurait toujours des 
doutes qui pourraient subsister. Et s'ils peuvent constituer une 
véritable preuve, Moïse est encore le plus grand des prophètes ; 
car Dieu lui a parlé en s'abouchant avec lui et il lui est apparu à 
l'état de veille; les autres ne l'ont vu qu'en songe ; en outre, il 
prophétisait quand il voulait, et ses miracles étaient plus grands 
en qualité et en quantité que ceux des autres prophètes. C'était le 
plus grand des prophètes; il était envoyé par Dieu. C'est pourquoi 
les Israélites acceptèrent sa doctrine, bien qu'en plus d'un endroit 
elle se trouvât en contradiction avec les lois noachides. Ainsi donc, 
tout prophète qui voudra abolir la loi de Moïse devra réaliser des 
miracles plus grands et, même cela fait, il ne pourra toujours 
pas abolir les dix commandements proclamés par Dieu même et le 
reste de la doctrine confirmé également par Dieu. Dieu a parlé à 
Moïse en présence du peuple pour deux raisons, afin que les Israé- 
lites le suivissent et crussent à sa mission divine, et afin aussi 
qu'ils rejetassent tous les prophètes qui voudraient abolir la loi, 
sans qu'ils aient entendu dire que Dieu même les avait envoyés. 
La mission de Moïse est donc expressément confirmée par Dieu 
même et par les prophètes, qui rappelèrent jusqu'au dernier, Ma- 
leachi, à la pratique des commandements. Si les versets de la 
Bible, d'après l'explication des chrétiens, devaient signifier l'abo- 
lition de la vieille doctrine et l'apparition d'une nouvelle, les pro- 



DEUX POLlvMISTES JUIFS ITALIENS 20o 

phètes se contrediraient. Aussi les textes doivent-ils être in- 
terprétés à la manière des commentateurs hébreux. Le ver- 
set Deut., xvin, 18 : « Je ferai sortir des rangs de tes frères un 
prophète comme toi » peut être considéré, ainsi que le font les 
chrétiens, comme indiquant l'apparition d'un prophète qui prêchera 
une nouvelle doctrine, mais les mots « comme toi » prouvent 
qu'il remplacera Moïse, sans le contredire. « Comme toi » pourrait 
aussi simplement vouloir dire que le prédicateur de la nouvelle doc- 
trine sera un homme, comme Moïse, qu'il s'en tiendra au même 
degré de prophétie et que la vérité de sa mission sera également 
confirmée. — L'auteur passe alors à la quatrième preuve de la vé- 
rité d'une tradition. Elle peut être apportée par les destinataires 
de la religion s'ils sont d'une intelligence parfaite, s'ils sont nom- 
breux, s'ils ont entendu la doctrine de la bouche de Dieu et ont 
senti la confirmation de son envoyé. C'est ce qui arrive pour la 
tradition juive. Les destinataires — les Israélites — étaient d'une 
intelligence parfaite, choisis par Dieu, délivrés par des miracles, 
purifiés et élevés au degré de la prophétie. Ils étaient aussi plus 
nombreux (600,000) que les destinataires d'autres religions; ils 
reçurent la Tora publiquement, de la bouche de Dieu et de son 
envoyé, à l'unanimité, sans adversaire et simultanément. Cette 
doctrine fut transmise de père en fils et c'est assurément la vraie, 
puisqu'un père qui aime son fils ne lui fait hériter rien de faux. 
Ainsi, ces hommes étant d'un intelligence parfaite et étant fort 
nombreux quand ils reçurent de la bouche de Dieu publiquement 
et sans opposition la doctrine de Moïse, et cette loi ayant été 
transmise de père en fils sans interruption, il s'ensuit que la tra- 
dition a tous les caractères de la justesse et de la vérité. 

Considérée à ces quatre points de vue, la tradition de la croyance 
juive apparaît comme vraie au plus haut degré ; mais la tradition 
engage le sectateur dans sa foi, et c'est pourquoi les Juifs ne sont 
pas tenus le moins du monde d'accepter une autre religion, et, 
a fortiori, si la vérité de cette religion n'est pas établie, on a beau 
discuter avec les Juifs et vouloir leur prouver qu'ils doivent 
renoncer à leur doctrine et en prendre une autre : ils ne recon- 
naissent comme vraie aucune autre tradition que la leur. 

J. Bergmann. 



LA COMMUNAUTE JUIVE DE SALONIQUE 

AU xvr SIÈCLE 



C'est en Turquie, comme on le sait, que les Juifs expulsés 
d'Espagne en 1492 cherchèrent, pour la plupart, un refuge. Les 
sultans non seulement leur permirent d'y entrer, mais aussi les 
reçurent avec bienveillance et leur accordèrent la même liberté 
que celle dont jouissaient les autres nationalités non-musul- 
manes, les Grecs et les Arméniens. Dans cet État , relativement 
jeune, ils furent heureux. Ayant su gagner la [pleine confiance 
des Turcs, ils y formèrent, pour ainsi dire, la classe bourgeoise, 
industrielle et commerçante. Non seulement ils se livrèrent, 
surtout les Marranes, à des entreprises commerciales par terre 
et par mer, mais aussi ils exercèrent des métiers, certains arts et 
certaines professions, spécialement la médecine, et même fon- 
dirent, pour les Ottomans, des canons et fabriquèrent de la poudre. 

Les nouveaux arrivés espagnols et portugais ne tardèrent pas à 
acquérir une prépondérance dans les communautés qu'ils trou- 
vèrent déjà organisées dans cette patrie d'adoption ; leurs rites 
prévalurent, surtout à Salonique (l'antique Thessalonique), où 
Benjamin de Tudèle, au xn e siècle (1165-1173), avait trouvé à 
peine cinq cents habitants juifs et où florissaient parmi les Roma- 
niotes, déjà avant la fin du xv° siècle, des savants distingués, tels 
que Salomon b. Elie Scharbit-ha-Zahab, poète, prédicateur, gram- 
mairien et astronome. 

Bien que le climat de cette deuxième grande ville de l'empire 
ottoman n'offre pas les meilleures conditions hygiéniques, elle 
avait un charme spécial pour ces réfugiés, dont une grande partie 
venaient s'y établir de préférence, parce qu'ils y trouvaient, plus 
que dans la capitale tumultueuse, le loisir et le repos indispen- 
sables pour s'adonner aux études et aux occupations pacifiques. 



LA COMMUNAUTÉ JUIVE DE SALONIQUE AU XVI e SIÈCLE 207 

Ils y fondèrent d'abord dix synagogues, dont la plupart étaient fré- 
quentées par des Espagnols; ils augmentèrent rapidement et attei- 
gnirent le chiffre de trente-six groupes de communautés. Salonique 
devint ainsi une ville foncièrement juive, où habitaient plus d'Is- 
raélites que de non-juifs '. 

Rien de plus instructif à ce sujet que l'intéressante lettre hé- 
braïque que les Juifs de Provence, établis à Salonique, adres- 
sèrent le 1 er Elloul 5310 (1550) à leurs frères de Provence, qui 
étaient menacés d'expulsion. Ces derniers avaient envoyé deux 
délégués à Salonique pour étudier la situation dans cette ville, 
dont la réputation avait devancé celle des Juifs de Constantin 
nople. Pour confirmer le rapport verbal des deux députés proven- 
çaux, la communauté de Salonique écrit à ses coreligionnaires : 
« Venez nous rejoindre en Turquie et vous vivrez, comme nous, 
en paix et en liberté 2 . » C'est le môme langage tenu, un siècle plus 
tôt, par Isaac Çarfati dans la lettre si intéressante qu'il adressa 
aux Juifs d'Allemagne 3 . C'est à Salonique aussi que s'étaient 
réfugiés antérieurement les Israélites chassés de la même pro- 
vince. C'est donc avec raison que le poète Samuel Usque, vers la 
même époque (1552), glorifie Salonique en ces termes : « C'est la 
mère d'Israël qui s'est affermie sur les bases de la religion, qui 
produit des plantes excellentes et des arbres fruitiers, comme il 
n'y en a pas de pareils dans le monde entier. Les fruits sont déli- 
cieux, parce que des rivières l'arrosent. Les Juifs de l'Europe et 
d'autres pays, persécutés et bannis, y sont venus chercher un 
abri, et cette ville les a reçus avec amour et cordialité, comme si 
elle était notre respectable mère Jérusalem 4 ». 

Voilà, en gros, ce que nous savions sur la situation générale de 
la première génération immigrée à Salonique. Nous voudrions ce- 
pendant avoir de plus amples détails sur l'installation des immigrés 
dans cette ville, dont l'organisation peut être prise comme type de 
celle des autres communautés de la région. Cette organisation nous 
permettrait de mieux connaître celles des communautés espa- 
gnoles du moyen âge. Les exilés, en effet, au lieu de créer de toutes 
pièces, dans leur nouvelle patrie, une constitution administrative, 
n'ont fait, sans doute, qu'y transporter, en partie du moins, celle 
dont le fonctionnement avait réussi dans leur ancien pays. On 

1 btf-rt^ rn*™ "r? 8*OTO "^ibNlD, dans û"lia"l, I, n° 88; Graetz, 
Gcsckichte^ IX, p. 37. 

2 Revue s XV, p. 270. 

3 Graetz, VIII, p. 211, 

* Consolaçâo, lll, n° 34. Cf. ïll'ûpll ÙTDtt'n ' •'p^lblïïP ^5373 VTi EP2pïrn, 
dans tD^ïl min, I, n° 95. 



208 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

le voit par le « Règlement des Juifs de Casliile en 1432 * », qui 
peut servir de terme de comparaison avec les statuts du même 
genre, antérieurs - et postérieurs. Il ne s'agit donc maintenant que 
d'observer la façon dont les rabbins expatriés et leurs successeurs 
immédiats l'ont acclimatée en Turquie en l'adaptant à leurs nou- 
velles conditions de vie. A un siècle de distance, la ressemblance 
sera frappante entre ces deux organisations, à la condition naturel- 
lement de tenir compte de la différence des situations et des pays. 

Notre curiosité pourra être en partie satisfaite par un groupe de 
fragments de règlements et d'autres actes et documents d'origine 
saloniquiote que j'ai trouvés dans un manuscrit en ma possession. 

Notre ms. est probablement un de ces recueils où l'on consi- 
gnait avec soin, en même temps que des modèles épistolaires, 
quelques pièces relatives à la vie communale. Maints cartulaires 
de ce genre se trouvaient dans presque toutes les communautés 
d'Orient. Mais, au lieu de les garder avec le même zèle qu'on met- 
tait à les rédiger, on ne prenait aucune mesure pour les préserver 
de la destruction. A. Andrinople, il n'en reste que de faibles traces. 
A Gonstantinople, les nombreux incendies, dont je parlerai ailleurs 
et qui y ont ravagé livres et synagogues, n'ont laissé subsister que 
des restes insignifiants de ce genre de carnets. Ils ont eu un sort 
analogue à Salonique, où ils ont été la proie des incendies qui y 
ont sévi, depuis celui du 4 Ab 1545 3 , jusqu'à ceux, tout récents, de 
1891 et du 20 juillet 1898 ; ce dernier a consumé le grand Talmud- 
Tora 4 . Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à confronter les Ordon- 
nances (Escamoth), dont nous allons parler plus loin, avec celles 
que Conforte 3 a eues sous les yeux, et l'on verra 5 que, si les unes 
se laissent identifier aisément avec les nôtres, il y en a qui restent 
irréparablement perdues, par exemple celle qui, d'après Con- 
forte 7 , était signée par dix rabbins et qui ne se retrouve plus, 
comme ses congénères, dans le manuscrit où je vais puiser s . 

1 Revue,W\l, 187-216. Voir Consultations (Tlsaac b. Schéschet, n oa 272, 292 et 303. 
Cf. Cons. de Joseph b. Leb, I, n° 44, et II, n°22. 

* Revue, XXXVII, p. 108 et 109. 

3 Conforte, éd. Venise, 1746, f» 37 b; Revue, XXI, 293-97. Mention doit être faite 
aussi de l'incendie du 9 Ab 5380 qui a détruit à Salonique viugt-huit temples, le Tal- 
mud-Tora, un grand nombre d'oratoires, le Mischné-Tora, etc. (Voir le journal judéo- 
espagnol El Avenir, l ro année n° 32, p. 1), ainsi que de celui de l'an 549 i qui, tout 
en consumant une partie de la ville, n'a endommagé qu'une seule pièce du Talmud- 
Tora (ib., p. 5). 

* El Avenir, l. c, p. 4-5. 

5 F° s 32 a et 35 a. 

6 Chapitre des usufruits fonciers. 

7 F° 35 a. 

6 Pour la littérature des statuts de communautés, voir Is. Loeb, dans Revue, XIII, 
188. note 1. 



LA COMMUNAUTÉ JUIVE DE SALONIQUE AU XVI e SIÈCLE 209 

Parlons d'abord de la langue dans laquelle ces actes et ordon- 
nances sont rédigés. La plupart le sont en hébreu, mais il y en a 
aussi qui sont écrits en caractères hébreux et dans ce jargon ju- 
déo-espagnol dont le fond est le castillan du xv e siècle. Celui qui est 
employé dans certains de nos documents ne s'écarte pas trop du 
style du « Règlement de Gastille » et ne contient pas encore, 
comme les écrits ultérieurs l , ce mélange de mots grecs, turcs, 
arabes, persans, qui y ont pénétré avec le temps. 

Les émigrés espagnols étaient, il est vrai, polyglottes, grâce aux 
voyages qu'ils firent à travers tant de pays. Mais cette connais- 
sance de plusieurs langues n'impliquait pas chez eux le dédain 
d'un langage pur et correct. Ils cultivaient avec soin le pur espa- 
gnol qui, au xvi e siècle, était devenu une langue universelle, 
grâce aux découvertes et aux nouvelles conquêtes que l'Espagne 
fit alors dans le monde *. Leurs prédicateurs attachaient un grand 
prix à la prononciation et s'exprimaient avec clarté et élégance. 
Un siècle encore après l'exil, ils avaient conservé l'espagnol pur, 
qui, peu à peu, est devenu le patois corrompu d'aujourd'hui. 

Un demi-siècle après leur expulsion de la péninsule ibérique, 
Gonsalvo de Illescas écrivait encore : « Les Juifs de Salonique et 
deConstantinople, d'Alexandrie et du Caire, de Venise et d'autres 
villes commerçantes, se servent dans leur trafic de l'espagnol. Je 
connais des enfants israélites à Salonique qui parlent comme moi, 
ou mieux que moi, la langue espagnole 3 . » 



I. Communauté. 

On sait que sur la couche des Juifs byzantins qui habitaient 
l'empire ottoman depuis un temps immémorial sont venus se su- 
perposer successivement des Israélites français, italiens, slaves, 
hongrois et allemands, surtout vers 1376, 1466 et 1470, et plus tard 
en 1495-96 et 1530*. 

Un contingent de ces émigrants, surtout des Allemands, s'éta- 
blirent sans doute aussi à Salonique 5 , où il existe encore aujour- 
d'hui un temple du nom d'Askenazim. Cette colonie devait être 

1 Voir des spécimens dans mes Romances judéo-espagnoles, parues dans cette 
Revue. 

* Graetz, IX, 11. 
3 Ibid., 12. 

* Voir ma Revue, J— |jn E|DT\ p. 3 et 24. 

5 "pmbaon ywb ifcip ta'ràiïiarïïï *tt nmïi (t=i"T£H sur s-rvn 

Ï13TJ, n" 40 et 42). 

T. XL, n° 80. 14 



210 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

assez nombreuse, puisque le rabbin Benjamin b. Méïr Lévi Aske- 
nazi », a cru devoir publier à leur intention un Rituel spécial 2 . Ils 
se distinguaient de l'élément sephardi par quelques usages reli- 
gieux, notamment en ce qui concerne les lois alimentaires et les 
règles du mariage. En général, les Askenazim étaient très rigo- 
ristes, d'une dévotion dure et sévère, qui n'admettait aucune con- 
cession, aucune modification à la moindre décision des casuistes 3 . 
On connaît la vive opposition que la communauté allemande de 
Gonstantinople fit à toute tentative de rapprochement entre Rab- 
banites et Garaïtes 4 . A Salonique aussi existait une communauté 
caraïte vers la fin du xvr 3 siècle, d'après le témoignage de David 
Messer Léon 5 . 

L'élément français était représenté à Salonique par les Juifs 
émigrés de Provence ; les Italiens y fondèrent d'abord les temples 
des Italiens (vieux et nouveau), puis ceux d'Otrante, de Sicile 
(vieux et nouveau), qui avait une importance spéciale 6 , delà 
Pouille, dont les membres y sont venus ultérieurement 7 , et enfin 
de Naples. Ces derniers étaient, pour la plupart, des réfugiés 
d'Espagne qui, après avoir séjourné quelque temps à Naples sous 
Ferdinand I, en avaient été expulsés en 1496 par Charles VIII \ Ils 
retrouvèrent à Salonique des proscrits espagnols qui y étaient de- 
puis 1492 9 . 

A Salonique, comme dans toutes les villes où ils cherchèrent un 
refuge, les Sephardirn, loin de se mêler avec leurs frères indigènes 
ou immigrés d'autre provenance, se tenaient éloignés d'eux ; ils 
s'imaginaient être d'une origine plus noble et se croyaient bien 
supérieurs à leurs autres coreligionnaires. Ils manifestaient sur- 
tout du dédain pour les Askenazim, qui n'appréciaient pas, comme 
les Sephardim, les belles manières, l'élégance de la tenue, le lan- 
gage pur et correct. 

Les Israélites de Salonique, vers l'époque dont il est question, 
habitaient certains quartiers, tels que les Cours des Paons et des 
Cantareros 10 , et un autre situé dans le voisinage de la campagne, 
du côté de la mer, près d'une des portes de la ville !1 . 

1 Voir plus loin, s. v. 

a Salonique, 1555, éd. Jabetz, voir infri, ch. x, Censure, etc.; ri3H C|D"P, p. 55. 

3 "pin fi Slttlln dUsserlein, D^pDD, n° 241. Cf. Graetz, VIII, p. 205. 

* Graetz, IX, p. 34. 

5 Rsvue, t. XXIV, p. 126-127. 

6 irrow mnM wn^Piû bnaïi bripn [ma^i ^n, n° 162). 

7 b".n"n, I, ii° 71. 

8 tnyï rpr, p. 60. 

9 oi-ns» ûvnïTi i^on *p- nss Tsnsa» ©itji taira (V'Tn, i, n° 21). 

10 Pièces justificatives, n° 21. 

11 Ibid., n° 19. 



LA COMMUNAUTÉ JUIVE DE SALONIQUE AU XVI e SIÈCLE 211 



II. Constitution. 

La loi fondamentale de la communauté est l'ensemble des sta- 
tuts, en hébreu Escamoth, élaborés par la première génération 
des exilés, spécialement en ce qui concerne les usufruits fonciers 1 . 
Les auteurs de cette législation avaient pris sans doute comme 
base les règlements des communautés espagnoles, surtout celui de 
Valladolid (1432). 

Sur ces premiers statuts sont venus s'en greffer d'autres, à me- 
sure que le besoin s'en faisait sentir, et ils acquéraient ainsi force 
de loi même pour les villes avoisinantes et administrativement dé- 
pendant de Salonique-. 

L'arbitraire était inévitable à une pareille époque de transition, 
En effet, certaines gens sans autorité s'arrogeaient le droit d'établir 
des Escamoth, menaçant d'excommunication (Hérem) ceux qui les 
transgressaient. Pour enrayer ces usurpations du pouvoir légis- 
latif, les rabbins promulguèrent le statut n° 1, qui punissait d'ana- 
thème ces abus, et ils arrêtèrent que, à partir du jeudi 15 Kislew 
5326 (1565), date de cette Escama, aucun règlement n'aurait force 
de loi que s'il était signé par la majorité des rabbins dirigeant 
les temples, sauf les statuts particuliers à chaque synagogue, qui 
avait le droit de les établir pour son administration intérieure 
avec le consentement exclusif de ses propres membres. 

Ces abus et la mesure prise pour les combattre ont une ressem- 
blance frappante avec ce qui est relaté dans le règlement de Val- 
ladolid 3 au sujet des décisions prises par les administrateurs sans 
le consentement de la communauté 4 , et dont parle la satire diri- 
gée par Salomon b. Reùben Bonfed contre la communauté de Sara- 
gosse, vers le commencement du xv e siècle 5 , et dont je donne des 
extraits dans les Pièces justificatives (n° 2) G . 

1 ibid. 

3 Revue, VIII, p. 192. 

* Voici ce passage d'après une copie partielle de ce règlement (fin ch. iv) entre 
mes mains : «H 'JNVPN'IpN «3131^» fcyWBb "iBWp TID ^ naiK 

Diana ynsa "^ ïïN^bnmïï û'nnnbi nvbba rrifcaon ©wuibK -pthd 

■J13 , »B3Kb , n« "^pN "H ip-'SJtQNyH'TlN ,1311 IN bïip b^T yan ©TO \Vj 

"»p ï-ïbend a -in bfrrj S\n b^afc -rap© ^n ■jaiaba iin^in ns^ 
by TOnb i-TDTO ^id m-naa n p ïTrafitta "H naia aiu^i nan^n ï-p-n 
tarais i»ib ^ "i^b^N naia lan na bnpn ba ïnnaofi *o nain 
tabia t^nn I9jy»a. 

5 Graetz, VIII, p. 395, note 3. 

6 D'après un ms. catalogué dans la préface de mon ouvrage DmaN "VJ3 mlbin* 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



III. Organisation et Administration. 

Aussi longtemps que les Israélites indigènes furent en majo- 
rité à Salonique , la prépondérance leur revint naturellement 
dans les affaires communales. Mais les émigrés espagnols ne tar- 
dèrent pas à y gagner toute l'influence, comme dans les autres 
communautés de l'empire, et leurs rites prévalurent sur ceux des 
Italiens, des Français et des Askenazim 1 . 

Cependant la communauté ne formait pas, au commencement, 
une congrégation compacte et homogène. Chacun des groupes 
constituant l'ensemble préférait vivre isolé et s'administrer en 
gardant pour son compte , suivant sa province ou ville d'ori- 
gine, son caractère, ses coutumes, ses écoles, sa liturgie et son 
rituel. C'est ainsi que, à côté des synagogues réunissant les élé- 
ments français, allemands, italiens, pouillais, calabrais, magré- 
bins, etc., à côté des temples portant soit des noms particu- 
liers, tels que : Astruc, Yahia 2 , Bet-Aron, Ismaël, soit des titres 
hébreux comme : d^nn yy ,fc3nbio /jn mb ,D*rma /-nvuri ^a 
fnaa tl ,j?tx ïtb ,taibffi rna 3 , les émigrés de la péninsule ibérique 
avaient formé des communautés séparées sous les noms de 
castillane, aragonaise, majorquine, catalane et portugaise, ou 
bien évorane, lisbonnaise , d'après leurs provinces ou villes 
d'origine. 

Toute circonscription où il y avait un temple était appelée un 
quartier, mahalé en turc 4 . Point de cohésion entre ces divers 
centres de réunion n , qui ne s'accordaient pas même sur la pro- 
nonciation de certains noms propres. Chacun conservait jalou- 
sement ses usages, notamment en ce qui concerne la façon d'en- 
registrer la dot dans l'acte de mariage , ainsi que les meubles 

1 t=ïi -o i^i i-iDO t-nben mob rtanann t-rûba ba ysm ay^a 
aanaa îmsn a an i« tabiai opinai nn£ Dnbsm mabaa a^ann 
bfinsra asi wa nvn ^*ims naa ,tibo anaa nna lassaai 
K"bnai M-nb^si ïTwai-iDi MnafitbNp p"^ ,m"jh ^p"aibNO 
iîuj Mbia ïraïas "p"-pïi un ^a ay^a i&w» Mb ,*naa ama iodti 

ta3ï"î3a (Û"nU3n sur Orah Hayyim, n° 35). 

2 Ou Portugal-Yahia (Conforte, f'° 50 b). 

3 i-nan nai, n» 10c 

k 'iai anbanb nan rn^a mira pn ï-ibïis Mipa "ira (b":m, i, r» 67). 

5 D""7ian sur Orah Hayyim, n° 28. 

6 tana loi ...ibaa rmia asnaa nbati »na ©i b™ ta? ^p'aibaio iv 
éa^bara ds-wd fcatia «*n /rmnan b©) N?:rûn ba rrann pana© 
,.m© Min© "mnoïi im^a cpama© a"D (ta"n©n sur -iTa>n pN, 

n° 134). 



LA COMMUNAUTE JUIVE DE SALON1QUE AU XVI e SIECLE 213 

que la femme apporte en mariage l . Chacun de ces temples avait 
son administration intérieure, dont les chefs étaient les adminis- 
trateurs ou directeurs (û*-otd ou awfctt), les membres du Conseil 
(iwa •'U33N), les taxateurs (a^a^iï), les trésoriers (trinw) et percep- 
teurs (trims ou d'waa) 2 , en dehors des censeurs ou syndics (û^-itttt) 
qui veillaient sur le maintien des bonnes mœurs et de la conduite 
religieuse des fidèles 3 , et de la confrérie pour les enterrements (man 
D"nap ou annan) 4 dont les membres s'occupaient exclusivement 
des obsèques. Ces institutions n'existaient pas dans les petits ora- 
toires ou trnimtt 5 . Ces divers fonctionnaires étaient choisis ("nai») 
pour un certain temps parmi toutes les classes de la population, 
afin que chacune eût ses représentants dans l'administration °. 
Quand on dérogeait à cette règle, il en résultait des inconvénients. 
Ainsi, les membres du temple Lisbonne ayant chargé sept riches de 
les administrer, ceux-ci abusèrent de leur pouvoir, en prenant 
toute sorte démesures arbitraires. Les administrés, fatigués de ce 
despotisme, y mirent fin, en annulant, le samedi de Pàque de 1570, 
la convention qui les y avait soumis " . 

Il n'y avait de terrain commun pour l'activité spirituelle des 
Israélites de Salonique que le grand Ïalmud-Tora (™bn ï-nan 
ïTnn) 8 destiné à fournir des élèves à tous les séminaires de la 
ville . Il était entretenu par les dons et legs, non seulement des 
habitants de cette ville, mais aussi des membres de cette commu- 

1 's r?an *pa 'd ib? ib na-oa- namaa annab fca'Wtttti aaipïïa 
ï»swj isk ïi;o ba» a-ijnottm t^^iwi *aa vm SMi-naiD n»D "pa 
ban a^bbia s-*b« *-ntnaa *ba ara nainan "pâma (-2073 qaa 

sur ïtpTn T, mWS, fin ch. xxn). 

2 a^aïai a-nap rnam trons ûnb o^a aaip^a Nnpa fc-iaaarï ma 
avaa "pa * 3 OTiaa p r^îa tyû nasan rna t:* bai rtp'ttn TOn 
t"3~ cOT^fia ■■p^Mbo ">cmE73 ©Ttta (tma^n na^r, n° eo . — ^i;?jn 
rn^a na^c in "572273 lésa in cpsi-i^m i« aa^-nn in ...aa^ona 
•p"j>r> namnb tambsn tra*»» nfitta bai na:an (i3.,n°224). 

3 aa"ra-) sur nri mm, n° 52. 

4 îbto n^n wisa poynE bnpi bnp bai Birman wa ^ab (aa"Tan 
sur Q^->n mis, n° 28). 

8 Ci-dessus, noie 2. 

6 aan72 û^ima aantt ett*©* aa-73 -inN ittrm tarons tars^r ... 
ûhws baa DTiwnn nbnp» arn ba rm-o pi^a "dï a^ar fnaT 
r-na-n, n<> 224). 

7 Ibidem. 

8 II nous paraît intéressant de signaler ici deux inscriptions de ce Talmud- 
Tora, dont Tune relats la réparation, après Tincendie de l'an 5380 (1620) à la- 
quelle a largement contribué Noé Cohen Askénazt en 1624, et l'autre datée de 1752 
et parlant de deux Israélites, Jacob Zonana et Moïse b. Isaac Cuenca et d'un musul- 
man, Hagi Ibrahim Aga, qui ont pourvu cet établissement d'une fontaine. Ces deux 
inscriptions ont été publiées dans le journal El Avenir, u° 32, p. 5. 

9 Conforte, f° 46 a. 



2U REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nauté établis ailleurs \ et même des généreux donateurs des envi- 
rons de Salonique -. Cette institution eut une telle importance 
que l'histoire nous a conservé les noms de quelques rabbins-di- 
recteurs, tels que Josué Barzilaï 3 et Abraham Cambriel 4 au 
xvi e siècle, Isaac b. Joseph Pardo 5 , David Lévi Minzi Askenazi, 
Isaac Léal, Yomtob Gabirol G , Baruch Angel ainsi que l'adminis- 
trateur [vpz) David Basello 7 au xvn e siècle. 

Les autres temples aussi avaient chacun son rabbin (ou ses 
rabbins s ) s'occupant de l'enseignement (nasafi ma na^) 9 , en de- 
hors de ses autres fonctions. Quelques-uns sont devenus célèbres, 
tels que Méïr Arama pour le temple d'Aragon 10 , Isaac Adribi pour 
celui de Schalom, Salomon b. Abraham Cohen pour celui de tinta 
KniViûiOp ttîTna, Samuel di Médina del Campo, chef des Portugais 
d'abord H , puis de la synagogue de tisd roma, où il faisait des pré- 
dications i2 . La nomination et le maintien de ces rabbins donnaient 
souvent lieu à des tiraillements regrettables 13 . Tantôt c'est R. Ja- 
cob Samout 14 qui veut s'imposer par force 15 comme rabbin au 
temple de Kiana 1G . Le même cas se présenta pour R. Hayyim Oba- 
dia 17 . Ce rabbin, d'ailleurs, était parfois en conflit même avec ses 
collègues, encore du temps de leur doyen Joseph Taytaçak is . 
Mêmes dissensions dans le temple Sicile (avant 1594) à propos du 
rabbin Joseph Firmon ls) . Ces mésintelligences aboutissaient tantôt 
à la mesure radicale de laisser le temple dépourvu pour quelque 

1 «nn© s-Tn maria ,fcatt Dabi fcairrw irpirn y-isa &iw vr>DN 
.♦.la ta^is banœ bn (rna-n -nax u» 223). 

2 ta""ïttn, I, n° 158. 

3 Conforte, f° 40 a. 
* Ibid., 40 b. 

5 Ibid., {" 45 h 

« Ibid., f° 46 a. 

1 Ibid., fo 50 b. 

8 Voir pièce n° 5. 

9 sma"n nm, q° 224. 

i° Conforte, !• 30 a. 

11 Consultations de La' ,ta Hm sur ts^fi rTHN, n°33. 
1S 5N1ÎQIS "ja, sermon n° 29. 

13 Consultations de La"Tw""l sur Ï1J1 STTPj n° 80; Y'Œ'lîTi IV, n° 18. 
u Vo'r plus loin, s. v. 

15 Un temple probablement de même origine, à Balata-Constantinople, s'appelle 
Tchana. 

1G p"pa ymttn anb asanb s-ran aimiû ap^ ^"na fcDSiBh tsarn 
,..tm9ai« v '? aama b3>n nas^p ita"Wi sur î-tjh rrm, n<> 76). Pour un 

cas analogue, au sujet du Kahva Schaltiel a Constantinople en 1518, voir Consulta- 
tions d'Eiie Mizrahi, n os 14 et 15 ; cf. infra, ch. iv, Attributions. 

17 Voir fa/fai, s. v. 

18 an\ai snain, n°« ici eti62. 

19 '-r/'unrï, III, n° 46. 



LA COMMUNAUTE JUIVE DE SALONIQUE AU XVI e SIECLE 21o 

temps de chef spirituel 1 , et tantôt à de profonds déchirements qui 
se terminaient par une rupture complète. C'est là le cas des fidèles 
du temple nso urm, dont une partie, mécontente, construit une 
nouvelle synagogue, et celui du temple ûibia que les mécontents 
ont déserté pour aller faire leurs dévotions dans l'oratoire de Pro- 
vence 2 . Peut-être est-ce pour une cause semblable qu'un schisme 
se déclara en 1575 entre les deux sections du temple Sicile qui, 
pendant près de soixante-dix ans, avaient vécu ensemble bien 
qu'ayant eu, pour certaines choses, leurs administrations sépa- 
rées. Elles en arrivèrent à demander le partage du mobilier sacré, 
des rouleaux du Pentateuque et de la synagogue même 3 . Ces dé- 
sertions jetaient la confusion dans la répartition des impôts 4 de 
chaque temple. On se décida alors à aviser aux moyens de parer 
à ce mal. Pour rendre fixe à chaque congrégation sa population 
flottante, tous les rabbins et administrateurs de la grande commu- 
nauté, réunis en séance plénière le samedi 17 Tammouz 1525, ré- 
solurent, entre autres choses, d'interdire ces changements conti- 
nuels de temple ainsi que la division des membres de chaque 
circonscription en deux groupes et la construction de nouvelles sy- 
nagogues, conséquence naturelle des schismes. Ces sages mesures 
firent l'objet d'une ordonnance mi-espagnole et mi-hébraïque 5 . 

Ainsi, malgré la désunion permanente des temples, ils arri- 
vaient parfois à s'entendre sur certaines questions, telles que 
celles des impôts ou autres 7 , surtout pour ce qui concernait l'en- 
tretien du Talmud-Tora et les fondations pieuses. Dans ces cas, 
le vote de la majorité suffisait pour contraindre la minorité s . 
C'était là le premier pas vers une alliance définitive, qui, pour 
un certain temps au moins , semble avoir mis fin à l'anarchie. 
Il parait que, pour agir en commun au premier appel, afin d'em- 
pêcher le retour des divisions que nous venons de raconter, 
les temples, tout en gardant leur autonomie, créèrent une espèce 
de pacte fédératif. Cette confédération était même présidée par 

1 ta^ara *p -jutoa izaan fcabhpa nwîib abia fcaîra^a waori 
.„ fcpDis-1 (ar>Tt Jrmn, m, n° 32). 

» t3' /fc Tlzn sur fca^rMTVlN, n° 36. 

a rsara tavaffl itta tnaiD n^a ht tp^ a a tawin «ib^o ï>"]> 
ïna;z;T „»i-nnfin nariNa -pm "inN i-paa vr? vin -inr in -ûyft r-nna 
t-pa73 "iNan i-nsai a^mn t^rb^o *p"T> n ^ N n "na nba» trfbwrt 
«•y^n tnaaar! (a"-jun i, 182). 

*■ Cf. plus bas le chap. qui porte cette rubrique. 

5 ï—na"n "nai, u« 59 et 60. 

6 Voir plus loin au chapitre portant ce titre et pièce n° 7. 

7 Pièce n° o. 

8 ta"-rcn sur tza^n rmâ, q° 20 ; b"a*n, 11, n° 72. 



216 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

un rabbin attitré 1 , qui, vers 1539-1535, semble avoir été R. Ben- 
jamin Lévi Askenazi 2 . C'est probablement comme délégué de ce 
pouvoir central que Moïse Almosnino fut envoyé, vers 1568, à 
Gonstantinople 3 . 

Malheureusement, cette union ne fut pas de longue durée. Les 
temples reprirent chacun son indépendance, peut-être sous l'inci- 
tation de R. Jacob (ibn Habib ?) 4 . Certains d'entre eux, comme 
celui de Vieille Catalogne, continuèrent à avoir leur tribunal reli- 
gieux spécial 5 , la synagogue de Vieux-Lisbonne en avait encore 
un en 1659°. 

IV. Attributions. 

Nous ne voulons pas revenir sur cette légion de irnaw ^Dans 
triTEtt ,û^^3>!q, etc., dont il a été question au chapitre précédent. 
Contentons-nous de dire d'une manière générale que, d'après une 
règle en vigueur dans certains temples, toute personne chargée 
d'un mandat honorifique ne pouvait pas en accepter d'autres de 
peur qu'elle ne se trouvât dans l'obligation de négliger l'un ou 
l'autre de ces mandats 7 . Voici maintenant quelques détails sur les 
fonctionnaires suivants : 

Rabbins. En dehors de leur devoir de répandre l'enseigne- 
ment religieux s , ils étaient investis du pouvoir législatif, en 
vertu duquel ils rendaient des ordonnances, soit seuls 9 , soit avec 
les administrations laïques , et ils jugeaient certains litiges entre 
les Juifs 10 . Outre les Consultations de l'époque qui nous donnent à 
ce sujet les détails les plus circonstanciés, nous avons le témoi- 
gnage de deux de nos pièces. Dans notre n° 3, on se plaint, en 
effet, que certains individus aient osé porter des litiges devant les 

1 ba virrnD 'a i"i"pïib bi-i^ri na nanb ir*n f-ihn ttaœ tavîn 
tamb* nnN rmn b^m t-nbïipïi ^yiyn mn nnx a^ia^a tr^ttEh 
moapn ta^oaiN vna "pa fc-naiEn *wa *pa iNr^ "ps bsn -lam vz> by 
rmbam (m:rn "na'i, n° 162). 

* t-ill rpV, n° il. P. 162 et 165. 

3 Ma y5DN?2, sermon 11° 1. 

4 mainn» arj w^att ^a iù H m "laN^ai "i^oa naa ^a (m^n nai, 

n° 162). 

3 Y'tiiin, lv > n ° 28 - 

G 'pria rrûft ms, n, n° 47. 

7 y'imn, m, n» 53. 

s tma^l "Ha^, n° 224; cf. to"TÛ1, I, n° 170, et ci-dessous, s. v. Abraham 
Siralvo. 

9 Pièce n° 1. 
10 Pièce n° 5. 



LA COMMUNAUTÉ JUIVE DE SALONIQUE AU XVI* SIÈCLE 217 

tribunaux musulmans pour des affaires de droit civil et matrimo- 
nial. Les rabbins, de concert avec les notables, réunis au temple 
de Catalogne le mercredi 9 ïébet 5318 (1558) et s'inspirant, sans 
doute, des anciennes traditions talmudiques 1 , menacent de l'ex- 
communication tant ceux qui intentent de pareils procès auprès 
des autorités non-juives, que les personnes qui y vont déposer té- 
moignage. De plus, pour que nul contrevenant ne puisse en pré- 
texter ignorance, il est décidé que publication sera faite de cette 
résolution dans les temples tous les samedis qui précèdent les néo- 
ménies Cpin tr S-ûib). Le corps rabbinique de Gonstantinople 
(acte n° 4 de fin Adar I 5323 = 1563), non seulement sanctionne 
cette décision, mais recommande aussi aux rabbins de Salonique 
de déférer, le cas échéant, à sa justice les délinquants, qu'il se 
promet de faire venir enchaînés dans la capitale, où il leur infli- 
gera un châtiment. 

Parmi ces rabbins , il y en eut qui accomplirent certaines 
missions diplomatiques. Ainsi, la communauté de Salonique, 
ayant eu à souffrir de la malveillance de la minorité grecque, 
envoya une députation à Gonstantinople afin d'obtenir, avec 
l'aide des hauts fonctionnaires israélites, satisfaction et protec- 
tion. Ces délégués, à la tête desquels était le prédicateur Moïse 
Almosnino 2 , réussirent en 1568, grâce à l'intervention de Joseph 
Nassi, duc deNaxos, à se faire accorder par le sultan Sélim II un 
firman ratifiant les anciens privilèges de la communauté. C'est 
peut-être pour une démarche analogue que le rabbin Benjamin 
Lévi Askenazi fut envoyé vers la même époque à Constanti- 
nople 3 . Jacob Nahmias a-t-il été, avant 15*71, victime d'une mis- 
sion de ce genre 4 ? Ce qui est certain, c'est que le rabbin Juda Covo, 
délégué en 1637, avec quelques notables, pour régler avec les au- 
torités centrales une question d'impôt 3 , paya de sa vie son dé- 
vouement à la cause de ses coreligionnaires de Salonique G . 

Salomon Amarillo, de Constantinople, nous montre le rabbin de 
Salonique (en Tammouz 1715 7 ), non seulement exerçant les fonc- 

1 Cf. Guittin, 88 a. 

* !"Û y^NTO, sermon n° 1. 

3 iTpaïaa ifciaa n"mfca ûb^n oarin ymp'n'n tw it i-iaobia *iy .„ 
msnb K"jn ^piaibsca nm ^"-pri rTDNbïaa waawaosnpb "bm Y'n: 
rf'-p "]bïïrï \i2 ma72 i3b ©pabi to"^-i sur r-r^n rrm, n° 55). 

* Pièce n° 1U; cf. plus bas, ch. v, Impôts. 
5 Voir ch. v, Impôts. 

G t^yi t]D"l\ n° 10, p. 146. 

7 imtt r*npïib jssn na ■pTn ca"n ma à*^ r^iii ptà ... 
t^Naa ma»bi «arnsi msibao r-inbi rmann fnsijn rmta m-ipbi 

(ri7ablï3 tZaiD, Lois du serment, n° 21). 



218 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tions de juge dans le temple de son ressort, y nommant les fonc- 
tionnaires, mais aussi jouissant de certaines prérogatives attachées 
à son titre de Morénou 1 . Les casuistes saloniquiotes de ce temps 
sont plus sobres dans Ténumération des privilèges rabbiniques. 

Greffiers. Pour l'époque qui nous occupe, nous connaissons 
trois rabbins, Isaac Haber, Abraham Yiçhaki et Isaac Yiçhaki*, 
revêtus de l'emploi de notaire et faisant autorité dans les matières 
de leur compétence. 

Officiants. Une consultation d'Elie Mizrahi nous donne, vers 
le même temps, les noms de dix Hazzanim de Salonique se pro- 
nonçant sur une question liturgique, d'après ce qu'ils ont pra- 
tiqué en Espagne, surtout à Séville, avant l'exil et dans leur nou- 
velle patrie, où ils ont continué leurs anciens usages 3 . 

Schohetim. Au sujet de cette classe de fonctionnaires, la pièce 
n° 5, datée de lundi 8 (ou 18) Schebat5315 (1555), bien que présen- 
tant une lacune d'environ sept lignes, nous permet de connaître le 
cas suivant : Certains individus allaient tuer leur bétail dans les 
abattoirs chrétiens ou musulmans, ou bien, quand même ils l'im- 
molaient dans la boucherie juive, ils le soustrayaient à l'inspec- 
tion des schohetim. Aussi, exception faite pour les consomma- 
teurs n'égorgeant que pour leur besoin personnel, il est interdit 
par notre Escama, sous peine d'excommunication, de tuer du bé- 
tail hors de l'abattoir israélite, à moins d'avoir recours aux scho- 
hetim officiels. Cette ordonnance ne devait rester, bien entendu, 
en vigueur qu'aussi longtemps que, en vertu d'une entente, tous 
les temples seraient desservis par une seule et même boucherie. 

Ces mesures de centralisation étaient probablement prises en 
vue d'assurer la perception régulière de la Gabelle sur la viande. 
Peut-être aussi agissait ^-on ainsi par scrupule religieux pour con- 
trôler l'animal abattu, d'après les règles établies par Don Juda 
Benveniste, Joseph Passi et Jacob ibn Habib, règles dont l'appli- 
cation était négligée du temps de Samuel di Médina 4 . 

Parmi les schohetim de Salonique ayant acquis une certaine au- 
torité, il faut citer, dans la première moitié du xvi° siècle, un cer- 
tain Joseph (^Jaw) Djade s , puis, un peu plus tard, Joseph Pirchon, 
une autorité dans la matière G , puis vers le commencement du 
xvn e siècle, David Florentin, gendre de Joseph Pirchon 7 . 

1 tf'imtl, II, n» 143. 

2 Voir plus loin, s. v. 

3 to"fcn,n°2. 

4 & "-11151, I, n» 44. 

5 m^-1 1-13*7, n» 180. 

6 t-W £pV, P- 109. 

7 Conforte, f° 46 b. 



LA COMMUNAUTÉ JUIVE DE SALONIQUE AU XVI* SIÈCLE 219 

KaJiya. On sait que les Juifs de Turquie avaient, dès le commen- 
cement du xyi 6 siècle, un représentant politique nommé Kahyaou 
Kethuda, qui, investi de cette digrâté par le Sultan, avait, comme 
tous les courtisans, ses entrées libres dans le palais. Il protégeait 
les Israélites contre la conduite arbitraire des pachas ou le fana- 
tisme de la population 1 . Cette fonction, qui égalait autrefois en 
considération celle du Grand Logothète du Patriarcat œcumé- 
nique du Fanar et qui a beaucoup décliné de nos jours, s'est con- 
tinuée, presque sans interruption, sous le nom de Kapou-Kahyassi 
(Kahya de la porte). 

Gomme dans la capitale, il y avait aussi un Kahya ou wm dans 
les communautés des provinces pour les représenter. Nous en 
connaissons un à Salonique du nom de swba (1539-1545) , qui 
se rendit à Constantinople de la part d'une faction pour con- 
trecarrer auprès des autorités les démarches des délégués de la 
communauté 2 . 



V. Impots. 

La communauté de Salonique, comme ses sœurs des autres 
villes de Turquie, avait de grands besoins tant pour les frais du 
culte, les gages des fonctionnaires, l'aumône aux pauvres, l'entre- 
tien des hôpitaux et des écoles, que pour payer au fisc taille et re- 
devances 3 . En 1549, elle se voit sollicitée par le célèbre chro- 
niqueur Joseph ha-Cohen de contribuer au rachat des Juifs 
orientaux prisonniers sur les galères de Cigala-Visconti et Jean 
André Doria 4 . Elle devait aussi payer un droit à l'État pour pou- 
voir acheter des esclaves 5 . 

Pour asseoir les impôts sur une base solide, il fallait avant tout 
fixer pour un certain temps le chiffre des contribuables. Or, 
comme nous avons vu plus haut fi , rien de plus mobile à Salonique. 
On tâcha d'abord d'y remédier par l'ordonnance de 1525 dont il 
a déjà été question. De plus, aucun membre ne pouvait se sépa- 
rer d'un temple ou d'une congrégation avant qu'il n'eût versé une 
somme assez importante". Toutefois, n'était considéré comme 



1 Consultations d'Elie Mizrahi, n os 14 et 15. 

2 r-ISH £|OY% P. 163. 

3 Graetz, IX, p. 33. 

« Revue, t. XVI, p. 37, et XXI, p. 295. 

5 tD^n min, ni, n» 45. 

6 Chap. ni, Organisation et administration. 

7 t3-"n min. f° 82 a. 



220 REVUE DES ETUDES JUIVES 

membre contribuable que celui qui était définitivement établi dans 
la ville avec toute sa famille, ce qui n'était pas le cas des commer- 
çants de passage. Cette distinction était aussi en vigueur à Gons- 
tantinople et à Andrinople 1 . 

Parmi ceux qui voulaient esquiver le payement des redevances, 
il y avait les immigrants des pays lointains 2 , dont les plus nom- 
breux et les plus importants étaient sans doute les Marranes qui 
affluaient continuellement de la Péninsule et dont il s'agissait de ré- 
gulariser la situation. Par une convention, conclue probablement 
avant 1560 3 , les sept synagogues espagnoles décidèrent que tous 
les Juifs de Castille et de Portugal nouvellement arrivés seraient 
répartis entre elles par le sort, par portions égales, pour être 
membres contribuables, et que, jusqu'au tirage au sort, deux 
percepteurs, chargés d'encaisser les diverses contributions et les 
dettes fiscales de ces nouveau-venus, les partageraient entre les 
temples 4 . 

Cependant, malgré ces efforts pour donner de la fixité au 
chiffre invariable des contribuables, le va-et-vient est continuel 
à Salonique. En effet, la liberté qu'avait tout émigrant de quit- 
ter à volonté la ville y avait attiré un grand nombre de riches 
Portugais de Venise, qui s'arrêtaient plus ou moins long- 
temps à Salonique 5 . On se vit dans la nécessité de supprimer cette 
liberté. Mais cette suppression arrêta l'arrivée de nouveaux con- 
tribuables; on fut alors obligé de laisser chacun libre de rester ou 
de partir. Les contribuables aisés en profitaient pour aller résider 
dans d'autres villes en laissant à la charge des pauvres l'acquitte- 
ment des impôts, notamment celui des habits dont nous allons par- 
ler plus loin c . Pourtant les charges fiscales étaient encore suppor- 
tables quand Salonique n'était qu'un simple arrondissement, mais 
elles triplèrent quand cette ville eut été élevée par l'État au rang 
de chef-lieu de département 7 . Aussi pesaient-elles très lourdement 

1 ï^mn -"paia ip'wbso ïisn is^ww i-iasipn avbs i-m t<nn 
T^a fmsi Nwa r-nnat t»*w N3r; ta^a ûiiab bba on dys (tana 

ïinblïS, lois de l'impôt, n° s 83 et 84). 

* pmtt y-lwS73 D-P 533 fc=TN3. 

3 Car cotre pièce n° 6, qui porte cette date, semble y faire allusion par ces mots : 

bsnàn mbnn Jmbnp Trro ...û^nxa tarrnKb la^m. 

* mn^-i ■HST, n° 56. 

5 ûbl^rî 3333 1N3i |TTT3ia I33tt5n3 W~ V331 \Xp^rYD TO23 Ï-TTODDH 

û^«5N ta^a-ian nmi rniû tn "nnwa mai riiTn n-b smrnsa ba 
Nnb tawira Yin&o swapnb br^cnomoa i«3ia 3", finns tarmn» 
ip^ibiD ïto. 

6 D^n rmm, f° 144 a et 79 a. 

7 ^bi2H ' — iyu)n rt3N0Np ^p^aibNO ïimn ï-.-inaonr; caprin l^ra 
oann t<inn pTa ,p"n "poa* tarasb p"p i-iosan ib rrn oeiom 



LA COMMUNAUTÉ JUIVE DE SALONIQUE AU XVI 8 SIÈCLE 221 

sur les contribuables et on était obligé de faire payer des taxes à 
toute une classe de la population qui, d'après la tradition talmu- 
dique\ continuée par les casuistes postérieurs 2 , devait en être 
exempte, je veux dire les rabbins, qui, comme le constatent avec 
regret les signataires de notre pièce n° 8, du 10 Tébet 5322 (1562), 
étaient imposés à l'instar des laïques. Il est vrai que plus tard cer- 
tains ne payaient pas d'impôts, car Israël 3 ibn Sanche 4 , comme 
le montre la pièce n° 9, datée du vendredi 7 Àdar 1571 (= anpb?), 
fut exonéré de tous les impôts, malgré sa grande fortune, par 
égard pour son frère, qui avait rendu à la communauté de Salo- 
nique d'éminents services. Le frère dont il s'agit ici serait-il 
identique avec Méïr ibn Sanche 5 , rabbin à Gonstantinople et si- 
gnataire d'un acte ms. en ma possession, daté de l'an 1585? 

Quelques jours après la date susindiquée, le dimanche 19 Adar 
1571 6 (pièce n° 10), une exemption partielle est décrétée en faveur 
du rabbin David ibn Nahmias 7 , qui, par considération pour son 
frère R. Jacob s , mort victime d'une mission, ne devra plus payer, 
comme sa part de taxe, que la somme de 100 sultanes 9 . Ces dis- 
penses n'ont été accordées qu'après l'allégement dont la commu- 
nauté fut favorisée par le gouvernement, comme il est relaté par 
la pièce n° 11 (malheureusement tronquée), datée du 23 Adar II 
1568 et dont voici un résumé : Après avoir souffert de lourds 
et nombreux impôts, la communauté de Salonique ayant eu la 
chance d'en être délivrée 10 au moyen du Mussélirnlik 11 , les rab- 

ïttm ,ûms tawis> rn s^bn r-nwûtt *"■» in a^ ^b?:b î-ibv stïi 
"py mn ïibnn^ abs ?rrr ^vïïï •p^i .fyiwzjb b"n "pb ï-rbjn ïrrrj 

*pD VttîOJn 'ta"T«251 sur BDIBE "pun, n° 296). Cf. les sommes payées par la 
communauté de Constantinople (Consult. d'Elie Mizrahi, n° 89). 

I Baba Batra, 7 b. 

* Anecdota Oxoniensia, I, part, iv, p. 157. Cf. notre Étude historique sur les im- 
pôts, p. 59. 

3 Voir plus loin, s. v. 

4 Au sujet de cette famille, voir S"-) 2*7 Sp"P, no 14, p. 213, ainsi que notre article 
• Documents et traditions sur Sabbataï Gevi et sa secle », dans Bévue, t. XXXVII, 
p. 107. 

s Consult. de Salomon Cohen, II, n°144. 

6 11 y a ici incompatibilité chronologique avec la pièce n° 9, d'après la date de la- 
quelle (7 Adar, vendredi) ce dimanche devait coïncider avec le 16 (non avec le 19) 
Adar. 

7 Voir plus loin, s. v. 

8 Voir plus loin, s. v. et ch. iv, Attributions. 

9 Appelées aussi TD^abïO 3rïT THS (frTD"-"! """"Dl, n«325). Celte monnaie 
est probablement le « real », cf. nos pièces 7, 8, 9 et 10 avec l'acte appelé "IÛ3123 
î"P"Hl25nn dans le frnrjlZJn "ISO de Juda b. Barzilaï de Barcelone (éd. i^p» 
tTHTlD, Berlin, 1899, p. 137-138). 

10 Peut-être à la suite de démarches entreprises dans la capitale par la députation 
qui y fut envoyée la même année sous la présidence de Moïse Almosnino. 

II Mot turc signifiant « exemption », probablement partielle, à l'exemple de celle 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Lins de cette ville, d'accord avec les administrateurs , voulant 
créer des ressources pour le maintien de ces franchises, ont im- 
posé pour une période de dix ans * toutes les marchandises impor- 
tées et exportées, avec la clause explicite que tous les fonds pro- 
venant de cet impôt, après déduction des appointements des gref- 
fiers, percepteurs et employés, ne devront être dépensés par les 
préposés que pour l'entretien du Mussélimlik, à l'exclusion de 
tout ce qui ne s'y rapporte pas, fût-ce même pour une œuvre de 
bienfaisance. Peut-être est-il fait allusion à cette affaire du Mus- 
sélimlik dans le tnaan D73 dont parlait longuement Salomon ibn 
Mubhar 2 et qui consistait, pour la communauté de Salonique, à 
délivrer à l'État, peut-être à un prix modique, un certain nombre 
d'habits et de feutres en laine et en poil de chèvre, charge an- 
nuelle qui remplaçait à elle seule tous les impôts qui pesaient au- 
trefois sur cette communauté. Si notre identification est exacte, 
cette unification des impôts a été obtenue, sous le nom de Mussé- 
limlik, vers 1568 3 . 

Apparemment, c'est à cet impôt que doit se rattacher notre 
pièce n° 12, copiée par Semtob Alhanati et recopiée par Moïse 
Almosnino 4 , et qui lance des imprécations 5 contre quiconque fe- 
rait exportation, par terre ou par mer, lui-même ou par l'entre- 
mise d'un tiers, de laine ou d'Anghyre (?T"3ari) au delà de trois 
jours de circuit de Salonique, ou en vendrait à un non-israélite 
dans le but d'exporter à l'étranger. Nous nous demandons si cette 
défense de transporter ces produits à l'extérieur n'eut pas pour 
cause le désir de garder la laine et l'Anghyre G nécessaires à la 
confection des habits exigés par l'État. 

dont bénéficiaient les descendants de Moïse Amon, qui ne payaient que la moitié des 
contributions qui devaient leur incomber (Jr"|yi flOT\ p. 51). 

1 Pour cette période décennale, cf. le règlement de Valladolid, d'après la copie en 
ma possession : bs bj> Sl^p PPÏintt ta" 1 73^0 73 "I3N 1T ïl^pn 

nnN ba bj'i ,a"i "ib^r-i issyw s-nab^a n«« mwnpn r-nbnpn 

r-ispn nn na^n ïi:pb ï-ïb"H tsn ^a^bi ©TOKEnD 1 *» ipra i^po 
pi rrroTsri mbnpn Sa r;a lawiDi .to'waPi ©tok p*m ïTa»«B 
in s-Tpfirb ri-pans 12 ^b ■'p ntn'n S\x wi ariTj Snpi brre Sa 
tannin ©T»a« twi xorom »ib 1*1 VPO^bBSip natONB s-HKp^baiB. 

* ta^n rmn, f°93 6. 

3 C^n n*nn, IÎI, n° 3, au commencement, et pièce n° il. 

* Il y a pourtant une difficulté au rapport que nous voulons établir avec cet impôt 
et notre pièce, c'est que l'un des signataires, Joseph ibn Leb, n'était plus à Salonique 
après 1545 (Conforte, f« 37 6), tandis que le Mussélimlik, d'après notre précédente 
argumentation, semble avoir été institué vers 1568. 

5 Cf. les imprécations comminatoires du fr""n l ")Ê3TÛri "ISO (voir plus haut. p. 221, 
note 9). 

6 Selon toute apparence, c'est une sorte d'étoile provenant d'Angora ou plutôt le 
poil de chèvre, long et soyeux, qui sert à sa confection. 



LA COMMUNAUTÉ JUIVE DE SALONIQUE AU XVI e SIECLE 223 



VI. RÈGLEMENTS SOMPTUA1RES. 

Il suffit de jeter un coup d'œil sur le Règlement castillan de 
1432 * et sur d'autres documents espagnols 2 , pour voir combien 
les Juifs de la Péninsule, en dépit de toutes les interdictions 3 , 
aimaient les habits somptueux et le faste en toutes choses. Au len- 
demain de leur exil, ils n'avaient pas changé leurs habitudes. 
Ainsi, le sultan Mourad III prit une ordonnance (vers 1579) pour 
limiter leur luxe. Il fut défendu aux Juifs, ainsi qu'aux chrétiens, 
de se revêtir d'habits de soie et de porter des coiffures de haute 
forme (kaouk) ; on leur permit seulement de se coiffer du petit 
bonnet 4 . A Salonique aussi, le luxe était grand parmi les Juifs, car 
la. pièce n° 13, datée du mardi 17 Nissan 1554, blâme l'excès de 
toilette de quelques individus qui soulevait des plaintes, de la part 
des non-juifs, contre l'ensemble de la communauté 3 . Cette même 
pièce leur reproche également d'aimer trop la musique dans les fêtes 
et aux noces. Les rabbins de Salonique, redoutant la malveillance 
de la population non-israélite contre les Juifs, crurent nécessaire 
de leur imposer les restrictions suivantes, pour l'espace de dix ans, 
sous les peines les plus sévères : 

I. Il est défendu aux femmes 6 ayant atteint l'âge nubile, sur- 
tout aux femmes mariées, de porter dans la rue aucun bijou en or 
ou en argent, sauf une simple bague au doigt. Le port des joyaux 
ne leur est permis qu'à l'intérieur de la maison. 

II. Sont défendues les processions nocturnes de noces 7 , au 
commencement de la nuit ou avant l'aube, comme il était d'usage. 
On ne doit conduire la jeune fiancée 8 sous le dais nuptial qu'en 
plein jour, sans cierges et accompagnée seulement de dames. 

III. Les musiciens mâles ne doivent jouer de leurs instruments 
à aucune cérémonie joyeuse, ni aux noces 9 , ni à la fête de la cir- 
concision 10 , ni à la célébration des fiançailles. 

1 Revue, XIII, p. 194. 

* Cf. rmîr anU), n° 8 et 66. 

3 Lafuente, Historia gênerai de Espagna, p. 56 ; Alfonso de Spina, Lindo, p. 199. 

♦ Graetz, IX, p. 439.' 

5 Voir ci-dessus ch. Attributions, fD V!EN73. n° 1, et Mos<f, Antologia israelitica, 
n° 10, p. 382, note 11. 

6 Dans le Règlement de Valladolid, la prohibition du luxe s'étend aussi aux 
hommes. 

7 • Ainsi que le transport d'un rouleau de la Loi » ajoute notre pièce, n° 14. 

8 Ni le min nSD (n° 14). 

9 Depuis le "lECONU " ,k 7 3r"Dti5 (samedi du dais, appelé de nos jours "H STlSUJ 
■piS"")D, samedi de publication) jusqu'à la fin des sept jours du mariage [ibîd*)* 

10 Tous les huit jours des couches (ibid.). 



224 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Dix ans plus tard, on sentit le besoin de renouveler ces deux 
dispositions par l'Ordonnance n° 14, datée du vendredi 26 Adar 
1564, qui, entre autres choses dont il sera question plus loin, 
ajoute : 

IV. Défense aux hommes de danser avec les femmes, sous 
quelque prétexte et dans quelque circonstance que ce soit. Une 
telle défense avait été déjà établie trente ans auparavant dans la 
communauté de Larta ou Arta 1 . 

D'après la pièce n° 15 (malheureusement incomplète), datée du 
vendredi, section de Jéthro de l'an 1552, on doit y ajouter : 

V. La défense de jouer aux dés ou à tout autre jeu dans l'en- 
ceinte de Salonique et dans ses environs (sauf les villages), dé- 
fense en vigueur depuis près de vingt ans à Patras en même temps 
que l'interdiction de la danse mixte 2 . 

VII. Loi matrimoniale. 

Les rabbins de Salonique se préoccupaient de faire disparaître 
les procédés malhonnêtes employés dans la conclusion des ma- 
riages, et qui sont déjà signalés en Espagne même par le Règle- 
ment de 1432, si souvent cité s . Il paraît que la dissolution des 
liens conjugaux se produisait très facilement, les cas de divorce 
étant devenus fréquents 4 . Pour défendre la sainteté du foyer 
domestique, on prit donc une mesure énergique, ainsi relatée 
et motivée par l'ordonnance n° 16, datée du 6 Heswan 5428 
(1567) et copiée par Moïse Almosnino : Considérant que des 
gens malhonnêtes et menteurs prétendent souvent avoir épousé 
telle jeune fille qui n'en sait rien, fait qu'ils font confirmer 
par de faux témoins, les rabbins statuent que personne, sous peine 
d'excommunication, ne pourra, directement ou indirectement, par 
l'entremise d'un chargé de pouvoirs, épouser une jeune fille, 
si ce n'est en présence d'une réunion de dix Israélites majeurs et 
libres. 

Une loi similaire avait été établie à Arta, avant 1521, à la suite 
de semblables faits scandaleux, déclarant nulles de pareilles fian- 
çjilles 5 . On se demandait pourtant si de tels mariages étaient 

1 Cf. la défense d'admettre des danseuses et musiciennes arabes dans les fêtes, 
décrétée vers la même époque en Egypte par David ibu Abi-Zimra, Anecdota Oxo- 
niensia, l. c, p. 157. 

* tZPT^ rraih, Venise, 1622, n° 168. 

3 Revue, XIII, p. 193. 

4 S":m, III, n°14. 

5 Vpir Û""llî3i sur ^T^lrt la^j n° 50. 



LA COMMUNAUTE JUIVE DE SALONIQUE AU XVI e SIECLE 225 

absolument nuls et s'il ne fallait pas, pour les rompre, un acte de 
divorce '. 

VIII. Ordonnances commerciales. 

Le cadre de notre étude ne comporte pas de longues disserta- 
tions sur le négoce des Juifs levantins à l'époque dont nous par- 
lons, surtout des Saloniquiotes, qui, armateurs rivaux des Véni- 
tiens, équipaient des navires à leurs frais. Il suffit de rappeler le 
rôle prépondérant des Israélites de Salonique dans un douloureux 
épisode de l'histoire. On sait, en effet, que, pour venger la mort 
tragique des vingt-quatre martyrs d'Ancône qui, sur l'ordre du 
pape Paul IV, avaient péri sur le bûcher (1556), leurs coreligion- 
naires d'Orient essayèrent de détourner le trafic de cette ville au 
profit du port de Pesaro, où le duc Guido Ubaldo d'Urbin avait 
accordé refuge aux Marranes 2 . Or, d'après une correspondance 
échangée à cet effet entre la communauté de Salonique et les 
Marranes d'Ancône réfugiés à Pesaro 3 , le délégué de ces der- 
niers, Jude Farag, prit terre d'abord à Salonique, en raison de 
l'importance commerciale de ce port, muni d'une lettre que la com- 
munauté fit publier dans la synagogue 4 . 

Ces actives transactions commerciales donnaient naturellement 
naissance à des affaires de banque et à des avances de fonds aux 
ouvriers de la part des capitalistes entrepreneurs, avances et agio- 
tages auxquels fait allusion l'ordonnance n° 14, dont nous voulons 
déterminer le sens. Nous avons expliqué ailleurs 5 en quoi consis- 
tait la confection des habits à Salonique et les diverses opérations 
qu'elle exigeait. Il paraît que les artisans qui s'adonnaient aux di- 
vers travaux de la fabrication empruntaient de l'argent aux capi- 
talistes, qui leur fournissaient la matière première (laine ou 
T«38ïi), et qui tiraient profit sans doute des avances qu'ils fai- 
saient en payant la main-d'œuvre meilleur marché que d'habitude, 
ce qui est un genre d'usure défendu par la casuistique 6 . C'est là le 
sens plausible du passage de notre ordonnance : rwi naaD^ww 
ï-ïdt-i nVr ITTJtfD btf « emprunter de l'argent au maître de la mar- 
chandise » 7 . 

1 lï^ïl "pN, ch. xxviii, 21, d'après Consult. de Joseph Colon, n° 84. 
* Graetz, IX, 361-366. 
» Revue, n° 31, p. 66-72. 

*■ Procédé que nous avons vu employer, d'après Pièce n° 3, et que nous allons voir 
tout à l'heure en pratique. 

5 F" 121 ï\OV, p. 131-132 ; cf. ci-dessus, ch. v, Impôts. 

6 Voir Schoulhan Arouch, fi^n ÏTTV 1 , ch. 176 8 ; Baba Batra, 86 et 87. 

7 Dans ce cas, ce serait l'ordonnance dont parient Isaac Adribi et Salomon Cohen : 

T. XL, N° 80. la 



226 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Moins obscure semble la suite du paragraphe de la même ordon- 
nance, qui interdit à qui que ce soit, surtout aux banquiers, de 
faire des spéculations sur le change (TTMp'n). La question de re- 
connaître ou non comme licite la lettre de change 1 est longuement 
débattue par les casuistes du temps, qui la traitent pour la plu- 
part d'usure plus ou moins grave 2 . 

IX. Usufruits fonciers ou mpm. 

Ce droit qui, établi sur les biens-fonds, a son équivalent (sous le 
nom de GuédiU) dans les legs pieux (Ewkaf) de la jurisprudence 
musulmane et dont la réglementation a vivement préoccupé les 
proscrits espagnols, soucieux d'assurer la bonne marche de l'ad- 
ministration de la communauté 3 , est souvent cité dans les con- 
sultations qui parlent de Salonique, et on le rencontre rarement 
mentionné pour d'autres villes de Turquie, pour Constantinople 
par exemple 4 . Essayons d'expliquer en quoi consistait cet usufruit 
qui était transmissible seulement entre Juifs et dont la valeur a dé- 
cuplé en moins d'un siècle 5 . Il y en avait de deux genres : 

A. Le droit de propriété territoriale d'un Israélite était, pour 
ainsi dire, dédoublé en possession foncière proprement dite et en 
droit de location, de sorte que la cession de la première n'impli- 
quait pas celle du dernier, qui, d'ailleurs, n'était aliénable qu'en 
faveur d'un coreligionnaire, jamais d'un non-juif. Naturellement, 
en raison de cette clientèle restreinte, ces immeubles perdaient 
beaucoup de leur valeur. Il arrivait donc que, si un Juif endetté, 
ne possédant rien autre que son patrimoine, voulait l'abandon- 
ner au créancier non-juif, celui-ci hésitait à l'accepter, le droit 
d'usufruit restant inaliénable et ainsi son droit de propriétaire 
devant être presque illusoire. De semblables cas se présentèrent 
devant Salomon Lévi II (1583-1635) 6 , qui, pour les résoudre, 
avait recours au greffier Isaac Içhaki, lequel, se référant aux 
traditions de son père Abraham, obviait à cet 'inconvénient en 

uriDitti Viai» ï**ït *Dia>?i bai t-ran^m i&E np^b t^btt) Wûort 
...ima ns ins (mn-n "nai, n° 138 ; y'um,- n ° l )- 

1 "pDibn bra nrû (ta""HB-i sur ustuja fian, u° 65). 

2 ^ "TZ5"l!T, I, n° 10 ; cf. ib., 111, n° 2. 

3 Voir la pièce n°19, datée du jeudi 6 Schebat 1533, qui semble identique avec 
celle dout parle Conforte (f° 35 a), vu que les signataires et la date sont les mêmes. 
Nous ne pouvons pas nous prononcer sur l'identité des autres ordonnances et actes 
dont il sera question plus loin. 

* Voir Consultations de Josepb b. Leb, I, n° 77. 

5 &'"7Un, ID, sur ùûDUJtt fian, n° 296. 

6 Voir plus loin, s. v. 



LA COMMUNAUTE JUIVE DE SALONIQUE AU XVI e SIECLE 227 

spécifiant dans l'acte de vente que l'Israélite débiteur avait tout 
cédé, immeuble et usufruit. Cependant Salomon Lévi doutait que 
cette formule fût suffisante l . 

B. La préemption locative consistant dans le droit que le pre- 
mier locataire israélite du bien-fonds d'un non-juif acquiert 
de le prendre toujours en location, à l'exclusion de tout autre 2 . 
Il y a eu trois législations différentes pour savoir s'il est permis 
ou non à un Israélite de devenir acquéreur d'un immeuble chargé 
d'une telle servitude. Les auteurs des premiers statuts l'ont caté- 
goriquement défendu. Puis, en l'an 1512 (n"-)*ï-j), cette défense 
fut abolie. Enfin, à une date qui n^st pas désignée, on revint à la 
première interdiction 3 . 

C'est durant cette dernière période qu'a été rédigée l'ordon- 
nance n° 18, datée du dimanche 19 Elloul 1584, dans laquelle 
il est aussi question de ceux qui, par un arrangement avec le 
propriétaire non-juif, simulaient des achats pour frustrer le lo- 
cataire israélite de son droit imprescriptible, et contre lesquels 
est édictée la défense aux coreligionnaires, avec menace de Hê- 
rem, d'occuper 4 à quelque titre que ce soit, par acquisition ou par 
location 5 , un pareil immeuble, maison, magasin ou cour compre- 
nant plusieurs appartements, illégalement achetés. 

Il y avait cependant de ces locataires privilégiés qui, abusant de 
leur droit, quittaient l'immeuble pour obliger le propriétaire non- 
juif à abaisser le prix du loyer. Dans ce cas, certains rabbins hé- 
sitaient à sauvegarder le droit de ce locataire, pour ne pas encou- 
rager les abus 6 . Mais de quelque manière que l'immeuble eût été 
évacué par le premier locataire, le droit de préemption locative 
était à jamais périmé pour celui qui jouissait de ce privilège, 
s'il avait abandonné l'immeuble pendant trois ans ininterrompus et 
si durant ce temps la demeure était restée inhabitée ; après ce 
terme il était permis à tout autre Israélite de l'occuper 7 . Ce terme 
de trois ans fut prorogé plus tard (en 1565) s jusque un délai 
de dix ans 9 . 

Les détails que nous venons d'exposer sont en partie extraits 

1 Pièce n° 17. 

» Pièce no 22. 

3 Voir les Consultations de Hayyim Sabbetaï, I, n° 25; cf. ibid., n° 60. 

* b"^"!, I, n° 77 ; Consult. de Hayyim Sabbetaï, L c, pièce n° 21. 

5 Hayyim Sabbetaï, L c. 

6 b"n"n, l. c. 

7 Consultations de Lévi b. Habib, n<> 119; *-?3 , n np^S par Joseph Caro, n» 110* 

8 Cons. de Salomon Cohen, supplément au vol. III, n° 9. 

9 Ibid., Consultations JTTCP FTnNtB, n° 6; fcD' /ta nm sur ûblOH 1OT, & os 24 
et 230 ; tf}"mn, I, n° 57 ; Pièces n°» 20 et 21. Cf. n» 19. 



228 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de nos pièces, qui en parlent incidemment à propos des contesta- 
tions suivantes : 

1. La pièce n° 19 rapporte que, Rahamim Maça ' ayant acheté, 
vers le milieu de 1531, le droit d'usufruit dans une maison, les voi- 
sins qui le jalousaient lui créèrent des difficultés pour l'empêcher 
de l'occuper afin que, le terme triennal d'inoccupation expiré, son 
droit fût périmé. Les rabbins prononcèrent en sa faveur un juge- 
ment lui assurant la jouissance légale du droit contesté tant que 
l'immeuble ne serait pas resté pendant trois ans tout à fait inoccupé. 

2. Dans la pièce n° 20 il s'agit de quelqu'un (David di Sforno?) 
qui, ayant loué (vers le milieu du xvi e siècle?) le magasin d'un 
non-juif qui était resté inoccupé pendant plus dix ans, se vit con- 
tester le droit de l'habiter par un autre qui prétendait l'avoir pos- 
sédé avant lui et n'y avoir point renoncé, attendu que ce n'était 
pas volontairement qu'il avait quitté l'immeuble, mais par force 
majeure. Les rabbins prirent fait et cause pour le dernier loca- 
taire et déclarèrent que l'inoccupation d'un bien-fonds, même 
forcée et involontaire, enlève le droit d'usufruit locatif au pre- 
mier occupant. 

3. R. Jacob (fils de Samuel?) 2 Taytaçak 3 , d'après la pièce n° 21, 
datée du lundi 4 Tammouz5345 (1585), ayant acquis le droit d'usu- 
fruit sur la cour des Paons, avait loué à des coreligionnaires les lo- 
gements dont cette cour était composée. Certains Israélites vou- 
lurent lui contester ce droit sous prétexte que la cour en question 
était restée inhabitée le temps suffisant pour le lui faire perdre. Les 
rabbins, se rapportant à une décision de Joseph Taytaçak 4 , dé- 
clarent que le droit en litige lui est acquis si l'immeuble en ques- 
tion n'est pas resté totalement inoccupé pendant le laps de trois 
ans (quand la première règle était encore en vigueur) ou de dix 
ans (depuis 1565). 

D'autres questions de ce genre furent encore examinées par les 
rabbins de Salonique au sujet de l'usufruit des biens-fonds 5 , mais 
il serait trop long d'en parler ici. 

X. Censure de la presse. 
On sait que les proscrits de la Péninsule ibérique apportèrent en 

1 Ou ttfflSW ? (Cons. de Salomou Cohen, l. c). 

* Voir plus loin, s. v. 

3 Est-ce le même qui est mentionné par t3"lUÎ1 (III, sur L33U51Q ÏWl, n° 244) ? 

* Probablement dans la pièce n° 19, ci-dessus analysée. 

5 Voir les Consulta'ions de Joseph b. Leb, I, n° 81, et II, n° 75; ÏTD"H ^"131 
n° 99 ; Û""7tï)*l, III, sur L3DUJ72 "JUSn, n° 299 ; cf. la pièce n° 22. 



LA COMMUNAUTÉ JUIVE DE SALONIQUE AU XVI 9 SIÈCLE 229 

Turquie un goût éclairé pour les lettres et les sciences. Ainsi, 
Don Juda Senyor Benveniste, fils du ministre des finances espa- 
gnoles, Abraham Benveniste II 1 , qui vint habiter Salonique, con- 
sacrait une grande partie de sa fortune à former une riche collec- 
tion de livres. D'autres bibliothèques aussi y étaient devenues 
célèbres, telles que celle d'Obadia ibn Alconstantini 2 . Dans les 
académies (tnoisîi rna rrrur»), entretenues dans presque tous les 
temples 3 , on enseignait non seulement toutes les branches de la 
science juive, mais aussi les sciences naturelles, la philosophie et 
l'astronomie, la littérature et la poésie, à tel point que Don Isaac 
Abravanel ne dédaigna pas d'y envoyer son fils Samuel 4 . On 
fonda aussi à Salonique des imprimeries hébraïques notamment 
celle de Juda Guedalia, originaire de Lisbonne, dont Jacob ibn 
Habib parle en termes élogieux dans la préface de son ouvrage 
En Yacob. Ces imprimeries éditèrent, dans le siècle qui nous oc- 
cupe, le Talmud, des Midraschim, prûF mp? d'Isaac Arama (1522), 
injw a^M» d'Isaac Abravanel (1526), raa m» de Moïse Benve- 
niste (1566), même le J-nxnbn fnriD de Salomon Alraoly (tous ces 
ouvrages dans l'imprimerie de Juda Guedalia) ; le Rituel allemand 
(1555) 5 , les Consultations de Joseph ibn Leb (1560), îriûfcb ïibsn 
de Moïse Almosnino (1563), ù^^ii de Menahem b. Abraham ou 
Bonafoux de Perpignan (1567), Schoulhan Arouch Yorè-Déa 
(1568), nDDi-i npifi, tppba smn et smaaa na de Moïse Pisante (1569) 
(dans l'imprimerie des frères Salomon et Joseph Jabetz, émigrés 
d'Andrinople) ; ba s-rvoirwn d'Isaac ben Aroys (1583) dans celle 
de David Abraham nvriîN, et enfin les consultations de Hayyim 
Sabbetaï (1592) et de Samuel de Médina (1596), ainsi que des 
ouvrages de fantaisie comme nsi^ "btim et 'nsiit ™?tt dans la 
presse des frères Bath-Séba'. La publication des ouvrages était 
soumise à une censure. Ainsi notre pièce n° 23 6 , en date du 
jeudi 10 Eïloul 1529, menaçait d'excommunication tous ceux qui 
imprimeraient un écrit ou l'achèteraient après sa publication, 
sans l'autorisation écrite d'une commission ad hoc composée de 
six rabbins. Nous regrettons le laconisme de notre document, 
qui ne spécifie pas le genre de livres condamnés par le corps 
rabbinique. 

1 Fils de Don Joseph, fils de Don Abraham I, rabbin de la Cour et promoteur du 
Règlement de Valladolid de 1432. 
» Revue, XXI, p. 294. 

* rnaii "nni, n° 224. 

4 Graetz, IX, p. 38 et passim. 

8 Voir plus haut, p, 210, note 2. 

6 Copie envoyée par M. David A. Pipano. 



230 REVUE DES ETUDES JUIVES 

XL Sanctions, pénalités. 

On vient de voir que la sanction des règlements de la commu- 
nauté consistait principalement en punitions religieuses. L'unique 
et seule pénalité que nous rencontrons dans ces fragments de sta- 
tuts est le Hêrem, qui tantôt est définitivement prononcé contre le 
coupable, après qu'il a été prévenu trois fois consécutives ('m 'a 
'm) et après un délai de trente jours l , et tantôt est prononcé seu- 
lement sous forme d'anathème comminatoire. Cette pénalité est 
appliquée dans les cas les plus variés. On sait en quoi consistait 
le châtiment de l'excommunication. Celui qui en était frappé était 
déclaré séparé de la communauté, considéré comme païen en ce 
qui concerne son pain, son vin (n os 5 et 16) et même ses livres 
(n° 5), n'était plus admis à compléter le chiffre de dix (Minian) 
pour certaines cérémonies religieuses (ïb.), ni même enterré dans 
le cimetière juif (n° 16); il était persécuté, isolé des fidèles qui ne 
venaient le visiter ni chez lui ni à la synagogue (n* 13). L'excom- 
munié était sans doute atteint également dans ses intérêts maté- 
riels, puisqu'il n'avait, pour ainsi dire, plus de droits civils. Si 
.nos documents ne parlent pas de condamnations à une amende, 
peut-être doit-on en chercher la cause dans la faiblesse du rabbinat 
de Salonique avant l'unification administrative des temples. 

Malgré la répugnance des auteurs de nos statuts à faire appel au 
bras séculier (n° 3), nous savons, par d'autres documents dont 
nous avons fait un examen spécial 2 , que, dans une querelle 
survenue dans la même ville (1539-1545), Moïse Amon, méde- 
cin du sultan , fit venir les agitateurs à Constantinople pour les 
faire punir par les autorités, et même sollicita du sultan l'envoi à 
Salonique d'un Cadi (juge) et d'un Tchaouch (sergent) chargés de 
juger les séditieux et de leur infliger la peine méritée. Les rabbins 
de la capitale aussi se servaient d'une menace analogue (n° 4). 

Abr. Danon. 
(il suivre.) 



1 i-nrrn -na-j, n« 162. 

1 n3H t|OT\ p. 162-163. 



LES MÉMORIAUX ALSACIENS 



Après l'excellente publication du Memorbuch de Nuremberg par 
M. Salfeld il est difficile de dire encore du nouveau sur les Mémo- 
riaux. Aussi n'ai-jepas l'intention de présenter aux lecteurs de cette 
Revue de nouvelles listes de localités où des persécutions contre 
les Juifs ont eu lieu, je me contenterai de donner d'abord quelques 
rectifications concernant les noms indiqués par MM. Neubauer 
(Revue, t. IV, p. 1 et suiv.), Levin (ibid., t. VIII, p. 134 et suiv.) et 
Salfeld (Das Martyrologium des Nùmberger Memorbuches, 
1898) ; ensuite j^numérerai par ordre alphabétique les noms des 
rabbins étrangers et alsaciens ainsi que ceux des autres personnes 
mentionnés dans les Mémoriaux alsaciens, que j'ai pu consulter. 
S'il y a lieu, j'ajouterai à ces noms quelques notices biographiques 
et littéraires. 

Les communautés israélites actuelles de l'Alsace ne remontent 
pas, à mon avis, au delà de la guerre de Trente ans. Le dénom- 
brement des familles juives de cette province fait en 1689 et pu- 
blié par M. de Neyremand (Revue d'Alsace, 1859, p. 564) nous 
montre qu'à cette époque encore il y avait très peu de localités où 
ces familles dépassaient la dizaine. Il ne faut donc pas s'étonner 
si les Mémoriaux ou Memorbûcher existant actuellement ne 
datent que du commencement du xvm e siècle. Le plus ancien qui 
soit venu à ma connaissance est celui de Muttersholz, près de 
Schlettstadt. C'est M. L. Blum, instituteur, qui a bien voulu me 
l'envoyer et je saisis cette occasion pour lui exprimer encore une 
fois mes remerciements. Ce Memorbuch porte sur la première 
feuille l'inscription suivante : 

: psb taon fia© ran v\ 5 û*p î-naja yb^n imcra bïipn iMSbi 

Ce Memorbuch a été écrit en l'honneur de mon frère, le président 
et syndic, le sieur Abraham, et en l'honneur de la communauté de 
Muttersholz. Fait le 2 e jour (lundi), 27 Tammouz de l'année 469 (1709). 



232 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Après la liste des localités où sévirent des persécutions on lit les 
mots suivants : 

■nasb innrû r-i«î — .psb àôn ï-iduî nan fj à '"p ntobip 
Sam ns-ian ^N ybnûfié^» tai-naa n»a tin -naabn riâ taip?:iri 
: rpfrn "pbN» "ivr Siï •pswiz) h umprr fa t]ov ^Bian 

Golmar, le 2 e jour (lundi), 27 Tammouz de Tannée 469 (1709). — 
Ceci, je l'ai écrit en l'honneur de Dieu, béni soit-il, et en l'honneur 
de mon frère, le sieur Abraham de Multersholz, moi, le scribe, une 
grappe de troëne 1 , Joseph, fils du martyr R. Simon (la mémoire du 
juste soit bénie, que l'Éternel venge son sang), d'Ollendorf 2 . 

Le Memorbuch de Nidernai, dont M. Armand Bloch, rabbin 
d'Obernai, a bien voulu copier pour moi les nécrologes des rab- 
bins alsaciens, a été terminé en Tannée ron = 497 (1131); mais 
quelques noms ont été ajoutés plus tard 3 . 

Le Memorbuch de Ribeauvillé, dont je dois la connaissance à 
l'amabilité de M. le rabbin K. Weil, est écrit pour la plus grande 
partie en de beaux caractères carrés sur vingt et une feuilles de 
parchemin in-4° et mesurant 20 sur 26 centimètres. Sur la pre- 
mière feuille se trouve l'image d'une porte avec l'inscription : 

* iribrn 

jâa *ni)N ta^iincan tppiratti ï-vims matrj r**iïn -pa i»n» 
tamat : fcrwse û^bs tzp^m Tnata .l^tn^ ynb* maai .ta^nw 
t«oi ^OB^rs id ■psspn sa»rflaïTi fcpbart ana ûnn *rnb isb -inan 
pp !-td siab S^m b"T bpjn "V'-ina is p tn» n"nrta a^ai 

: psb fcirariâ na^a ^miaBfcn 

Ceci est la porte de l'Éternel, etc. 

Memorbuch, c'est-à-dire commémoration des âmes des justes et des 
purs, qui reposent dans le Paradis, et qui brillent de la lumière du 
Très-Haut et dont Tâme est liée dans le faisceau de la vie; que leur 
mérite reste pour nous à travers toutes les générations ! Don du sa- 
vant et excellent prince et homme éminent et généreux, R. Méïr, 
fils du président et syndic Yékel (sa mémoire soit bénie) Weil au 
temple d'ici, communauté de Rapschwir (Ribeauvillé) en Tannée 
492 — 1732. 

Puis vient la prière en faveur d'un malade avec l'indication des 

* Cant., i, 14. 

' Voir sur cette famille plus loin. 

• Voir la traduction d'un extrait de ce Memorbuch dans la Revue, XIII, p. 256. 

4 wan nt, Ps., cxvm, 20. 



LES MÉMORIAUX ALSACIExXS 233 

Psaumes à réciter à cette occasion ; à ce propos on lit les lignes 
suivantes : 

mn tnNTïi nso oi^bipn irv-D*!n tariô nsio -iï3*5 TN?a ^n 
imiûsua m^a *diû aita wnstDîabi ^b nnb ri n«73 iDpaN "p ^2 nma 
"pab rt ï-paa wtûb ri naw: rapaa ta^n^prj d-iotd -patnb n«r 
♦pàb ^pa-pb rn^D^ nraa ^nia ai H?a Law 

Moi, Méïr Netter, copiste de rouleaux de Pentateuque, etc., j'ai fait 
passer de l'encre noire sur ce livre. C'est pourquoi je prie l'Éternel de 
me donner à moi et à ma famille une bonne récompense, pour avoir 
fait ceci, afin de rappeler la mémoire des âmes des saints; je prie 
l'Éternel de pouvoir demeurer dans la maison de Dieu pendant de 
longs jours, 613 =1853. 

Nous trouvons, en outre, dans le corps du Memorbuch (fol. 4 b) 
la pièce suivante : 

ta*wipï"î nwïïi no î-ï>as ana d^ .ta^aïaaia tzimaNb Saw *pa 
.îrraatàrifà it ba> anao r-nn nbannin -icon t-iao 
: bnpri a^a nyur\ ù ta"pa barwi t<m nidd t-itt'n 

, Que l'Éternel se souvienne de l'âme du savant R. Méïr, fils du sa- 
vant R. Jacob (sa mémoire soit bénie), qui était le représentant de la 
communauté (ministre officiant) et l'intercesseur entre Israël et leur 
Père céleste. Il a écrit aussi beaucoup de rouleaux de la loi et des 
martyrologes, et le présent livre si utile fut également écrit par lui ; 
en récompense, etc. 

Le grand scribe d'Israël mourut le premier jour (dimanche); 9 Ab 
506 = 1745. 

Ainsi le Memorbuch de Ribeauvillé a été écrit en 1732 par le 
scribe Méïr b. Jacob (mort en 1745). C'est Méïr b. Jacob Weil qui 
en a fait don à la synagogue, et Meïr Netter qui en a noirci les ca- 
ractères en 1853 et qui, comme nous le verrons plus tard, y a fait 
probablement des additions. 

Le Memorbuch de Bischheim, près de Strasbourg, m'a été en- 
voyé par M. M. Schwab, instituteur à Strasbourg, avec l'autorisa- 
tion de M. Bloch, ancien rabbin de Bischheim. Il se distingue éga- 
lement par une écriture très soignée et montre une grande 
similitude avec celui de Ribeauvillé. La date de sa composition 
ressort de la note suivante ajoutée à la fin (fol. 12 b) : 

■"fil «*np^ ûTOa pai ia Dinm ta^n m trvms tznN cpo 
•puî ta^pvmtt mnbin mariât nsoa : fca^nii Ta taTomb n-ora-n 



234 REVUE DES ETUDES JUIVES 

fcaman b*Wipïi fcamnDia»b î-ttwi ûïib îiêo traiatt ûïtwej tort 
13b mp-n i^miNsn p» manb matb 15b É in* , n îi^a wV* 
inuî a* ta^fitt Tnata [irrnK] nvvnaÈ e^irn tanâttia ù^isb i:pnb-ittt 

: ittN fi* *pa to^p^it 

La fin de l'homme est la mort, et c'est la main de l'homme qui scelle 
[son arrêt]. C'est pourquoi, à cause de l'honneur des vivants et des 
morts, il est convenable pour eux et convenable pour leurs familles 
de les mentionner parmi les vivants dans le livre de la commémo- 
ration, avec les générations des justes, c'est-à-dire leurs bonnes 
œuvres S pour qu'on invoque leur mérite en notre faveur et pour que 
ce soit un mérite pour nous, afin que nous voyions la construction 
de notre (maison de) magnificence et afin qu'approche pour nous 
notre délivrance : Que leur âme soit liée dans le faisceau de la vie 
avec les autres justes dans le Paradis. Amen. (499 = 1739.) 

Le Memorbuch de Jungholz, près de Soultz (Haute-Alsace), 
porte le titre suivant : 

s^ns rnnpsa î-nwi ybiïTWF s-rcmp ï-rbrtpïtb ^vra Dp2Dn s — it 
^iddH p^bi aa\a bm h^a ma tara i»mi 'iè a^b inn a^roîai 

.psb 'pa pi ^33 i5ï«â 

Ce livre appartient à la sainte communauté de Jungholz et fut fait 
sur l'ordre du président et syndic Rabbi Leib (qu'il vive) et terminé 
le second jour de la semaine, le 3 Schebat 526 (= 1766). 

Ce Memorbuch a été copié pour un grand nombre d'autres 
communautés de la Haute-Alsace, comme il est facile de le voir par 
une comparaison même superficielle des Mémoriaux existant en- 
core actuellement. Ce fait provient sans doute de ce qu'il y avait, 
à Jungholz, vers la fin du xviii 9 siècle, une école rabbinique assez 
renommée et le cimetière le plus important de la Haute-Alsace ; 
cet endroit formait, pour ainsi dire, le rendez-vous des Juifs de la 
Haute-Alsace. Aussi n'ai-je trouvé dans notre département que 
deux Mémoriaux qui diffèrent sensiblement de celui de Jungholz, 
celui dlsenheim, près de Soulz, et celui de Rixheim, près de Mul- 
house. Le premier a été écrit en 1785. Ce chiffre se trouve môme 
sur la première page après l'inscription hébraïque suivante : 

aa rn ï-tib*3 ï-»p» bnpïib ^p-na *pa i»3>b anpttr ncoti fut 

iSrttptt b^stm ittpn ^n pab imnâ tabitfb iw r-i:©a 

Ce livre qu'on appelle Memorbuch appartient à la communauté 

1 Allusion au dicton bien connu : « Les générations de l'homme, ce sont ses 
bonnes œuvres. » 



LES MÉMORIAUX ALSACIENS 235 

d'Isenheim. Fait le 1 er Ab de Tannée 545 == 1785. Moi le petit, Gumpel 
d'Isenheim. 

Le second a été écrit en 1830, comme le dit la note qui se trouve 
sur la première page après l'indication du contenu : 

î^irt ">£ iwn n«Ta froja ■nô^n sansbi -nob *i»aan i-niisa 
t-wb piir i-vnt) a*ns ÈnîîÊ wn oiwa i-rrctt ppn *»mn ambri 

iàurt nnsafin fa^nopn pp fis "piu^ 

Fait en 590 (= 4830) par moi Moïse Munius de la famille de R. S. 
Prague, rabbin de la communauté de Rixheim et du ressort. 

Un o^aitt iwan Snïii p -in? SSrr est mentionné dans Jelli- 
nek, Màrlijrer und Memorbuch, 1881, p. 67. 

Grâce à l'amabilité de M. Abraham Weil, président de la com- 
munauté deBalbronn, et de M. Victor Marx, rabbin de Westhofen, 
j'ai pu consulter les Mémoriaux de ces deux communautés. Le 
premier n'a pas été écrit en 1791, comme le dit M. Lôwenstein 
dans sa Gesch. der Juden in der Kurpfalz, p. 153, note, mais 
en 1785 (î-n^b 'bitti nara rtpiriâ irrsob iâ in ût). Celui de 
Westhofen a été écrit en 1824. 

J'ai consulté, en outre, les Memorbïicher de Haguenau (ancien 
et moderne), envoyés par feu M. le rabbin Bloch ; celui de Boux- 
willer, envoyé par M. Netter; celui de Bolsenheim, envoyé par 
M. Schwab de Strasbourg ; celui de Rosheim , envoyé par 
M. Hirsch, instituteur ; enfin M. le rabbin Koch a bien voulu 
m'adresser une copie de celui de Marmoutier. Tous ces Mémori- 
aux ne portent aucune date. J'avais prié, en outre, MM. les rab- 
bins de Moutzig et de Saverne de me donner des renseignements 
sur les Memorbùcher de leurs communautés, mais jusqu'ici je n'ai 
rien reçu. 

En considérant le contenu de ces différents manuscrits et en 
laissant de côté les prières occasionnelles qui y sont ajoutées, nous 
pouvons y distinguer facilement deux parties : l'une relative aux 
martyrs, et l'autre aux rabbins et autres personnes pieuses. Nous 
parlerons donc : 1° des martyrologes et 2° des nécrologes. 

I. Martyrologes. 

Un coup d'œil rapide sur les passages en question suffit pour 
nous convaincre que nos copistes ont eu sous les yeux des mo- 
dèles qui dépendaient plus ou moins de l'ancien Memorbuch de 
Metz, copié par Carmoly et publié par MM. Neubauer (l. c.) et 



236 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Salfeld (l. c), car, sauf quelques omissions, on y trouve les mêmes 
localités et souvent dans le même ordre. Je noterai ici les va- 
riantes qui nous permettent de corriger le texte de Carmoly. 

Au lieu de y?OPù nous trouvons pnawn (Hag. b.) 1 , JHïawn 
(Isenh.), ïTWDïm (Rixh.), aToatrn (Balbr.), ïTiMûnum (Rib. et 
Muttersh.), :nw:TPTi (Hag. a.); il faut donc probablement lire 
Wurtemberg (cf. Salfed, l. c, p. 82 et 282, 11). 

Au lieu de fcWittttrw, il faut lire 'awaw (Rixh.); amoas 
(Hag. b.), fetfOtt& (Rib.) et "n&N£> (Is. et Rix.) pour ^DS. Au lieu de 
rmaiO^Yi, Is. et Bischh. lisent .mawm (Salfeld, 201), Rixh. 
p*n"»D3KTi (Wansbeck). Au lieu de ^Tû^sap (Kochensburg d'après 
Salfeld, 268), il faut lire, avec Jungh., ^nn^^n^n = Ravensburg 
(voir Salfeld, 69, 82, 250 et 282). Au lieu de baia, tous les mss. 
lisent ■pma == Ofen. 

Au lieu de ar-p'O, qui ne donne pas de sens, Is., Hag. b., Rib. et 
Balbr. lisent aûr^i, Rixh. y^l ; il faut sans doute lire tj&m = 
Deutz (cf. Salfeld, 85 et note 3). "piaip manque dans tous les ma- 
nuscrits ; mais il se peut que "pnn (Jungh.) soit une faute pour 
piaip. 

Au lieu de "«bas (Phaley en Bavière selon Salfeld, 268), il faut 
sans doute lire, avec Hag. b., ibaïi = Halle; bfctti serait donc Hall 
(Salf.,282). 

Au lieu de pilb^T, que M. Salfeld corrige en ^"iisbî Salzungen, 
il faut lire, avec Is., •pmb'm = Villingen dans le grand duché de 
Bade ; Rib., Hag. a et b. écrivent Jtt*V»D. 

Il va sans dire que les copistes ne se contentèrent ordinairement 
pas de transcrire les noms qu'ils trouvaient dans les manuscrits, 
mais ajoutèrent presque toujours ceux des endroits où il y eut des 
persécutions plus tard ou ceux dont ils avaient trouvé les noms 
dans d'autres manuscrits. C'est pourquoi nous trouvons dans les 
mémoriaux alsaciens un grand nombre de noms de villes et de 
pays qui ne sont pas mentionnés dans le Memorbuch de Metz. Je 
les citerai par ordre alphabétique avec l'indication du ou des ma- 
nuscrits où je les ai trouvés : 

aaau) ir»^ (Ju.), î»ibk (Ju.), ■p'wiK (Ju.), ï^bcra (Mu.), a-iNsja 
(Rix.), pttttn (Soultz, Haute-Alsace), p'-iNttWr (Rix., Ju.), rrobwi 
(Ju.), TVDbnïi (Ju.), ïa-wi (Rix.), •po*tt(Bi.), tttbiabsm (Ju.), irait 
(Ju.), TOTP31B (Hag. a.), b&mta (Mu.), marrr (Ju.), amb (Ju.), 
ïmabsrt (Ju.), iPTnfcJb (Ju.), p^-mb (Rix., '-naib Ju.), taab^N» 
(Ju.), ûinob'tta (Bal.), (riitbn rûioa ïaœbatta, Westh.), ï'W» (Ju.), 

1 Hag. b. = le nouveau Memorbuch de Haguenau ; Hag. a. = l'ancien Memor- 
buch de Haguenau. 



LES MÉMORIAUX ALSACIENS 237 

•p*tt (Ju., y^ft Soultz), ■p'-tftt (Ju., Mu., Hag. a. et b., Rib.), ^Sttfitt 
(Mu.)» &^BM (Ju.), ïa^w (Ju.), TaKVw (Ju., Rix.), siwnb (Ju.), 
n^Vid (Ju.), «5ns (Ju.), diirûriHDS (Ju.), B-roDpPfi (Ju.), ■pV© (Is., 
Mu., Hag. a. et b , Ju. 2 fois), ba^aiis (Ju.), jma (Ju.), uibia^s 
(Ju.), y-\$mT} (Ju.), ttnam nsit (Soultz), aNïianp (Ju.), b^Otfp (Ju.), 
■pOTi (Ju.), "jd^ (Ju.), û^Npiaii) (Rix.), uararccM^iû (Rix.), KiWitt 
.(Rix., Mu.), fiotatetiJ (Ju.). 

Eisenstadt ; comme ce nom se trouve entre Ravensburg et Re- 
gensburg, il faut peut-être lire aNttio^tf == Eichstâdt, où il y eut 
des persécutions en 1298 (Salfeld, 67, 234) ; — Aschkenaz (Alle- 
magne) ; — Ungarn (Hongrie); les anciens mss. écrivent y^iN 
T»i (Salf., 67, 235); — Italien (Italie, v. Graetz, Geschichte, IX, 
336, année 1553); — Beffort (Belfort, 1337, Salf., 68, 240); — 
Damésec (Damas, 1840, Graetz, XI, 511 ss.); — Danemark (Dane- 
mark, persécutions?); — Heidelberg (1349, Salfeld, 68, 81, 254, 
280) ; — Heilbronn (1298 et 1349, Salfeld, 57, 66, etc.) ; — Hinigen 
(Hùningen, Huningue, près de Baie, 1790; voir Tschamber, Gesch. 
der Stadt Hùningen, Saint-Louis, 1894, 117) ; — Hesse (Salfeld, 
285/34); — - Welschland (Italie ou Savoie); — Santen (Xanten, 
Salfeld, 3, 17, etc. ; 1096 et 1349); — Donauworth (Graetz, VIII, 
195, 1450, voir aussi Salf., 281/9, 1349) ; — Tyrol (Salf., 282/12, 
1349) ; — Judenburg ; il faut sans doute lire jrmiTn Rodenburg 
en Hesse (Salf., 83, 285/34); — Loria, qu'il faut peut-être lire 
ÉOTib Lorch près de Wiesbaden (Salf., 145, note 4) ; — Lutzelburg 
ou Luxembourg (Salf., 84, 286) ; — Lemberg (Graetz, X, 66, 1648") ; 

— Lotringen (Lorraine); — Mailand (Milan, 1597, Graetz, IX, 
475) ; — Molsheim (Basse-Alsace) (Molzen, dial.), 1618 (Westh.) ; 

— Mùnchen (Munich, 1285 et 1349; Salf., 4, 21, etc.); — Menz 
ou Minz ne peut signifier Mayence, qui est déjà nommé aupara- 
vant ; il faut peut-être lire ym ou yro, Metz, où il y eut des per- 
sécutions en 1096 (Salf., 3, 18, 98, 140); — Mâhren (Moravie, 
1454, Graetz, VIII, 207) ; — Nanzig (Nancy); — Neapolis (Naples, 
1540/41, Graetz, IX, 307) ; — Endingen (Salfeld, 69, 254) ; — En- 
gland (Angleterre, Salfeld, 23, 67, etc., 1264); — Padewa (Padua, 
Padoue, 1553 et 1684, Graetz, IX, 337, et X, 257) ; — Fulda (Sal- 
feld, 3, 13, etc., 1235 et 1349); — Posen (1656, voir Graetz, X, 
71); — Pforzheirn (1267 et 1349, voir Salfeld, 3, 15, etc.); — 
Frankfurt (Francfort-s/O.,1349, Salf., 286/43); — Polen (Pologne, 
1648, Graetz, X, 60) ; — Portugal (1497, Graetz, VIII, 392) ; — 
Preussen (Prusse, 1349, Salf., 84, 287/46); — Friesland (1349, 



238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Salf., 286/41-42) ; — Pommern (Poméranie) ; — Safed et Tibériade; 
il s'agit du tremblement de terre de l'année 1837 (rata tmra 
pè5 fatpn), où beaucoup de rabbins furent tués ; v. Cêmah David, 
éd. Varsovie, p. 132 ; — Kroatien (Croatie) , — Cassel (1349, 
Salfeld, 80, 277); — Roufach (1337/38, Salf., 68, 69, etc., Scheid, 
Juifs d'Alsace, p. 23) ; — Reussen ; — Stuckart (Stuttgard, 1350, 
Salf., 282); — Schlettstadt (1349, Salfeld, 69, 253); — Schweiz 
(Suisse, 1348, Graetz, VII, 387) ; — Schlesien (Silésie, v. Cémah 
David, ad. an., 1451). 

Les noms des rabbins martyrs mentionnés dans les Mémoriaux 
alsaciens 1 sont également différents de ceux qui ont été ajoutés 
par Carmoly à l'ancien Memorbuch de Metz (voir Salfeld, p. 77). 
Les trois premiers et R. Jacob de Strasbourg manquent ; R. Jacob 
b. Méïr (sans fils) est placé après Magdebourg; R. Salomon après 
Nordhausen; R. David et R. Moïse après Esslingen ; R. Efraïm 
dans le même Yizkor que R. Isaac et R. Ahron b. Jona. Après 'itt 
miby il y a R. Salomon et R. Joseph, qui ne se trouvent pas dans 
le Memorbuch de Metz (Salfeld, p. 85, après pnttWJtt) ; R.Joseph, 
Salomon, Joël et Moïse (pas iro) après Coblence ; R. Yehiel ha- 
Cohen et ses frères (R. David et R. Moïse), après Wurzbourg (Sal- 
feld, p. 248) manquent également chez Carmoly. R. Isaac b. Abra- 
ham ha-Lévi après Cologne ne se trouve dans aucun Memorbuch 
cité par Salfeld. Hag. a. lit R. Abraham b. Isaac ha-Lévi, de sorte 
qu'il faut peut-être penser à R. Abraham ha-Lévi, tué à Worms 
en 1349. (Salfeld, 261 et 359.) 

En fait de martyrs alsaciens j'ai trouvé dans nos mémoriaux les 
noms suivants : 

1. Alexandre b. Isaac (Hag. b.), mort à Haguenau en 1752 
(Scheid, Juifs de Hag., 65) ; 

2. R. Jacob b. Moïse et R. Moïse b. Efraïm (Rib.), assassinés 
entre Colmar et Ribeauvillé en 1715 (Bischheim ; R. Moïse Spira 
et R. Jacob fils du savant R. Moïse Elsass). Ce Jacob est sans 
doute le fils du fameux Moïse Jacob de Ribeauvillé, qui eut un 
procès avec le rabbin Samuel Lévy (voir de Boug, Ordonnances 
d'Alsace, Colmar, 1775, 1, 347-8*). Moïse Jacob prit, en effet, le 
nom d'Alsace d'après un document conservé dans les Arch. du 
Haut-Rhin, E. 1627; 

3. Moïse fils de Salomon (sans doute de Ribeauvillé) assassiné 
par son domestique en 1764 dans les environs de Metz (Rib.) ; 

1 Ceux de Muttersholz, de Balbroun et de Jungholz n'en contiennent pas. 
* Je publierai ailleurs la biographie de ce rabbin. 



LES MÉMORIAUX ALSACIENS 239 

4. Nephtali filsd'Isaao ha-Lévi de Wettolsheim, exécuté à Col- 
mar, le vendredi 18 Tébet 1*755 et enterré à Jungholz, le lundi 
24Tischri 1756 (Rib., Is., Boux., Rix.) voir Annuaire de la Société 
des Études juives, I, 1881) ; 

5. Raphaël fils d'Isaac ha-Lévi, brûlé à Metz en 1670 (Rib., 
Ni., Is., Hag. a., Boux., Mu., Rix. (voir Joseph Reinach, Raphaël 
Zévy, Paris, 1898) ; 

6. R. Simon Ollendorf (et sa femme Fradele, Ni.), sans indication 
du lieu ni de la date de sa mort (Mu.). Il avait deux fils : Joseph et 
Abraham. Le premier écrivit le Memorbuch de Muttersholz le 
lundi 27 Tammouz 1709 en l'honneur de son frère. Il se dit lui-même 
d'Ollendorf et demeure à Colmar, tandis qu'Abraham résidait à 
Muttersholz. Il me paraît plus que probable que ce Simon était 
l'ancêtre de la famille Kintzburger qui se trouve mentionnée dans 
le Dénombrement des Juifs de V Alsace en 1784, s. v. Mutter- 
sholz. Il ressort, en effet, des registres de décès de cette commune 
que Samuel Kintzburger (n° 10), mort le 11 frimaire an IV (2 dé- 
cembre 1795), était le fils de Simon Kintzburger, qui était, sans 
doute, un petit-fils du martyr Simon. Les noms d'Abraham et de 
Joseph se retrouvent également dans cette famille. Jacob E. 
(n° 3), mort le 22 brumaire an VI (12 novembre 1798), était le fils 
d'Abraham Kintzburger, qui est, à mon avis, celui en. l'honneur 
de qui fut écrit le Memorbuch. Jacob avait un fils qui portait le 
nom de Joseph comme son oncle, et qui vivait de 1743 à 1799. 
Nous trouvons encore un Joseph Gùnspourg dans un Arrêt du 
Conseil Souverain d'Alsace qui fait défense aux Juifs de loger 
sous le même toit que les chrétiens (de Boug, II, 225), arrêt rendu 
le 10 décembre 1746. C'est sûrement le fils du martyr Simon, 
le copiste du Memorbuch de Muttersholz ; 

7. Dans le Memorbuch de Bouxwiller, une main postérieure a 
ajouté la prière suivante : 

■jwara "invra mïiaï-n ttmpn bran -na^rs mn 5âH 

■pjt bn isnp ta* nonn» ï-pïto -na* î-ito &snrn 

TiNiï m? ï-pîti s — iDir? srnna w\ fr-mûan» r-nrum aia-n 

iwnsib im» i^xiîto ï*no3a *vnyï tourna 'rs îhn tBTpn 

"Di ta ban^a i-mn "panï-n p*rst "ûzwk ta^n nx ûd»i 

Que Dieu se souvienne de l'âme du rabbin, de la grande lumière, 
du saint et pur, de notre docteur et maître R. Simon, fils du sa- 
vant Moïse. Il était pieux devant son Créateur tous ses jours, il ob- 
servait des jeûnes du commencement à la fin de l'année, il était très 
humble et sanctifia le nom divin en public et fut constant dans 
l'épreuve, car on le livra à la mort. Il jugeait le peuple selon le droit 



240 REVUE DES ETUDES JUIVES 

et la justice et propagea la doctrine en Israël. En récompense de 
cela, etc. 

Cette prière est suivie d'une autre prière pour la mémoire de 
Zewi Hirsch Auerbach, rabbin de Worms, mort en 1778, de sorte 
que le martyr R. Simon est mort avant cette date ; peut-être toute- 
Ibis n'était-il pas Alsacien ; 

8. Le Memorbuch de Nidernai et, d'après lui, celui de Bolsen- 
heim et ceux d'autres communautés des environs contiennent la 
prière suivante instituée pour trois martyrs qui furent brûlés à 
Obernai le 15 Schebat458 (1698) : Vu a^-ian^a isittftttJ tronp 'a 
rrin B3M5). 
ta^p fca'mjr bai&iu ^la? tp-p *ia hwii tofiiE 'n nmph 5n'i 
?-j?obu> na on^D 'n 'pM n»^ torari wn bs> tpuïin parei 
ta^n rptDsœ fca^u "»»i£5> iïtoi it ^apiia «a^b s-iï'nfca 
yapsia lia ^2 raa^-n ma 'n «vrptt *n»iDai tau:n timp b* 
'iai Ta toizsn "nrr bs> rpu^tt fca^a Q^na i*n fcaa 

Que Dieu se souvienne de l'âme du martyr R. Menahem Mendel 
fils de Josepb, qui supporta de dures épreuves eUqui fut étranglé et 
brûlé pour l'unité du corn diviD, et de l'âme du martyr R. Pinehas 
fils de Salomon du pays de Lithuanie, dont la main fut coupée et qui 
se purifia avant d'être brûlé vif pour la sanctification du nom divin, et 
de l'âme du martyr R. Uri Phœbus de la ville de Bonn, dont la main 
fut également coupée lui vivant et qui fut brûlé pour l'unité du 
nom divin ; en récompense de cela, etc. 

D'après une communication de M. le rabbin Bloch d'Obernai 
il se trouve dans les archives de cette ville une pièce qui porte 
le titre : « Exécution de trois juifs brûlés pour vol commis dans 
l'église paroissiale (1698) », mais il paraît que cette pièce a été 
égarée et qu'elle n'a pas pu être retrouvée jusqu'à présent. Il 
serait intéressant de connaître les détails de cette affaire. 

II. NÉCROLOGES. 

Ici encore je citerai par ordre alphabétique les noms des per- 
sonnes mentionnées dans nos Memorbùcher. Je les distribuerai 
en trois chapitres : 1° Rabbins et bienfaiteurs étrangers ; 2° Rab- 
bins alsaciens ; 3° Particuliers alsaciens. 

1° Rabbins et bienfaiteurs étrangers. 

Abraham, rabbin à Francfort (Balbr.) ; c'est sans doute Abraham 
Trier, mort en 1794 (Voir Horovitz, Frankfurter Rabbinen, 
IV, 36); 



LES MÉMORIAUX ALSACIENS 241 

Abraham Broda (Boux. et Balbr.), rabbin à Raudnitz, Prague 

(1709), Metz (1714) et Francfort, mort en 1717; Horovitz, II, 

70-82 ; 
Abraham b. David, auteur de commentaires sur le Talmud (Ba.), 

de Posquières, mort en 1199 ; 
Abraham bar Dior (Balbr. et Westh.), mort vers 1180 ; 
Abraham b. R. Hirsch, rabbin à Francfort (Balbr.), Abraham 

Lissa, 1759-1769; Horovitz, III, 66-86; 
Amnon, martyr et, d'après la légende, auteur du Piout fiunn 

tp-in et du raz) an (Balbr.), mort vers 1200; 
Arié Loeb b. Ascher, rabbin à Metz (Balbr., Westh., Boux.) de 

1765 à 1785 (Voir Abraham Cahen, Le rabbviat de Metz peu- 

dant la période française, et David Maggid, rvnVin *ido 

n"^ mnsiiitt, p. 35) ; 
Ascher, l'auteur bien connu sous le nom de ©an (Balbr. et Westh.) 

mort vers 1328 (Cxraetz, VII, 267) ; 
Baruch ha-Cohen, rabbin à Furth (Balbr.). C'est Baruch b. Moïse 

Méïr ha-Cohen Rapoport, rabbin à Furth de 1711 à 1746 (voir 

Hayyim Michel, Or ha-Hayyim, n° 633) ; 
Behaï, l'auteur connu aussi d'un Commentaire sur le Penta- 

teuque (Balbr. et Westh.), mort en 1291 ; 
David Oppenheim (Is., Boux., Rix.), 1664-1737 (Graetz, X, 3° éd., 

p. 313); 
David Strauss, rabbin à Furth (Balbr., Is., Boux., Rix.), mort à 

l'âge de quatre-vingt-un ans, le 21 mai 1762 (Hsenle, Gesch. 

d. J. im ehemaligen Fûrstenthum. Ansbach, 1867, p. 170) ; 
Eliahou Mizrahi, auteur d'un commentaire sur le commentaire de 

Raschi (Balbr.), mort vers 1525, à Constantinople (Graetz, 

IX, 31) ; 
Eliézer de Worms (Westh.), auteur du Rohéah ; 
Eliézer de Brod (Is., Boux. (Eléazar), Rix.), Eléazar b. Samuel 

Schmelkes de Cracovie, rabbin à Brody et à Amsterdam, mort 

à Safed en 1742 {Or ha-Hayyim, n° 497) ; 
Eliézer b. Hirtz Trêves, rabbin à Francfort-sur-Mein (Balbr.), 

1491-1563 {Or ha-Hayyim, n° 426) ; 
Gerschom de Spire (Rib., Is., Boux., Ma., etc. ; Graetz, V, 405) ; 
Gerson Oulif, rabbin à Metz (Balbr.); il fut d'abord rabbin à Nicols- 
bourg et à Vienne jusqu'en 1670 et mourut à Metz, en 1698 
(Abr. Cahen, Le rabbinat de Metz) ; 
Haggai Hayioch Henoch Lévi, rabbin à Hanau et Lodomir 

(Balbr.), mort en 1691 [Or ha-Hayyim, n° 833, Cem. Da^ 
vid, 56.) ; 

T. XL, N° 80. 1C 



242 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Hananel (Rib.Js., Hag. a., Boux., Bisch., Westh.) (Graetz, VI, 14); 
Hayyim Cebi b. Méïr Berlin, rabbin à Mayence et à Hambourg 

(Boux.). M. Salfeld a bien voulu m'écrire que c'est de 1783 à 

1800 quMl fut rabbin à Mayence (voir Garmoly, Zur Gesch.der 

Rabbiner in Mainz , dans Isr. Schulbibliotheh de Klein, 

1859, p. 160); 
Hirtz Scheuer, rabbin à Mayence (Balbr. et Westh.) de 1800 à 

1810 et de 1814 à 1822 (Lœwenstein, Gesch. der Kurpfalz, 

p. 266, etEckstein, Gesch. der Juden in Bamberg *) ; 
Hoschea Heschel b. Ahron Lebub, rabbin à Sclrwabach (Boux., 

d'une main postérieure), 1749-1770 (Hsenle, Gesch. d. J. in 

Ansbach, p. 124) ; 
Isaac et son épouse Bella de Coblence (Rib., Is.,Boux., Bischh. ; 

voir Jellinek, Màrtyrer-und Memorbuch, 1881, p. 70); 
Isaac de Corbeil (Westh.), mort en 1285 ; 
Isaac de Duren, auteur du Séfer Schaaré Dura (Balbr.), vers 

1334; 
Isaac Abarbanel, l'auteur bien connu (Balbr.) ; 
Isaac Alfasi (Balbr. et Westh.); 
Isaac Itzig Netter, rabbin à Metz (Boux.), contemporain et ami 

de R. Uri Phœbus b. Libermann Cohen de M.etz(Yam Yisa- 

char, 52 a) et élève du Beth ha-Midrasch de Ribeauvillé (Re- 
vue orientale, II, 345) ; 
Isaac b. Abraham, tosafiste (Rib., Is., Boux., Rix., Bischh., 

Westh.) ; 
Isaac Melling de Prague (Balbr.), mort en 1583 (Cém. David, 

p. 53); 
Isaac b. Samuel, tosafiste (Rib., Is., Boux., Rix., Bisch.) ; 
Isaac b. Scheschet (Balbr.), vers 1310-1406 (Graetz, VII, 33) ; 
Israël b. Petahia (Rib., Is., Hag. a"., Boux., Balbr., Rix., Bisch.), 

Israël Isserlein (Graetz, VIII, 220) ; 
Mar Jacob (Rib., Is., Hag. a. etb., Boux., Bols. ; voir Salfeld, 

s. v.); 
Jacob Reischer, rabbin à Metz, auteur du Séfer Hoc Yacob et 

d'autres livres (Balbr., Boux. ; voir Abr. Gahen, op. c.) ; 
Jacob, rabbin de Worms (Balbr.). C'est sans doute Jacob b. 

Hayyim , contemporain de R. Eliézer Trêves (Horowitz , 

Frankfurter Rabbinen, I, fin); 
Jacob Josua de Cracovie, rabbin à Francfort-sur-Mein (Balbr., 

Westh.), mort en 1756 (iïor., III, 5-61) ; 
Jacob ben Ascher, auteur des Arbaa Tourim (Balbr.); 

1 D'après une communication de M. Salfeld. 



LES MÉMORIAUX ALSACIENS 243 

Jacob Polach de Prague (Balbr.), vers 1470-1530 (Graetz, IX, 

3 e éd., p. 56); 
Jacob ben Méir Tarn et ses frères Samuel et Isaac (Rib., Is., 

Hag., Boux., Bisch., Ba., Westh., Rix.); 
Jacob Schamesch, rabbin de la Klaus à Francfort (Balbr.), vers 

1771 (Hor., IV, 34); 
Jacob Samost, rabbin à Francfort (Balbr.), mort avant 1751 (Hor., 

11,64); 
Jacob ha-Cohen (Popers), rabbin à Francfort, auteur du nuî ibd 

np?\ mort en 1740 (Is., Boux., Balbr., Rix.; voir sur lui et sa 

famille D. Maggid, 3 à mnsttJB m^bin iss, p. 273) ; 
Jacob Môlln (Balbr.), rabbin à Mayence et mort en 1427 {Or ha- 

Hayyim, n° 1070), Jacob b. Moïse ha-Lévi (Rib., Is., Boux., 

Rix., Bish.) ; 
Juda, le savant (nattl) (Boux., Is.) bar Eliézer (Rib., Balbr. deux 

fois : 1° viDVï^n nb^ïi *w TKirro, 2° baisrn smn •pmrnz:). 

Juda, Meor ha-Gola (Rix.), l'auteur du Minhat Yehouda 

(voirZunz, Zur Geschichte, p. 90); 
Juda ha-hasid de Paris (Westh.), mort en 1224; 
Juda b. Méir (Balbr.), voir Zunz, ibid., p. 94 ; 
Judab. Simon ha-nasi, rédacteur de la Mischna (Rib., Is., Hag. 

a., Boux., Bisch., Balbr., Rix.) ; 
Juda b. Nahman et Juda b. Simon (TTWin btfwn rmn ■ûtmfTB 

na*tt on^bn ; Balbr.) ; 
Juda b. Nathan (Rib., Is., Hag. a., Boux., Bischh.), gendre de 

Raschi; 
Joël (Westh.), père de iroàn ? 
Jonathan Eibeschûtz (Is., Boux., Rix., Westh.) (Graetz, X, 3 e éd., 

347); 
Joseph (Westh.) d'Orléans? 
Joseph Caro (Balbr., Westh.) ; 

Josua> auteur de tbw rwsrbn (Balbr.), en 1447 (Az., III, 14) ; 
Lévi b. Gerschon (Balbr.) (Graetz, VII, 367); 
Liwa de Prague, rabbin à Posen (Balbr.), 1525-1609 (Graetz, IX, 

3«éd., 461); 
Méir b. Baruch Rothenbourg (Rib., Is. ; Boux., Mu. ; Balbr., Rix., 

Bisch., Westh.) ; 
Méïrb. Juda Fischl, rabbin à Prague (Boux.). C'est sans doute le 

gendre de R. Moïse Ginzburg, rabbin à Prague et mort le 

17 Kislev 1770 selon K. Lieben, Gal-Ed, Prague, 1856, p. 60, 

bien que le nom du père soit Efrayim sur sa pierre tombale. 

(voir aussi Maggid, ââ mnouj» nïrbin, p. 73) ; 



244 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Méïr b. Yoqeb Schiff, rabbin à Fulda (Balbr.) (Lowenstein, l. c, 

et Cém. David, i^v = 1633); 
Méïr de Padoue (Balbr.), mort en 1565 (Azulai, I, 46) ; 
Méïr b. Todros, auteur d'un commentaire sur le Pentateuque 

(Balbr.), c. 1180-1244 (Graetz, VII, 39) ; 
Menahem Recanati (Balbr.), c. 1290 (Az., I, 33) ; 
Mendel Asclikenasi (Is., Boux., Rix.) (Rothschild), rabbin à Bam- 

berg de 1686 à 1*718 et mort à Worms en 1731 (Eckstein, 

Gesch. d. J. im ehemaligen Fùrstbistum Bamberg, p. 167) ; 
Michel Speier, président de la communauté de Francfort-sur- 

Mein (Balbr.), 1629-1692 (Horov., II, 53-56) ; 
MordechaïJaffè, rabbin à Hrodno (Balbr.), vers 1592 (Az., I, 49, 

et II, 11 ; Cém. Dav., mid) ; 
Moïse de Concy (Westh.) ; 
Moïse Isserles (Balbr., Westh.) ; 
Moïse b. Leib Kann, à Francfort-sur-Mein (Balbr.), mort en 1761 

(Horov., III, 60, 89, 93); 
Moïse b. Maïmon (Balbr., Westh.) ; 
Moïse b. Nahman (Balbr., Westh.); 
Moïse Rapp, rabbin à Francfort-sur-Mein (Balbr.), mort en 1762 

(Horov., II, 60, 89, 93); 
Moïse Harif, Brandeis (1733-1767), rabbin à Mayence (Balbr.), 
communication de M. Salfeld (Voir Monatsschrift, XXXVII, 
385); 
Nathan Mas, rabbin à Francfort-sur-Mein (Balbr.), 1769-1771 

(Horov., IV, 5-24); 
Nathan b. Simon Adler, rabbin à Francfort-sur-Mein (Boux.) 

(Horovitz, IV, 38) ; 
Neftali ha-Cohen, rabbin à Francfort-sur-Mein (Balbr.) (Horo- 
vitz, II, 60-79) ; 
Neftali Hirsch b. R. Moïse, Katzenellenbogen, rabbin du Pala- 

tinat et à Mannheim (Boux.) (Lowenstein, L c, p. 322) ; 
Nethayiel Weit, auteur de bawrû }:np (Rix.) (Lowenstein, Netha- 

nel Weil); 
Nissim, auteur d'un commentaire sur Alfasi (Balbr.! ; 
Obadia di Bertinoro (Balbr., Westh.), le commentateur de la 

Mischna, vers 1530 ; 
Péreç (Is., Rib., Boux., Mu., Rix., Bisch.) (Graetz, VII, 131) ; 
Phoebus Cohen (Balbr.), rabbin à Metz, mort en 1806 {Revue, 

XIII, 105) ; 
Phoebus Emrich (Is., Boux., Rix.). Voici ce que dit de lui l'an- 
cien livre de la communauté de Metz, dont j'ai pu prendre 



LES MÉMORIAUX ALSACIENS '• 245 

connaissance avec l'autorisation de M. Sylvain Gaen, pré- 
sident du consistoire israélite de la Lorraine : 

mrtofn ttTTpn nvporm hmna absitom Nbaiïa'n a'îo 

mr»i mba»» baa tobtrai^n éwidi «an r>naa visita 

b'if ^maa* npr apan nmma *ja ©a^a tzibiiaro "immaa 

irais pas Nb aa->bmN aum t—T-tï-î wi Saia maa^â- 

abîmai ï-tbaaai "inoaa irram «b s-ib-bi aaav «amaa 

ï-iairab mina poia> pn aaam aw t=m^ lasta s^b 

ï-ia^iaa ï-ib^b matn iïin t-iuffl à î^ba* lay ab iw Sai 

maaa matn nbsn it ï-maa*bi i-mnb "n^a naana pn 

ï-niaa>a *pan rmïib Hâa amaJîYi ta-o^m ï-rbna 

ï-jbsnrr nnt*b Haa ï-ranap ma^ta ib îtiïti ta^aiiuan 

J-7Kiifi ï-niai 'p'H S-Wi ntan^a "nsDai 'aaai ïnairaaa 

1-1x1*1 s— t^ï-î ab imarmaa* anai ï-raœ tardais» im"i 

r-nn^sm man c'y pn !-imn bu: imnaa ttsaniat-ib 

tobab saba "pa ï-ibnpn '^maa -rnn ">Dmsa t-nbi-të 

riiiartb jnm Nbi aima î-iàa nban ^ai^a tram 

a^aia ï-iaa nnn oans s-rm maris ï-nta '■»&« n«t b^ataa 

ts^a^aa inv ï-in aa^ata nsmai nnaa -na^rn ï-hn jpram 

aava ai* 1 ^ra fca^btaai i-iaa>nm ia^y ns E]a">ata ï-ehb 

maria mm irpï mba noaanb *jnai ma paan 

tarna "nmaa tai^an r?aia marnai ipiab tamaita 

maab t-ina-pn ba* mana raim irj-in nia» bai 

rmtB«n mtaa ian^ Tnn&t riïnr-ïJ s-nat aaa tarnan 

■nwa naba i^na smia laa mwa nipisn Sa 

imaa>a iana laa aaa friavs nnoa ^npnac 

'iai fâ inpns 

aanaa ro ri aai^a Sma naaa mpai âiaa Tjaa 
: psb ipn 

Que Dieu se souvienne de l'excellent et du distingué dans la loi et 
la piété, du saint et du pur, de l'homme pur, grand et abstinent, 
parfait dans toutes les qualités et vertus, R. Meschoullam Phoebus 
ben R. Jacob- Josef Emrich qui, toute sa vie, se tint dans les 
tentes (de la Loi) (Gen., xxv, 27) ; dont la bouche ne cessa pas 
d'apprendre jour et nuit, qui ne se tut ni en secret ni en public, 
et que jamais personne ne trouva inactif, mais qui s'occupa de la 
Loi pour elle-même; pendant toute sa vie il ne dormit pas plus de 
deux heures après minuit, mais il se rendit fort comme un lion pour 
s'adonner à la loi et au culte, c'est-à-dire à la prière de minuit, en 
versant beaucoup de larmes ; il allait de bonne heure à la synagogue, 
matin et soir, pour être un des premiers dix fidèles et il avait l'habi- 
tude d'enseigner un passage de la Mischna, de la Guemara ou des 



2i6 REVUE DES ETUDES JUIVES 

livres moraux à la synagogue après l'office. Il fut juge et enseigna 
pendant plus de quarante ans ; dans sa grande modestie il ne voulait 
pas se servir de la couronne de la Loi, si ce n'est forcé et sur les 
instances des présidents quand il y avait un intérim dans la com- 
munauté. Il prêchait les jours d'assemblée dans la synagogue selon 
la règle, mais il ne voulut jamais prendre pour cela le moindre 
salaire. Il fut président de la communauté beaucoup d'années et 
l'administra avec douceur et dans la crainte de Dieu, et plus de 
quarante ans il se tortura, jeûna des journées entières, s'occupa 
de charité, donna de l'argent pour marier des fiancées pauvres; 
il fut membre de la société Schomrim la-boqer (ceux qui se lèvent et 
qui font leur prière de bon matin) et des Metahare-Methim (Purifi- 
cateurs des morts). A chaque veille de la néoménie de Nisan il pro- 
nonçait un discours tau cimetière) sur les tombes en l'honneur des 
morts. Il ordonna aussi à ses héritiers de donner la première année 
pour lui toutes les aumônes qu'il avait l'habitude de faire de son 
vivant, sauf celles qu'il donnait en secret. Ses fils aussi donnèrent des 
aumônes pour lui, en récompense de cela, etc. — Il mourut avec une 
bonne renommée et fut enterré en grand honneur le premier jour 
(dimanche), 28 Ab 0O6 (1746). 

Pinhas b. Samuel ha-Lêvi Hurwitz de Francfort-sur-Mein (Boux., 

d'une main postérieure), 1771-1805 (Hor., IV, 24-91); 
Salomon et son épouse Rachel à Mayence (Rib., Is., Hag. a., 

Boux., Mu., Balbr., Bisch., Westh.) (Graetz, V, 410) ; 
Salomon b. Isaac (Raschi) (Rib., Is., Hag. a., Boux., Balbr., Rix., 

Westh.) ; 
Salomon Luria, rabbin à Ostrow (Balbr.; Westh. cite encore 

comme son frère ■ntotBK t*ù> pWi), vers 1510-1573 (Graetz, 

IX, 3 e éd. 436); 
Salomon Molcho (Balbr.) (Graetz, IX, 3 e éd., 234); 
Samuel Hayyim Yesaiah, rabbin à Francfort-sur-Mein (Balbr.), 

vers 1692 (Cém. David, I, 56) ; 
Samuel Hilman (Is., Boux., Rix., Westh.), rabbin à Metz (Abr. 

Cahen, l. c); 
Samuel Schoiten, rabbin à Darmstadt et à Francfort-sur-Mein 

(Balbr.), mort en 1703 (Hor., II, 56-60) ; 
Schemtob de Léon, auteur du Se fer ha-Mischqal (Balbr.), mort en 

1293 [Cém. David, 1,48); 
Schimon ha-darschan, auteur du Yalhout (Balbr.); 
Schimon ha-gadol (Rib., Is., Hag. a., Boux., Mu., Balbr., Rix., 

Bisch.) (Graetz, Y, 410 et 549) ; 
Schimschon de Chinon, auteur du rwû nso (Balbr.), vers 1300- 

1350 (Graetz, VII, 353); 
Schimschon bar Çadoq, auteur du "pan idd (Balbr.), vers 1300 ; 



LES MÉMORIAUX ALSACIENS 247 

Susslïind, rabbin à Hrodno et à Lublin (Balbr.) ; il vivait encore en 
1692 (Cém. David, I, 56) ; son vrai nom est Mordochaï Suss- 
kind b. Moïse Rothenbourg (Monatss., XIV, 121); 

Tebele b. Michel Scheuer, rabbin à Mayence (Balbr.), 1768-1782 
(communication de M. Salfeld) ; 

Tebele b. Salomon Cohen Schiff de Francfort, rabbin à Londres 
(Balbr.) (Hor., IV, 18, et Lœwenstein, Kurpf., 153 note); 

Tiah Weil, rabbin à Garlsruhe (Balbr., Yedidiah b. Nethanel, 
Rix.) (Lôwenstein, Neth. Weil); 

Yeheskel Landau ha-Lévi (Boux., Rix.), rabbin à Prague (1714- 
1797; Graetz, X, 3* éd., p. 370) ; 

Yorntob b. Abraham, auteur du ro Vrnto et du «iù'nii nso 
(Balbr.), 1310-1350 (Graetz, VII, 352) ; 

Yorntob Lipmann Relier (Westh.), 1579-1654 (Graetz, X, 3 e éd., 
39); 

Yoqeb Schiff, rabbin à Francfort-sur-Mein (Balbr.) (Voir Lôwen- 
stein, Gesch. d. J. in der Kurpfalz, p. 153, note) ; 

Zewi Hirsch Auerbach, rabbin à Worms (Boux.), mort en 1778 
Memorbuch de Worms, éd. Berliner, p. 50) ; 

Zewi Hirsch b. Haggai Hanoch Lévi, rabbin à Heidelberg et à 
Schwabach (Balbr.), mort en 1678 (Kaufmann, Die letzte 
Verlreibung derJuden aus Wien, 196 ss.). 
J'ai trouvé, en outre, les noms suivants que je n'ai pas pu iden- 
tifier : R. Eliézer (Westh.), Rabbénou Efrayim (Westh.) de Bonn?, 

R. Hillel (Is., Boux., Rix.) de Metz? Isaac b. Abraham ha-Lévi 

(Westh.), Moïse (Rix. et Westh.), Salomon (Rix. et Westh., deux 

fois). 

M. GlNSBURGER. 

(A suivre.) 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES EXÉGÉTIQUES 



ISAIE, XXX, 21. 

A première vue, les mots nfcrib '-prra *w Wttran -pt**! sem- 
blent offrir un sens clair, mais quand on les examine de près, on 
remarque qu'ils présentent une difficulté insoluble. Pourquoi la 
parole qui indique le chemin (ia nab yrm fiï) vient-elle de der- 
rière? Après que le prophète a dit immédiatement avant : « Tes 
yeux verront tes maîtres », c'est-à-dire tu auras devant toi ceux 
qui te montrent le chemin, on ne comprend plus pourquoi la voix 
qui appelle l'attention sur ce chemin résonne derrière. Raschi 
et Kimhi y voient une sorte de gradation : « Même si l'appel 
éclate derrière toi, tu l'entendras, tellement sera grande l'at- 
tention que tu prêteras aux paroles de tes guides. » Ibn P2zra 
donne une explication analogue : ^nriawi *psb ^Tito ïiann "pr^a 
a^rpaittïTi trwnsti iw Jtttan. Dillmann dit : « Tu prêteras une 
oreille bienveillante à chaque indication qu'il te donne quand, 
semblable au paysan qui marche derrière le bœuf de labour, il 
crie derrière toi : Voici le chemin. » Aucune de ces explications 
ne me paraît satisfaisante. Outre la difficulté du sens, il y a en- 
core là une difficulté de syntaxe, car, pour comprendre ^nriÉtta, il 
faut supposer une ellipse assez forte ; il faut ajouter, en effet, 
après -m, un verbe qui régit ^nnatt: Oar* ou ynwin). Le 
manque de l'article dans nm (au lieu de *\Tfn) ne s'explique pas 
non plus. 

Grâce à une légère correction, en remplaçant le n par un îa, je 
crois pouvoir rendre à ce verset sa forme primitive et lui donner 
un sens clair. Il faudrait donc lire ainsi : ïp^tJWp in*! ïwîattn "pwi 
"Wfc6. Ce serait alors la suite logique de ce qui précède : *p^ rtn 



NOTES ET MÉLANGES 249 

T'Titt na marn. Le sens serait ainsi : « Tes yeux verront tes 
maîtres, tes oreilles entendront la parole de ceux qui te montrent 
le chemin. » Cette correction me paraît d'autant plus justifiée 
qu'elle donne un mot propre au prophète Isaïe et exclusivement 
employé par lui : tPTO&o, dans Isaïe, ni, 12; ix, 15. Ce terme 
peut être considéré comme un parfait synonyme de ^pTito, puisque 
ce dernier mot comprend aussi l'idée d' « indiquer un chemin ». 
Je ferai encore remarquer que Graetz aussi dans ses Emenda- 
iiones, ad L, a modifié le mot ^pnaiï et a proposé de lire ^\nn t 

W. Bâcher. 

Budapest, mai 1900, 



I. DlTTOGRAPHlES VERTICALES 1 . 

Dans la phrase *nen ba&r» Wta ba -noam (Lév., vu, 19) le mot 
nioafn est tout à fait superflu. Il provient sans aucun doute du 
premier niaam, qui se trouve au commencement du verset, à une 
ligne de distance. 

La particule td sépare, d'une manière étrange, dans I Sam., xn, 
21, le verbe mon nVi de son complément naturel "innïi "nna. On 
se l'explique en regardant la ligne précédente, où il y a mon btf 
'n "nrifctta (v. 20). Il nous paraît vraisemblable qu'un copiste avait 
écrit par mégarde, au verset 21, innîi ^fiaft, ce qui produisait une 
sorte de blasphème, et qu'on a corrigé le mêm en *a, au lieu de le 
supprimer. Graetz, dans ses Emendaliones, dit aussi que "O est 
une dittographie, mais il n'en indique pas l'origine. 

Au lieu de ^b» Dana *ptfi (Haggay, n, 17), on attendrait plutôt, 
•*b» un» "pan. Le mot aana se trouve une ligne au-dessus. 

Enfin, dans Daniel, xi, 41, au lieu de "ibtta^ mai"), il faut évi- 
demment "ibiaa^ a^an ; juste au-dessus se trouve mai (rma). 

IL I Rois, xi, 25. 

Parmi les difficultés si nombreuses de ce chapitre on peut 
compter le mot binura yp^i « il se dégoûta », qui ne se comprend 
guère, en s'appliquant à un roi étranger qui attaque Israël. Ce 
verbe serait tout au plus admissible si ce roi avait été molesté 
par les Israélites, ce qui n'est pas le cas. Nous proposons de 

1 Voir Revue, t. XXXIX, p. 303. 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ponctuer pgn « Il entama les frontières d'Israël », comme mttpb 
dans II, Rois, x, 32. Il est possible aussi que ce môme verbe se 
retrouve dans rtsarpsi (Is., vu, 6), qui serait à corriger en ïmpai. 
Seulement, dans cet exemple le verbe a un complément direct, 
au lieu de régir la préposition a. 



III. I Rois, xvi, 31. 

Le M interrogatif de bp3!i W est inadmissible. Aussi des mo- 
dernes (v. Konig, Syntax, § 309 &) croient-ils devoir lire VjSrt. 
Mais l'article n'est pas non plus satisfaisant, car bps est l'attribut 
de Wi. Nous risquerons une autre explication de ce il. Dans ce 
chapitre les verbes 3"b conservent souvent le ïi avec le vav con- 
versif : ïtb^n (v. 17), rwn (v. 25). Peut-être, au lieu de tn, y 
avait-il fTW. La forme wi ayant partout supplanté ST^m, le în 
aura été rattaché au mot suivant. 



IV. II Rois, vi, 11. 

Le néo-hébraïsme inbOT est surprenant dans ce morceau. Nous 
croyons qu'il faut y voir une de ces altérations dont le texte 
hébreu de Ben Sira nous offre tant d'exemples. Au lieu de "tibuitt 
le texte primitif avait sans doute ïïbsttj que nous rencontrons, 
précédé de va, dans ix, 5. 

V. La racine ©a*i. 

Le sens des mots doit être déterminé par le contexte des pas- 
sages où on les rencontre plutôt que par des comparaisons ou des 
étymologies hypothétiques. C'est ce que les dictionnaires et les 
traductions modernes paraissent avoir oublié pour la racine Wi, 
qu'ils expliquent par « frémir », en se référant à l'araméen et à 
l'arabe et en comparant m, voire même iD*n. Les trois endroits 
où îwi se trouve n'exigent nullement cette interprétation. Le 
substantif lasn dansPs., lv, 15, est en parallélisme avec yid, « inti- 
mité »; il est donc naturel de traduire tarro^briï « nous marchions 
en accord ». La Septante porte, en effet, lv opvoia. Dans lxiv, 14, 
mom est encore en parallélisme avec TO; il faut donc là aussi 
l'expliquer par accord, plan concerté. Enfin, le verbe Wi se 
trouve dans Ps., n, 1. La seconde partie du verset contient le 
verbe fttïl « méditer », et le second verset, qui reproduit la même 



NOTES ET MELANGES 251 

idée que le premier, présente les verbes a^hîr, et noiîi qui sert 
de b^Di à TiO. Tout le contexte indique donc le sens de « se con- 
certer ». On peut y joindre le verbe uj^ïi dans l'araméen de Daniel 
(vi,8, 12, 16), où l'acception de « se précipiter » n'est nullement in- 
diquée et où, au contraire, l'idée de « se concerter, se réunir », est 
très admissible. Il est à remarquer que d'anciens lexicographes et 
exégètes, Menahem, Ibn Djanah, Raschi ont interprété Wi de 
cette façon. Il faut donc s'en tenir à ce sens, quelle que soit la 
signification de W» dans le Targoum. 

Mayer Lambert. 



DEUX MOTS SUR LE TRAVAIL DE LA CREATION 

ET SUR IA MÈRE DE RÉBECGA. 

M. Mayer Lambert, dont l'exégèse sûre a conquis tous les suf- 
frages depuis plusieurs années, me permettra de lui soumettre 
quelques doutes au sujet de deux corrections qu'il voudrait intro- 
duire dans la Genèse. 

M. Lambert dit, dans le dernier numéro de la Revue (t. XL, 
p, 81), que la fameuse expression de la Genèse trnba sra ton 
mwb pourrait bien n'être qu'une mauvaise lecture pour ian TOK 
'yh trïiba, le 1 étant sujet à se confondre avec le *i et l'N s'étant dé- 
doublé, comme cela arrive fréquemment dans les mss. « L'ex- 
pression hiwb W, ajoute-t-il, se retrouve Ex., xxxir, 14, et 
ailleurs. » 

Il n'est pas malaisé de prouver que, dans les rares occasions où 
elle se rencontre, elle exprime nettement une intention qui n'a 
pas encore été mise à exécution ; en regard des trois fois où, au- 
tant que je sache, elle nous apparaît, je mettrai la formule mon 
'*b et Ton verra qu'elles ont absolument la même valeur : 

Ex., xxxn, 14. Après avoir entendu la prière de Moïse, qui le 
supplie de ne pas anéantir le peuple comme il en a manifesté l'in- 
tention dans sa colère, Dieu se décidée ne pas agir. 

1522b rro*b *Dl ton irwti by 'n anri 

Ez., vi, 10. Le sombre tableau de la désolation que présenteront 
les monts et les collines d'Israël se termine sur ces mots : 
riNîtt ir-iann dïib mwb "<nn:n ù3n bx Nb 'm -3N -o wn 



252 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Jonas, ni, 10. La destruction de Ninive ajournée, 

tos> fctbi ûîib vrmyb nm tûk s-ianft b* trïibKh d^i 

Il est question dans ces trois cas d'une prophétie (nan) commu- 
niquée aux hommes par l'intermédiaire d'un serviteur de Dieu ; 
mais l'action est distincte de la parole, et la parole elle-même sert 
à faire savoir sur terre les desseins du ciel. 

Jérémie, dans sa modestie, ne veut pas rappeler qu'il a été le 
héraut de l'Être suprême, et par trois fois il emploie un tour de 
phrase qui indique seulement la décision divine : 

xvm, 8 : ib i-rni53>b Tin^n ^m wfri bv viiorm 

xxvi, 3 : ûinb ï-nu^b nran ^a im nantt ba viîanai. 

xxxvi, 3 : n^n ^a ^iûk ï-rnst bs na lYTtrr ira i:wi ^bna 
dïib r-nwb. 

Or, au seuil de la Genèse, il s'agit de l'accomplissement des des- 
seins de la Providence, sans qu'elle en ait instruit les hommes ; par 
conséquent, ta n ta i ne saurait s'appliquer à ce cas 1 , — je maintiens, 
en effet, que dans toute la Bible il apparaît là où il y a conversa- 
tion entre Dieu et les hommes, que la chose soit désignée gramma- 
ticalement ou logiquement. 

On dit que miûyb ma est un pléonasme ; je ne le pense pas. 
Quelle que soit l'origine, quel qu'ait été le mode de composition du 
récit de la création, il a passé là-dessus un souffle de poésie, et la 
propriété des termes y est incontestablement respectée. Dans le 
premier chapitre de la Genèse ana est employé en trois endroits, 
et ma* en sept. 

Au verset 1, ana marque la création des cieux et de la terre 
comme le fondement et l'ensemble de l'univers ; au v. 21, il dé- 
signe l'apparition de la vie; au v. 27, il souligne trois fois la for- 
mation de l'homme et la séparation des sexes. 

Au v. 7, ïrûy est appliqué à la constitution du firmament, indé- 
pendamment de la création des cieux; 

Aux v. 11 et 12, il s'entend des arbres qui donnent des fruits ; 

Au v. 16, Dieu façonne les grands luminaires et les étoiles ; 

Au v. 25, Dieu passe à la formation des animaux supérieurs 
après la procréation de la vie ; 

Au v. 26, Dieu se résout à produire l'homme, — mais quand il 
procède à cette œuvre, il se met à créer ', comme nous l'avons vu 
plus haut; 

1 D'uilleurs, le verbe "ni n'étant jamais employé dans ce récit, le texte aurait 
porté miZ53>b n?3N- {Note de M. hr. Lrvi.) 



NOTES ET MELANGES 253 

Au v. 31, il s'agit de l'ensemble de ce qui a été fait. 

Au commencement du chap. h, il est parlé à deux reprises de 
l'ouvrage fait par Dieu ; mais quand il est question de résumer et de 
clore, le narrateur reprend tout l'ensemble de l'univers que Dieu a 
créé pour faire, pour former, pour façonner. Il a créé la matière 
inerte, grossière ou subtile ; il a créé ensuite la vie ; enfin il a créé 
l'âme, — et à chacune de ces créations il a donné des formes 
variées. 

Je crois que cet état de choses est on ne peut plus clair. 

Je ne pense pas non plus qu'il y ait lieu de rien changer au ré- 
cit des transactions d'Eliézer avec la famille de Rébecca ; la ma- 
nière dont la jeune femme est introduite dans la tente de Sara, 
morte à ce moment, l'histoire des mandragores, les troubles dans 
la famille de Gédéon, la déclaration des frères de Jephté, l'allocu- 
tion de Noémi à ses brus, l'épisode final du Cantique des Cantiques, 
sans compter la biographie de Sara, — tout concourt à démontrer 
l'autorité de la mère et le lien étroit que sa personnne créait entre 
les enfants du même lit, aussi bien que le rôle souvent passif 
du père ou du mari dans des questions qui se rattachent à la vie 
intime de famille et ont un rapport immédiat avec l'héritage. Agar, 
Bilha et Zilpa sont là pour rendre témoignage de la force morale 
attachée à la tente de l'épouse (bna et Par. 'ahl) et des intérêts 
matériels dont elle était le symbole. On ne saurait tirer aucune 
preuve du silence qui s'est fait autour de la mère de Ra- 
chel et de Léa ; elle n'existe pas du tout dans le récit biblique, 
on est en droit d'en inférer qu'elle n'était plus de ce monde quand 
ses filles furent promises. — Voilà tout. 

David de Gunzbourg. 



NOTES SUR LES NOUVEAUX FRAGMENTS DE BEN SIRA 1 



I. 

xxxvi, 24&. Pour \wn Twssn -ittntt tj, cf. Jérémie, I, 18 : 
bra twi T*n£ *?>*. Le substantif pMîtt se trouve aussi dans Ben 
Sira, ni, 31. 

xxxvn, 10. *pfcn, formant parallélisme avec twptt, ne peut être 

* Voir Revue, XL, p. 3-4. 



254 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pris que comme un aramaïsme, dans le sens du mot biblique 
■WÔ (Psaumes, xcn, 12) et nniïâ (ib., v, 9, et passim). Le verbe 
^n est déjà un des mots caractéristiques des Targoumim palesti- 
niens (au lieu de "un dans les T. babyloniens) et le participe -»»ri 
avait peut-être en Palestine, du temps de Ben Sira, la significa- 
tion de « envieux ». La traduction de G. : Û7copXs7coji.évou ce est 
donc exacte. Le latin dit : socero tuo; mais Ben Sira ne songeait 
certainement pas à un beau-père. D'ailleurs, dans la Bible, ce mot 
désigne exclusivement le beau-père de la femme, et il commence 
seulement dans la Mischna à désigner aussi le beau -père du 
mari. 

xxxvn, 11 &. Les leçons -oibfci et nitti proviennent toutes 
deux d'une leçon primitive *p* imbtti (voir Prov., xvi, 32). Dans 
une leçon, on a omis le mot Ttf ; dans l'autre, on a employé une 
abréviation, où la dernière lettre de chaque mot (1 et *i) remplace 
les mots mêmes. On a donc ttet = w teibôî. 

xxxvn, 11 f. *nm mu ne peut pas être un synonyme de ma 
■p*. Selon moi, cette expression est le contraire des mots de 
l'Ecclésiaste, xi, 10 : 'piarwa ïrn Wïn. Donc *ni5a ma 1 signifie 
« le bien-être, la satisfaction du corps », point sur lequel on ne 
doit pas demander conseil à l'homme cruel. Cf. Prov., xi, 17 : 
•nrea TWD *"D3n (*raiD = rum). La première moitié de ce verset 
des Proverbes (non izra TOsa b*n:*) paraît avoir inspiré à Ben Sira 
l'hémistiche précédent : "ion mV»»a b* an tra û*. 

xxxvii, 14. vrmnD peut être dérivé de ?T3MB « regarder ». 
Ce sens convient parfaitement pour le second hémistiche; il si- 
gnifie : le cœur de l'homme annonce ce qu'il a vu (ou ce qu'il a 
épié) mieux que sept sentinelles sur la pointe du rocher. G. a lu 
vmji» et compris : à ses moments, ses heures, c'est-à-dire à cer- 
tains moments. De là sa traduction : IvtW. 

xxxvii, 17. Le premier hémistiche ne peut pas être tra- 
duit : « Le tronc des pensées, c'est le cœur », mais « le tronc des 
pensées du. cœur ». mbnann est à l'état construit. 

Ibid. trJWio, qui est la leçon incorrecte de ira-aTO, est le pluriel 
de ton), de Genèse, xlviii, 22, mot que le Targoum traduit par 
pbnn et la Vulgate par partent. C'est ainsi que l'a aussi compris 
G. : fiip-iq. 

xxxvii, 20. Pour l'association des mots :na*n tefitta, cf. b^Ntt 
man dans Job, xxxiii, 20. 

xxxvii, 23. G. a lu kot. 

1 Cf. également Ecclésiaste, n, 3 : mt3 W ""N . • ."Hffia nfit... 



NOTES ET MELANGES 255 

xxxvn, 30. La leçon de G. est peut-être y®^ = sop» « on 
acquiert ». 
vi, 23 (p. 29). A a manifestement tru» après ù!-6 nid, comme S. 

Budapest, 9 mai 1900. 

W. Bâcher. 



IL 



On me permettra de répondre sur-le-champ à quelques-unes 
des remarques de mon savant ami M. Bâcher. 

xxxvn, 11. Sans le savoir, M. B. a repris une hypothèse 
d'Edersheim, qui expliquait par ce verbe araméen la traduction 
de G. et la leçon de L. « socero tuo ». Cette conjecture, M. Ryssel, 
avec raison à notre avis, la repoussait en invoquant l'usage cons- 
tant de la racine araméenne, qui jamais n'est prise dans un sens 
défavorable, ou détournée de sa signification primitive. C'est pré- 
cisément parce que je jugeais fondée la réfutation de M. Ryssel, 
que je n'ai pas cru nécessaire de la reprendre. L'hypothèse de 
M. B. suppose d'abord qu'au temps de Ben Sira on avait emprunté 
à l'araméen le verbe Hïïn : l re conjecture, que n'appuie aucun 
autre exemple. Puis, ce verbe aurait pris une acception défavo- 
rable qu'il n'a pas en araméen, par une sorte d'analogie avec la 
racine *rra>, 2 e conjecture, que ne corroborent même pas les LXX, 
qui traduisent toujours le participe formé de ce verbe par ennemi. 
C'est, à mon avis, trop de suppositions gratuites. Quel était l'ori- 
ginal? Ce n'est pas le grec qui nous l'apprendra, car malheureu- 
sement ici il se sert d'un mot composé, u7ro-pX£7ca> ; or rien ne 
nous permet de savoir si l'hébreu correspondait uniquement à 
l'un ou à l'autre composants, ou aux deux en même temps. Il est 
inutile de citer, à ce propos, les nombreux exemples où G. s'est 
servi d'un de ces trois modes de traduction. — M. B. croit trop 
que l'original portait sûrement '■pan, en quoi il a été peut-être 
trompé par l'éditeur de ce chapitre, M. G. Margoliouth. Le ms., 
qui est malheureusement tronqué en ce verset, a cependant con- 
servé les signes superiinéaires ; or, à l'endroit où devait être le 
pendant de *pttn du ms. de Paris, il y a le signe de renvoi ordi- 
naire : il n'y avait donc certainement pas ^n, et c'est préci- 
sément la variante de notre ms. que devait noter le glossateur. 
La leçon du texte était vraisemblablement ^pap. — Pour ce qui est 
de twi, leçon fautive à mon avis, et que saint Jérôme a rendu 



256 REVUE DES ETUDES JUIVES 

par « ton beau-père », M. B. —je suis heureux de le constater — 
est d'accord avec moi, que Ben Sira n'aurait pu l'employer pour 
^dire « beau-père », attendu que dans la Bible ce mot hébreu dé- 
signe seulement le beau-père de la femme. 

Ibid., 11 b. L'examen du ms. aurait évité à mon savant confrère 
la supposition qu'il fait sur "Hfcn : il y a, en réalité, Tittn ; impos- 
sible de voir la moindre différence entre les deux dernières lettres. 

Ibid., 11/. Pourquoi *rcn nrj ne peut signifier « attendris- 
sement, bienveillance, charité », c'est ce que je ne vois pas. Par 
contre, je vois que très souvent *rcn est employé par l'auteur 
pour allonger la phrase ou remplacer iôbs ; j'ai donc le droit 
d'en conclure que Iran ma est l'équivalent de nrj ou de u>d:j t® 
« bonté ». 

Ibid., 14. L'hypothèse est très ingénieuse ; elle rappelle celle de 
M. D.-H. Mùller, qui explique inantanb, xxxix, 20, par l'abstrait 
in^ujn formé de la racine rOT « regarder ». Seulement les deux 
hypothèses s'excluent l'une l'autre. G. ne peut être invoqué à 
l'appui de cette explication, car, premièrement, le mot heure n'est 
pas pris d'ordinaire dans le sens de fois, et, en second lieu, il res- 
terait à expliquer eitoôev, qui ne correspondrait à rien en hébreu. 

Ibid., 17. Pourquoi mb'nnn est-il à l'état construit, je ne le dé- 
couvre pas non plus. L'auteur me paraît reprendre ici la pensée 
des Proverbes, iv, 23 : le cœur est la source de la vie. 

Ibid. J'ai cru inutile de répéter que tploiï® signifie « parts », 
M. G. Margoliouth l'ayant déjà dit. A ce propos, j'ajouterai que la 
glose du ms. du British Muséum est bien d^mu:, et non *TOUi 
û^d, lecture que M. G. Margoliouth n'avait hasardée que sous 
toutes réserves. 

Ibid., 23. M. B., en disant que G. a lu asm « espère », pense 
sans doute à l'énigmatique tzkjtoI de G. Mais, outre que le mot 
grec n'a pas ce "sens, il ne correspond pas à tom de a, puisqu'il 
est à la fin de b, mais à dm:a « leur corps ». 

vi, 23. Ici M. B. a pleinement raison : pour n'avoir pas im- 
primé en regard l'un de l'autre les textes A et D, j'ai oublié qu'en 
A le mot d"rç» est écrit en toutes lettres. 



III. 

Les corrections ou additions au texte publié par M. G. Margo- 
liouth qui viennent d'être signalées ne sont pas les seules qu'il y 
a lieu de faire. Nous croyons utile de dire le résultat de notre 
examen du ms. du British Muséum. Nous relèverons ailleurs les 



NOTES ET MELANGES 257 

quelques corrections que nous croyons devoir apporter à la lecture 
des mss. A et B de MM.. Schechter et Elkan Adler. Nous dirons 
seulement que la conjecture que nous avons émise (Revue, 
XXXVII, p. 216) au sujet de la lacune de L, 9 6 (b*a») doit être 
écartée, le restant des traits ne se prêtant pas à la reconstruction 
de ce mot. 

xxxi, 13 d (B). Lire la glose : *vn, comme à la marge de droite, et 

non r>an. 
76., c (A). Il y a bien ba en ligature, comme je l'avais deviné 

{Revue, XXXIX, 178, note 5), et non b. 
lb.y 15. A la marge on lit, non pas seulement % mais, b3n,et comme 

Ta remarqué M. G. M., cette glose est écrite avec une 

encre très récente (qu'on ne retrouve plus dans le reste 

du ms.). 
76., 17. Il y a sûrement noitt ma*a \yû$r\ Vin. 
76., 18. daest lisible. 
76., 27 d. rrrçj&nfc ama, et non rprc&na. 
76., 27 f. Il y a bien : wi. wa ïiniz» ï". 
76., 31. Lire : yî [tpnn] b~â ynft nrnDjaa. 

xxxvi, 19. Lire la marge : -dï v^vn "pas im îaï s»*ûa fma ^n. 
76., 21. Au lieu [n]a3 ba, qui est étrange, il y a ^au ba, qui n'a pas 

de sens. 
76., 24. Le signe de renvoi et la glose !TOp sont d'une tout autre 

main que les gloses ordinaires. 
76., 26 c. A la marge : ib ■pK to. 
xxxvii, 3. A la marge lire n»»^]. Dans le texte, il y avait tout 

probablement T»'n, leçon fautive corrigée par la marge; 

•yrnxv est presque certain. A la fin, lire rvwn, et non m»nn. 
76., 4. Chose curieuse, il n'y a pas a^352, mais ans», lapsus tout à 

fait semblable à celui du ms. de Paris. 
76., 5 6. Dans la glose marginale la plus éloignée du texte, lire 

En-p toi. 
76., 8c. Nin [ûa "Oj. 
76., 9. Lire, 'p-n ânââ™^ hiïîo]. 
76., 10. Signe de renvoi au-dessus de la ligne, et restant de glose 

à la marge (voir plus haut). 
76., 11 d. Glose : iyn b mpfcn. 
76., 11 h. Glose : sht tos rj|)]tD Taïa. 
76., 17 6. Glose : û^an©. 
76., 24. îïmËS'H awn 2[au^ ittlsob aan. 

Israël Lévi. 



T. XL, n° 80. 17 



258 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



UNE CITATION MÉCONNUE DANS D**1D TÙB& 



Le Texte (c'est là l'équivalent exact de naott) des Scribes a 
exercé la sagacité de plusieurs rabbins; le dernier en date a été 
M. Joël Mùller, qui Ta publié, avec des remarques en allemand, à 
Leipzig, il y a vingt-deux ans. Son travail est intéressant et bien 
fait ; cependant il n'a pas réussi à rejeter dans l'ombre l'ouvrage 
de Jacques Naumbourg (apy* nbro), ni même les élucubrations 
d'Azoulaï (v. surtout son ûrom Koa) ; il y aurait bien des choses à 
redire au système qu'a suivi M. J. Mùller en prenant pour base de 
son texte le ms. Halberstam , qui offre souvent une version re- 
maniée et des gloses relativement tardives; on pourrait aussi 
glaner après lui suffisamment pour donner un commentaire ori- 
ginal au public studieux; je ne veux aujourd'hui que suggérer un 
petit nombre d'idées à ce sujet, sans prétendre le moins du monde 
m'ériger en juge de la vaste érudition et de la N solide science de 
M. J. Mùller, qui a bien mérité des lettres juives. 

A la p. 29, il est parlé des espaces et des alinéas dans le Penta- 
teuque ; il y est observé : « Tout aussi caractéristique est la consi- 
dération, qui table en réalité sur l'Aggada en vertu de laquelle, 
dans Genèse, xlix, les bénédictions de Jacob qui s'adressent aux 
enfants des servantes forment des paragraphes fermés (avec un o), 
tandis que celles qui s'adressent aux fils de Rachel et de Léa se 
trouvent dans des paragraphes ouverts. » Or, on sait que les 
espaces et les alinéas ne sont pas distribués ainsi dans la bénédic- 
tion de Jacob ; il serait plus conforme à la vérité de dire que les 
enfants de Léa ont reçu le privilège de l'alinéa, et que des Raché- 
lides Benjamin seul a été admis à cet honneur à cause de ses rela- 
tions intimes avec Juda et en vertu de la possession du territoire 
de Jérusalem. Il aurait fallu ajouter qu'à la fin du Deutéronome 
la tribu de Lévi est seule mise en vedette dans un but sacerdotal 
avéré. 

A la p. 40, 1. 1, il est dit : « N. Romi lit dans Meguilla, Le. : Meg. 
Km»» mb "rai ans^TNa imb «rnai. » Je crois que l'auteur aura 
compulsé trop hâtivement ses propres notes ; car, en disant Meg., 
L c, il se réfère au f. 19 b, cité p. 39, — or, «nsnoa (ou Nnsnaa) 
se trouve au f. 25 a. Quant à YArucfi, il a parfaitement ïib "inai 
«niMN sous le vocable n» ; sous qnN il n'y a rien qui ait spécia- 
lement trait à notre expression proverbiale, sauf un renvoi à la 
lettre a ; enfin dans l'article ana nous lisons ananas rra ï^roa, 



NOTES ET MÉLANGES 259 

qui se rapporte au deuxième passage de Megilla. Je suppose que 
Nns^tto aura été un lapsus calami, puisqu'il n'existe qu'une mé- 
tathèse annstf, qui a, du reste, une tout autre signification (voir 
B. K., 47 &, et B. £., 20 a y avec l'explication de Raschi). 

A la p. 51 note 19, le mot ïwjs n'a pas été éclairé comme il 
conviendrait; sur ses rapports avec l'arabe et sa signification mu- 
sicale v. mes Principes de versification arabe dans les Mémoires 
(russes) de la Section Or. de la Société Archéol. Imp. de Saint- 
Pétersbourg, X, 1897, p. 57-58 (191-192 du tir. à part). 

A la p. 68, note 33, on ne sait que faire de vn» ba (ch. iv, 
hal. 9); on cite la version infcib» des mss., qui est incompatible 
avec le contexte ; on montre que Geiger a proposé vib» bab de 
Job (xxiv, 25), ce qui est une correction purement gratuite; on 
ajoute que Naumbourg et Azoulaï ont songé à mm btf des Prov. 
(n, 18). Naumbourg dit en effet : mb D*tt ab *»3 !rmtoi plus ï-ït *pK 
Wfa mn b» Tinm ^ 'a ^bra^a ktîti irma mn ba n»ib ynzi Vai 
am bim Vttûa vcsrù Azoulaï se contente d'un simple b"sa. Tout 
cela n'est pas concluant. Si nous passons à la page suivante, 
p. 69, note 37, nous lisons : « Schapira, Azoulaï et Naumbourg 
lisent a^n "irw. Ce dernier suppose avec raison qu'un copiste a 
mis a^n ^na pour a^n 'ai. Nagar avait a^n i^a dans le texte. » 
Puis viennent des citations (Sanh., 85 &, et Tor. Kohanim, Ke- 
doschim, 3) au sujet des malédictions, et enfin les leçons des mss. 
Je remarque en passant que Naumbourg a, avec raison, suggéré 
qu'il y avait eu d'abord n"8 (et non a^n 'a) ; Azoulaï ne fait que 
suivre son sentiment : apan nbna anii tvxn p Vira. Pour bien com- 
prendre ce passage et celui qui nous a intrigués tout à l'heure, 
nous n'avons qu'à méditer ces mots d 'Azoulaï : vitttftf) Tin ^sV) 
"pfcttib ûTptt "pan *"ttb bbp"> abi arj "Wj *nntt a-'baip^ïi. La halakha 
a été rédigée en Palestine sous le régime byzantin avant la con- 
quête musulmane, et l'on a mis ûtie à côté de D^na pour désigner 
le Christ sans le nommer. Ceci nous donne la clef de l'énigme 
qu'offre vntt btf ; par suite d'une association d'idées facile à com- 
prendre maintenant, on a prudemment remplacé bS Ta TOnai 
ma (Ez., xxxi, 11), qui est certainement bin, par ^mn ba, où les 
voyelles rappellent le ^p (?-i-), et où les consonnes complètent 
l'image qui sert de paraphrase ; on a ici la contre-partie du tétra- 
gramme. 

David de Gunzbourg. 



260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



LE SÉFER HAGGALOUY 

Lorsque j'ai publié dans le dernier numéro de la Revue (p. 84), 
le fragment judéo-arabe que je supposais appartenir au Se fer 
Haggalouy de Saadia, les pages 186 et suivantes du tome V des 
Studien und Miltheilungen de M. Harkavy m'avaient complète- 
ment échappé, bien que j'eusse le livre sous les yeux. A cet endroit 
M. Harkavy a donné un fragment qu'il a aussi jugé provenir du 
Séfer Haggalouy et dont le commencement est identique avec la 
fin du morceau que j'ai reproduit. Les deux textes que je dési- 
gnerai par A (Harkavy) et B (le mien) peuvent se contrôler pour 
la partie commune. Au lieu de awnoa (A), il faut risnoa- Peut-être 
doit-on lire b^nti pour Via», ce qui cadre mieux avec ttnEN"D, 
leçon préférable à fin»NTi(B). Il faut corriger ïijws (B) en r;r>È«£ ; 
de même "îabiian en ^briNi, et nî-iKa* serait le sujet de ce verbe et 
pourrait signifier leur service, car la troisième forme de ">a? a ce 
sens. — tmbKîtf (A) est la bonne leçon au lieu de mbanN (B). — 
•prûT (A) est à corriger en "pnnrn (B); de même anba en nba, nw 
en frup. La variante Satan (B) au lieu de aarana n'a pas d'impor- 
tance. 

Dans la ligne 7 du recto du deuxième fragment, n»K est proba- 
blement un participe et non un substantif comme nous l'avions 
cru; le sens de la phrase : •pw *p* rjbbàïfcO *im fcôi -vra «bs serait 
« Et pour toi, ce n'est pas Dieu qui donne la vie et qui commande. » 
Nous proposons de traduire : tans o&ttb» -îeniiîa nn»&na bia^ \x 
ï-ibba î^pn yn r-nb«ï« tarn^a* i-ron ^bn&n w»aoat nos» 
« Il profane son honneur en employant les pires des hommes; 
car ils ont gâté ses travaux et leur service a ruiné sa pensée ; ils 
l'ont arraché à la crainte de Dieu. » 

Nous avons aussi oublié d'indiquer que le paragraphe îrba *ba 
n'est que la reproduction de Ps., lv, 10-12, mais traduit au- 
trement que dans la version même de Saadia. Le paragraphe 
uaanart pourrait représenter les versets Ps., lix, 12 et suivants. 

D'après une communication de M. Israël Lévi, M. Elkan Adlera 
trouve dans des feuillets provenant de la Gueniza du Caire qui 
sont en sa possession un catalogue d'anciens livres, parmi lesquels 
ligure un ■nbairi -o n^osn « Commentaire du S. Haggalouy». Ce 
titre s'appliquerait fort bien aux fragments que M. Harkavy et 



moi avons publiés. 



Mayer Lambert. 



NOTES ET MÉLANGES 261 

LA LETTRE DE BEN MÉIR 

AUX COMMUNAUTÉS BABYLONIENNES 

EN RÉPONSE A SAADIA 



Dans un appendice à son édition dmïbiîi 'o, M. Harkavy * a pu- 
blié un morceau important de cet ouvrage, qui est conservé à la 
Bibliothèque Bodléienne. Dans ce texte se trouve une lettre — ou 
plutôt une réponse — adressée par Ben Méir, l'adversaire de Saadia, 
aux communautés de l'Irak, lettre malheureusement tronquée où 
l'auteur se moque de l'ignorance du futur chef de l'Académie et 
de David ben Zaccaï et où il revendique pour la Palestine le privi- 
lège de la fixation du calendrier 2 . Or, parmi les fragments qu'il a 
rapportés du Caire, M. Schechter a découvert un feuillet dont il a 
bien voulu me laisser prendre copie et qui n'est autre qu'un exem- 
plaire de l'épître de Ben Méir. Nous le publions ci-après parce 
qu'il complète le texte édité par M. Harkavy. 

Est-il emprunté au "nbsft 'o? Nous n'en sommes pas sûr; il 
paraît plutôt former une pièce volante. Ce qui nous le fait croire, 
c'est qu'il est précédé de la formule 'm 'un, qui se met généra- 
lement en tète des écrits. Dans le ms. d'Oxford, il est vrai, l'épître 
de Ben Méir débute par une longue dédicace aux destinataires, qui 
manquerait ici et dont l'absence s'expliquerait difficilement; mais 
on peut supposer qu'un copiste aura jugé inutile de reproduire 
cette longue introduction. 

L'intérêt principal qu'offre le fragment do Cambridge est d'avoir 
conservé les lignes où Ben Méir salue les communautés babylo- 
niennes en son nom et au nom d'Isaac, probablement son assesseur 
ou son fils, du grand et du petit Sanhédrin qu'il préside, des sa- 
vants, maîtres et élèves, des anciens, des juges, scribes, hazzanim, 
nobles et grands et de tout le reste d'Israël qui demeurent dans le 
sanctuaire de Dieu (probablement Jérusalem) et en Palestine. 

Ces lignes confirment pleinement l'hypothèse de M. Harkavy : 
on y voit que Ben Méir, qui se disait un descendant des Patriarches 

1 û^jV^N-lb "p^DT Siudien u. Mittheillungen, t. V, p. 212 et suiv. 

2 La lettre qui précède la réponse de Ben Méir est datée de l'année 1233 de l'ère 
des Séleucides, soit 922 ; la réponse porte ces mots : « l'année. prochaine qui est l'an- 
née 854 du comput du temple » (854+ 08 = 922) ; il y a là une petite difficulté, 
mais qui n'est pas insoluble. 



262 REVUE DES ETUDES JUIVES 

palestiniens, avait reconstitué l'ancienne organisation, qu'il oppo- 
sait à celle de la Babylonie. Il est certain que beaucoup des titres 
qu'il donne à ses compagnons sont de fantaisie, mais ils montrent 
que, dans le désir d'en imposerai représentait l'état de la Palestine 
comme aux anciens temps. Un détail, peut-être, doit être relevé : 
le mot d^iû» qui vient après les « sages » peut désigner certains 
assesseurs (comme *n;bttb ïirnatt), mais ne signifieraitjil pas : ceux 
qui étudient la Mischna? Dans ce cas l'absence de toute allu- 
sion à l'étude du Talmud serait remarquable. Cette observation 
s'accorderait, en outre, avec l'expression « leur Talmud » tirabn, 
que Méir emploie plusieurs fois. Il y aurait donc eu en Palestine, 
en 922, une espèce de secte prétendant s'en tenir à la Mischna et 
ne pas tenir compte du Talmud, ou tout au moins du Talmud de 
Babylone. Nous reconnaissons cependant qu'il serait risqué de 
fonder une telle hypothèse sur le sens d'un mot qui est loin d'être 
assuré. 

Nous plaçons entre crochets <; > les passages qui complètent 
le texte de M. Harkavy et notons au bas des pages les variantes. 

pitJfci pT 15*373 S*m tDlbtt) n«1B Recto 

sï-ritti i-ïVm a pTi rta i»n "ûbu: l yn 

*Ï*ïïîi Sa?an û-aiDttï-n ta^ann fan n^ab naran-ct 

Vnsnorri ts^DTiDïi i!«i tnaaom ï'nnnn im ymhm pn 

m? rrnwa Sa^n ka^sptin "pan 'pînïn 

•^mau: fins-i» ^asan ■>"■> unp»a fca'n'TM Saniz^ 

S:>n tnDBinwa idn wi3N Satan ta^nan na« irnarp 

tabn^b anïîn abn aT?N xb ^ fczpajtfia naa mon 

6m ûft xh anun 5 taa-ût j-tth ùn^n < in na^uan 

îaaabia np-> ^apT bsn B ïWn taa-»by 'lavfcwrri na"»a?a 

9 ^mbN ^bm amn tanpTa "^ Sa^i-: bn» owtrr nma 

Sa yna->pa 'n mp» ■n*« S*n "ïHDfi n*uîa 

1 A lire peut-être «p^ [maan] ou "p^ [r""pa 3N]. 

» A lire probablement 'pTinaOïl. 

> Peut-être : !Tï3t3p ïmttaO'tt I 73 " 1 ' 

4 Nous ne savons pas ce que vient faire ici ce participe « et tous ceux qui de- 
meurent ». Serait-ce de nouveau une faute pour l p*n ë 7ï"î3D!l •' 

5 A : da^an, bien restitué par M. Harkavy. 
fi A : tfj». 

7 A : nrnnbcnn. 

8 a -. rm'nn. 

9 A : n^N pour na^btt. 

*• Ici aussi \TO et non *jna comme le voudrait M. Harkavy. 



NOTES ET MELANGES 263 

Stw Sa Jïattan fc-naiatt an vi an t-i« anb 'nu^ 

taib^a ixban <mm> in»© ïn i^sa tzùnrua 

njnaaa vrvpiria ■o iwa l tmD watn nu>K 

baa tDiPN mï^ba *13*3»3 Nb taabiSN 

San aa^by tantaipirT b* i^iaM Saai israab 

laminai fcptfii? wi aanviNm tas'ttillfe 

n^i rra-moi rta^wi Saa wi i^mbi» y^N 2 Sn 

Ba*»m ûabia fcrn^nan fcr&mp wn [tapumb Tan] F#rw 

«b n^naa '^"^m i^bs» î-wk vioa p^an taasNta] 

Tonn Saa lînim taa'naa naia tram ranas 

inbia ymrae San T«n "WP innbas *iraN 

isnaii» an ors^Titt Oia-ipaïi ba> bN ûnttsa 

y-iN ^aan f»a n»w rtrm ab abisa ^a taab 

♦taini rmami» "pin w *vftn nr maa 'iw» 

toana niât* rmsKtt ba nrb« 5 anaïi town ib-wan 

vwaa tsab^N st-ph 'îïS tosï ïa 6 wiNtt <n*n> 

nannam '"priai vm «iït tawanrr wi*n ta-oiarj 

Dnb î-ian son n\aa ^NbibN tpv la t*o anb 

j-ni^»a tfciann nia» i-i*ai * ib ta^anm 

taamaaa awn ton» nia» [tU] taaaan an -ûrr 

tro^a» naim M bip an^aa far» t]bK «stwd 131 

fcaunr» abn erabu ln ^n tab^mn r^bra naa cas* 

ta^'NBfcnïi a^a^ra a^Tn fana ^a irisa •rotïlb 

y-iNb nnna -ia*ba waa ta"»n>anrti 

■mab ^aia b'*'ï apy^ iraaa lanb î-rtni 

< "pab i-rcinb ira» apj* tortaa u b"î irmaia 

Israël Lévi. 



1 Pour i*NB. 

* A ajoute 'HJi y^N. 

a Pour '$-7 mî^ai, en A : i"ai. 

4 II n'y aucune raison d'ajouter niMb, comme le fait M. H. 

« A : IJ'ttn. 

6 A : 'Nïl. que M. H. prenait pour "plMn ou SpbNÎT Cela signifie-t-il : qui 
se dit? 

7 Sic. N'est pas en A. 

8 Même orthographe en A. 

* Mieux en A : ib ta^aTl ÛÏTU 
»° A : Tl. 

11 Pirkè de B. Eliézer. vm. 



264 REVUE DES ETUDES JUIVES 



LA BIBLIOTHÈQUE D'UN MEDECIN JUIF 1 

M. Bâcher, qui a déjà publié dans cette Revue deux anciennes 
listes de livres très intéressantes 2 , en a fait connaître dans le 
dernier numéro une troisième qui est écrite également en arabe 
et ne présente pas un moindre intérêt. Cette dernière liste est 
de date plus récente que les deux autres, puisqu'elle mentionne, 
comme l'a très bien reconnu M. Bâcher, une partie du Mischnê 
Toraôe Maïmonide et que, par conséquent, elle ne peut pas re- 
monter au delà du commencement du xin° siècle. Par contre, elle 
nous donne le nom du propriétaire qui a laissé cette bibliothèque : 
c'est le médecin Abou'l ç Izz. 

Cette liste offre également à notre perspicacité un certain 
nombre de rébus à déchiffrer. Mais le point le plus obscur, c'est 
qu'aucun des noms de personne qu'elle contient et qui, d'après 
M. Bâcher, sont les noms des auteurs des ouvrages mentionnés, 
ne nous est autrement connu. Or, s'il est vrai N qu'on découvre 
constamment de nouveaux auteurs, ignorés jusqu'ici , il est 
pourtant bien difficile d'admettre qu'en dehors de la partie de 
l'ouvrage de Maïmonide, la bibliothèque d'Abou'l 'Izz ne contenait 
pas un seul ouvrage qui nous fût connu. Mais nous y voyons en- 
core d'autres difficultés. Ainsi, cette liste mentionne des livres 
bibliques, des exemplaires de la Mischna et du Midrasch, des 
livres de prières, etc., à côté desquels ne devrait figurer aucun 
nom d'auteur. Aussi, pour justifier la présence des noms à côté de 
ces livres, M. Bâcher suppose qu'ils désignent des auteurs qui ont 
écrit des commentaires sur ces ouvrages ; c'est là une affirmation 
personnelle à M. Bâcher et dont la liste ne contient pas trace. De 
plus, certaines personnes sont simplement désignées sous la déno- 
mination de "p^ba* « le Juge », "-ûfiba* « le Savant », ou par leurs 
occupations (aamba* nao*n, imba "pamE), ou même par leurs sobri- 
quets (OTtfftba* imba*) ; ce qui fait croire à M. Bâcher que c'étaient là 
des auteurs contemporains qu'on reconnaissait sous ces désigna- 
tions. Cette hypothèse aussi me paraît peu vraisemblable. 

Toutes ces difficultés disparaissent si l'on admet que ces noms 
ne désignent pas les auteurs, mais les acheteurs des livres ènu- 
mérés 3 et que les chiffres marqués à la fin de la troisième colonne 

1 Voir Bévue, XL, 55-61. 
* Ibid., XXXII, 126, et XXXIX, 199. 

3 De cette manière on s'expliquerait peut-être mieux le mot ^y qui précède ies 
noms. 



NOTES ET MELANGES 265 

indiquent les sommes dues par les trois personnes qui y sont 
nommées. Au n° 7, on n'a pas mentionné d'acheteur, parce que ce 
numéro avait été vendu avec le n° 8; de même pour n os 31 et 32. 
En acceptant cette explication, on trouvera sur notre liste, non 
seulement le Mischné Tora de Maïmonide, mais encore d'autres 
ouvrages connus. On n'indique pas sur la liste les auteurs des 
quelques commentaires sur le Pentateuque qui y sont mentionnés, 
parce qu'elle n'avait pas de caractère scientifique, mais était faite 
pour un but pratique, peut-être comme document pour les héri- 
tiers. En tout cas, nous pouvons affirmer avec certitude que le 
n° 1 contient uniquement la Genèse, le n° 23 la cinquième partie 
de la Mischna, le n a 29 un livre de prières, etc. Le n° 5 désigne 
très probablement le lexique de Haï Gaon, et le n° 25 un glossaire 
de la Bible, du genre de celui qu'a décrit Pinsker *. Peut-être faut-il 
voir dans le n° 9 le « Livre des Préceptes » de Maïmonide et lire, 
au n° 12, le mot illisible : mttttba. Les « Questions » (mbaw), 
n° 15) achetées par un Rabbènou Yosef, qui était sans doute le 
rabbin ou le directeur d'école de la localité, et les « Réponses » 
(imvjîn, n° 18) acquises par un Abou'l Hasan ha-Kohen, traitaient 
certainement, comme le croit M. Bâcher, de questions de casuis- 
tique. Nous ne savons pas quel Midrasch (n° 16) ou quel recueil 
de Midraschim (n° 28) possédait Abou'l 'Izz, mais la liste nous ap- 
prend qu'il existait déjà à cette époque des textes midraschiques 
avec traductions (ou commentaires, ^psasm umtt, n°20). Le ' Anah 
dont notre liste mentionne un commentaire (pD3>bN rmt), n° 27) est 
très vraisemblablement l'ouvrage de Moïse ibn fizra; et, de fait, il 
existe un commentaire arabe de ce livre (par exemple, dans le ms. 
d'Oxford du K AnaK), dont nous ne connaissons pas l'auteur et que 
Luzzatto croit assez ancien 2 . En dehors d'un Rituel et de prières 
isolées, la liturgie est encore représentée par deux exemplaires 

1 Likkoutè Kadmonioth, p. 226 ss. Le caraïte Abou'l Faradj Haroun b. Alfaradj a 
également composé uu ouvrage de ce genre intitulé b^D^ÊON riTû- C'est à cet 
ouvrage, et nou pas à son commentaire sur le Pentateuque, qu'est emprunté l'extrait 
que j'ai publié [Revue, XXXIII, 214), comme le prouve la description détaillée que 
M. G. Margoliouth a donnée du ms. du British Muséum, Or. 2499, dans le Cata- 
logue qu'il va publier (n° 276). 

a Voir Kére'm Hémed, IV, 67 ; cf. Dukes, Moses bcn Esra, p. 17 ss. ; Steinschneider, 
Catal. Bodl., col. 181U. D'autres oeuvres poétiques et liturgiques paraissent encore 
avoir été accompagnées d un commentaire arabe. Je possède un morceau de ce genre, 
copié sur un fragment de la gueniza, mais je ne sais à quel ouvrage l'attribuer. J'en 
reproduis ici quelques passages caractéristiques : T^j "131*13 b — ) Ï"I 3 ï - iblpT ..» 

^-a^tta tzmnn piDi yn Tnn nbxeo "pbnttbN r-iKYî yn Sn^dsn 
tà-\ -ifinnnNbN yn rrrosn o^bs ma» nna î^tt&o .«nm irnnxjm 
Sisaba sriNS bap .«yab» tnam yn irr Sn n^-nn pran yn rib^N 
prai (1. yjz) yn ybhnbn ï-inti ^ ms?: nro £*o*dt 12N ^b^N 



266 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Selihot (n°* 13 et 22) et par des Yocerot (n * 30 et 33). L'ab- 
sence d'ouvrages relatifs aux sciences profanes, dans une biblio- 
thèque de médecin, est surprenante. Peut-être possédait-il pour- 
tant deux ouvrages de la littérature arabe : un Diwan l et un 
« livre d'Adab 2 ». 

Si mon hypothèse est juste, il faut classer les ouvrages énu- 
mérés dans notre liste, non pas d'après les auteurs, mais comme 
l'a fait M. Bâcher pour la première liste qu'il a publiée, d'après le 
contenu : 

I. Textes bibliques : Genèse (n° 1) ; section B^bto (n° 24) ; 

les Psaumes (incomplet) avec commentaire (n° 2). 
II. Commentaires de la Bible : sur le Pentateuque (n° 6); sur 
l'Exode 3 (n* 11); sur les sections fibm et nrv* (n° 10) ; 
sur les Nombres (n° 19) ; sur Ezéchiel en deux versions 
(n° 17). Cf. s. L 

III. Lexicographie : al-Hâwi de Haï Gaon (n° 5) ; un glossaire 

de la Bible (n° 25). 

IV. Mischna : Naschim et Kodaschim (n° 3) ; Kodaschim 

(n° 23). 

V. Halacha : Le quatrième livre du Mischné Tora de Maïmo- 
nide (n° 7); le «Livre des Préceptes» (de Maïmonide? 
n° 9); un autre livre de Préceptes (?, n° 12); Questions 
(n°15) ; Réponses (n° 18). 
VI. Midrasch : Un Midrasch (n° 16); un Midrasch avec traduc- 
tions (ou commentaires, n° 20) ; un recueil de Midraschim 
(n°28). 

d'rtBtt lï-n ■n'ibi a*n ib nainb Saps ... (cf. Ousoui, 426, 29) ,„tmn 
y*và 1S11 ta^as ibM-> -nrina û^tts nsm ■p fc na p* t*<^ p tarn 
f^nba -^k àNnrp t-i* "jto yn inb nmi^a ftpbi rrpb un... 
Sap fiwaaN b'5f qbiTabN }n i*wi "ib-ibs pi^ "jn **bK -mabfio 
Sn?3 npwbN "m ïiJnïba fa rnwaa rraKnbN âsbn hmua 
nmab ï-rbipi rj-ip^n iipb^ npb ta» b«p naeoB „.ï-îpa-n mia 
Tina tarm*ii) br> ba» SapTrp -ibo ^b ï-ibip i» iisa» in 3 -in 
pNpmaN mn r-imab ttîp fcab 'p^OBttba a«ttâ in ûby&n mn nna«. 

Le fragment finit là. 

1 N» 14 : -i-û^bN snsbK n ^by wa» ^ba> "in (?) l^^bN. Le mot ïkt»% 

d'après M. Bâcher, est douteux. Le nom d'Abou Ali a peut-être été inscrit, parce 
que c'était lui qui voulait d'abord acheter ce livre, mais à la fin il fut acquis par 
Abou'l Faradj b. Daniel, déjà mentionné. 

» N» 21 : TfcbnbN ^by 13 (?) KttpbN 3*1N SNrù. Au lieu du mot douteux 
NiÊpbfr*, faut-il peut-être lire *2£NpbN SIN et voir dans ce titre un ouvrage men- 
tionné par Hadji Khalfa (I, n e 336, 337)? 

* D'après M. Bâcher, le mot ÎTTtë « commentaire • aux n»' 11 et 17, est douteux. 



NOTES ET MELANGES 
VIL Homélies sur Nombres et Deutéronome (n° 4). 

Vllf. Liturgie : Un Rituel (n° 29); Prières (n° 8) ; Selihot (n 09 13, 
22) ; Yocerot (n os 30 et 33). 
IX. Poésie : Un Dîwan arabe (?, n°14j; un livre d'Adab (?, n°21); 
un commentaire sur le AnaU ou le Tarschisch de Moïse 
ibn Ezra (n° 2"?). 

X. Un ouvrage de contenu inconnu (n° 26). 
XI. Des recueils (n 08 31, 32, 34 et 35). 

Varsovie, le 11 mai 1900. 

Samuel Poznan ski. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 



LITTÉRATURE NÉO - HÉBRAÏQUE 

[Depuis plusieurs années, et particulièrement en Russie, la litte'rature 
ne'o-hébraïque s'enrichit sans cesse d'une foule d'œuvres qui, pour la 
plupart, ne nous parviennent même pas. Nous nous trouvions ainsi dans 
l'impossibilité d'en rendre sérieusement compte. N'en mentionner que 
quelques spécimens ou les passer toutes sous silence, c'est ce que nous 
n'avons pas jugé digne d'une Revue comme la nôtre. Aussi nous sommes- 
nous assure' le concours d'un jeune savant, M. Slouscbz, qui lui-même con- 
tribue à cette floraison litte'raire, pour tenir au courant nos lecteurs d'un 
mouvement qui me'rite d'être connu d'eux. Pour la première fois, notre 
collaborateur embrassera dans une revue d'ensemble les productions des 
deux dernières années. — Israël Lévi. 



AVANT-PROPOS 

On nous permettra de donner avant tout une idée générale de la littéra- 
ture néo-hébraïque. 

L'existence d'une littérature néo-hébraïque de nos jours ne peut plus 
être mise en doute. L'ancienne langue de la Bible a de nouveau prouve' 
sa vitalité et sa facilité d'adaptation à toutes les conditions et à toutes 
les civilisations. Jamais peut-être on n'a écrit autant en hébreu que depuis 
quelque temps ; des centaines de volumes paraissent chaque année, con- 
sacrés aux choses littéraires et scientifiques ; des poètes et des romanciers 
distingués sont lus de milliers de lecteurs. Ajoutons que d'importantes 
maisons d'édition servent d'intermédiaires entre les écrivains, qui sont 
souvent très bien payés, et les lecteurs, qui se recrutent en grande majo- 
rité parmi les Juifs de la Russie, de la Galicie et de la Palestine. Tout cela 
montre que la renaissance actuelle de l'hébreu est un fait incontestable 
qui est appelé à durer. A côté de la litte'rature proprement dite une presse 
périodique est née et dirige l'opinion publique de nombreux lecteurs, que 
l'on peut sans exagération évaluer à des centaines de mille, vu la pauvreté' 
des Juifs en Orient et leur habitude de s'associer par groupes pour s'abonner 
à un périodique. Il suffira de dire que le journal quotidien Hacefirah a un 



BIBLIOGRAPHIE 269 

tirage dépassant 8,000 exemplaires. L'autre journal quotidien, Haméliç, 
compte aussi quelques milliers d'abonnés. 

I. Quelques mots d'abord sur les périodiques hébreux- C'est, comme on le 
sait, le fameux Hameasèf, dont le nom a passé aux Measflm, ces vaillants 
lutteurs pour l'émancipation juive au xvm e siècle, qui inaugura la presse 
hébraïque. Cette Revue était un recueil littéraire paraissant une fois par an 
et servant de lien entre les « Maskilim » (intellectuels) et les Juifs du ghetto 
allemand, dont la grande majorité ne comprenait encore que l'hébreu. La 
propagande en faveur de l'émancipation religieuse et sociale faite par les 
Measflm, aidée, au surplus, par la Révolution française, a porté ses fruits 
immédiatement : les Juifs, émancipés du ghetto et des idées du moyen 
âge, se sont émancipés en même temps de l'hébreu, et le Measef a fini par 
disparaître faute de lecteurs. Plus tard les Maxkilim de la Galicie, sou- 
tenus par de vrais savants comme Luzzatto, Krochmal, Rappoport, etc., 
reprirent l'œuvre des Measfim et trouvèrent en Pologne et en Lithuanie un 
public de lecteurs ainsi que des collaborateurs très actifs. 

Les recueils littéraires se multiplièrent, poursuivant l'émancipation reli- 
gieuse et la propagande de la science juive dans le sens moderne de ce 
terme. 

Ce n'est qu'avec le journal hebdomadaire Hamaguid, en 1856, que naquit 
la presse périodique hébraïque proprement dite. Destiné au grand public 
juif des pays arriérés, où l'hébreu était encore la seule langue littéraire ac- 
cessible aux Juifs, Hamaguid, dès le début remporta un succès énorme, dû 
à la curiosité provoquée chez les Juifs par la guerre de Crimée. 

L'exemple donné par Harnaguid ne demeura pas sans imitateurs. Le 
nombre des journaux alla en augmentant dans différents pays. Bientôt 
on vit à Jérusalem Hachabazeleùh et jusqu'à Odessa Haméliç. Paris lui- 
même eut un certain temps son organe hébraïque, le 1"l23b!l de Brill. Entre 
1875 et 1880 la presse joue un rôle déjà plus considérable. Tandis qu'ffa- 
méliç combat vaillamment l'obscurantisme et l'ignorance, Hacefirah vulgarise 
les sciences modernes, Héchaluz mène une campagne ardente contre la 
tradition orthodoxe ; MahaZikè Hadat, par contre, se fait le champion du 
fanatisme religieux. 

En Amérique, c'est le journal Tl3 y^ÊO ttBIXin qui représente les idées 
des Maskilim. Le socialisme lui-même a son organe en hébreu, Haèmeth. 

Mais c'est surtout la revue mensuelle Haschahar ("imEn), dirigée par le 
célèbre romancier et publicïste P. Smolensky, qui inaugure la littérature 
originale en hébreu moderne. Haschahar a su grouper autour de lui toute 
une pléiade de poètes et de savants et offrir à ses lecteurs durant toute la 
période de son existence (de 1868 à 1885) des écrits originaux. Mais malgré 
son développement, la presse hébraïque se trouvait dans les conditions 
matérielles les plus lamentables : on lisait beaucoup dans les ghettos de 
l'Orient et du Nord et le périodique hébreu était le facteur le plus sûr 
de l'émancipation religieuse et sociale, mais on s'abonnait fort peu : un 
exemplaire suffisait très souvent à une ville tout entière, les lecteurs les 
plus fidèles étant très pauvres, et Haschahar lui-même n'avait pas plus de 
800 abonnés, et cependant c'était le périodique le plus lu. 

Déjà l'hébreu des Maskilim avait commencé à subir le sort de tant 
d'autres facteurs utiles au développement de l'esprit humain : il se détrui- 
sait lui-même. Ses lecteurs, arrachés, grâce à une lutte infatigable, aux 
superstitions et à l'ignorance en matière de science et de littérature pro- 
fanes, se tournaient passionnément vers les littératures européennes beau- 



270 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

coup plus riches et plus indépendantes, et finissaient par abandonner 
complètement la langue à laquelle ils devaient justement leur émanci- 
pation. 

Vers l'année 1880, on prévoyait déjà la disparition complète de l'hébreu 
comme langue littéraire et le célèbre poète Gordon se demandait avec 
angoisse : « Pour qui donc travaillons-nous? Qui sait si je ne suis pas le 
dernier des poètes de Sion ; n'êtes-vous pas, vous aussi, nos derniers lec- 
teurs?...» Seul, Smolensky, le vaillant directeur de Hasckahar, ne parta- 
geait pas ces doutes, plein plus que jamais de foi dans l'avenir du « peuple 
e'ternel » et de sa belle langue. 

En effet, déjà vers l'an 1882, un brusque retour vers le judaïsme histo- 
rique, dû en partie aux persécutions contre les Juifs, mais plus encore au 
degré de développement civil et moral que les Israélites de Russie avaient 
atteint, se manifeste partout. Les anciens Maskilim, revenus de leurs rêves 
cosmopolites ou égalitaires, retournent au ghetto et adoptent l'hébreu 
comme langue nationale du peuple juif et non plus comme un simple 
moyen de propagande ; le nombre des lecteurs est en progrés constant : 
vers 1885, le grand recueil littéraire de Sokolow, Haasif, atteint un tirage 
de 7,000 exemplaires et révèle ainsi l'existence d'un public s'inte'ressant à 
la littérature ; ce qui encourage le D* Kantor à fonder le premier journal 
quotidien en hébreu, Eayom (le Jour). Bientôt les deux autres journaux de 
Russie {Hacejlrali et Hamèliç) suivent son exemple et deriennent à leur 
tour quotidiens. 

La création d'une presse quotidienne marque une date nouvelle dans 
l'histoire de l'hébreu ; le style s'affranchit complètement de la servitude 
littérale aux expressions bibliques et devient tout è fait moderne, sans 
perdre pour cela son originalité'; les e'crivains eux-mêmes, qui commencent 
souvent à être payés, consacrent plus de soin et de labeur à leurs écrits, 
se spécialisent davantage ; les lecteurs, jusqu'alors passagers, recrutés 
maintenant, en grande partie, parmi les classes lettrées, s'habituent à 
payer leur journal et leur livre et à considérer la lecture hébraïque comme 
une nécessité pour chaque Juif fidèle à son origine. D'autre part, le journal 
hébraïque, satisfaisant les exigences du grand public avide de nouvelles, 
pénètre de plus en plus dans les masses les plus orthodoxes et reste ainsi 
fidèle à sa mission civilisatrice primitive, mais sans renoncer à l'idéal sé- 
culaire du judaïsme. 

Journaux quotidiens. 

y^bttn « Intermédiaire », grand journal politique et littéraire paraissant 
tous les jours à Saint-Pétersbourg. Directeur : M. L. Rabinovitz, ten- 
dance sioniste progressiste. 40 e année* Hamèliç est un joural littéraire 
par excellence et profite de la collaboration des meilleurs écrivains. Il 
régit puissamment l'opinion publique la plus éclairée des lettrés juifs. 

ÏTVD^tt « l'Aurore », journal politique et littéraire paraissant à Varsovie. 
Directeurs : MM. Ch.-S. Slonimsky et Sokolow. C'est le plus populaire 
et le plus répandu de tous les journaux hébreux. 

Journal ài-hebdomadaire : 

■*3ii!n Hacebi- Journal littéraire et social paraissant a Jérusalem sous la di- 
rection de M. E. Ben-Jehuda , tendance nationale-radicale ; lutte vail- 



BIBLIOGRAPHIE 271 

lamment pour l'introduction de la civilisation moderne en Palestine et 
pour la renaissance de l'hébreu parlé. Sa langue est un peu outrée par 
des néologismes qui ne sont pas toujours justifiés. 

Journaux hebdomadaires : 

Tàttîl « le Nouvelliste » ; revue littéraire et sociale paraissant à Cracovie 
sous la direction de M. J.-S. Fuchs ; tendance indécise. Le nouveau 
Hamaguid est assez bien rédige' et publie très souvent des articles litté- 
raires d'une véritable valeur. 

*iaiUÏ1 « la Semaine ». Édition spéciale de Hamaguid destinée à ses lec- 
teurs de Russie. 

ïlSpl2)!l « Revue ». Édition spéciale, exclusivement littéraire, de Hacebi 
paraissant toutes les semaines et destinée à l'Europe. 

^Tlï"Pïl « le Juif », journal politique sioniste et orthodoxe, paraissant à 
Londres sous la direction de M. J. Suvalsky. 

ÏTnntl « la Renaissance », revue littéraire et sociale paraissant à Chicago 
sous la direction de M. W. Schur ; tendance sioniste-progressiste. 

nbi£2nïl « le Lys », journal ultra-orthodoxe paraissant à Jérusalem sous la 
direction de M. J.-B. Frumkin. 

rHï"I "^TÎTE « les Souteneurs de la religion », organe des Hassidim de Ga- 
licie paraissant à Lemberg (Galicie) ; adversaire acharné de la civilisa- 
tion moderne. 

^TtiTtt "ONïl « le Colon Juif », petit journal agricole paraissant comme 
supplément à l'Hacebi à Jérusalem et ayant comme directeur l'agronome 
M. Meirovitz, de la colonie Rischon-le-Çion. 

D^yTïJ^tfJ p « le Jardin Amusant », revue hebdomadaire destinée à la jeu- 
nesse juive paraissant à Lyck (à la frontière allemande-russe) et ayant 
pour directeur le pédagogue M. A. Piyourka. Durant l'année 1899 la revue 
a publié, entre autres, un certain nombre de récits de voyage et de 
livres d'aventures. 

5|ON?2!TJ « le Recueil », journal consacré exclusivement aux novelles rab- 
biniques paraissant à Jérusalem sous la direction de M. Kuinka. 

rPia? ïlp^vba^a « la Bibliothèque hébraïque », bibliothèque littéraire 
et scientifique dont chaque semaine paraît un volume de 80-90 p. Édi- 
teur : Touschiya, rédacteur en chef : M. Ben-Avigdor. Nous aurons plus 
loin l'occasion de revenir sur cette importante publication. 

Revue mensuelle : 

nbttîïl « le Siloé» ; revue littéraire et scientifique paraissant à Berlin sous la 
direction de M. A. Ginsberg. Éditeur : Achiasaf; tendance sioniste spiri- 
tuelle. La Revue publie uniquement des articles et des études originaux. 

Revues trimestrielles : 

b^.avUNfï; grande revue littéraire et scientifique paraissant à Cracovie sous 
la direction de A. Gùnzig. 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Û n btt5T"p « Jérusalem » ; revue consacrée aux études historiques et archéo- 
logiques de la Palestine paraissant à Je'rusalem sous la direction de 
M. A. -M. Lunz. 

iTïb» ÏTTin Recueil rabbinique, la mieux rédigé des publications de ce 
genre, éditeur : S. Zuckerman, à Jérusalem. 

Divers : 

ai3>72731 JT1Î5333 « De l'Orient et de l'Occident », revue littéraire et scienti- 
fique paraissant (assez irrégulièrement) à Berlin, sous la direction de 
M. R. Brainin. 

SjON^HN mb « Almanach Achiasaf », annuaire littéraire, très lu, paraissant 
à Varsovie; éditeur : Achiasaf. 

îl^ïl ^DD « l'Annuaire », recueil littéraire et scientifique paraissant à 
Varsovie sous la direction de M. N. Sokolow. 

bNTU)" 1 y-|N mb c l'Almanach de la Terre Sainte ■>, annuaire littéraire et 
d'informations paraissant à Jérusalem; éditeur: A. -M. Lunz. 

Û^ITB^IZ) "HBO « Livres amusants » ; recueil littéraire paraissant trois ou 
quatre fois par an sous la direction de M. J. Fernhofï à Drohobitz (Ga- 
licie). 

En dehors des publications que nous venons d'énumérer il existe encore, 
à notre connaissance, deux périodiques rabbiniques hebdomadaires dont 
l'un paraît en Hongrie et l'autre en Galicie, une revue littéraire en Amé- 
rique et plusieurs recueils sur lesquels nous regrettons de n'avoir pas de 



II. Maisons d'édition. — Les plus actives maisons d'édition sont les sui- 
vantes : 

1. Société Achiasaf tpNTliK, à Varsovie. C'est une société par actions 
connue des lecteurs de la Revue par ses nombreuses publications dans le 
domaine des études juives proprement dites et par la belle édition des 
classiques juifs. En outre, Achiasaf publie très souvent des brochures 
traitant des questions du jour et des traductions des écrivains hébraïques 
en russe. 

2. Maison Romm veuve et frères, à Vilna. La maison Romm est très 
connue par ses superbes éditions des deux Talmuds et un grand nombre 
de publications savantes d'exégèse juive et de littérature pure. C'est la 
plus ancienne de toutes les maisons juives de ce genre ; elle existe de- 
puis 1796. 

3. Maison Touschiya ÎTtiîin, à Varsovie. Touschiya est incontestablement 
la maison d'édition la plus active. Son vaillant directeur, M. Ben-Avigdor 
(pseudonyme), écrivain très connu lui-même, est le vrai réformateur des 
conditions matérielles des publications hébraïques. Touschiya ne limite pas 
son activité à l'édition des livres traitant des sujets purement juifs, elle a 
entrepris aussi une édition des traductions en hébreu des classiques euro- 
péens ainsi qu'une série de manuels scientifiques ; c'est à elle qu'appartient 
l'honneur de la création de toute une littérature pédagogique et enfan- 
tine en hébreu. Pour faire juger de l'activité de Touschiya il nous suffit de 



BIBLIOGRAPHIE 273 

mentionner que depuis l'année 1898 la maison a édité près de cent volumes 
d'œuvres littéraires et scientifiques, cent-dix contes et le'gendes à l'usage 
des enfants, cinquante-deux livraisons d'une bibliothèque destinée à la 
jeunesse, etc. 

4. Maison J. Sachs, à Varsovie. M. Sachs a édité un nombre considé- 
rable d'ouvrages littéraires, pédagogiques et scientifiques populaires. 

5. Librairie J.-L. Katzenellenbogen, à Vilna. Elle vient de publier, entre 
autres, une belle édition complète des poésies de J.-L. Gordon en six vo- 
lumes et est en train de donner l'œuvre complète de P. Smolensky. 

En dehors de ces maisons les plus considérables, il existe encore nombre 
de librairies d'édition à Varsovie, à Vilna, à Kieff- Berdichew (maison 
Scheftel), Bielostok, Bobroysk, etc. 

Nous consacrerons une étude à part aux publications de Touschiya vu 
leur caractère spécial et leur nombre très considérable. Plus tard nous 
reviendrons sur les autres maisons. 



Bibliothèque hébraïque. 
(78 volumes, in-12°.) 

•ptt^ïpïl Û1NÏ1. « L'homme préhistorique ». Les éléments de l'anthropologie, 
par Joseph Klausner. Varsovie, 1900, 183 p. 

Nblî b^3N. Emile Zola, sa vie et son œuvre. Étude biographique et litté- 
raire par Nahum Slouschz. Varsovie, 1899, 105 p. 

1UO"HN. Étude sur la vie et l'œuvre d'Aristote, par J.-Ch. Taviow. Var- 
sovie, 1898, 78 p. 

tnufa "pNla « Sans but ». Roman de la vie de la classe moyenne juive, 
par J. Berchadsky. Varsovie, 1899, 3 vol. de 238 p. 

M. Berchadsky, écrivain jusqu'ici inconnu au public, débute par un 
roman qui a remporté un succès incontestable. C'est un réaliste dans le 
plein sens du mot : il possède une faculté d'observation très fine et d'ana- 
lyse psychologique très objective. Les personnages du roman se recrutent 
en géuéral parmi les intellectuels, très souvent professeurs d'hébreu, du ghetto 
russe. Le héros principal, Adainovitz, est le type du railleur et du frondeurà 
outrance qui, se métiant de tous les mouvements et des idées qui agitent le 
ghetto et adoucissent plus ou moins la cruauté de sa vie, pousse sa froide et 
impitoyable critique jusqu'à saper toutes les idées morales dans lesquelles il 
a été élevé. 11 est victime de son scepticisme, privé de toute raison de vivre, 
dépourvu de sens moral, capable de tout pour satisfaire ses désirs momen- 
tanés. C'est un malheureux qui souffre de ce qu'il ne peut pas s'enivrer des 
rêves nationaux ou autres qui séduisent tous les autres intellectuels du 
ghetto, et il succombe, écrasé par le vide d'une vie « sans but ». 

TtïîJïl rû. La Fille du riche. Nouvelle de A. -S. Rabinovitz. Varsovie, 
1898, 85 p. 

L'œuvre de M. Rabinovitz, qui traite un des problèmes les plus pénibles 
de la vie des Juifs de Russie, l'état d'esprit des jeunes gens séduits par cer- 

T. XL, n° 80. 18 



274 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

laines idées modernes qui les déroutent, est, malgré certains défauts, une 
œuvre des plus instructives. Ceux qui s'intéressent à la vie sociale des 
Juifs en Russie y trouveront une observation assez fine et une description 
fidèle des mœurs. 

U"pbN 'àTP'X Georges Eliot, sa vie et son œuvre, par J.-L. Reisin. Var- 
sovie, 1899, 120 p. 

•nT^asltt TO7ab filàïlSWI ncd. Mémoires de sir Moses Monlifiore et 
de lady Montefiore, rédigés par E. Lévy et traduits en hébreu par J.-Ch. 
Taviow. Varsovie, 1899, 2 volumes de 141 -4- 165 p. 

rna^Sttl m5VTFl « Visions et mélodies ». Recueil des poésies de Saûl 
Tchernichowsky. Varsovie, 1899, 86 p. 

Jeune poète, qui a chanté l'amour et la nature, Saiil Tchernichowsky est 
une apparition nouvelle dans la littérature hébraïque. La note dominante de 
sa lyre n'est plus l'éternelle plainte mélancolique qui a toujours inspiré les 
poètes du ghetto, mais une joie de vivre ardente et débordante, une contem- 
plation sereine de la nature, un talent descriptif très distingué. Qu'on lise 
sa merveilleuse description du soir (p. 10-11), ses belles ballades et Ton 
se persuadera de la souplesse et de la vigueur que l'hébreu moderne a 
atteints, quel souffle nouveau et vivifiant traverse le judaïsme russe re- 
naissant ! . . . 

Û^bbiTl tTDIDLÛ. Nouvelles et essais de J. Berchadskj. Pietrokow, 1899, 
83 p. 

"JTinMïl ÛVÏ1. Le dernier jour d'un condamné de Victor Hugo, traduit par 
V"1ET. Varsovie, 1898, 85 p. 

1DT1 p'" 1 *p. Jean-Jacques Rousseau, sa vie et son œuvre, par A. -S. Rabi- 
novitz. Varsovie, 1899, 86 p. 

rr^na;"! Wn^îl. Étude sur l'hérédité en général et l'hérédité chez les 
Juifs en particulier, par J. Frenkel. Varsovie, 1899, 80 p. 

y*1D ,b § i 'Qrù. Œuvres de J.-L. Perez, avec une étude sur sa vie par 
J. Klausner. Varsovie, 1899, 154 p. 

Poète et peintre de grande valeur, J.-L. Perez est doué d'un sens artis- 
tique de la plus haute perfection. C'est un des rares écrivains hébreux 
qui se laissent facilement traduire dans les langues modernes sans perdre 
beaucoup de leur originalité. Aussi ses nouvelles mériteraient-elles d'être 
traduites. Aussi bien, plusieurs d'entre elles (entre autres « la Nuit de Ter- 
reur »] l'ont récemment été en russe et en allemand. 

D"HrD2 Û^arD. Œuvres choisies de David Frischman en 2 volumes , 
suivie d'une étude biographique sur l'auteur. Pietrokow, 1899, 5 livres 
de 383 p. 

M. Frischman est un publiciste et un nouvelliste très goûté. Le recueil 
de ses feuilletons et nouvelles choisis, tous remarquables par leur style 
vif et spirituel, sera salué avec joie par les lecteurs. 

y-irftn mn». Nouvelles deM.-J. Berditzevsky. Pietrokow, 1899, 95 p. 

lE^âtt mîTO Récits du ghetto, de J. Zangwill, traduits par S.-L. Gordon ; 
suivis d'une étude sur la vie et l'œuvre du célèbre romancier, par 
R. Brainin. L Varsovie, 1898, 80 p. ; II. Pietrokow, 1899, in-8° de 
96 p. 



BIBLIOGRAPHIE 275 

*7ttn)3. La vie de Mahomet et les origines de l'Islam, par S. Bernfeld. Var- 
sovie, 1899, 2 vol. de 159 p. 

L'excellent travail de M. Bernfeld ne mériterait que des éloges, n'était 
la manière par trop superficielle dont il traite le fondateur de l'Islamisme 
dont il fait un mystificateur. 

trantt. Nouvelle de M.-J. Berditzevsky. Varsovie, 1899, 47 p. 

Berditzevsky est un des « jeunes » qui combattent la tradition et 
cherchent de nouvelles voies. Ses œuvres, qui laissent beaucoup à dé- 
sirer au point de vue technique, sont néanmoins très intéressantes par le 
seutiment poétique et les aspirations à se dégager de la triste vie du ghetto 
et à retourner à une vie plus naturelle. 

H5Ï1N1 ÏTûflbtt. Lutte et Amour, drame historique en vers de l'époque des 
Macchabées d'après Arno, par A. Liboschitzky. Varsovie, 1899, 86 p. 

T? ^bfàfs. « Le roi Lear» de Shakespeare, traduit en vers parS.-L. Gordon. 
Varsovie, 1899, 2 vol. de 176 p. 

Ulp ^tt. Deux nouvelles historiques de Korolenko, traduites du russe par 
A. Ségal. Varsovie, 1899, 61 p. 

fïDUpïl "H^tt. Essais et nouvelles, par M--J. Berditzevsky. Pietrokow, 
1900, 90 p. 

■pft^a p ÏTtDtt '"[ Maïmonide, sa vie et son œuvre, par David Jélin. Var- 
sovie, 1898, 103 p. 

IBNitlb Ù^n ÏTI2373 '"!. La vie et l'œuvre de Moïse Hayyim Luzatto, par 
A. Kahna. Varsovie, 1899, 74 p. 

L'étude de M. Kahna, destinée au grand public, est très consciencieuse 
et contient nombre de faits très peu connus. 

■pfTU ù^yja. Nouvelles delà vie juive en Russie de Bogrowa, traduites par 
J. Grasowsky. Varsovie, 1899, 71 p. 

nnïïïl « La Morte », roman d'Anny Bock, traduit par J-.E. Trivesch. Pie- 
trokow, 1900, 90 p. 

WI^OWl 1D22 'D. F. Nahsen et ses voyages, traduction de S. Berman. 
en 4 livres. Pietrokow, 1899, 342 p. 

ïl^as IZ^b^D. La concubine de Guibea, tragédie historique en 4 actes (de 
l'époque des Juges), parL. Mekler. Varsovie, 1899, 63 p. 

•pyï-ïtf bDNp ap*i '-](N : bfcWn Û^Dns. La vie et l'activité du « parnas » 
hongrois Jacob Kopel Theben. Étude par Josué Levinson. Varsovie, 
1899, 95 p. 

Nous appelons l'attention de tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des 
communautés juives et de leurs représentants sur la série d'études originales 
que M. Levinson inaugure par son excellent travail sur le célèbre « par- 
nas » hongrois du siècle dernier. 

"Wmbbs. Nouvelles, par A. -S. Rabinovitz. Pietrokow, 1900,68 p. 

ûmDD y^lp. Recueil de nouvelles d'Emile Zola traduites par Nahum 
Slouschz. Varsovie, 1899, 81 p. 



276 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Oip^-ltnp. Copernic, sa vie et ses découvertes, traduit par J. Frenkel. 
Varsovie, 1899, 96 p. 

b^bïBWI N73T1, rome et Jérusalem de Moïse Hess, traduit par David 
Zémach. Varsovie, 1899, 2 vol. de 156 p. 

33>n « La Faim », roman psychologique de Knout Hamson, traduit par 
A. Segal. Varsovie, 1899, 2 vol. de 154 p. 

mnD 'ttJ i"PlI5. Poe'sies de S. [Froug. Traduction complète du russe par 
Jacob Kaplan, accompagnée d'une étude sur Froug par R. Brainin. Var- 
sovie, 1898-99, 5 vol. en 2 part, de 396 p. 

Samuel Froug est un grand poète judéo-russe et un des meilleurs poètes 
russes en général. C'est par excellence le poète du ghetto et de ses souf- 
frances, et sa lyre est l'expression la plus forte de l'âme torturée du judaïsme 
russe. En dehors de nombreux motifs contemporains, c'est encore l'Agada 
qui inspire le plus souvent le poète, et ses poèmes historiques sont de vrais 
bijoux. M. Kaplan, auquel nous ne pouvons refuser un certain don poétique 
et un style très coulant, s'est acquitté aussi bien que possible de sa tâche 
difficile. 

Û^OTln. « Le ciel ». L'astronomie populaire illustrée de C. Flammarion, 
traduite par M. Weber. Varsovie, 1899, 2 vol. de 160 p. 

"^VX* ^1^73 «25 Simon Ezioni, roman en 3 livres par Iechiel-Joseph Levan- 
tin. Varsovie, 1899, 221 p. 

C'est la vieille histoire du dévouement de la femme juive que M. Levan- 
tin nous décrit dans son intéressant roman. Simon Ezioni est un de ces 
semi-intellectuels juifs qui, se trouvant subitement en pleine capitale, dans 
un milieu tout à fait différent de la vie chaste et peu exigeante de la famille 
juive du ghetto, se dégagent de toute leur conception de la vie ancienne ; 
la vie matérielle et sensuelle moderne le séduit et il finit par abandonner sa 
généreuse femme et ses enfants ; s'adonne passionnément au plaisir jusqu'à 
négliger ses devoirs les plus sacrés. La femme trahie, au lieu de se venger 
de la cruauté de son mari, sait pardonner à l'homme jadis si aimé et con- 
sacre sa vie à ses enfants sans rancune ni révolte. 

m3H?Tl m3"l)2K?l rrnbin. Histoire des religions de Mensis, traduite par 
J. Frenkel. Varsovie, 1899, 238 + 168 p. 

Nous n'avons pas à faire l'éloge de l'original; malheureusement le traduc- 
teur s'est trop souvent permis de le modifier et de se prononcer dans des 
questions qui, selon toute apparence, sont en dehors de sa compétence. 

■p^tt flfàblD rmbin. Autobiographie de Salomon Maïmon, traduite par 
J.-Ch. Tavioff. Varsovie, 1899, 134 -f 130 p. 

Inutile de dire les services que la traduction hébraïque des confessions de 
S. Maïmon rendront dans certains coins du c territoire • polonais, où les 
Maïmons pullulent encore de nos jours et subissent très souvent la lutte in- 
térieure et extérieure que le célèbre philosophe autodidacte du siècle dernier 
décrit si franchement. 

abatn Vptt mYmn. Histoire des Croisades (1096-1230), par Simon Bern- 
feld. Varsovie, 1899, 3 vol. de 258 p. 



BIBLIOGRAPHIE 277 

B 

Bibliothèque des enfants. 
(HO livraisons in-16.) 

3b ">b3 tf^N. Conte anglais, traduit par A. Luboschitsky. Varsovie, 1898, 

22 p. 
Û^liniD Û^31N. Conte arabe, par M. Silman. Varsovie, 1898, 24 p. 
np"DÏ"î. Contes, par J.-B. Levner. Varsovie, 1898, 28 p. 

3"*13ïl IT^bX La vie d'un éléphant, par A. Luboschitsky. Varsovie, 1899, 
22 p. 

Ù-ntoi ibim. Légendes, par J.-B. Levner. Varsovie, 1898, 47 p. 

ÏIIHÏTI 50*111. Conte en vers, traduit par Luboschitsky. Varsovie, 1898, 22 p. 

mbirnnn. Conte, traduit par N. Pinès. Varsovie, 1898, 22 p. 

ÏTTOHÎI. Contes de Grimm, traduits par S. Bermann. Pietrokow, 1899, 
5 livraisons de 24 -j- 24 + 24 + 24 -f 18 P- 

3*lïi»3> "jbttrt iW\ Conte de Guslavson, traduit par N. Pinès. Varsovie, 
1898, 24 p. 

b^tt ta lb\ Conte, par A. Brosilorsky. Pietrokow, 1898, 24 p. 

d^iai^ Û^b^ « Les Enfants ouvriers », re'cits de la vie agricole dans les 
colonies juives en Palestine, par J. Grasovsky. Pietrokow, 1899, 34 p, 

Û^tptt tnai. Conte, par M. Horelik. Pietrokow, 1898,32 p. 

b&Htt^ m*WN b3. Recueil de toutes les légendes juives. Édition à l'usage 
des enfants, in-16. Pietrokow, 1898, 1 vol. de 24 livraisons, 600 p. 

n^DTû^!! SlbSÎI. Contes de Grimm, traduits par S. Berman, Varsovie, 1898, 

21 + 24 p. 

ïmonîTl Epûïl. Contes, par J.-B. Levner. Varsovie, 1898, 28 + 20 p. 

f3N 3b. Contes de Philipson, traduits par P. Kaplan. Varsovie, 1898, 
23 -f 24 p. 

abttîîl n33b. Contes de Grimm, traduits par S. Berman. Varsovie, 1898, 

22 + 20 + 26 p. 

-17322 5"b. Conte historique, par S. Dainer. Varsovie, 1898, 20 p. 

*i?2b"i '■jttb- Légende juive, par J.-Z. Levin. Pietrokow, 1899, 3 livraisons 
de 71 p. 

d^ïûpln "«fiN p^b. Recueil de poésies enfantines par A. Luboschitzky. Édi- 
tion en 15 livraisons. Pietrokow, 1899, 266 p. 



278 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ïinttttb 11^53. Conte traduit par J.-B. Levner. Pietrokow, 1899, 3 livrai- 
sons de 22 + 22 + 24 p. 

bN^!-î ^tfbttïT Fantaisies et contes, par A. Luboschitsky. Pietrokow, 1899, 
5 livraisons de 19 + 34 + 24 + 26 + 32 p. 

EETOÏTl n»btt} ^bttïT Conte oriental, traduit par A. B. Varsovie, 1898, 
32 p. 

iStaWitta TO272. Légende, par J.-C. Levin. Pietrokow, 1898, 60 p. 

Û^bi "6^73. Fables enfantines en vers, par Salmon, 3 livraisons. Pietro- 
koro, 1898, 20 + 20 + 18 p. 

ÏT2r\'2 H5. Légende du Déluge, par J.-C. Levin. Pietrokow, 1899, 2 livrai- 
sons de 28 + 18 p. 

mïï^n mttSJÏT. Légende juive, par J.-C. Levin. Pietrokow, 1899, 2 li- 
vraisons de 26 -f~ 24 p. 

IIÊNI TÔT. Contes arabes, traduits par J.-B. Levner. Varsovie, 1898, 
74 p. 

Îl^-H!": SlttSïl. Contes d'après Laboulaye, par B. Rubinuk. Pietrokow, 
1899, 38 + 26 p. 

)î2p mtTO V^lp- Contes de Gustavson, traduits par N. Pinès. Varsovie, 
1898, 28 p. 

"fbfàfT nan îiaHIFT. Contes enfantins, traduits par J. Levner. Varsovie, 
1898, 28 + 23 p. 

attïïl mm. Légendes, par J.-B. Levner. Varsovie, 1898, 24 p. 

tmb"» mrrtt). Contes enfantins, par J. Steinberg. Pietrokow, 1899, 10 li- 
vraisons, 243 p. 

d^N-nfflbffl. Conte, traduit par N. Pinès. Varsovie, 1898, 26 p. 

POO 3!TiN mn. Contes traduits, par M. Silman. Varsovie, 1898, 46 p. 



C 

Livres pédagogiques. 

"H 3 3> 130 ma « L'école hébraïque », manuel et chrestomathie, par J. Gra- 
sovsky. I re partie (7 e édition). Varsovie, 1898, in-12 de 63 p. — II e partie 
(3 e édition). Varsovie, 1899, in-12 de 176 p. — III e partie (2 e édition). 
Varsovie, 1899, in-12 de 272 p. 

Les manuels de M. Grasovsky, professeur aux écoles ùe l'Alliance Israé- 
lite à Jafïa, enseignent l'hébreu comme langue vivante d'après la méthode 
naturelle. Appliqués à la pratique en Palestine et en Russie, ils ont donné 
les meilleurs résultats et ont résolu le problème si difficile de l'enseignement 
de l'hébreu. Un heureux choix des textes, un style souple et admirable par 
sa facilité et sa vivacité ajoutent au mérite de ces manuels. 

-ir<ai n^O. « En ville et en forêt », fables originales pour les petits et les 



BIBLIOGRAPHIE 279 

grands, par Juda Steinberg. I r0 partie (2° édition). Varsovie, 1897, in-12 
de 72 p. — II e partie. Varsovie, 1899, in-12 de 72 p. 

bfrW 1 rma&t b'D. Recueil complet de toutes les légendes et contes juifs 
sur l'Histoire Sainte depuis la création jusqu'aux temps modernes, 
d'après l'ordre chronologique, par J.-B. Levner. I er volume (avec la voca- 
lisation). Pietrokow, 1898, in-8° de 281 p. 

L'œuvre de M. Levner est un travail d'érudition et de bon sens à la 
fois. 11 a su grouper tous les contes agadiques dispersés dans les Tal- 
muds et les Midraschim, d'après l'ordre chronologique des personnages bi- 
bliques. En outre, il les a remaniés dans un hébreu pur et accessible à 
tout le monde. C'est la révélation au grand public des trésors souvent trop 
défigurés de l'Agada. Le premier volume embrasse l'époque qui va de 
la création à la naissance de Moïse et contient plus de 200 chapitres. 

d^tfpïl Tltt 'jyiab « A mes petits frères », recueil de poésies enfantines, 
par A. Luboschitsky. Pietrokow, 1899, in-8° de 170 p. 

nT")SDÏ"7 'ifDE. Anthologie hébraïque, choix des célèbres écrivains et 
poètes hébreux depuis Luzzatto jusqu'à l'année 1880, avec notices biogra- 
phiques, explications littéraires, etc., par J.-Ch. Taviow. — II e partie. 
Pietrokow, 1899, in-8° de 502 p. 

Les manuels et publications pédagogiques de M. Taviow méritent d'être 
introduits dans toutes les écoles juives où l'application de la méthode natu- 
relle rencontre des obstacles. M. Taviow n'est pas seulement un pédagogue 
intelligent, c'est encore un écrivain très distingué lui-même. Aussi a-t-il 
réussi à réunir dans sa chrestomathie des passages vraiment remarquables 
des œuvres des écrivains hébraïques. 

Û^lb^Srr ÎTOïa Manuel de l'hébreu à l'usage des enfants avec exercices en 
russe et en allemand, par J.-Ch. Taviow, 7 e édition. Pietrokow, 1899, 
in-8° de 226 p. — nnsto « Clé », complément du manuel précédent, 
6 e édition. Varsovie, 1897, in-8° de 22 p. 

^SÎÇH, Premier livre de lecture hébraïque, avec les premières notions de 
grammaire et vocabulaire hébreu-russe-allemand, par J.-Ch. Taviow, 
3 e édition. Varsovie, 1898, in-8° de 59 p. 

Û^b^DlTî n313>?3. Les règles du verbe hébraïque, par A. Kleinman. Varsovie, 
1899, in-8° de 93 p. 

Wl ùy lTl25b^ rniiay. La lecture hébraïque à l'usage des commençants, 
par J. Levinson et J.-Ch. Taviow, avec traduction russe. Varsovie, 1897, 
in-12 de 28 p. — Avec traduction jude'o-allemande. Varsovie, 1897, 
in-12 de 28 p. 

d^lbift *py « L'Eden des enfants », chrestomathie hébraïque, en 2 parties, 
à l'usage des élèves, avec un vocabulaire en russe, français, allemand et 
anglais, par J.-Ch. Taviow, 7 e édition. Pietrokow, 1899, in-12 de 534 p. 

n-nnyïl ïrîmpïi. La lecture hébraïque d'après le système du D r Frisen, 
par J.-B. Levner. Varsovie, 1900, in-8° de 40 p. 

n^l rPtiîNI. La lecture hébraïque d'après le système phonétique, par 
M. Krinsky, 3 e édition. Varsovie, 1898, in-12 de 77 p. 

*nr nDttî iTifcb nUDN 1 "]. Premières notions de l'hébreu, par J. Grasovsky, 
2 e édition. Varsovie, 1900, in-12 de 188 p. 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

D^b^îl 3>"1, « L'ami des enfants », livre de lecture à l'usage des commen- 
çants, par J.-B. Levner, 5° édition. Varsovie, 1899, in-12 de 74 p. — 
D^bjûïn "linN. Vocabulaire hébreu -russe, complément du précédent. 
Varsovie, 1900, in-12 de 50 p. 

b^T^" 1 Û3> mibin. L'histoire du peuple juif depuis ses origines jusqu'à nos 
jours, à l'usage de la jeunesse, par A. -S. Rabinovitz. 1 er volume, livres 
1-3; 3 e édition. Varsovie, 1898, in-8° de 174. — II e volume, livres 4-6 ; 
2 e édition. Varsovie, 1899, in-8° de 182 p. — III e volume, livres 7-10. 
Varsovie, 1899, in-8° de 305 p. 

La nouvelle histoire juive de M. Rabinovitz, écrite dans l'hébreu le plus 
pur et le plus accessible à la jeunesse, est entièrement vocalisée. L'auteur 
a tâché de rendre l'histoire juive le plus intéressante possible et il faut recon- 
naître qu'il y a complètement réussi. 



Bibliothèque de la jeunesse. 
(52 volumes in-16 parus). 

•ptëN^il DID'HStf. La vie du roi Agrippa I er , par A. -S. Rabinovitz. Var- 
sovie, 1897, 32 p. 

TlJtt Hfitfl. Conte traduit de Gren, par J.-B. Levner. Pietrokow, 1899, 
136 p. 

fcOS'i'D ^N « L'île de Bornéo » de Mayne Read, traduit par A. -S. Rabino- 
vitz. Varsovie, 1897, 88 p. 

"^yïn ^bftïl }3. Conte de Mark Twain, traduit par J. Grasowsky. Varsovie, 
1898, 164 p. 

ÏTtfitt "^33 « Les fils de Moïse », conte juif, par L. Mekler. Varsovie, 1897, 
32 p. 

!"J!E")N!l "HTM]. Les héros du peuple juif; séries d'esquisses biographiques 
par S. Berman ; 20 livraisons ont paru : 

1. !-p»n31 fcnî?. Esdras et Néhémie. Varsovie, 1898, 35 p. 

2. 1331 p*H3&rt 1123312). Simon le Juste et son fils Onias. Varsovie, 

1898, 30 p. 

3. ^a^ttrt ÏTTIÏF. Juda Macchabée. Varsovie, 1898, 37 p. 

4. mttblDI nï312) p 1*123311). Simon ben Schétah et sa sœur Salomé. 

Varsovie, 1898, 30 p. 

5. "■b33tt bbrr. Hillel. Varsovie, 1898, 35 p. 

6. Iptri btobraS '->. R. Gamaliel l'ancien. Pietrokow, 1899, 34 p. 

7. "nb p isrrm rt^33P| la WbN. R. Eliéser ben Hanania et Yohanan 

ben Lévi. Pietrokow, 1899, 38 p. 

8. ^at p pnv 'H. R. Yohanan ben Zaccaï. Pietrokow, 1898, 39 p. 

9. naa-n b&rb733"n. R. Gamaliel de Iamnia. Pietrokow, 1899, 42 p. 
10. !-P33n 13 yiDlïT» '1. R. Josuében Hanania. Pietrokow, 1899, 39 p. 



BIBLIOGRAPHIE 281 

11. "pD^a 'T. R. Tarfon. Pietrokow, 1899, 36 p-. 

12. 3HB^bN p ba^M 1 » 'n. R.Ismael ben Elischa. Pielrokow r 1899, 32 p. 

13. ï|OTi p tfa^p? 'n. R. Akiba ben Joseph. Pietrokow, 1899, 42 p. 

14. Naaia na "p3>ÏÏtt3. Simon Bar-Gochba. Pietrokow, 1899, 39 p. 

15. -PN» '"), R. Méïr. Pietrokow, 1899, 39 p. 

16. b&rbEJl p "p^EtÛ *1. R. Simon ben Gamaliel. Pietrokow, 1899, 

39 p. 

17. 'WTTP p 'pJB'JJ '"]. R. Simon ben Yohaï. Pietrokow, 1899, 38 p. 

18. NDSbn p !»ÛT '-». R. Yosé ben Halafta. Pietrokow, 1899, 33 p. 
19-20. Ki«5ï1 KTirp '"l. R. Juda Hanassi. Pietrokow, 1899, 33 + 38 p. 

^aaïl "^HE. La vie naturelle des animaux de Brandel, traduite par J. Gra- 
sovsky. Varsovie, 1899, 166 p. 

■piriNïl ^ip^ni^il « Le dernier des Mohicans », de Cooper, traduit par 
J.-B. Levner. Varsovie, 1897, 170 p. 

Û^fttf nfanbfa. Contes de Victor Hugo, traduits par J.-B. Levner. Varsovie, 
1897, 58 p. 

"pBil: TÛT^a d'Wiïl « Les naufragés du Nord », par M. -S. Aisenstadt. 
Varsovie, 1898, 88 p. 

ppïn Y713!"J. Nouvelle de De Amicis, traduite par Luboschitsky. Varsovie, 
1899, 58 p. 

*p1!5N^!l l^ïtt. Confessions d'un brigand italien, traduites par P. Kaplan. 
Pietrokow, 1899, 30 p. 

îplpa "naiZJÏl « Le prisonnier du Caucase », conte de L. Tolstoï, traduit 
par A. 'S. Rabinovitz. Varsovie, 1897, 52 p. 



E 

Divers. 

125W1 ÏTTpn *pa. Causerie sioniste, par A. Ségal. Varsovie, 1899; in-12 de 
16 p. 

&OU35Ï1 tpV. Don Joseph de Naxos, roman historique de Wildenbrandt, tra- 
duit par P. Kaplan. Varsovie, 1900 ; in-12 de 232 p. 

Ï1373 'nrû ba. Poésies et écrits complets de Mordechaï Zévi Mané, en 
2 volumes. Varsovie, 1897; in-8°, 165 +208 p. 

C'est une heureuse idée que d'avoir réuni les écrits du sympathique et 
regretté poète Mané, mort à l'âge de vingt-huit ans. Mané est un poète 
lyrique de réelle valeur, et son hébreu, des plus faciles, est admirable. 

tlbnsïl nD5a. Le Congrès sioniste, compte rendu critique, par Nahum 
Slouschz. Varsovie, 1899 ; in-12 de 112 p. 

a^WlIîïl nsfa. Carte astronomique du ciel avec explications et indications, 
par Weber. Varsovie, 1899 ; in-12 de 16 p. 

IpO^blfaO yis. Perez Smolensky, sa vie et son œuvre ; étude littéraire, 
par R. Brainin, 2 e édition. Varsovie, 1897 ; in-8° de 162 p. 



282 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rTDN ^plû. Traduction en russe du Traité des Principes et commentaire, 
par A. Luboschitsky. Varsovie, 1899 ; in-8° de 57 p. 

Û^TlïTïl mibin. Histoire populaire du peuple juif depuis son origine jus- 
qu'à nos jours, par J. Frenkel. Trois volumes parus : I. Des origines à 
la captivité de Babylone. Varsovie, 1897; in-8° de 117 p. — II. De la 
captivité à Hyrcan et Aristobule. Varsovie, 1898 ; in-8° de 120 p. — 
Hl. Jusqu'à la destruction du second temple. Varsovie, 1898; in-8° de 
112 p. 

Destinée au grand public, l'histoire de M. Frenkel est écrite dans un style 
facile et coulant et rendra des services. 



(Les Jeunes.) 

"■plîl DM b*. « Au milieu du chemin ». Varsovie, 1899 ; in-12 de 78 p. 
I^'ny. « Appréciations ». Varsovie, 1899; in-12 de 96 p. 
p*lD^ hy. Au passage. Varsovie, 1900 ; in-12 de 76 p. 

mttil»5 « Arriérés ». Varsovie, 1900 ; in-12 de 96 p. 

Les quatre premières livraisons de l'édition des •< Jeunes » entreprise par 
un groupe de jeunes écrivains à Berlin, sont des recueils d'articles du 
D r M.-J. Berditzwsky. A côté des paradoxes les plus étranges les lecteurs 
y trouveront beaucoup de choses curieuses et arriveront, au moins partiel- 
lement, à se faire une idée des aspirations nouvelles qui poussent les jeunes 
gens du ghetto russe à s'affranchir de l'ancienne conception de la vie et à 
régénérer le judaïsme sur des bases plus naturelles et plus favorables à son 
développement. Nous répétons que ce ne sont que des aspirations vagues, 
des problèmes à résoudre, mais excessivement intéressants par les réflexions 
qu'ils provoquent chez le lecteur. 

N. Slouschz. 
{A suivre.) 



Dibïin 1DD hy "n^faïl UYpb**. Jalkut Maghiri. Saimnlun» lialacliisobei» 
miel haggatlischei» Stellen aus Talmuct uml Midraschim zu tien 
I .*»0 Psalmen von R. Macbir b. Abba Mari. Zum ersten Maie nach einer 
Handschrift herausgegeben. . . von Salomon Buber. Berdyczew, 1899; 2 volumes. 
18 + 354 et 294 pages in-S°. 

Machir b. Abba Mari b. Macbir b. Todros b. Machir b. Joseph b. 
Abba Mari, dont nous ne connaissons encore ni le pays ni le temps 



BIBLIOGRAPHIE 283 

où il a vécu, a compilé un Yalkout sur les. derniers Prophètes, les 
Psaumes, les Proverbes et Job *. De cet ouvrage il reste : la partie 
sur Isaïe, éditée par Spira (Berlin, 1894 ; cf. Revue, XXVIII, p. 300) 
d'après l'unique ms. de Leyde, qui est très défectueux ; la partie sur 
les douze petits Prophètes, également défectueuse, au British Mu- 
séum (ms. Harl. 5704) ; enfin la partie sur les Psaumes que l'infa- 
tigable M. Buber vient de publier dans une excellente édition. Il 
existe deux manuscrits de cette partie : l'un, ayant appartenu autre- 
fois à Joseph de Wjasin (en Russie), a été entre les mains de David 
Louria, qui en a fait connaître divers passages dans ses écrits, et 
de Straschoun, qui a publié la préface de Machir dans la ^UttM !"P*ip 
(p. 304) de Finn. Ce ms. est actuellement au Monte fiore-College, à 
Ramsgate, et a servi de base à l'édition de M. Buber. L'autre ms. est 
à Oxford (Catal. Neubauer, n° 167). 

Nous possédons en très grande partie la littérature talmudico-mi- 
draschique utilisée par Machir. Mais il s'est aussi servi de Midra- 
schim que nous n'avons plus ou qui sont peu connus. C'est ainsi qu'il 
s'est servi d'une autre version de Deutéronome Rabba, dont nous 
n'avons plus que la partie sur la section de Debarim (voir Buber, 
NUIT d^-Dirr !-sbN çnifcs û^Jipb, Vienne, 1885, p. 40-27), et cette ver- 
sion, il l'a largement utilisée, comme le prouve M. Buber (préface, 
§12). Il a aussi puisé dans un Midrasch sur le Cantique des Can- 
tiques, intitulé û^tdïi *ptï) man et qui ne nous a été rendu acces- 
sible que tout récemment, presque en même temps, par M. Buber et 
M. Schechter (cf. Revue, XXXVI, 115). Machir cite fréquemment ce 
Midrasch dans son travail sur Isaïe (voir Buber, Naît iu-Htt, Berlin, 
1894, préface, p. xti-xiii). Dans notre édition sur les Psaumes, il n'est 
mentionné nominativement qu'une seule fois (ch. 89, n° 23), mais 
fréquemment sous le simple titre de taenia (par exemple, 8, 6 ; 11, 23, 
etc.; cf. la préface, § 14). Deux autres passages, cités également sous 
le titre lûTiE, auraient été empruntés, d'après M. B., à un Midrasch 
sur Job, parce qu'ils se rapportent à des versets de ce livre et que 
Machir, sur Isaïe, lxi, 11 (éd. Spira, p. 252), mentionne explicitement 
un 3"PN 125"H73. Comme ce Midrasch paraît avoir certainement existé 
(cf. Epstein, dans npinrr, I, 325), on peut admettre l'hypothèse de 
M. B. Nous croyons même que le passage de 89, 25, cité sous le 
simple titre de ïimtt et dont M. B. n'a pas pu découvrir la source, 
est aussi emprunté à ce Midrasch, car il s'applique à Job, xxxiii, 22. 
On rencontre encore d'autres passages, en assez grand nombre, rap- 
portés sous le titre WV2 (cf. préface, § 17) et qui paraissent avoir été 

1 Dans la préface de la partie sur les Psaumes, on lit : fc*b "ItiîN ^51 TFDM Mb 
■^bttftl 3VN D^bn Ù^fcOaS 15N Ù'HSDa Vûrû, et dans la partie sur Isaïe : 
""IttSy "nni bNptm ÏTW ">bli:?Ûl 3"PN d^bn (inutile, naturellement, de par- 
ler ici d'isaïe). Il en résulte que dans le premier passage le mot D'WSS désigne les 
derniers Prophètes. 



28 i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

empruntés, pour la plus grande partie, à des Midraschim inconnus l . 
Pourtant, pour le chap. 4 03, n° 31, par exemple, la source est le 
Schoher Tob, ad /., et ch. 118, n° 28, se trouve encore ailleurs. De 
même, le récit d'une campagne de Joab qui est rapporté dans ch. 18, 
n° 61, et est attribuée un ïTW&t "isd (cf. préface, § 16), se trouve dans 
le 'nai nw*73 m an ou rvplDJtt, plusieurs fois imprimé (cf. Stein- 
schneider, Cat. Bodl., col. 606), et a été reproduit dans le ©main ma 
de Jellinek, V, 146-148, d'après l'édition de Salonique. 

Quels rapports Machir a-t-il avec le Tanhouma et Yelamdènou? 
M. B. ne nous fixe pas sur ce point. Yelamdènou est cité deux fois, 
d'abord 68, 38, en ces termes : 'iai î-iiap nab mn&t nna rrona 'n i5i»b^ 
'ian ûi-naNa na"na . Ce passage se trouve dans le Tanhouma *]b ^b, 
§ 2, et le mot "OTab^ est peut-être ici une erreur, car le ms. d'Oxford 
(cité par M. Neubauer dans Revue, XIII, 229) a : ... ..nna JTtna 'n 
ûmaata infcb. Le deuxième passage, 4 36, 28, dont M. B. n'a pas 
pu indiquer la source, se trouve également dans Tanhouma, niffifiru, 
§ 7 (cf. il?., XIV, 111). De même, tous les passages du Yelamdènou 
mentionnés par Machir surlsaïe et les douze petits Prophètes (i^.,95- 
104) se rencontrent dans les deux versions du Tanhouma (cf. ib. y H3, 
et la préface de M. B., § 15). M. B. en conclut que Machir n'avait 
pas le Yelamdènou sous les yeux : "n^an tt&n Nb frafiCft) "tilBb'm rat. 
Par contre, Machir désigne comme empruntés au Tanhouma de nom- 
breux passages qui ne se trouvent dans aucune version de ce Mi- 
drasch, sauf deux, dont M. B. n'a pas su trouver la source : 48, 4, qui 
est dans Tanhouma, éd. Buber, ©in, § 8, et 84, 20, dans T. ïwy, § 8*. 
Pour tous ces passages, M. B. dit que Machir les puisait peut-être 
dans le Yelamdènou qui est perdu : la^ii "imtobib "pia ^biôti (ainsi, 2, 
11 ;4 6, 37; 37, 12, où il dit lattammabia ïiï !Trt ittoïi -osb -o -mai; 
61, 4, etc.). H faudrait donc admettre qu'en réalité Machir avait le 
Yelamdènou sous les yeux, mais que, dans ses citations, il le con- 
fond parfois, comme plusieurs auteurs ont fait déjà avant lui, 
avec le Tanhouma (cf. Grùnhut, û^ianpbln nao, première partie, ap- 
pendice; voir aussi sa Note dans Israelit. Monatsschrift, supplé- 
ment de la Jùdische Presse, 1900, n° 4), ou que son Tanhouma con- 
tenait de nombreux passages qui manquent dans le nôtre. Il en est 
peut-être de même pour la Pesikta, dont Machir avait seulement 
devant lui la version appelée inexactement Pesikta di R. Kahana. 
Pour trois des passages empruntés à ce Midrasch (1, 36; 31, 44 et 
134, 1), M. B. n'a pas pu indiquer la source. Le premier de ces pas- 
sages (ba lirsn 'ïi mina un ^a a\na a?an na wiaat n"« Nnp^oaa 

1 Dans beaucoup de passages, le titre plus précis qui suivait le mot '^"iniO a 
peut-être disparu. 

s Au lieu des mots : *pbipbp1 ^UplDD "b Uî" 1 ib^Bfct, qu'on trouve dans le Ma- 
chiri, ou lit dans le Tanhouma "pbp^EI "pbttp^a. M. Bâcher (Agada d. pal.Amo- 
râer, III, 633) corriger le premier mot en *pbZ20*1D, qu'il identifie avec 7rspi(m))*ov. 



BIBLIOGRAPHIE 285 

mai? !i":ipn ïmnn poi^ii baa "ûi }rûKbE» inoms rmsE'iN ^a 
'"Dl T'itsn "ib) se trouve sous forme abrégée dans Aboda Zara, 19 ; 
Machir ne Ta donc pas emprunté au Talmud. Ces diverses remarques 
montrent que le Yalkout de Machir offre aussi de l'intérêt pour l'his- 
toire de la littérature midraschique l . 

Mais le principal intérêt, dans des œuvres de compilation de ce 
genre, consiste naturellement dans les variantes qu'elles présentent 
avec les textes déjà connus. Aussi notre Yalkout devra-t-il être pris 
désormais en considération, quand on publiera de nouvelles éditions 
de notre ancienne littérature. Déjà Louria et Straschoun ont appelé 
l'attention sur ce point; M. B. aussi a indiqué de nombreuses va- 
riantes dans ses notes, mais il n'a pas pu donner de trop grands dé- 
veloppements à cette partie de son travail. 

M. B. a édité ce Yalkout avec sa compétence et son soin habituels. 
Sauf de rares exceptions, il a indiqué partout exactement les sources, 
que Machir ne pouvait naturellement désigner que d'une façon un 
peu vague. Parfois, pourtant, Machir fait connaître la source avec 
précision, mais le passage est introuvable à l'endroit indiqué (cf. 
préface, § 48); parfois aussi toute indication manque chez Machir, et 
c'est M. B. qui l'a ajoutée [ib., § 19), ou elle est fausse et M. B. l'a 
rectifiée [ib., § 20). Le texte est bien imprimé, la préface et les notes 
donnent les renseignements indispensables, et les volumes se pré- 
sentent sous une forme attrayante. 

A la fin de sa préface (§ 21 ; cf. npinti, II, 90), M. B. examine briè- 
vement les rapports du Machiri avec le Yalkout Schimeoni et il 
prouve péremptoirement que les deux ouvrages ont une origine in- 
dépendante l'une de l'autre. M. Gaster avait cru à la priorité du 
Machiri [Revue, XXV, 44 ss.), qu'il considérait comme la source du 
Schimeoni; mais M. Epstein a démontré la fausseté de cette opinion 
(ib., XXVI, 75 ss.). Maintenant que nous avons sous les yeux la plus 
grande partie du Machiri, nous sommes mieux à même d'apprécier 
la valeur du Schimeoni, qui nous a conservé de nombreux Midraschim 
perdus, et qui possède, en outre, le mérite de s'étendre sur toute la 
Bible, d'être mieux composé, de ne pas s'égarer en des digressions 
oiseuses, d'offrir des matériaux intéressants pour l'étude critique 
des Midraschim, et d'être plus ancien que le Machiri. Ce dernier ou- 
vrage date probablement du xiv e siècle, mais n'a pas connu le 
Schimeoni. Nous devons pourtant reconnaître que le Machiri, 
comme nous avons vu, ne manque pas de valeur, et il serait à sou- 
haiter que M. Gaster nous donnât bientôt l'édition de ce Yalkout 
sur les douze petits Prophètes dont il a annoncé la publication (Re- 
vue, XXV, 44). 

1 Mainte explication d'un docteur talmudique pourait être ajoutée, d'après notre 
Yalkout, à celles que M. Bâcher cite de ce docteur dans ses ouvrages très importants 
sur l'Agada, par exemple, de 94, 14, aux paroles d'Éliézer ben Jacob; de 8, 12, 
à celles de Helbo, etc. 



286 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Bien que cette édition de M. B. n'égale pas en importance maintes 
autres éditions qu'il a données précédemment, il n'en a pas moins 
mérité, par cette nouvelle publication, la reconnaissance de tous les 
amis de la littérature midraschique. Aussi avons-nous la satis- 
faction d'annoncer que ce vénéré savant se propose de nous donner, 
par les soins de la Société Mekizé Nirdamim, tout ce qui reste du 
commentaire à forme midraschique de Menahem b. Salomon bsuî 
3"iL3 sur le Pentateuque. Nous nous permettons de lui recommander 
également la publication d'un autre Yalkout, nous voulons parler 
du ïmn Tittbn de Jacob b. Hananel Sikeli, qui existe encore sur le 
Lévitique, les Nombres et le Deutéronome. Il est vrai que cet auteur 
vivait au xiv e siècle, mais il avait sous les yeux le Yelamdènou 
et, ce qui est plus important, la Mekhilta de R. Simon (voir les com- 
munications de M. Neubauer dans Revue, XIII, 229-233, et dans 
Jeioish Quart. Review, II, 333-334). 

Varsovie, 8 mai 1900. 

Samuel Poznanski. 



P. S. Mon compte rendu élait déjà sous presse, lorsque j'ai reçu le 
n° 2 de la Zeitschrift fur hébr . Bibliographie de cette année, où 
M. Grùnhut annonce (p. 41) qu'il possède une copie du Machiri sur 
les Proverbes (malheureusement défectueuse au commencement) et 
qu'il se propose de la publier. Il est à remarquer qu'Azoulaï, dans 
Epb'naïl Ù12), s. v. t dit aussi qu'il a sous les yeux cette partie du 
Machiri; peut-être la copie de M. Grùnhut est-elle faite sur le 
même manuscrit. 

S. P. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIERES 



REVUE. 

ARTICLES DE FOND. 

Aguilo (Estanislas). La bibliothèque de Léon Mosconi 168 

Bâcher (W.). La bibliothèque d'un médecin juif 55 

Bergmann (J.). Deux polémistes juifs italiens 4 88 

Buchler (Ad.). I. Du sens des mots nbiD et ps, ^rnp et "*3T* 

dans le Midrasch. II. Le tabernacle de Sodome 454 

Ghajes (H. -P.). ISotes critiques sur le texte hébreu de l'Ecclé- 
siastique 34 

Danon (Ab.). La Commuuauté juive de Salonique au xvi c siècle. 206 

Ginsburger (M.). Les Mémoriaux alsaciens 231 

Lévi (Israël). Fragments de deux nouveaux manuscrits hé- 
breux de l'Ecclésiastique 4 

Poznanski (S.). Tanhoura Yerouschalmi et son commentaire sur 

le livre de Jooas 1 29 

Reinach (Théodore). Un préfet juif il y a deux mille ans 50 

Schapiro (D r ). Les attitudes obstétricales chez les Hébreux 

d'après la Bible et le Talmud 37 

Schwab (Moïse). Inscriptions hébraïques d'Arles 74 

Steinschneider (M.). La bibliothèque de Léon Mosconi.. . 62 et 168 

NOTES ET MÉLANGES. 

Bâcher (W.). I. Les Athéniens à Jérusalem 83 

II. Notes exégétiques 248 

III. Notes sur les nouveaux fragments de Ben Sira 253 

Gunzbourg (David de). I. Deux mots sur le travail de la création 

et sur la mère de Rébecca 251 

II. Une citation méconnue dans tD"nsiD rDDte 258 

Lambert (Mayer). I. Notes exégétiques 81 et 248 

II. Un fragment polémique de Saadia 84 et 261 

III. Le Séfer Haggalouy 260 

Lévi (Israël). I. Notes sur les nouveaux fragments de Ben Sira. 253 
II. La lettre de Ben Méir aux communautés babyloniennes 

en réponse à Saadia 261 



288 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Poznanski (Samuel). I. Quelques remarques sur une vieille 

liste de livres 87 

II. Sur uq fragment d'une collection de consultations rab- 

biniques du xiv e siècle 91 

III. La bibliothèque d'un médecin juif 264 

Schwab (Moïse). Trois lettres de David Cohen de Lara 95 

BIBLIOGRAPHIE. 

Blau (L.). I. Magic, divination and demonology among the 

Hebrews and their neighbours, par T. Witton Davis... 103 
II. L'école exégétique d'Antioche, par J. Philippe de Bar- 
jeau 1 07 

Hildenfinger (P.). Mélanges de littérature et d'histoire reli- 
gieuses, publiés à l'occasion du jubilé épiscopal de 
Mgr de Cabrières 115 

Krauss (S.). Kritische Geschichte der Talmud-Uebersetzungen 

aller Zeiten u. Zungen, par Erich Bischoff 112 

Lévi (Israël). Répertoire des articles relatifs à l'histoire et à la 
littérature juives parus dans les périodiques de 1783 
à 1898, par Moïse Schwab : 122 

Loewé (M.). Die Psychologie Ibn Gabirols, par S. Horovitz 118 

Poznanski (S.), fcpbnn ido by vvsm LDipb^, éd. par S. Buber. 282 

Reinach (Théodore). Die Tobiaden u. die Oniaden im II. Mak- 
kabàerbuche u. in der verwandten jùdisch-hellenischen 
Litteratur, par Ad. Buchler 99 

Slouschz (N.). Revue bibliographique : littérature néo- hé- 
braïque 268 

Additions et rectifications 126 

Table des matières , 287 

ACTES ET CONFÉRENCES. 

Assemblée générale du 1 or mars 1 900 i 

Allocution de M. Albert Gahen, président i 

Rapport de M. Schwab, trésorier v 

Rapport de M. Mayer Lambert, secrétaire, sur les publi- 
cations de la Société pendant l'année 1898-1899... vin 

Procès-verbaux des séances du Conseil lxxxvii 

Reinach (Salomon). L'Inquisition et les Juifs, conférence. xlix 
Sabatier (A.). La philosophie de l'histoire et l'Apocalypse 

juive, conférence lxxxv 

Vaux (Baron Carra de). Joseph Salvador et James Darmes- 

teter, conférence xxiii 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



SEANCE DU 1 er MARS 1900. 
Présidence de M. Albert Cahen, président. 

M. le Président ouvre la séance en ces termes : 

Mesdames, Messieurs, 

Me voici parvenu au terme de cette présidence que vous avez 
bien voulu me -.onner il y a un an ; j'y arrive sans fatigue — vous 
ne vous en étonnerez pas — mais non pas sans regrets. A plusieurs 
reprises, j'ai trouvé, dans l'exercice de ces fonctions si peu pénibles, 
l'occasion de la jouissance la plus délicate, celle de louer à bon es- 
cient. Là où mes éloges réduits à eux-mêmes auraient eu trop peu 
de crédit peut être, vous m'avez fortifié de votre autorité pour ap- 
plaudir en votre nom à des talents éprouvés ou naissants. Comme 
je vous remerciais naguère de l'honneur que vous me confériez, je 
vous remercie maintenant du plaisir que je vous ai 'dû. 

Ce soir encore, j'aurais des noms aimés à rappeler devant vous. 
Pourquoi faut-il qu'aux éloges aujourd'hui se mêlent d'amers re- 
grets ? C'est à la fois le plus cher et le plus triste privilège de la fonc- 
tion que j'occupe que de saluer une dernière fois les confrères que la 
destinée nous a ravis. Or l'année nous a été cruelle. Notre société 
a perdu onze de ses membres : trois membres perpétuels, M. Fried- 
la.nd, de Saint-Pétersbourg : possesseur d'une des bibliothèques 
hébraïques les plus riches du monde, sa passion de3 antiquités juives 
le faisait nôtre presque naturellement ; — M. Etienne Hecht, l'un 

ACT. ET CONF. k 



II ACTES ET CONFÉRENCES 

des membres les plus considérés delà communauté israélite de Paris; 
— enfin M. le baron Adolphe de Rothschild, que la mort vient 
de nous prendre. 

Parmi nos membres souscripteurs, je nommerai d'abord Madame 
Halfon, fille du fondateur de la bibliothèque de l'Alliance israélite, 
et qui tenait de cette origine le goût le plus éclairé de l'histoire et 
de la littérature juives ; M. Paul Calmann-Lévy, l'éditeur bien 
connu, qui nous est enlevé en pleine maturité ; M. Ernest Mayer, 
membre du Consistoire israélite de Paris ; M me la baronne Natha- 
niel de Rothschild, qu'un double lien attachait à notre Société, 
l'intérêt qu'elle lui portait elle-même et le souvenir de son fils, le 
baron James de Rothschild, notre savant et regretté fondateur ; 
M. Isaac Weill, grand rabbin de Strasbourg, dont ceux qui l'ont 
connu ont admiré également le talent et les vertus ; M. Jacques 
Wiener, président du Consistoire israélite de Belgique. 

Ce sont là des confrères dont nous appréciions le dévouement et la 
fidélité. Mais par la mort de MM. Furst et David Kaufmann, ce 
n'est pas notre Société seulement, c'est la science juive qui est 
frappée. 

M. Furst, rabbin à Mannheim, s'était spécialement consacré aux 
études lexicologiques, à l'étude surtout des mots grecs et latins qui 
sont entrés dans la langue rabbinique, et c'était, en effet, à cet ordre 
de travaux que se rapportaient la plupart des articles qu'il avait 
donnés a notre Revue. C'est à ce sujet favori que se rattache, par 
exemple, la triple série des précieuses Notes lexicographiq:ues qu'il 
nous envoyait encore l'année dernière. Une notice nécrologique lui 
sera consacrée dans un de nos prochains numéros ; mais il importait 
de dire ici combien sont justifiés les regrets qu'il nous laisse. 

Et de même, quoique un de nos collaborateurs doive raconter 
bientôt la vie et analyser les travaux de M. David Kaufmann, la 
reconnaissance fait dès ce soir au président de la Société un devoir 
de signaler particulièrement ce nom à votre pieuse admiration. Pro- 
fesseur au Séminaire israélite de Budapest, et professeur renommé, 
M. David Kaufmann, en douze ans, a publié dans notre Revue 
plus de quatre-vingt-dix articles ou notes étendues. Et ce qui n'est 
pas moins surprenant que le nombre de ses travaux, c'en est la di- 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 1 er MARS 1900 III 

versité : la grammaire, la philologie et l'épigraphie hébraïque, l'his- 
toire, histoire littéraire et artistique, histoire sociale et locale des 
Juifs au moyen âge, à l'époque de la Renaissance et dans les temps 
modernes, en France, en Italie, en Allemagne, en Turquie, il n'est 
pas une province des études juives post-bibliques qui paraisse avoir 
été fermée à cet esprit si riche et aus.-i sagace qu informé. Avec 
cela, un grand talent d'exposition ; l'allure entraînante des récits 
dans lesquels il ressuscite quelque coin de la vie des anciennes com- 
munautés de l'Europe, ou dont il fait précéder l'édition de quelque 
poésie hébraïque inédite ou peu connue, n'a d'égale que sa netteté 
à poser un problème d'érudition et à le résoudre. A considérer et le 
nombre et le prix des œuvres que laisse M. David Kaufmann, la va- 
riété des études qu'elles supposent, on serait tenté de croire que ce 
savant est arrivé plein de jours au bout de sa carrière; il est mort 
à quarante -sept ans ! 

Mais il ne suffit pas de déplorer nos pertes, il faut essayer de les 
réparer. C'est ici, Messieurs, qu'au nom de la Société elle-même, je 
me permets d'invoquer votre zèle. Certes notre avenir ne nous ins- 
pire point de crainte. Où sont cependant ces temps héroïques, où 
chacun des numéros de notre Revue nous apportait les noms de 
quelques nouveaux sociétaires? A chacun de nous, Messieurs, de 
s'évertuer un peu pour en ramener au moins une image. Faites- 
nous des amis, des recrues, dites autour de vous ce qu'a fait, ce 
que doit faire encore la Société des Eludes juives. 

Elle est avant tout une société savante, qui s'est proposé l'ex- 
ploration d'un domaine immense et multiple , mais parfaitement 
délimité . Sa tâche ne se confond avec celle d'aucune autre ; et 
elle ne le cède à aucune autre pour l'impartialité des recherches 
et de la méthode : et c'est pourquoi elle a, dès les premiers jours, 
conquis la sympathie ou l'adhésion des érudits qui ne sont guidés 
que par l'intérêt de la vérité scientifique . 

Mais sera-t-ii permis de dire ici que d'autres sentiments encore 
devraient, outre tous les chercheurs désintéressés et les savants de 
profession, nous amener tous les esprits cultivés que leurs origines 
rattachent au judaïsme ? En dehors des indifférents, qui sont peut- 
être moins nombreux qu'on ne le pense, deux sortes d'esprits se 



IV ACTES ET CONFÉRENCES 



partagent le monde : ceux que le dogme courbe sous sa discipline 
uniforme, qui compriment chez eux-mêmes comme ils redoutent 
chez les autres toute revendication du sens propre, parce qu'ils sont 
moins avides de liberté que de quiétude ; et ceux, au contraire, qui 
ne peuvent ni se détacher des questions dernières qui se posent 
d'elles-mêmes au fond de la conscience, ni renoncer, en ce domaine 
non plus qu'en aucun autre, au libre exercice de la raison ; car elle 
aussi, sans doute, elle est un instinct essentiel auquel nul ne résiste 
sans violenter sa nature. C'est un lieu commun que d'envier la sé- 
curité des premiers : j'en connais pourtant qui se consolent de ne 
pas être des leurs et qui n'échangeraient pas contre une paix spiri- 
tuelle inerte une inquiétude qui fait, à leurs yeux, toute leur dignité 
et qui protège en eux le sens du divin contre le demi-sommeil de la 
routine et du verbalisme. Dieu me garde d'engager personne dans 
ma déclaration. Mais si je ne me trompe pas, si ceux-là sont nom- 
breux, qui savent et qui veulent unir le respect des traditions et des 
croyances héréditaires avec celui des droits de la conscience indivi- 
duelle, comment l'union effective de nos libres volontés pour l'accom- 
plissement d'une œuvre qui s'inspire également du sentiment Israé- 
lite et de l'amour de la science ne leur apparaîtrait-elle pas comme 
le symbole même d'un état d'esprit qui leur si cher ? 

Ajouterai-je que nous réalisons, sur le terrain de la science, une 
autre union qui n'est pas moins nécessaire? Aux attaques du fana- 
tisme, qu'on prend pour un monstre renaissant et qui n'est sans 
doute qu'un cadavre un moment galvanisé, la Société des Etudes 
Juives oppose d'assez bonnes réponses : « Voilà, dit-elle, l'œuvre 
de nos travailleurs, et voilà celle des humbles ou des illustres dont 
leurs efforts reconstituent l'histoire : jugez-la, et, d'après elle, ju- 
gez-nous. » Je ne me fais pas dïllusion, la réplique ne suffit pas à 
la foule, qui exige des arguments plus oratoires ou plus tumultueux. 
Sur l'élite, elle est assez puissante pour qu'à plusieurs reprises les 
savants d'un autre culte aient tenu à affirmer ici même, dans des 
circonstances difficiles, leur sympathie pour les choses juives et leur 
horreur de l'injustice et de la violence. 

Ainsi, à l'intérêt scientifique, qui reste la raison d'être de notre 
Société, d'autres motifs viennent se joindre qui nous font un devoir 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 1" MARS 1900 



de persuader et d'attirer à nous toutes les bonnes volontés sur les- 
quelles nous avons quelque droit de compter. 

Pardonnez-moi donc cet appel à votre esprit de prosélytisme et 
puisse-t-il ne pas rester sans écho ! 

Favoriser la Société des Études juives, c'est servir la cause de la 
science et de l'esprit scientifique ; mais c'est par là même travailler 
au triomphe définitif de la liberté religieuse et de la tolérance. 

M. Moïse Schwab, trésorier, rend compte comme suit de la situa- 
tion financière : 

Pendant l'exercice 1899, le compte des dépenses de la Société 
s'est trouvé sensiblement surchargé, pour les raisons que le tableau 
suivant va vous faire connaître : 

Recettes. 

En caisse 73 fr. 60 c. 

Cotisations 7.104 » 

Ventes diverses par les libraires 1 . 457 50 

Intérêts des valeurs,, divers et compte courant chez 

MM. de Rothschild 3.632 65 

Souscription du Ministère de l'Instruction publique. 375 

Vente d'exemplaires du Répertoire de littérature 

juive 350 



» 



Total ,. 12.992 fr. 75 c. 



Dépenses. 

Impression du n° 74 1 .051 fr. 55 

— — 75 1.265 » , 

, ,^ > 4.481 55 

— — 76 1.131 » 

— — 77 1.034 » 

Souscription au Répertoire de littérature juive 800 » 

5.281 fr. 55c. 



A reporter 5.281 fr. 55 c. 



VI ACTES ET CONFÉRENCES 

Report 5.281 fr. 55c. 

Honoraires du n° 74 722 fr. 60 

— — 75 750 80 

— — 76 760 » 

— — 77 735 20 

2.968 60 

Honoraires de deux collaborateurs de la traduction 

des œuvres de Josèphe 1 . 000 » 

Appointements du secrétaire de la rédaction et du 

secrétaire-adjoint 2 . 400 » 

Distribution de quatre numéros et envois divers. . . 425 » 

Magasinage et assurance 150 » 

Assemblée générale, gratifications, impression des 

discours et cartes de conférence 377 35 

Encaissements : Paris, province et étranger - 115 45 

Timbres-poste et d'acquit, redevances postales et 

frais de bureau 97 60 



Total 12.815fr.55c. 

Recettes 12.992 75 



Excédent de recettes 177 fr. 20 c. 



Cette balance favorable n'est due, il est vrai, qu'au rembour- 
sement de deux obligations du chemin de fer Paris-Ljon-Méditer- 
ranée. C'est donc une légère entaille au capital. Cependant ce 
déficit, plus apparent que réel, n'est pas bien grave, car il tient à 
plusieurs causes passagères. D'abord, les conférences données par la 
Société ont été plus nombreuses qu'à l'ordinaire et surtout plus 
coûteuses. Si c'est un certain luxe que de donner des soirées 
littéraires, ce luxe sert à faire connaître notre œuvre au delà du 
cercle restreint de nos adhérents. 

Ensuite, le Répertoire de littérature juive, subventionné par notre 
Société et publié dans le dernier trimestre de l'année 1899, n'avait 
pas, à la fin de cet exercice, donné tout le rendement que nous en 
attendions. Or, nous savons déjà qu'en 1900 le découvert résultant 
de ce chef sera presque comblé. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 1 er MARS 1900 VII 

Enfin, une nouvelle somme de 1000 francs a été remise à deux 
collaborateurs de la traduction des œuvres de Josèphe, dont le 
premier volume paraîtra sous peu. Votre Comité de publication a 
la conviction que le produit de la vente de ce volume couvrira les 
frais, tant de traduction que d'impression. L'avenir démentirait-il 
cette espérance que nous croirions encore avoir bien fait en entre- 
prenant une œuvre qui fera honneur à notre Société. 

M. Maver Lambert, secrétaire, lit le rapport sur les publications 
de la Société pendant l'année 1898-1899 (voir, plus loin, p. vin). 

M. Salomon Reinach fait une conférence sur Y Inquisition et les 
Juifs. (Voir plus loin, p. xlix). 

Il est procédé aux élections pour le renouvellement partiel du 
Conseil. 

Sont élus : 

MM. Albert- Lévy, Maurice Bloch, Hartwig Derenbourg, 
J.-H. Dreyfuss, Zacloc Kahn, Israël Lévi, D r Henri de 
Rothschild, Maurice Vernes, membres sortants. 

Est élu président de la Société pour l'année 1900 : M. Maurice 
Bloch. 



RAPPORT 



SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE 

PENDANT L'ANNÉE 1898-99 

LU A L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 1" MARS 1900 
Par M. Mayer LAMBERT, secrétaire. 



Mesdames, Messieurs, 

S'il est vrai que l'ennui naquit de l'uniformité, la Revuene devrait 
pas être ennuyeuse, car elle contient des articles très variés. La 
rubrique « Etudes juives » est vaste; elle embrasse l'histoire poli- 
tique et littéraire des Israélites, la jurisprudence talmudique, la 
grammaire et la lexicographie hébraïque et araméenne ; le folklore, 
l'archéologie et l'histoire de l'art touchent à nos recherches par cer- 
tains côtés. Aussi la tâche de celui qui doit vous donner la quintes- 
sence de ces travaux est-elle assez difficile. Il devrait être, comme 
l'a dit M. Théodore Reinach, une encyclopédie vivante. Or, de notre 
temps, il n'y a plus beaucoup de Pic de la Mirandole pour disserter 
sur tout ce qui peut être connu et même sur ce qui ne peut pas 
l'être. La division du travail oblige les savants ou ceux qui veulent 
passer pour tels à se spécialiser. Une qualité seule peut suppléer à 
cette imperfection des érudits modernes, c'est la facilité d'assimila* 
tion que j'admire. . . chez mes prédécesseurs. Pour ma part, ne pou- 
vant apprécier à leur juste valeur les travaux de nos collabora- 
teurs, je me bornerai à vous tracer aussi rapidement que possible les 
grandes lignes des questions traitées cette année dans notre recueil. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ IX 

C'est par la Bible que le judaïsme a fait la conquête, non maté- 
rielle, mais morale du monde et c'est grâce au Talmud que les Is- 
raélites ont maintenu leur individualité et ne se sont pas laissé 
absorber dans les autres sociétés politiques ou religieuses. Notre 
Revue a apporté elle aussi, à la science biblique et talmudique, 
d'utiles contributions. Toutefois cette année, la récolte, en ce qui 
concerne les études bibliques proprement dites, a été un peu 
maigr e, et je crois pouvoir me dispenser de vous parler de l'une 
d'elles, qui a pour titre : L'article dans la poésie hébraïque l , et pour 
auteur votre secret aire. 

J'aime mieux vous faire connaître un travail historique de 
M. Sack 2 sur Juda et Israël : 

Dans un grand nombre de pays on remarque une opposition entre 
les gens du Nord et ceux du Midi; car le climat influe sur le tem- 
pérament des hommes. Vous connaissez en France la rivalité entre 
les Septentrionaux et les Méridionaux, vous la retrouvez en Pales- 
tine. Ce n'est pas seulement en politique que les Israélites du Nord 
se séparent des Judéens, ils ont des traditions religieuses différentes. 
Pour eux, Josué l'Ephraïmite est un législateur, et c'est lui qui 
fait disparaître le culte des idoles. La Tora du Nord, selon M. Sack, 
était surtout consacrée aux préceptes du culte, tandis que celle de 
Jérusalem ne s'occupait que de morale. C'est quand les prêtres 
d'Israël, à la chute de Samarie, vinrent en Judée, que le sacerdoce 
prit une grande importance. 

Les théories de M. Sack peuvent être contestées, mais elles mé- 
ritent d'attirer notre attention, parce qu'il est rare de voir les 
Israélites s'occuper de l'histoire sainte dans un esprit critique. Ils 
n'aiment pas modifier leurs idées traditionnelles, qu'il est, d'ail- 
leurs, plus facile de détruire que de remplacer. 

Saadia est le premier Israélite qui ait composé des commentaires 
rationnels sur la Bible. C'est lui qui peut être considéré comme le 
véritable fondateur des Etudes juives. Lexicographie, grammaire, 
exégèse, théologie, jurisprudence, il a écrit sur toutes ces branches. 
Dans la publication de ses œuvres, qu'avait entreprise notre regretté 

1 T. XXXVII, p. 263 et suiv. 
1 T. XXXVIII, p. 172. 



ACTES ET CONFÉRENCES 



maître, M. Joseph Derenbourg, figurent la traduction et le com- 
mentaire du livre des Proverbes. M Heller 1 , à l'aide de cet ou- 
vrage, caractérise la méthode exégétique du Gaon. Saadia, avec 
toute la chaleur de son âme, est l'esprit le plus net et le plus systé- 
matique qui puisse exister. Il aime les catégories, les énumérations. 
Par exemple, il énonce les conditions nécessaires pour acquérir la 
sagesse. 11 faut, dit-il : 1° l'aptitude individuelle ; 2° l'amour de la 
sagesse; 3° un maître qui l'enseigne ; 4° les ressources matérielles ; 
5° le temps. Celui qui réunit tout cela est sûr de devenir un sage 
accompli. Comme traducteur, Saadia cherche avant tout à être 
clair ; il veut que le texte ait un sens, et s'il n'en a pas, il lui en 
donne un. Ce qui manque à Saadia, c'est le sentiment esthétique. Il 
ne comprend pas le parallélisme, qui est la marque principale de la 
poésie hébraïque; pour lui, il ne peut pas y avoir de pensée répétée, 
et, quand une idée est exprimée deux fois, il lui -découvre deux ap- 
plications différentes. 

M. Eppenstein 2 nous donne un fragment du commentaire de Job, 
composé par Joseph Kimhi, le père du célèbre grammairien David 
Kimhi. On ne possédait qu'une partie de ce commentaire ; le texte 
publié par M. Eppenstein comble heureusement la lacune. 

Devons -nous ranger parmi les exégètes le grammairien latin 
Virgilius Maro, dont nous parle M. Krauss 3 , et qu'il ne faut pas 
confondre avec son homonyme, le poète ami d'Auguste? Cet écri- 
vain résidait dans la Gaule méridionale — c'était donc notre com- 
patriote — et vivait au vi e siècle, à une époque vide de littérature. 
Il fait des comparaisons singulières entre l'hébreu et le latin. Il 
rapproche les vingt-deux lettres de l'alphabet hébreu des vingt-deux 
formes du verbe latin. Pour expliquer l'origine du mot ciel, il cite 
un verset de Sophonie. Le mot latin re$, chose, est, selon lui, un 
mot capital, parce que resch en hébreu veut dire « tête ». Ces éty- 
mologies épouvanteraient ceux qui s'occupent de philologie com- 
parée; mais il est curieux de voir un grammairien gaulois, à la fin 
de la période romaine, mettre de l'hébreu dans ses œuvres. 

1 T. XXXVII, p. 72-85 et 226-251 . 
* Ibid.j p. 86 et suiv. 
8 T. XXXVIII, p. 231 et 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XI 

Plutarque et Tacite ne se piquent pas de savoir l'hébreu, mais ils 
s'intéressent aux Juifs et à leur religion. Tous les deux s'occupent 
du rapprochement qui avait été fait entre le dieu d'Israël et Bac* 
chus. Plutarque le croit justifié et établit un rapport entre la fête 
des Cabanes et les Bacchanale*. Il parle d'une seconde fête où l'on 
invoque clairement Bacchus : il a en vue le jour de Hoschcma Ràbha % 
qui avait une grande importance à la fin du second temple. Tacite, 
au contraire, dit qu'il n'y a pas de rapport entre Bacchus et le dieu 
des Juifs, parce que celui-là a institué des rites brillants et joyeux, 
tandis que les coutumes juives sont bizarres et moroses. Ce que 
c'est que de voir les choses du dehors ! L'écrivain grec transforme 
le Dieu invisible en dieu du vin, et l'auteur latin trouve que les 
cérémonies juives sont tristes. Combien de gens ne connaissent 
pas mieux le judaïsme que ces grands historiens et en parlent 
avec la môme assurance! M. Bùchler examine en détail les pas- 
sages de Plutarque et de Tacite et en indique les sources pro- 
bables * . 

La Bible est augmentée dans le canon grec d'un certain nombre 
d'écrits, dont l'original hébreu est perdu et qui ont été relégués au 
rang d'apocryphes par les protestants. Un des plus importants est 
Y Ecclésiastique ou la Sapience de Ben Sira, qui, dans ces derniers 
temps, a suscité une foule d'articles, de brochures et de livres. On a, 
en effet, découvert dans la Gueniza du Caire (on appelle gueniza 
l'endroit où Ton déposait les livres hors d'usage), parmi une foule 
de feuillets et de fragments divers, des pages d'un ou plusieurs 
manuscrits contenant une partie du texte hébreu de Ben Sira. 
M. Scheehter, professeur à Cambridge, en publia le premier un 
feuillet, qu'il avait reçu de deux voyageuses anglaises, M me8 Lewis 
et Gibson, et dont il avait tout de suite reconnu la nature. Puis ce 
fut le tour de MM. Neubauer et Cowley, qui éditèrent, non plus un, 
mais neuf feuillets du texte hébreu. Alors les savants étudièrent 
avec le plus vif intérêt ces fragments et ils furent unanimes — pour 
un temps — à déclarer qu'on tenait bien l'original de l'Ecclésias- 
tique. C'était une découverte d'une importance extrême, car on 

1 T. XXXVII, p. 181 et suiv. 



XII ACTES ET CONFÉRENCES 

allait savoir avec certitude quel hébreu on parlait à l'époque de Ben 
Sira, époque qui peut être précisée à soixante ou quatre-vingts ans 
près, et on aurait un élément de plus pour fixer la date des livres 
de la Bible. Toutefois certaines difficultés se présentaient. Le texte 
avait été visiblement altéré par les copistes, sans parler de l'état 
défectueux des manuscrits, et, enfin, la langue de l'auteur était un 
peu déconcertante. A côté de phrases écrites dans l'hébreu le plus 
pur, elle contenait des modernismes talmudiques et des syriacismes. 
Un Anglais, M. Margoliouth, lance une brochure où il prétend que 
le texte hébreu n'est que la traduction d'une version persane. Son 
hypothèse est rejetée par les savants; mais, après la publication de 
nouveaux fragments par M. Schechter, M. Israël Lévi, qui dès l'ori- 
gine avait eu quelques doutes, combat à son tour l'originalité du texte 
à l'aide d'arguments très sérieux. Et nous voilà replongés dans l'in- 
certitude, car d'autres érudits maintiennent l'authenticité. Nous 
aurons l'occasion, nous ou un autre, de revenir sur ce sujet 
l'année prochaine, car M. Lévi nous annonce une série d'articles 
qui ne manqueront pas d'apporter quelque lumière dans ce pro- 
blème obscur, et peut-être, jusque-là, l'accord se sera-t-il fait entre 
les hébraïsants ; mais n'y comptons pas trop. En attendant, je 
me contente de vous dire qu'à côté de M. Lévi ', M )A. Bâcher 2 et 
Bïichler 3 se sont occupés de l'Ecclésia>tique dans notre Revue. 

C'est dans un autre apocryphe, Tobit, que se trouvent men- 
tionnés Ahikar, un sage illustre, et son neveu Adan ou Nabal, un 
monstre d'ingratitude. Il y a toute une littérature légendaire sur 
cet Ahikar. C'était un ministre de Sennachérib, qui avait adopté 
un neveu et l'avait comblé de bienfaits; mais lassé de son incon- 
duite, il le chasse. Celui-ci se venge en inventant une fausse cor- 
respondance entre le ministre et les ennemis du roi. Il n'y a rien 
de nouveau sous le soleil, a dit Kohélet. Il s'arrange pour que la 
correspondance tombe entre les mains du roi, et celui-ci ordonne 
de mettre à mort Ahikar. Mais l'officier chargé de le tuer avait été 
sauvé par le ministre ; il exécute à sa place un condamné à mort et 

1 T. XXXVII, p. 216 et suiv. 

* Ibid, p. 308 et suiv. _ ...< 

3 T. XXXVIII, p. 137 et suiv. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XIII 

cache Ahikar dans un souterrain de son propre palais. Or, le roi 
d'Egypte lance un défi au roi de Babylone, et lui propose des 
énigmes. Entre autres, il demande qu'on lui bâtisse un château 
entre ciel et terre. L'enjeu se compose d'un tribut de trois ans. Le 
souverain assyrien se lamente et regrette amèrement Ahikar. L'of- 
ficier raconte alors ce qu'il a fait. Sennachérib, enchanté de re- 
trouver son sage ministre, l'envoie en Egypte ; Ahikar répond vic- 
torieusement à toutes les questions de Pharaon. A son retour, il 
enferme son neveu dans un cachot et lui fait un discours tel que 
le corps du neveu se gonfle et crève. 

M. Th Reinach 1 , dans son piquant article sur Ahikar, montre 
que le fond de l'histoire est un mythe solaire — le jour succédant à 
la nuit — et doit avoir une origine babylonienne. Avec notre col- 
lègue, l'érudition devient amusante. 

Le grec s'étant introduit en Palestine sous le gouvernement des 
Ptolémées et des Séleucides, un grand nombre de mots tirés de cette 
langue et surtout les expressions administratives se trouvent dans 
la Mischna et les Midraschim. Les Romains ont, à leur tour, apporté 
des termes latins relatifs a l'armée et aux impôts. Notre regretté 
collaborateur M. Furst 2 a cherché à élucider le sens et l'étymo- 
logie de plusieurs de ces vocables grecs ou latins. 

Les mots les plus répandus sont souvent ceux dont la signification 
primitive est la moins connue. Tout le monde sait que le mot 
Mischna désigne la rédaction du code talmudique faite par R. Juda 
Ha-Nassi. M. Bâcher 3 nous apprend que ce mot avait d'abord un 
sens plus général et désignait l'ensemble des études relatives à la loi 
orale. La Mischna comprenait le midrasch, ou interprétation des 
textes bibliques, la ha lâcha, ou règles religieuses établies, et la 
haggada ou enseignement tiré de la Bible. 

Une expression talmudique célèbre, minim, a donné lieu à une dis- 
cussion intéressante entre M. Friedlaender 4 d'une part, MM. Ba- 

1 XXXVIII, p. 1 et suiv. 

1 T. XXXVII, p. 65 et suiv.; t. XXXVIII, p. 64 et suiv. ; p. 140-141; 
p. 220 et suiv 



3 T. XXXVIII, p. 211 et suiv. 
* T. XXXVH, p. 14 et suiv.; p, 



194 et suiv. 



XIV ACTES ET CONFÉRENCES 

cher 1 et Israël Lévi 2 de l'autre. Le mot minim, d'après l'opinion 
courante, désigne les chrétiens. Le mot veut dire secte, et par ex- 
tension, comme l'explique M. Bâcher, sectaires, de même que le mot 
goy désigne d'abord une nation, puis un individu de la nation, 
un païen. M. Friedkender croit que ce mot min s'applique aux Juifs 
gnostiques, — on appelle gnostiques ceux qui croient posséder une 
connaissance mystique de la divinité — et, en particulier, aux parti- 
sans de l'ophianisme, ou adorateurs du serpent, qui a apporté la 
gnose à Adam. Ce qui caractérisait les gnostiques juifs, d'après 
M. Friedkencler, c'était leur dédain pour la loi, rantinomisme. 
M. Friedlaender retrouve le gnosticisme même dans l'Antéchrist, 
qui serait le représentant des hérésies impies ou antinomistes, et 
qui est comparé au dragon ou serpent. M. Friedhender applique 
donc les passages talmudiques où il est question des minim aux 
gnostiques. Mais M. Bâcher fait remarquer que les exemplaires du 
Talmud non censurés parlent en toutes lettres de Jésus ; donc il 
s'agit de chrétiens. M. Friedlamder réplique que les phrases où il 
est question de Jésus sont interpolées. A. son tour, M. Lévi, s'atta- 
chant au contexte des passages invoqués par M. Friedlœnder, 
montre que le mot minim désigne tantôt des Sadducéens, tantôt des 
Samaritains, tantôt des Chrétiens, qui peuvent être des gnostiques 
et ne pas employer un langage conforme à l'orthodoxie chrétienne. 
La chronologie talmudique a-t-elle une valeur? On a mis en 
doute l'exactitude des dates que fournit un docteur, R. Ismael, et 
qui concernent les événements antérieurs à la destruction du temple 
et la succession des différents gouvernements qui ont dominé en 
Palestine. M. Lehmann 3 veut que ces dates soient réelles ; il précise 
les faits auxquels elles se rapportent.. Notamment il explique l'er- 
reur qui s'est introduite dans la chronologie juive, erreur de 180 ans, 
car la période perse, au lieu de s'étendre sur 214 ans, est réduite 
à 34. On aurait confondu la période perse avec la période à partir 
de laquelle on a compté les années sabbatiques. La confusion est 
étrange, mais on sait, d'autre part, que la succession des rois de 

1 T. XXXVII, p. 38 et suiv. 

3 Ibid., p. 204. 

* Ibid., p. 1 et suiv. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XV 

Perse était devenue de bonne heure confuse dans l'esprit des écri- 
vains juifs. 

Au cours de son travail, M. Lehmann montre que le procès de 
Jésus ne fut pas religieux, mais politique, et que, par conséquent, 
les Juifs ne sont pas responsables de sa condamnation ; d'autant 
plus que le Sanhédrin, à ce moment, s'était interdit toute condam- 
nation capitale. M. Théodore Reinach était déjà arrivé à la même 
conclusion à l'aide d'autres arguments. 

Dans le Talmud on rencontre souvent plusieurs rabbins portant le 
même nom, et on a beaucoup de mal à rendre à chacun ce qui lui 
revient. M. Bank 1 s'est occupé des rabbins appelés Zeïra, petit, 
et il prouve qu'il y en avait quatre de ce nom, au lieu de trois, 
comme on le croyait. A ce propos, M. Bank marque la diffé- 
rence entre l'enseignement en Babylonie et en Palestine. En Baby- 
lonie florissaient les esprits subtils, qu'on appelait renverseurs de 
montagne ou amateurs d'épices {pilpelan) ; on disait qu'ils faisaient 
entrer un éléphant dans le trou d'une aiguille. On comprend que 
l'un des Zeïra ait préféré la méthode moins brillante, mais plus solide 
des Palestiniens. 

Le Talmud est accompagné de petits traités parmi lesquels un 
surtout est intéressant, il est intitulé : Traité du chemin de la terre, 
mot qui désigne à la fois la morale et la politesse. M. Krauss* a ter- 
miné son étude sur ce traité, qu'il considère, à cause des nombreux 
proverbes qui y figurent, comme appartenant à la littérature gno- 
mique; et il le met à la suite des Proverbes et de l'Ecclésiastique 
de Ben Sira. 

Heureux les peuples qui n'ont pas d'histoire : Israël a une histoire 
et elle est presque toujours douloureuse La Palestine a été jadis le 
champ de bataille des grandes nations militaires, et maintenant c'est 
encore Israël qui reçoit les coups que se distribuent les partis poli- 
tiques. La plupart des études historiques que contient la Revue 
nous décrivent les persécutions qu'Israël a subies à toutes les 
époques . 

Les Macchabées, après s'être délivrés de l'oppression syrienne, 

* T. XXXVIII, p. 47 et suiv. 
1 T. XXXVII, p. 45 et suiv. 



XVI ACTES ET CONFÉRENCES 

cherchèrent à se garantir contre les attaques des derniers Séleu- 
cides Ils sollicitèrent l'appui des Romains M Th Reinach 1 fixe la 
date de deux décrets accordés par le sénat de Rome à des ambas- 
sades juives. L'un se rapporte à l'envahissement du territoire juif 
par Antiochus de Cyzique, l'autre à l'investiture des fils de Hyr- 
can I er . Les princes juifs qui demandaient l'investiture aux Romains 
faisaient des cadeaux valant un ou plusieurs millions. Si seulement 
l'alliance romaine n'avait coûté que de l'argent; mais c'était l'indé- 
pendance juive qui était mise à la discrétion des Romains I Les alliés 
devaient devenir un jour les maîtres! 

M. Th. Reinach 2 également étudie des papyrus concernant les 
Juifs d'Egypte dans les premiers siècles de l'ère vulgaire. Nous y 
apprenons, entre autres choses curieuses, qu'un nommé Jacob, fils 
d'Achille, était gardien d'un temple de Sérapis. Religions et nationa- 
lités étaient singulièrement mélangées! Un autre papyrus nous rap- 
porte les insolences qu'un certain agitateur Appiahos, admirateur des 
antisémites Lampon et Isidore, adresse à l'empereur Commode. On 
peut les lui pardonner, puisqu'il les profère au moment d'être con- 
duit au supplice. 

Franchissons l'espace et le temps, et nous nous trouvons au 
moyen âge, en France. M. Paul Meyer a publié un livre de comptes 
tenu par un marchand drapier de Forcalquier. Les clients, quand ils 
savaient écrire, y marquaient eux-mêmes leurs achats. Les clients 
israelites écrivaient en hébreu. A propos de ce livre, M. Israël 
Lévi 3 donne quelques détails sur la communauté de Forcalquier. 
Nous apprenons qu'en 1344 un nommé Samson fut assassiné par 
la foule, qui l'accusait de meurtre rituel ; en 1349, les Juifs furent 
pillés et massacrés ; au xv e siècle, les écoliers fêtaient la Sainte- 
Catherine et la Saint-Nicolas en vexant les Juifs, qui étaient obligés 
de leur payer une redevance. On expulsait les Israélites quand il 
y avait des cas de peste dans la vil e. 

Une des sources les plus importantes pour l'histoire juive est 
fournie par les recueils de consultations adressées aux rabbins sur 

1 T. XXXVIII, p. 161 et suiv. 
* T. XXXVII, p. 218 et suiv. 
3 T. XXXVIII, p. 239 et suiv. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XVII 

des points de casuistique. M. Israël Lévi 1 a utilisé un ouvrage de 
ce genre qui apporte nombre de renseignements inédits sur l'histoire 
des Juifs de la France méridionale. 

Quittons la France pour 1 Italie. Dante, le grand poète italien, 
fut-il l'ami du poète hébreu Manoello? On l'a contesté. M. Kauf- 
mann 2 , dont votre président déplorait à si juste titre la perte, 
croit pouvoir établir, en s'appuyant sur des sonnets italiens écrits 
par des amis de Dante, qu'il y a eu une liaison amicale entre les 
deux poètes. En tout cas, le Dante exerça une influence sur Manoello, 
qui composa aussi des poèmes italiens. Dans ces poèmes Manoello, 
qui était observateur strict du judaïsme, traite les religions sur un 
ton badin. Quelle étrange influence la langue exerce sur la pensée ! 

M. Kayserling 3 nous amène en Espagne, à l'époque où la situa- 
tion des Juifs, qui avait été si florissante, décline de plus en plus. 
Dans le Sud/ à Séville, le moine Ferrand Martinez excite la haine 
populaire contre les israélites. Prêchant dans les églises ou sur la 
place publique, il leur impute tous les vices possibles. Les rois 
Henri II et Jean I er ordonnent au moine de se modérer : il se moque 
des édits royaux. Les Juifs le citent devant le tribunal suprême : 
après avoir employé quelques moyens dilatoires Ferrand déclare 
que, pour le salut de l'Église, il aurait dû faire encore plus de mal 
aux Juifs, qui, prétend-il, ont essayé de le corrompre. L'archevêque 
de Séville veut lui aussi calmer le zèle du moine, qui allait jusqu'à 
attaquer l'autorité du pape : Ferrand se révolte contre l'archevêque, 
il est destitué. Mais, à la mort de l'archevêque, il est nommé 
vicaire général. Il s'empresse de donner l'ordre de démolir les 
synagogues. Les Juifs s'adressèrent au nouveau roi Henri III, qui 
prescrivit au chapitre épiscopal de cesser ses menées ; mais Martinez 
répondit que le clergé n'était pas soumis au roi dans les affaires 
religieuses. La régence laissa Martinez continuer ses excitations. 
En 1391 la populace se jeta sur les Juifs et en massacra des milliers. 
De Séville le mouvement se propagea dans les autres provinces. 

1 T. XXXVIII, p. 103. 
* Ibid., p. 252. 

s Ibid , p. 137 etsuiv. ; iè„ p. 266 et suiv.;Jt. XXXVIII, p. 142; iî., p. 2îi7 
et suiv. 

ACT. ET CONF. B 



XVIII ACTES ET CONFÉRENCES 

A Tolède on détruit les treize synagogues. Quant à Martinez, il 
subit une courte détention, et il mourut honoré et en odeur de 
sainteté. 

Dans le Nord on infligeait aux Juifs toute sorte de vexations. 
Dans le royaume de Léon les prieurs des couvents faisaient annuler 
les engagements qu'ils avaient pris envers les Juifs. Les abbés les 
font incarcérer pour leur extorquer de l'argent et ne respectent pas 
les ordonnances royales. Parfois ils font baptiser de force les israé- 
lites. En 1490 une communauté avait fait bâtir une synagogue. Le 
curé s'en empara, enleva les livres de la Loi et transforma la syna- 
gogue en église. Les Juifs en appelèrent à l'évêque. Celui-ci déclara 
qu'un édifice une fois consacré au culte catholique ne pouvait 
recevoir d'autre destination; mais le curé devait rebâtir une autre 
synagogue. Deux ans plus tard les Juifs étaient expulsés d'Espagne. 
Parmi ceux qui durent quitter leur pays était Abravanel, qui était 
le ministre même de Ferdinand le Catholique et qui auparavant 
avait été ministre du roi de Portugal. Il se rendit à Venise. 
M. Kaufmann nous apprend qu'Abravanel essaya de nouer des 
relations commerciales entre Venise et son ancienne patrie, pour le 
trafic des épices indiennes. 

Quelles que fussent les souffrances des Juifs déclarés, elles 
n'égalèrent pas celles des marranes, c'est-à-dire des Juifs qui s'étaient 
convertis en apparence au christianisme. M. Kayserling, en s'ap- 
puyant sur des documents publiés par des savants espagnols, le père 
Fidel Fita et don Ramon Santa-Maria, nous donne quelques détails 
sur l'Inquisition, dont M. Salomon Reinach va vous entretenir ce 
soir, et raconte les efforts désespérés que tentèrent contre elle les 
marranes. Les inquisiteurs recevaient un manuel où on leur indiquait 
les moyens de reconnaître les faux chrétiens. Les marranes, paraît- 
il, baignaient leurs nouveau-nés le septième jour dans un bassin où 
l'on mettait de l'or, de l'argent, des perles, du blé, de l'avoine, etc., 
et prononçaient certaines paroles. Le samedi, ils mangeaient un 
met appelé «ni, que M. Kayserling compare au schalet et qui res- 
semble plutôt à la kovgeh Ils célébraient les fêtes juives. 

Les marranes de Séville formèrent un complot contre les inqui- 
siteurs, mais qui échoua par la faute de la fille d'un des conjurés ; 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XIX 

et l'Inquisition, à peine installée, fît brûler des milliers de marranes. 
Dans l' Aragon, après le meurtre d'un inquisiteur, bien d'autres Juifs 
d'origine furent livrés au supp ice A l'avènement de Charles-Quint 
les marranes crurent trouver une occasion favorable pour attaquer 
l'Inquisition. Ils s'adressèrent au nouvel empereur et au pape 
Léon X. Celui-ci semble avoir écrit une bulle conforme aux désirs 
des marranes, mais elle ne fut jamais promulguée. Quant à Charles- 
Quint, il intervint, mais en faveur de l'Inquisition, et, Léon X 
accédant au désir de l'empereur, cette institution put continuer en 
paix son œuvre sanglante. 

Le protestantisme, qui s'est révolté contre le catholicisme, lui a 
emprunté parfois ses procédés cruels à l'égard des hérétiques. L'his- 
toire d'Antoine, que nous raconte M. Julien Wei 1 ! , nous en offre un 
lamentable exemple. Né à Briey en Lorraine, dans une famille 
catholique, Antoine fut élevé chez les Jésuites; mais de son éduca- 
tion il ne garda que la haine du papisme, et, âgé de vingt ans, il alla 
à Metz et se convertit au protestantisme. Puis il passa à Sedan, 
revint à Metz. Le rationalisme qui l'avait poussé hors de la confes- 
sion catholique devait forcément l'entraîner plus loin, et il commença 
à se détacher intérieurement des dogmes chrétiens. Il voyagea en 
Italie et essaya de passer au judaïsme, mais les communautés juives 
l'en dissuadèrent. De retour à Genève, malgré ses idées judaïsantes 
il se fit nommer pasteur à Divonne. La nécessité de vivre l'avait 
contraint à cette compromission, mais elle devait lui coûter la vie. 
Il ne put cacher ses opinions, et, tantôt dans des accès de fièvre, 
tantôt en pleine possession de lui-même, il attaqua violemment la 
divinité de Jésus Cité devant le conseil ecclésiastique de Genève, il 
soutint avec fermeté ses idées, discutant avec pénétration les textes 
de l'Écriture. Condamné à être étranglé et brûlé, il accepta avec 
une joie farouche de mourir pour le Dieu d'Israël. Nous devons à 
la vérité de dire qu'une imposante minorité se déclara contre la 
peine capitale et que la sévérité de la sentence fut presque partout 
blâmée. La tolérance religieuse commençait à se faire jour. . . Elle 
continue a commencer. 

1 T. XXXVII, p. 151 et suiv. 



XX ACTES ET CONFERENCES 

L'Islam apporte aussi son contigent de persécutions. En 1790, 
pondant qu'en France on émancipait les Juifs, les Israélites du 
Maroc étaient attaqués; on détruisait leurs livres, on pillait les 
synagogues. Une élégie publiée par M. Kaufmann * rappelle leurs 
souffrances. 

Les Israélites se consolaient de leurs maux par l'espérance en la 
venue du Messie. Des Messies sont venus, mais c'étaient de faux 
Messies, tel ce Sabbataï Cevi, qui souleva une si grande agitation au 
xvn e siècle. M. Danon* nous donne des renseignements sur les 
partisans de cet imposteur. 

La pratique de la religion a donné aux pieux Israélites des conso- 
lations plus efficaces. Qu'elles étaient douces pour eux, ces soiréeâ 
de Pàque, où ils récitaient avec tant de ferveur la Haggada ! Ce 
petit recueil, qui racontait la délivrance de l'Egypte, et qui en pré- 
disait une autre, a inspiré les artistes juifs. Certains exemplaires, 
grâce aux miniatures pleines de grâce et de sentiment qu'ils ren- 
ferment, ont une valeur inestimable. Les images représentent les 
cérémonies religieuses, comme la préparation des azymes, la célé- 
bration du Séder; puis les divers événements de l'histoire d'Israël 
et, en particulier, la sortie d'Egypte. Chaque image, dans l'exem- 
plaire que nous décrit M. Kaufmann 3 , est accompagnée d'une 
légende composée de deux vers très courts. Les enlumineurs juifs 
n'ont pas toujours observé la couleur locale; la baleine de Jonas 
ressemble à une carpe, le palais de Salomon est gothique; mais ils 
montrent une véritable originalité et ils n'ont pas copié servilement 
les tableaux chrétiens. 

Les ennemis des Juifs prétendent qu'une entente merveilleuse 
existe toujours entre eux. Nous voudrions bien qu'il en fût ainsi, 
mais il suffit d ouvrir la Revue pour voir que l'union n'a pas régné 
chez les Israélites plus qu'ailleurs. Il y a eu , chez eux aussi, 
des luttes entre les fanatiques et les esprits éclairés. Le Meor 
Enayim, ouvrage de critique et d'archéologie composé par le 
célèbre Azaria de Rossi, au xvi e siècle, fut jugé trop libéral, et 

* T. XXXVII, p. 120 et suiv. 

* JÙid., p. 101 et suiv. 

» T. XXXVIII, p. 174. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XXI 

M. Kaufmann prouve qu'il resta en interdit jusqu'au xvn° siècle *. 

Ils ont eu aussi des conflits entre administrés et administrateurs. 
M. Bauer 2 nous raconte une révolte de la communauté d'Avignon 
en 1643, contre ses bayions. Ceux-ci, qui étaient les richards, 
avaient voulu modifier le cens électoral de manière à exclure un 
grand nombre d'électeurs et d'éligibles. Pour empêcher toute oppo- 
sition, ils menaçaient de l'excommunication quiconque critiquerait 
leurs décisions. La communauté adressa au viguier une requête où 
elle protestait contre cette mesure et demandait que les livres des 
bayions fussent examinés. Cela surtout dut déplaire aux bayions : 
c'est gênant d'avoir une comptabilité que le public peut contrôler. 
Ils refusèrent de donner la clef du local où les livres étaient 
déposés. Blâmés par le viguier, ils en appelèrent au vice-légal, 
qui les renvoya au viguier. Celui-ci donna raison aux opposants, 
et il est probable qu'on finit par se mettre d'accord. 

Contrairement à tant d'autres peuples, les Juifs n'ont guère laissé 
de monuments en pierre. Aussi l'épigraphie hébraïque se réduit-elle 
presque uniquement à des inscriptions funéraires. M. Schwab 3 a 
reproduit, d'après un travail de M. Lazard, une série d'épitaphes 
datant du xm e siècle et provenant du cimetière juif de la rue 
de la Harpe. Il étudie 4 également, à l'aide d'une copie faite par 
M. Lipmann, capitaine d'artillerie, un graffite écrit par un Juif dans 
le donjon de Montreuil-Bonnin, département de la Vienne, où il 
avait été emprisonné. Pourquoi y avait-il été enfermé? L'auteur de 
l'inscription ne nous le dit pas. Du moins son emprisonnement a 
servi à enrichir l'épigraphie. MM. Kaufmann et Israël Lévi 5 s'oc- 
cupent à nouveau du tombeau de Mardochée et d'Esther, qui est en 
réalité la sépulture d'un juif persan du moyen âge. M. Kaufmann 
propose de nouvelles lectures, que M. Lévi réfute. 

Dans le domaine de la bibliographie, signalons le supplément aux 
manuscrits hébreux de la Bibliothèque nationale que nous donne 



1 T. XXXVIII, p. 280. 

* Ibid., p. 123 et suiv. 

3 Ibid., p. 142 et suiv. 

k P'id., p. 272. 

5 T. XXXVII, p. 303 et suiv. ; t. XXXVIII, p. 274. 



XXII ACTES ET CONFÉRENCES 

M. Schwab '.M. Israël Lévi continue sa revue bibliographique, ré- 
pertoire très commode à consulter pour ceux qui veulent se mettre 
au courant des publications nouvelles sur le Judaïsme. On ne 
saurait croire combien chaque année, on pourrait dire chaque jour, 
voit éclore de livres et de brochures! La tâche que M. Lévi a 
assumée est peut-être fastidieuse pour lui, mais elle est indispen- 
sable. M. Lévi émaille la liste des livres de notices brèves, mais 
substantielles. Il consacre, d'autre part, des comptes rendus plus 
détaillés à des ouvrages importants comme Y Histoire du peuple juif 
au temps de Jésus par Schùrer, les apocryphes et pseudépigraphes, 
de Xautzsch. M. Lévi est secondé dans sa tâche par MM. Bâcher, 
Porges et d'autres. 

A côté des articles scientifiques la Revue contient des conférences 
de vulgarisation. Comme vous les avez entendues et applaudies, je 
me dispense de vous les analyser. Celle de M. Bloch 2 sur Les Juifs 
et la prospérité publique et celle de M. Julien Weill sur Juda 
Halèvi vous présentent Israël sous ses deux faces; l'une nous 
montre le caractère positif de l'Israélite, son intelligence commer- 
ciale et industrielle, source de richesse pour le monde entier. 
L'autre nous fait voir son vif amour de l'idéal, source de nobles sen- 
timents, dont l'humanité s'est abreuvée. L'Israélite n'a pas à rougir 
d'avoir contribué au progrès matériel du monde; mais il doit pro- 
clamer bien haut que le progrès moral lui doit encore bien plus. Les 
Juifs sont matérialistes quand les questions de justice et de morale 
ne sont pas enjeu, car les biens de ce monde sont aussi des œuvres 
divines ; mais ils n'en ont que plus de mérite à tout sacrifier, quand 
le devoir a parlé. L'ascétisme n'a jamais eu beaucoup de disciples en 
Israël; mais nul peuple, nulle religion n'a fourni autant de martyrs. 



1 T- XXXVII, p. 127. 

1 T. XXXVIII, p. xiv; ib., p. xlv. 



JOSEPH SALVADOR ET JAMES DARMESTETER 

CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE 27 JANVIER 1900 

Par M. le Baron CARRA DE VAUX 



M. Albert Cahen, président de la Société, ouvre la séance en ces 
termes : 

Mesdames et Messieurs, 

S'il est un mérite que la Société des Études juives puisse reven- 
diquer sans paraître manquer à la modestie, c'est assurément la 
diversité de ses travaux. Il y a quelques mois, à une conférence 
dont le sujet intéressait la situation morale et économique des Juifs 
dans le monde moderne, en succédait une autre sur les anciens Juifs 
du Comtat Venaissin. Trois fois de suite depuis, nos conférenciers 
nous auront entretenus des grands écrivains et des grands penseurs 
du judaïsme, et ce fut tour à tour un sage de l'antiquité, Philon, 
un poète du moyen âge, Juda Halévi, qu'on nous a fait connaître. 
C'est aujourd'hui de deux hommes qui furent nos contemporains, de 
Joseph Salvador et de James Darmesteter, que se propose de nous 
parler M. le baron Carra de Vaux. 

Il ne m'appartient pas, Messieurs, en souhaitant de votre part 
la bienvenue à réminent conférencier, de vanter les travaux du 
professeur et de l'arabisant : l'autorité me manque pour parler 
comme il conviendrait de ces éditions et de ces traductions qui 
font elles-mêmes autorité dans la science. Mais je puis louer du moins 
les traits par lesquels le savant se complète, ce souci éclairé dea 
choses de l'âme, cette sympathie pour les manifestations diverses 



XXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

de la conscience religieuse contemporaine, qui plus d'une fois l'a 
conduit à parler avec une impartialité chaleureuse de penseurs dont 
il ne partageait ni les doutes ni les croyances. 

Ceux dont il doit nous entretenir ce soir appartiennent à deux 
générations successives et leur esprit s'est formé à des disciplines 
différentes. Mais un même sentiment, et d'une extrême puissance, 
les a tous deux animés. A tort ou à raison, mais de toute leur 
force, ils ont cru que l'antique religion à laquelle ils se rattachaient 
l'un et l'autre avait la première posé les questions fondamentales 
que la conscience moderne retrouve inévitablement au fond d'elle- 
même, quand elle s'est décidée tout ensemble à secouer le joug d'un 
traditionnel dogmatisme et à rejeter à jamais les amusements pas- 
sagers d'un scepticisme superficiel; et, les ayant posées, ils ont cru 
encore quelle les avait résolues suivant les exigences invincibles 
d'une raison qui ne saurait se renoncer elle-même. 

Cette parenté entre leurs deux génies, James Darmesteter lui- 
même en avait eu conscience : quand il lut, pour la première fois, 
après avoir publié son Coup d'œil sur l'histoire du peuple juif, les 
travaux de son devancier, il fut frappé de retrouver là « exprimées 
dans ce qu'elles ont d'essentiel, dit-il, la plupart de ses propres 
idées sur la philosophie du judaïsme ». 

Ces idées sont-elles de nature à emporter notre conviction ? La 
Société des Études juives n'a pas, sur ce point, non plus que sur 
beaucoup d'autres, Dieu merci, de doctrine officielle. Les vastes 
généralisations de Salvador et de Darmesteter, cette réduction de 
l'histoire religieuse à une sorte de symbolisme rationaliste, ces 
assimilations hardies entre des états d'esprit que vingt - cinq 
siècles séparent, ces métaphores et ces comparaisons qui tendent 
toujours un peu à devenir des raisons, cette exégèse individuelle et 
large, qui ne prétend ni à la sûreté des constatations exactes et 
minutieuses ni à l'autorité toujours considérable de la tradition, 
toutes ces conceptions, quelles que soient la force et l'originalité 
de l'intelligence dans laquelle elles se sont développées, seront en 
tout temps sans cloute plus capables de séduire que de retenir défi- 
nitivement l'esprit et la conscience. Mais le vrai but de ces nobles 
travaux n'est-il pas atteint quand l'écrivain a réussi à provoquer 



JOSEPH SALVADOR ET JAMES DARMESTETER XXV 

chez tous ses lecteurs la réflexion féconde et les aspirations gé- 
néreuses ? 

C'est par là que l'œuvre de Salvador et de Darmesteter vaut 
tout son prix; c'est par là que leurs noms nous restent infiniment 
chers : aussi le choix même du sujet qu'il veut bien traiter devant 
nous ajoute-t-il à notre reconnaissance envers M. Carra de Vaux. 
Nous savons, par ceux qui ont eu la fortune d'être ses auditeurs, le 
plaisir et le profit que nous pouvons nous promettre de ses entre- 
tiens. C'est avec joie que nous nous apprêtons à l'entendre, avec 
joie qu'en votre nom je lui donne la parole. 

M. le baron Carra de Vaux répond : 

Mesdames, Messieurs, 

Je dois d'abord remercier la Société des Études juives de l'hospi- 
talité qu'elle veut bien m'accorder ce soir ; et ce mot d'hospitalité, 
dans la circonstance actuelle, n'a pas un sens tout à fait banal. 
Sans doute, si j'avais l'intention de ne vous parler que de l'œuvre 
scientifique de Salvador et de Darmesteter, je ne ferais pas cette 
réflexion, car je me sentirais suffisamment attaché à eux et aux 
membres de votre Société par les liens de la confraternité scien- 
tifique ; mais il se trouve que c'est surtout de leur œuvre philo- 
sophique que j'ai eu le désir de vous entretenir, et à cet égard, 
force m'est bien d'avouer que je viens ici un peu en étranger. 
J'espère pourtant que cette circonstance ne vous effraiera pas, 
mais qu'au contraire, elle donnera plus de prix à l'admiration que 
j'ai conçue pour le génie de ces deux hommes, en même temps 
qu'elle me servira d'excuse si, sur quelques points, je les ai mal 
compris ou mal interprétés. 



I. 



Joseph Salvador naquit à Montpellier le 5 janvier 1796. Il 
descendait, par son père, d'une ancienne famille juive chassée 
d'Espagne au temps de Ferdinand le Catholique et que l'on faisait 



XXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

remonter aux Macchabées. Sa mère était chrétienne. Elle avait 
connu le père de Salvador dans des salons libre-penseurs. 

Joseph Salvador fit ses premières études dans une maison d'édu- 
cation religieuse. Il passa de là à la faculté de médecine de Mont- 
pellier. A vingt ans, il fut reçu docteur. Il avait embrassé la 
médecine avec enthousiasme ; elle lui était apparue comme une 
voie morale très sûre, comme un sacerdoce qui lui permettrait de 
soulager efficacement et sans le secours d'aucune illusion les 
souffrances de l'humanité. Mais tandis qu'il formait ce généreux 
dessein, une vocation d'une autre sorte, à son insu, germait en 
lui. De ces années d'enfance et de jeunesse écoulées au milieu de 
condisciples non juifs, sous la direction de maîtres religieux, il 
avait, lui, l'enfant des israélites exilés, gardé un dégoût qu'il ex- 
prima plus tard ; l'obligation d'assister à la messe avec ses condis- 
ciples, de suivre les cantiques, d'écouter les sermons, avait humilié 
et contristé son cœur d'adolescent ; et probablement alors, lorsqu'il 
s'était ainsi senti isolé au milieu de camarades à qui sa religion 
le faisait étranger, il avait pensé à ses frères, aux Juifs, qu'il savait 
persécutés, maudits. Une charité plus forte qu'il ne la supposait 
était née en son âme à l'égard de ces frères, encore inconnus. C'est 
ce sentiment, nourri dans le secret de son enfance, qui allait éclater 
soudain au début de sa vie d'homme et changer la direction ou 
il venait de l'engager. 

Un jour de l'année 1819, Joseph Salvador lut dans un journal 
qu'une émeute avait eu lieu dans une petite ville d'Allemagne, au 
cours de laquelle les Juifs avaient été poursuivis par la populace ; 
plusieurs d'entre eux mis à mort et leurs maisons pillées. Dans ce 
récit d'un fait assez banal pour l'époque, un détail pittoresque le 
frappa et s'imposa à son imagination avec une force étrange : c'était 
le petit cri : hep ! hep ! que les bourgeois allemands poussaient au 
cours de l'émeute pour s'exciter contre les Juifs. Ce mot dont 
l'étymologie n'est pas sûrement connue, et qui vient le plus proba- 
blement de l'allemand hebe, heb y signifiant « arrête », eut pour Sal- 
vador le sens que l'on lui attribuait en ce temps là, en prenant ses 
trois lettres pour les initiales de trois mots : Hierosolyma est per- 
dita, Jérusalem est perdue. 



JOSEPH SALVADOR ET JAMES DARMESTETER XXVII 

Jérusalem est perdue, était-ce vrai ? — Et si cela était vrai, 
qu'en fallait-il conclure? Cette question s'empara de l'étudiant et 
prit sa vie. Les trois grands systèmes qu'il voyait en conflit dans 
le monde : le judaïsme, le christianisme et le rationalisme, 
semblèrent se dresser l'un contre l'autre et s'entre-choquer sous ses 
yeux. C'étaient justement les mêmes que les hasards de sa destinée 
avaient déposés ensemble en germes dans son âme : le judaïsme, 
avec le sang de son père ; le christianisme, avec le lait de sa mère ; 
et, avec l'atmosphère du jour, le rationalisme. Secoué jusqu'au 
fond de lui-même par l'immense conflit qu'il sentait entre eux, 
Salvador eut pourtant la force de maîtriser son trouble. Il voulut 
se rendre juge du camp ; et, avec une énergie d'esprit vraiment 
admirable, si on ne la croit pas trop mêlée d'orgueil, il cita à 
comparaître devant le tribunal de sa raison l'Eglise, la Synagogue 
et la libre-pensée. 

Son désir ne fut pas d'exalter l'un de ces systèmes en con- 
damnant les autres ; il chercha bien plutôt à les concilier ; mais, 
peut-être puis-je dire tout de suite que sa sentence ne satisfit pas 
toutes les parties ; le catholicisme surtout eut à s'en plaindre ; car, 
dans cette conciliation impossible des systèmes que Salvador tenta, 
c'est lui, comme le plus dogmatique et le plus absolu, qui fut le plus 
sacrifié. Nous ne nous arrêterons pas ici à défendre le catholicisme 
contre les attaques de Salvador ; ce que nous proposons, au con- 
traire, c'est de montrer de quel'e manière cet auteur a cru réaliser 
l'alliance entre le judaïsme ancien et le rationalisme moderne. 

Salvador a expliqué son système dans plusieurs ouvrages qui 
eurent jadis un grand retentissement et dont le plus caractéristique 
est intitulé Rome, Paris, Jérusalem. Le style de ces traités est 
diffus et la composition manque de netteté ; mais l'idée qui s'en 
dégage est haute et une vive chaleur de conviction s'y fait partout 
sentir. 

L'auteur s'est représenté l'histoire juive sous l'aspect d'une 
trilogie grandiose. La première partie de la trilogie commence au 
Sinaï, avec la révélation mosaïque, et elle s'achève à Jérusalem, 
avec l'incendie du temple, sous Vespasien. C'est l'ère du judaïsme 
antique. Moïse et les prophètes y découvrent le secret de la vérité 



XXVI11 ACTES ET CONFÉRENCES 

morale, qui demeure en la possession exclusive du petit peuple 
hébreu au milieu de l'univers païen. Pour Salvador, la révélation 
mosaïque et prophétique est divine ; mais non pas au sens littéral 
du mot. L'auteur ne veut pas dire qu'un Dieu personnel a parlé à 
Moïse et aux prophètes ; il entend que la révélation est divine en ce 
sens qu'elle exprime ce qu'il y a de supérieur et d'absolu dans la 
nature de l'homme. C'est déjà le sens qu'un peu plus tard Renan 
donnera à l'expression de fait divin, le fait divin étant pour lui 
celui qui manifeste le divin dans l'homme. La révélation juive a 
pour la première fois posé l'idéal moral à réaliser pour le monde, 
et cet idéal s'est dessiné d'une manière de plus en plus distincte, 
au fur et à mesure des progrès de la prédication prophétique. 
C'est de cette prédication qu'est sorti le messianisme. Le messia- 
nisme est, selon l'auteur, un ensemble de sentiments, de croyances 
et d'espérances qui comporte trois données essentielles : tout 
d'abord le messianisme requiert la connaissance d'une loi morale 
générale et simple qui puisse convenir à l'humanité tout entière : 
c'est, en fait, la loi prophétique ; ensuite, le messianisme comporte 
une donnée figurée qui est la description des souffrances et de 
l'attente d'un être symbolique représentant l'humanité. Cet être, 
qui résume en lui toute la misère et l'espérance humaines, est celui 
qu'on appelle le Messie ; le Messie peut être, soit une personne 
concrète, telle que le roi Ézéchias, soit une personne abstraite et 
collective, par exemple un peuple ; clans la pensée de Salvador, le 
Messie, c'est le peuple juif. Enfin, la troisième donnée du messia- 
nisme, c'est la foi au triomphe final de l' Homme-Messie ou du 
Peuple-Messie et la croyance que, corrélativement à ce triomphe, 
les souffrances humaines cesseront par l'ouverture d'une ère de 
bonheur et de paix, dans laquelle la loi morale des prophètes re- 
cevra son application et où tous les hommes se rassembleront en 
l'unité de cette loi. C'est alors que sera établie la religion définitive, 
religion surtout morale, ayant sa principale fin ici-bas, ne com- 
portant qu'un petit nombre de dogmes simples, et, pour ces causes, 
religion accessible à tous, générale, universelle, au sens étymo- 
logique du mot : catholique. 

Plusieurs siècles après l'époque où le messianisme fut ainsi cons- 



JOSEPH SALVADOR ET JAMES DARMESTETER XXIX 

titué, il se produisit un événement qui, pour Salvador, clôt le 
premier drame de la trilogie et ouvre le second. C'est la formation 
du christianisme romain. Le monde païen qui était parvenu à l'a- 
pogée de sa civilisation et de sa puissance, qui, par le fait même 
des progrès de sa pensée, avait commencé à prendre en dégoût 
ses dieux et à douter de sa morale, se retourna vers le peuple 
hébreu et à la faveur du mouvement qu'avait produit la mission de 
Jésus, il lui emprunta l'idée messianique. Il appliqua les récits 
symboliques de la passion et du triomphe du Messie, que con- 
tenaient les écrits des prophètes, à la personne de Jésus ; et l'unité 
et la catholicité religieuses qui faisaient l'objet de l'attente mes- 
sianique, il les attribua à l'Eglise du Christ. De la sorte, Rome, 
déjà gouvernante et maîtresse du monde par la force, le devint par 
la foi. Mais Jérusalem se révolta contre cette interprétation. Elle 
soutint que Rome avait corrompu l'idée prophétique en y mêlant 
ses habitudes de superstition et ses instincts de domination ; elle 
dénonça le catholicisme romain comme un compromis inacceptable 
entre l'esprit juif et l'esprit païen. Reniant ceux de ses enfants 
qui avaient été prématurément porter la loi parmi les gentils, elle 
demeura dans son isolement et resta en dehors du mouvement 
chrétien comme pierre d'attente. Une grande épopée vint ma- 
nifester dans les faits cette obstination de Jérusalem et ce triomphe 
de Rome : les armées de César assiégèrent la capitale juive, dé- 
truisirent son temple et dispersèrent ses habitants. Ainsi fut close 
1ère du judaïsme antique et ouverte l'ère chrétienne qui forme la 
seconde partie de la trilogie. — Il a existé jusqu'à notre époque une 
coutume d'après laquelle les Juifs de Rome devaient à l'avènement 
du pape lui porter leur hommage. Vêtus de leurs plus beaux habits, 
ils allaient, sous les huées du peuple, lui présenter les livres saints 
en s'agenouillant devant lui. La cérémonie se passa d'abord au 
mont Giordano, puis au château Saint-Ange. Le pape prenait le 
livre et il le remettait à quelqu'un de sa suite ou le laissait tomber 
à terre en disant : « Nous sanctionnons la loi ; mais nous con- 
damnons le peuple juif et son interprétation. » C'était Rome qui 
posait le pied sur Jérusalem humiliée. 

Mais dix-huit siècles après le Christ, un jour nouveau se lève ; 



XXX ACTES ET CONFÉRENCES 

une nouvelle révélation se fait entendre au monde, par la bouche 
des philosophes. Cette révéla'ion du philosophisme est pour Salva- 
dor divine au même titre que la révélation du Sinaï, c'est-a-dire 
qu'elle est comme elle une expression spontanée de la vérité morale 
éternelle. L'esprit de Voltaire abat les superstitions ; le souffle de la 
Révolution renverse le despotisme romain, et rend la liberté aux 
peuples ; un peu plus tard la science et la critique achèvent de dé- 
molir, jusqu'en leurs fondements, les édifices religieux et politiques 
des âges transitoires. C'est l'ère messianique qui s'ouvre; c'est le 
début de la troisième phase de la trilogie. 

Sous l'effet de la tourmente révolutionnaire, la nation juive, qui 
pendant tous les siècles chrétiens a subsisté sous l'opprobre et qui a 
conservé entre les murs des ghettos le trésor de sa foi et de ses es- 
pérances, a senti soudain ses chaînes se briser, et le mépris qui 
l'environnait se dissiper. Elle se relève, portant encore les 
marques de la persécution, mais disposée à reprendre une vigueur 
nouvelle et elle loue le siècle qui vient de l'affranchir. Dans le prin- 
cipe de la liberté civique, dans le sentiment de l'égalité et de la fra- 
ternité humaines, dans la haine de la superstition, dans l'indiffé- 
rence au dogme, dans la largeur de la conception morale, 
qu'expriment le philosophisme et la révolution, elle reconnaît l'es- 
prit de ses prophètes. Elle se réjouit de la défaite de ce qu'elle a 
appelé le judéo-paganisme, c'est-à-dire du christianisme, et elle re- 
mercie Paris de l'avoir vengé de Rome. La longue attente juive va 
finir, les espérances messianiques vont se réaliser. La nation juive 
après avoir, comme messie, accompli en elle-même les prophéties de 
souffrance et de mort, va maintenant accomplir les prophéties glo- 
rieuses. Elle est ressuscitée: l'heure de son triomphe est venue ; 
son règne va commencer; elle substituera à la Jérusalem ancienne 
et à Rome une Jérusalem nouvelle et sa loi moderne autant qu'an- 
tique relera l'unité du monde. 

Joseph Salvador raconte lui-même qu'au moment où il conçut de 
cette manière le dénouement de sa trilogie, il eut une hallucination 
d'un goût un peu singulier. Il avait assisté plusieurs soirs de suite 
aux représentations du Don Juan de Mozart; et, comme il se 
trouvait dans son cabinet de travail, il lui sembla qu'un bruit de 



JOSEPH SALVADOR ET JAMES DARMESTETER XXXI 

pas lourds et cadencés se faisait entendre derrière la porte : le 
bruit des pas du commandeur. La porte s'ouvrit : une statue en- 
tra. Mais ce n'était pas la statue du commandeur de Don Juan ; 
c'était celle d'un bien plus grand personnage, Moïse lui-même, le 
commandeur du Sinaï. Il avait ses rayons au front, les tables de la 
Loi sur le bras gauche, et une longue chevelure qui semblait se mou- 
ler sur ses vêtements et sur ses membres en les entourant de blan- 
cheur. L'écrivain se mit à genoux devant sa vision et profondé- 
ment s'inclina. Il crut à ce moment sentir que tous les livres qui 
l'entouraient prenaient vie ; ils avaient une voix et lui parlaient : 
« Nous sommes, lui disaient- ils, le génie des temps nouveaux; nous 
sommes le xix e siècle. Qui nous représentera si ce n'est toi? Ou- 
blierais-tu ce que tu dois à Rousseau et â Voltaire ? » S'étant alors 
relevé, l'écrivain vit la statue qui le regardait d'un air encoura- 
geant; il lui donna la main; la statue la serra à la briser; mais 
cette étreinte, au lieu de le faire souffrir, lui communiquait de 
la force. « Alliance, s'écria-t-il, faisons l'alliance de justice uni- 
verselle et de tolérance réciproque, alliance en liberté et en nou- 
veauté. » Une pression douce de la main de la statue consentit à 
ses paroles. 

Ce grand imaginatif ne put s'empêcher de donner à son rêve mes- 
sianique une forme concrète. Au lieu de reconnaître, conséquem- 
naent avec son système, que la Jérusalem nouvelle serait partout où 
serait l'e?pnt biblique et moderne, il annonça que le siège du gou- 
vernement du monde serait reporté sur le sol même de l'ancienne 
Jérusalem, sur la plate-forme du Moriah; semblable à Ezéchiel, il 
traça le plan du temple futur qui devra rassembler toutes les na- 
tions, et il plaça ce temple au lieu même où, selon le mythe tradi- 
tionnel elles devront se rassembler après leur résurrection, dans la 
vallée de Josaphat. 

Joseph Salvador mourut le 17 mars 1813 et fut enterré au Vigan. 
Son neveu le colonel Gabriel Salvador a consacré un livre a sa 
mémoire. 



XXXII ACTES ET CONFERENCES 



IL 



La tentative de synthèse faite par Salvador entre l'esprit biblique 
et l'esprit moderne fut reprise il y a peu d'années par James Dar- 
mesteter Le système de ce savant est au fond le même que celui 
de Salvador ; mais son œuvre dépasse celle de ce dernier, sinon en 
conviction et en chaleur, du moins par l'éloquence, la science et la 
critique. — J'ai moi-même connu l'homme dont je vais parler ; il 
n'y a guère que cinq ans qu'une mort trop prompte l'enlevait aux 
études orientales, et je me souviens encore, pour en avoir subi for- 
tement 1 impression, de ce visage régulier et noble, au front large 
et carré, au regard pénétrant et droit, un peu teinté de tristesse, à 
la bouche grave et fermement fendue, belle tête, pleine d'intelli- 
gence et de force que portait un corps, hélas, trop faible, marqué au 
coin d'une incurable souffrance. Ce contraste de douleur physique et 
de vigueur intellectuelle qu'exprimait la personne de James Darmes- 
teter, l'avait fait comparer par les Italiens à leur Leopardi. Mais 
cette comparaison n'est qu'imparfaitement juste, car la philosophie 
de Darmesteter ne fut pas pessimiste, comme celle de Leopardi, ou 
du moins elle n'eut pas l'intention de l'être. 

Les deux Darmesteter, James et Arsène, son frère, mort avant 
lui et, lui aussi, philologue célèbre, descendaient d'une ancienne fa- 
mille juive de Darmstadt. C'est du nom de cette ville que vient leur 
nom. Leurs lignées paternelle et maternelle comptaient de nom- 
breuses générations de rabbins versées dans les sciences du Talmud 
et de la Kabbale, et leur légende généalogique va jusqu'à leur don- 
ner pour ancêtre le fameux Rabbi Akiba, l'instigateur sous Adrien 
de la révolte du faux messie Bar Kokhéba. 

Les parents de James et d'Arsène demeuraient à Paris, au quar- 
tier du Marais, où ils exerçaient une profession modeste. L'enfance 
des deux frères s'écoula dans ce vieux quartier, habité encore 
aujourd'hui par une très nombreuse population juive. Si l'on erre le 
soir dans le dédale de ses rues resserrées et sombres, l'on y voit 
luire à mainte fenêtre la petite lampe hébraïque. — La mère des 



JOSEPH SALVADOR ET JAMES DARMESTETER XXXiH 

Darmesteter était une femme d'intelligence et de cœur. Elle devait 
mourir plus tard d'un accident affreux, tombant sur le pavé de la 
haute fenêtre de son appartement. Son fils James la regretta en des 
termes qui prouvent qu'il n'avait pas seulement trouvé en elle une 
mère selon la chair, mais aussi selon l'âme. 

Arrivés à l'âge où il convient de choisir une carrière, les deux 
jeunes Hébreux s'élancèrent vaillamment dans le domaine de la pen- 
sée latine. Arsène, le premier, se spécialisa dans la philologie ro- 
mane. James, nature sensible, dévorée du besoin d'agir et d'aimer, 
intelligence vaste, curieuse avec passion et apte aux plus divers ob- 
jets , répugna à s'enfermer trop tôt dans un cercle restreint 
d'études ; il se laissa aller à jouir de tous les spectacles que lui of- 
frait le complexe et prestigieux ensemble des philosophies et de l'his- 
toire. Après quelques années de cette heureuse errance, il s'attacha 
principalement à la philologie iranienne. — La philologie est une 
branche d'études où les Juifs excellent. Peut-être l'habitude atavique 
qu'ils ont prise dans l'étude du Talmud, de supputer des caractères, 
de compter des signes et d'y chercher des sens cachés et de subtils 
rapports, les a-t-elle rendus plus spécialement aptes à cette 
science, de même que, dans le domaine de l'action, elle les a pré- 
parés à la spéculation financière, et, dans celui de l'art, à la mu- 
sique. — La philologie à laquelle se voua James Darmesteter 
est celle qui a pour objet les langues de l'ancienne Perse. Il 
féconda ce champ d'études et porta en tous ses travaux une critique 
pénétrante dans l'examen des détails, une intuition puissante dans 
la restitution des ensembles, un sentiment très vif des civilisations 
passées et des philosophies lointaines. Son oeuvre capitale en ce genre 
fut la traduction de l'Avesta, le livre saint du Zoroastrisme. Pour 
comprendre le sens vrai de la religion de Zoroastre, Darmesteter ne 
crut pas devoir s'en tenir à l'étude seule du livre. Il voulut que le 
livre fût illustré à ses yeux par des faits concrets ; et il résolut, dans 
ce but, de visiter les débris de l'ancien Zoroastrisme qui subsistent 
encore de nos jours dans les colonies parsies de l'Afghanistan et de 
Bombay. Malgré les difficultés d'une entreprise aussi délicate, il sut 
gagner la confiance des prêtres parsis, et, s'il n'assista pas à leur 
sacrifice, qui est secret, du moins il puisa dans leurs entretiens une 

ACT. ET COKF. C 



XXXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

certaine connaissance pratique du Parsisme. Ce qui vous surpren- 
dra peut-être, Messieurs, c'est qu'il découvrit chez les prêtres de 
cette antique religion le goût de la modernité. Ces hommes qui pra- 
tiquent encore le culte du feu, qui ont un si haut sentiment de la 
pureté physique, que, assis dans leurs temples, ils se voilent la 
bouche pour que leur respiration ne souille pas les objets sacrés, à 
qui les cadavres inspirent une telle horreur, qu'ils les jettent par-des- 
sus des murs élevés dans des charniers, appelés tours du silence, où 
les corbeaux viennent les dévorer, — ces hommes ont l'intelligence 
de nos idées modernes ; et comme la caractéristique de la philosophie 
de Darmesteter était justement l'alliance de la pensée ancienne 
et de la pensée moderne, ces prêtres et lui s'entendirent. Ils le 
considérèrent comme un mage venu de l'Occident ; ils en firent une 
sorte de destour ou d'évêque in partibus du Parsisme. La mémoire 
du savant français est restée vivante et vénérée dans la colonie 
parsie de Bombay. — Il y a peu de temps, le prince Henri d'Or- 
léans, étant de passage dans cette ville, assistait à une réunion que 
les parsis donnaient en son honneur. Il y avait sur l'estrade une 
quantité de vice-présidents, mais personne ne s'asseyait au fau- 
teuil du président. Les prince demanda à ses hôtes qui donc était 
leur président. On lui répondit : « C'est Darmesteter. » Or, Dar- 
mesteter était mort. Mais sa mémoire tenait encore parmi les parsis 
une si grande place qu'aucun d'eux n'avait osé la prendre. — On 
raconte qu'un jour, au cours de ce voyage dans l'Inde, il tomba aux 
mains de Darmesteter un volume de poésies anglaises : c'étaient les 
poésies d'une femme. La grâce du style, l'ingéniosité aimable des 
pensées et en même temps leur valeur philosophique, remarquable 
chez un auteur féminin, séduisirent le savant. De retour en Europe, 
il s'enquit de la muse qui l'avait charmé ; il la vit et lui parla. Elle 
devint l'amie de ses rêves, la confidente de. sa pensée, le baume de 
sa souffrance; elle est aujourd'hui la pieuse et courageuse gardienne 
de sa mémoire. Jadis poétesse anglaise, elle est devenue prosa- 
trice française ; et ses livres, écrits avec grâce, pleins de sentiment 
et d'idée, continuent d'honorer dans les lettres le nom de Dar- 
mesteter. 
Les dernières années de la vie de Darmesteter marquent la fin 



JOSEPH SALVADOR ET JAMES DARMESTETER XXXV 

d'une évolution qui exalta en lui le sentiment judaïque et fit de lui 
une sorte de prophète. Dans sa jeunesse, à l'âge de vingt-deux ans, 
Darmesteter avait déjà conçu le plan de restauration prophétique 
qui devait hanter ses derniers jours. Puis emporté par le courant de 
la libre-pensée, il avait dû rompre avec la Synagogue. Il avait gardé 
de cette rupture un éloignement de tout ce qui était juif. Longtemps 
après, cette évolution, dont je ne connais pas toutes les causes, 
mais dont je vais essayer d'expliquer les effets, le rapprocha du ju- 
daïsme. Sans redevenir orthodoxe, il redevint biblique; et, sans 
cesser d'être rationaliste, il acquit une fois si vive dans la mission 
et l'avenir de sa race, que l'on ne peut comparer cette croyance 
qu'à une foi proprement religieuse, Sans doute la raison principale 
de cette évolution, en dehors de l'impulsion atavique, doit être 
cherchée dans le désir qu'eut toujours Darmesteter d'exercer une 
action politique ou sociale. Ce désir ne provenait pas chez lui d'une 
ambition égoïste, mais de la grande sensibilité qu'il avait à l'égard 
des souffrances humaines. La générosité de son cœur ne lui eût pas 
permis de s'enfermer dans la science comme dans une tour d'ivoire; 
bien plutôt elle l'excitait à tirer de la science des remèdes pour le 
soulagement des hommes. Darmesteter a prouvé son intelligence 
politique par divers articles qu'il publia dans la Revue de Paris, or- 
gane qu'il restaura et dirigea deux ans avec Ganderax. C'est dans 
l'un de ces articles que l'on lit, non sans étonnement, l'un des plus 
nobles jugements qui aient été portés sur le comte de Chambord. 
Mais l'action à laquelle il était surtout apte était encore plus so- 
ciale que politique. Sa pensée ne s'enlizait pas dans l'actualité. La 
Science la faisait planer sur le passé et une sorte de souffle lyrique la 
projetait vers l'avenir. Alors elle entrevoyait la fusion de l'ancien 
esprit prophétique avec l'esprit des temps modernes, et, comme 
conséquence de cette fusion, l'avènement pour l'humanité d'une ère 
de liberté, de justice et de paix, qui réaliserait sur cette terre les 
espérances messianiques. Darmesteter voulait annoncer lui-même 
l'Evangile de ces temps nouveaux. Il l'aurait appelé l'Evangile éter- 
nel. Ce livre-là fut le rêve de sa fin, le rêve du savant que la souf- 
france et la mort proche ont fait poète et prophète, le rêve qu'exha- 
laient ses lèvres quand il se traînait, déjà brisé, à l'ombre des bois, 



XXXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

au bras de sa compagne. Maintenant c'est fini. Les hommes ne 
liront pas l'Evangile éternel : je ne crois pas qu'une seule feuille en 
ait été écrite. 



III. 



La meilleure manière d'expliquer comment Darmesteter a conçu 
le prophétisme moderne est de rappeler comment il a compris le 
prophétisme antique. L'interprétation qu'il nous a offerte de la Bible 
dérive de celle de Renan; mais elle est pénétrée d'un sentiment plus 
profond et elle est plus chargée de couleur hébraïque. Sans doute, 
Messieurs, vous connaissez déjà cette grande thèse d'histoire ; ce- 
pendant, comme elle fort belle, il vous plaira peut-être que nous la 
repassions ensemble, et que nous nous arrêtions ^quelques minutes 
devant l'admirable tableau qu'a tracé notre auteur de l'histoire du 
prophétisme en Israël. 

Au commencement, nous sommes à l'époque de l'idolâtrie. Dieu 
n'est pas encore né. Moïse, le législateur inspiré, David le prototype 
du Messie, ignorent encore, selon nos exégètes, la plupart des prin- 
cipes qui ont servi de fondement au judaïsme organisé. C'est le 
temps où Rachel emporte les tèraphim de la maison de son père, où 
Gédéon, après sa victoire, érige un éphod que toutes les tribus d'Is- 
raël viennent adorer, où les anges se promènent dans les rues et 
dans les campagnes, où chaque pierre levée a sa théophanie, où 
chaque vieux chêne et chaque térébinthe cachent un souvenir divin, 
tandis que la race des Elohim se mêle encore aux filles des hommes. 
Cependant Jéhovah a déjà paru dans l'histoire. Il n'est pas le Dieu 
suprême qu'il sera plus tard, devant lequel tous les autres s'anéan- 
tiront. Il n'est encore qu'une figure dans la foule des dieux, un 
dieu de tribu, celui des Béni Israël. Peut-être Jéhovah avait-il été 
emporté de la Chaldée, ou peut-être Moïse l'avait-il reçu de Jéthro, 
son beau-père, lorsque paissaient ses troupeaux autour du buisson 
d'Horeb. D'où qu'il soit venu, c'est au Sinaï que pour la première 
fois Jéhovah apparut avec les caractères d'un dieu fortement per- 
sonnel* puissant et vivant. La célèbre scène que Renan a appelée 



JOSEPH SALVADOR ET JAMES DARMESTETER XXXVII 

l'orage du Sinaï illumina pour la première fois sa figure et l'entoura 
d'une splendeur unique. Mais après cette apparition, il semble que 
Jéhovah s'assoupisse de nouveau ; il sommeille encore pendant quatre 
ou cinq siècles, sans que sa personnalité grandisse, ni que son exclu- 
sivisme s'accroisse. Après ce laps de temps, une révolution politique 
s'accomplit en Israël : la royauté s'y établit ; Samuel sacre Saùl . 
Dès lors il ne suffit plus au peuple hébreu d'avoir un roi ; il lui faut 
aussi un Dieu. Il érige Jéhovah en Dieu national, à côté de Saûl, 
roi national, en face des divinités étrangères : Baal, Camoch et Da- 
gon. La suprématie de Jéhovah est établie dans l'enceinte de la 
nation d'Israël, et David peut s'écrier : « Qui est comme toi parmi 
les Elohim, ô Jéhovah I » Mais Jéhovah n'est encore que le plus 
grand des dieux d'Israël ; il n'est pas le Dieu un et moral. Salo- 
mon, qui lui a érigé un temple magnifique, ne croit pas l'offenser en 
sacrifiant, selon les caprices de ses femmes, à toutes leurs divinités 
étrangères. 

Cent ans après Salomon, vers l'an 875, il se produit un événe- 
ment dans lequel la figure de Jéhovah acquiert une grandeur nou- 
velle : les Phéniciens envahissent Israël. Vous savez qu'après la 
mort de Salomon, le royaume hébreu s'est brisé en deux parts : 
Juda avec Jérusalem pour capitale ; et Israël avec Samarie. Dans 
Juda, Jéhovah est Dieu incontesté ; il a là son temple et son sacer- 
doce ; Israël, plus sauvage, plus agité, plus inconstant, plus tour- 
menté de révolutions, souffre davantage les influences des paga- 
nismes étrangers. Mais voici que la Phénicie l'envahit, non plus par 
ses idées ou son commerce, mais de vive force. Dans cette crise, 
Israël se ressaisit. Il cherche un Dieu pour l'opposer au Phénicien 
Baal, pour en faire le symbole et le centre de sa résistance natio- 
nale. Sous l'impulsion véhémente d'Elie de Thisbée, Jéhovah se 
redresse en face de Baal ; et c'est entre les deux dieux une guerre 
à mort qui aboutit à l'extermination du dieu phénicien. Elie, le 
sombre et puissant voyant, disparaît, aux yeux de l'imagination 
populaire, dans un voile de flammes; il laisse après lui une école 
prophétique où vont maintenant se forger la figure définitive de Jé- 
hovah et le monothéisme d'Israël. 

Dans le siècle qui suit Elie, le IX e avant notre ère, le Jéhovah nou- 



XXXVIII ACTES ET CONFÉRENCES 

veau, celui du prophétisme, apparaît. Au lieu d'être seulement le 
Dieu national, seulement le maître jaloux et sanguinaire qui frappe 
qui l'oublie et se venge de qui le méprise, il devient le dieu de la 
vertu et de la justice, le dieu du pauvre et de l'opprimé, celui qui 
défend l'orphelin et qui se montre au cœur pur. A ce moment-là, 
comme le dit la légende d'Elie, on entend derrière la flamme venir 
une voix douce et tendre. 

A l'heure où s'accomplit cette révélation du Dieu nouveau, Israël 
se trouve à l'apogée de sa puissance. Tout autour de lui une foule 
de petits Etats s'entre-déchirent : Moab, Edom, la Philistie, Tyr; 
plus loin s'étend Damas, Etat puissant ; plus loin encore l'immense 
Assyrie projette son ombre. Partout régnent la férocité, la corruption, 
la lâcheté. La guerre et le pillage sont à l'ordre du jour. Tyr et les 
îles grecques soutirent les esclaves. L'Assyrie promène ses armées 
exterminatrices et transporte des peuples. Les temples d'Astarté 
dévorent les vierges et les brasiers de Moloch les enfants. Or, Israël 
a vaincu Damas, Gaza, Tyr, Edom, Moab ; mais il est devenu plus 
corrompu qu'eux tous. Il s'est bâti d'orgueilleuses demeures et il 
vend la justice à prix d'argent. Ses nobles couchés sur leurs lits 
d'ivoire, jouent de la lyre et boivent le vin, sans souci de la misère 
des pauvres. Voilà le milieu où retentit enfin la voix de l'Eternel. 
Elle crie par la bouche d'Amos et d'Osée, les deux premiers pro- 
phètes : « Jéhovah a horreur de l'orgueil de Jacob ; il hait ses pa- 
lais I Pourquoi la fille d'Israël a-t-elle oublié ses fiançailles avec 
Jéhovah et s'est-elle abandonnée aux Baal ? C'est Jéhovah qui lui 
avait donné le blé, le vin et l'huile qu'elle offre à ses faux dieux, l'or 
et l'argent dont elle fait leurs idoles. Il lui reprendra le blé et le vin, 
et la laine et le lin; il ravagera ses vignes et ses figuiers et ne lais- 
sera que des broussailles. Si le riche ne revient pas à l'équité, s'il 
n'a ni souci du juste, ni pitié du pauvre, Jéhovah lui-même lèvera 
le glaive contre la maison de Jéroboam ; il assiégera ses bourgs, affa- 
mera ses demeures et passera le niveau sur les cités d'Israël. » 

Cet idéal de justice que Jéhovah révèle à son peuple, les pro- 
phètes en recherchent la réalisation, non dans un monde caché ou à 
venir, mais sur cette terre même. Ils ont foi qu'il doit y être réalisé. 
Mais peut-être cette fin sera-t-elle longue à atteindre. Il faudra, 



JOSEPH SALVADOR ET JAMES DARMESTETER XXXIX 

pour l'obtenir, le douloureux travail des châtiments et des expiations, 
Faction purifiante des défaites et des exils, qui emportera la gangue 
vile pour ne laisser subsister que la matière pure, capable d'être em- 
ployée dans l'édification de l'état prophétique. Et, en effet, telle est 
l'iniquité des temps et la dureté des cœurs, qu'après tant d'appels 
pressants de Jéhovah, tant de menaces et de caresses, après tant de 
châtiments redoutables qui vont frapper Israël, la réalisation du 
rêve prophétique de justice et de paix, loin de s'accomplir, semble 
reculer de plus en plus. Les larmes d'Amos et d'Osée ont été perdues 
pour Israël. L'anarchie, l'injustice, la luxure et la mauvaise poli- 
tique continuent de miner ce royaume, pendant que monte à l'hori- 
zon l'ombre de plus en plus menaçante de la puissance assyrienne. 
Un grand prophète surgit en Juda : le premier Isaïe, dont un séra- 
phin a purifié les lèvres avec un charbon embrasé. Il redit les dé- 
goûts et les colères de Jéhovah devant la multitude des holocaustes 
offerts par des cœurs mauvais, devant ces fêtes rituelles qui s'achè- 
vent en orgie, devant ces mains levées pour la prière et que souille 
le sang. Puis, lassé des discours vains, il appelle lui-même la malé- 
diction de Dieu sur ce peuple aux yeux aveugles, aux oreilles bou- 
chées ; il demande à Jéhovah de le condamner, afin que son cœur 
soit rendu insensible et qu'il ne se convertisse point, jusqu'à ce que 
ses villes soient ruinées et dépeuplées, son pays dévasté et désert. 
Et voici justement l'heure où les menaces de Jéhovah, proférées 
en Juda, vont accabler Israël. Les frelons du pays d'Assur, comme 
dit Isaïe en parlant des armées d'Assyrie, s'abattent sur toutes les 
vallées et dans les fentes des rochers de Damas et d'Ephraïrn. Israël 
est démembré ; Samarie succombe. La Galilée et Nephtali sont en- 
levés et leurs populations transportées captives en Assur. 

La chute de Samarie, arrivée en 721, causa un ébranlement pro- 
fond dans les consciences. C'étaient les menaces des prophètes qui se 
réalisaient : Jéhovah l'avait dit. Juda s'émut du châtiment d'Israël 
et trembla pour lui.même. Ezéchias, son jeune roi, se fit l'apôtre 
du prophétisme; il en allia les principes avec les rites du Jéhovisme 
sacerdotal ; à la faveur de troubles survenus en Assyrie, il occupa le 
royaume dévasté d'Israël et refit l'unité de l'empire. Une ère nou- 
velle semblait s'ouvrir. L'Assyrien, enflé de sa victoire sur Israël, 



XL ACTES ET CONFERENCES 

revient devant Juda converti, et la peste le dissipe. Tous les évé- 
nements donnaient raison au prophétisme. Devant Israël châtié, 
devant les Assyriens dispersés, Jéhovah triomphe. Une vision de 
paix hante l'esprit du prophète, et, dans l'élan de son enthousiasme, 
Isaïe célèbre le temps prochain où va naître de la race de David le 
roi idéal en qui se reposera l'esprit de Jéhovah, qui jugera les faibles 
selon la justice et les pauvres selon l'équité, le temps où le loup ha- 
bitera avec l'agneau, et où le veau, le lion et le mouton paîtront 
ensemble sous la houlette d'un enfant. Alors, au terme de la vision 
prophétique, apparaît pour la première fois l'idée que la loi de Jé- 
hovah sera universelle et que sa paix et sa justice s'étendront à 
toute la terre : « Allons, montons à la montagne de Jéhovah, car 
c'est de Sion que viendra l'enseignement, et de Jérusalem la parole 
de l'Eternel. » 

Ainsi Isaïe avait complété la formule du prophétisme. Cette doc- 
trine qui comportait déjà, dès son début, comme points essentiels, 
la notion de la justice humaine, et la foi en la réalisation terrestre 
de cette justice, cette doctrine toute sociale et laïque, car les pro- 
phètes, bien qu'ils eussent fait alliance avec le sacerdoce, n'étaient 
eux-mêmes pas prêtres, cette doctrine du prophétisme s'achevait 
par la notion de sa propre universalité. Elle devrait s'appliquer à 
la terre entière ; et toutes les nations ne devraient plus former 
qu'une sorte de communauté universelle ou de république mondiale, 
ayant pour centre Jérusalem, et pour président Jéhovah, c'est-à-dire 
le Dieu des Juifs, ou plus simplement le peuple juif. 

Si Isaïe crut vraiment, comme le veut Darmesteter, que l'ère de 
la fraternité humaine avait commencé avec le règne d'Ezéchias, il 
se fit cruellement illusion. Ezéchias mort, la corruption renaquit et 
le roi Manassé redonna même, dit-on, l'exemple de jeter les enfants 
dans les feux de Moloch. Sous la menace de l'empire chaldéen de 
Babylone qui a succédé à l'empire assyrien de Ninive, enserré entre 
cet empire et celui d'Egypte, le royaume de Juda marche à sa 
ruine. Jérémie est le prophète de cette décadence. C'est un prophète 
prêtre. Les premières années de sa prédication furent heureuses. Le 
Deutéronome fut retrouvé dans le temple, et cette loi de Jéhovah, 
rapportée à Moïse, autorisait et appliquait la doctrine prophétique. 



JOSEPH SALVADOR ET JAMES DARMESTETER XLI 

Mais, après le règne de Josias, une nouvelle réaction d'impiété se 
fit jour. Jérémie désespéra de Juda et, comprenant la nécessité 
d'une expiation nouvelle, il commença une prédication de mort. Il 
mit une âpreté et une grandeur étranges à pousser sa nation à sa 
ruine ; en face de l'étranger menaçant, à la vue des dissensions inté- 
rieures, il eut le singulier courage de se faire le conseiller de l'abdi- 
cation et de la capitulation de l'honneur national. Ce fut vraiment 
le chantre du finis Hirosolymae. 11 fallait, dans sa pensée, que Juda 
fût déraciné, pour que plus tard, après un temps d'exil qu'il évaluait 
à soixante-dix ans, le temps d'une vie humaine, une patrie nouvelle 
pût se reconstituer. Il fallait qu'une race neuve se formât dans la 
souffrance, nourrie de l'enseignement des prophètes, pure des ambi- 
tions mondaines et de l'iniquité des politiciens, race selon le cœur 
de Jéhovah et des prophètes. Alors Jéhovah ferait revenir son 
peuple de tous les pays où, dans sa colère, il l'aurait dispersé. 
« Alors Rachel, qui pleure ses enfants dans Rama, ne pleurera plus 
et sera consolée. Car le Seigneur fera un pacte nouveau avec Juda 
et avec Israël; il écrira sa loi, non plus sur des tables, mais dans 
leurs cœurs; et Jérusalem sera rebâtie pour n'être plus détruite. » 
— Après que Jérémie eut ainsi prophétisé pendant plusieurs 
années, en Tan 588 avant Jésus -Christ, Jérusalem et son temple 
furent incendiés par les armées de Nabuchodonosor, et des files 
de déportés juifs s'en allèrent, à travers les déserts, vers Ba- 
bylone. 

Ezéchiel, le voyant apocalyptique, continua dans l'exil la prédi- 
cation prophétique. Israël étant au tombeau, il fut le prophète de la 
résurrection. Comme, en sa vision, les os des morts se rejoignaient à 
sa voix, il vit sa nation reconstituée. Il en décrivit le plan nouveau, 
celui de son sacerdoce et de son culte, de sa ville et de son temple; 
et il donna à la ville le nom qu'elle devrait porter : ici Jéhovah. 
Jéhovah serait rétabli pour toujours sur la montagne sainte, et Is- 
raël, peuple Messie, y amènerait toutes les nations pour y prier, et 
il leur ferait part de la justice. 



XLII ACTES ET CONFÉRENCES 



IV. 



Messieurs, l'auteur qui a tracé le tableau historique dont je viens 
de reproduire les traits essentiels ne croit pas que le rêve messia- 
nique d'Ezéchiel et des prophètes se soit trouvé réalisé au retour de 
la captivité de Babylone sous Cyrus, ni quelques siècles plus tard, 
lorsque, à la suite des prédications de Jésus, le monde païen em- 
prunta le Jéhovah juif, pour en faire le dieu chrétien. Mais il croit 
que ce rêve est devenu réalisable dans notre âge, par suite des 
conquêtes de la Révolution et des progrès de la science. Et il pro- 
pose de relier l'ancienne conception prophétique, qui constitue, selon 
lui, comme je viens de l'expliquer, une religion laïque de la justice 
humaine, ayant sa fin ici-bas, à la conception de liberté et de fra- 
ternité universelles fournie par la Révolution et à celle de progrès 
fournie par la science. 

Dans des sortes de poèmes en prose intitulés La Chute du Christ 
et Résurrection, Darmesteter a donné d'assez saisissants symboles 
de la manière dont il se représente la vie morale sur la terre, après 
la fin de toutes les religions dogmatiques et l'établissement du pro- 
phétisme pur. 

Le poème de la Résurrection date de 1889 ; il avait été précédé 
dix ans auparavant par le poème intitulé La Chute du Christ. L'au- 
teur se supposait emporté à travers les espaces stellaires jusqu'à 
l'abîme où dorment les dieux morts ; et après avoir énuméré tous 
les dieux enfouis dans ces espèces de limbes, il en voyait arriver un 
autre, pâle, vêtu de blanc, avec des trous saignants aux mains : 
c'était le Christ. Les dieux le recevaient avec des railleries. « Sois 
le bienvenu dans nos tombes, lui disaient-ils; et puisque tu sens, toi 
aussi, la dure main de l'homme sur ta nuque, résigne-toi et, comme 
nous, maudis l'homme et meurs. » Alors Jésus se retournait vers 
les portes large ouvertes du vide, et, levant la main, il lançait vers 
le monde les paroles qui dessèchent. 

Au moment où fut écrit ce poème, Darmesteter était en proie à 
une impression pessimiste ; mais à l'heure où il composa le poème 



JOSEPH SALVADOR ET JAMES DARMESTETER XLIII 

de la Résurrection, il s'était affranchi du pessimisme et il avait déjà 
commencé son rêve messianique. Il essaie de restaurer dans ces 
pages, non pas le culte du Christ, qui selon lui doit finir, mais du 
moins la charité du Christ et tout ce qui, dans son enseignement, 
lui apparaît. comme étant conforme à l'enseignement prophétique. 

Au début, son inspiration le transporte sur le Calvaire. Il revoit 
la scène de la mort de Jésus. Autour de la Croix des femmes prient 
et pleurent. Et il songe que leurs pleurs sont vains, car il se sou- 
vient des paroles de malédiction qu'il a entendu prononcer au Christ 
au moment où il a vu celui-ci entrer dans l'enfer des dieux. Mais 
une femme qui se tenait parmi les autres, debout sans prières ni 
larmes, le reprend en disant : « Non, il ne vous a pas maudits. 
Est-ce qu'on maudit la Créature pour qui on a choisi de souffrir? 
Tombé du ciel, il sait qu'il laisse au cœur de l'homme la soif de 
souffrir pour d'autres. Que lui importe d'être oublié? » 

Alors cette femme, qui est dans le poème un personnage symbo- 
lique analogue à la Béatrice de la Divine Comédie, conduit le poète 
en un lieu reculé, où elle le fait assister à la fin, au dernier râle du 
Christianisme. C'est au fond d'une forêt. Un vieux prêtre célèbre le 
sacrifice dans une chapelle en ruines ; il a pour autel une caisse ; 
pour image, un crucifix de bois ; et, seul, sous le vol des chauves- 
souris, il agonise de faiblesse et de douleur. Il dit les paroles : « Mon 
peuple, que t'ai-je fait? en quoi t'ai-je contristé? réponds-moi. » Et, 
les ayant dites, il chancelle et tombe. Le Christ pendu au mur se 
détache du bois vermoulu ; doucement il se penche vers le vieillard, 
et il le baise au front. Le prêtre s'éveille un instant sous ce baiser; 
ses yeux aperçoivent le Christ vivant et lumineux. Ses lèvres mur- 
murent : « Resurrexi ! » et il meurt. 

Le Christ, qui vient ainsi de retrouver une sorte de vie fantastique 
dans la mort du dernier de ses prêtres, parle à la femme qui guide 
le poète. Ses mots sont amers. Il se plaint d'avoir souffert en vain, 
Il a dit aux hommes : « Aimez-vous comme des frères ! » et les 
hommes se sont entr'égorgés en son nom ; il leur a dit : « Soyez 
miséricordieux ! » et ils se sont refusé merci. « J'ai tant voulu le 
bien, gémit-il, et j'ai tant fait de mal aux hommes! » Mais la femme 
la console ; le bien qu'il a voulu se fera maintenant : « Tes temples 



XL1V ACTES ET CONFÉRENCES 

sont détruits, ta croix est brisée et ton nom effacé ; mais la bonne 
nouvelle que tu as prêchée est bonne encore ; et ce que tu as fait de 
bien subsistera, à leur insu même, dans les cœurs qui t'ignorent. » 
Et voici qu'une autre vision paraît du côté de l'aurore. Une 
théorie blanche de femmes s'avance de l'horizon. « Qu'est cela? » 
dit le poète : a Ce sont les nonnes du couvent de la grande ville. — 
Quoi donc ! est-il encore des couvents que la tempête divine ait 
laissés debout? » Et la femme répond : « Ce sont les nobles femmes 
de France, les vierges et les veuves prêtresses de la souffrance. 
Elles vivent au couvent, au milieu des faubourgs où l'on souffre et 
où l'on hait. Elles s'en vont chaque jour deux à deux dans les 
bourgs, les hôpitaux, les prisons, partout où il y a une faim à assou- 
vir, un ulcère à panser, une âme à guérir. — Quel est leur nom? » 
demanda le poète. Sa conductrice dit : « Ce sont les sœurs du libre 
esprit. » 

Mesdames, il est difficile à un chrétien de laisser passer ces 
visions sans un mouvement d'étonnement et de doute. Nous sommes 
trop habitués, dans le christianisme, à voir dans la foi et dans l'amour 
divin la source de la charité et du dévouement humains, pour ac- 
cepter aisément l'idée de sœurs de charité qui ne croiraient point, 
de petites sœurs des pauvres qui ne prieraient point. Mais nous ne 
pouvons qu'être touchés de voir le poète attribuer au Christ ce qu'il 
y a de plus désintéressé dans la pitié et de plus tendre dans l'amour, 
et nous comprenons le geste de Jésus qui, voyant passer devant lui 
cette théorie de nonnes, a l'illusion qu'elles sont siennes, et sans 
qu'elles s'en aperçoivent, murmure : « Soyez bénies, mes filles. » 



V. 



Mais laissons ces symboles. L'ouvrage de Darmesteter qui nous 
donnera la formule décisive de sa pensée, bien qu'écrit avec plus 
d'âpreté que les poèmes précédents, c'est son coup d'œil sur l'his- 
toire du peuple juif. Nous avons déjà compris que le procédé em- 
ployé par l'auteur pour identifier le prophétisme ancien avec le 



JOSEPH SALVADOR ET JAMES BARMESTETER XLV 

rationalisme moderne, consiste à séparer datis le judaïsme le mythe 
d'avec l'idée, la loi rituelle d'avec la loi morale, à conserver celle-ci 
et à rejeter celle-là. Pour Darmesteter, le judaïsme ancien, de même 
que toute religion organisée, comprenait deux éléments distinc.ts : le 
culte et la doctrine : le culte sacerdotal, la doctrine prophétique ; le 
culte local et temporaire, la doctrine universelle et éternelle. Les 
formes extérieures du rite étaient sans valeur par elles-mêmes. Le 
culte n'était que le vêtement et le voile de l'idée, qu'il gardait pure, 
à l'abri des contacts. D'ailleurs, l'institution de la caste sacerdotale 
et l'érection du temple unique dans la capitale de l'empire avaient 
servi jadis à constituer la nation juive. Le rite servit ensuite, après 
la ruine du sacerdoce et du temple, à perpétuer dans la dispersion et 
l'exil l'individualité de la nation. Pendant de longs siècles le peuple 
juif porta ainsi, sous le couvert de son rite, le trésor de vérité morale 
inventé par ses prophètes. Sa fonction historique fut de garder ce 
trésor jusqu'au jour où l'humanité serait capable de le recevoir. Il 
s'entêta dans cette charge avec une obstination sans égale. Ni les 
persécutions, ni les spoliations, ni les opprobres, ni les discussions 
des philosophies et des sectes, ni les triomphes des religions rivales, 
ne purent arracher au judaïsme ce palladium de bonheur futur qu'il 
portait à travers l'histoire vers les générations lointaines. Etrange 
et grandiose exemple de patience et d'espérance ! plus digne encore 
d'admiration si l'on songe que, selon la plus haute forme de l'idée 
messianique, l'attente juive a pour fin le bonheur de l'humanité 
plutôt que celui du peuple juif, et qu'ainsi elle est à peu près désin- 
téressée. 

Dans cette ténébreuse époque, qui s'étend depuis le moment où le 
judaïsme fut constitué, soit depuis Ezéchiel, jusqu'à l'aube de l'ère 
messianique, c'est-à-dire jusqu'à la Révolution française, deux puis- 
santes religions se détachèrent du judaïsme: d'abord le christia- 
nisme, ensuite l'islamisme. Pour Darmesteter, le christianisme et 
l'islamisme sont des sortes d'hérésies juives; ce sont des tentatives 
avortées pour établir le règne messianique. Dans la fondation de la 
religion du Christ, les païens empruntèrent aux Juifs leur Dieu et 
leur livre, et ils y appliquèrent leurs habitudes d'esprit polythéistes, 
superstitieuses et césariennes : Jéhovah perdit sa simplicité dans 



XLVI ACTES ET CONFERENCES 

l'Incarnation ; la morale prophétique fut étouffée sous la complica- 
tion du culte et dès dévotions catholiques; la liberté de l'âge mes- 
sianique fut écrasée sous le despotisme de l'Eglise ; le christianisme 
se résolut en un judaïsme païen. La même doctrine juive tombée 
dans le cerveau étroit d'un prophète illettré, Mahomet, donna nais- 
sance à une religion beaucoup plus simple que le christianisme, où 
les notions de l'unité divine et de l'égalité humaine furent mieux 
conservées; mais la race de civilisation secondaire où cette religion 
se forma, y apporta sa dureté de mœurs, son inhabileté d'esprit, 
avec une incapacité presque absolue à concevoir la notion du pro- 
grès, et l'islamisme se résolut en un judaïsme barbare. 

Avec la philosophie du xvin e siècle et la Révolution française, 
le judaïsme arrive enfin en présence d'un état d'esprit qu'il n'a plus 
à combattre, parce que, selon Darmesteter, il y reconnaît ses ins- 
tincts et ses traditions. La Révolution donne le signal de l'écroule- 
ment des religions mythiques. Désormais les superstitions doivent 
mourir et les cultes devenir caducs. Les religions qui ne peuvent 
exister sans miracle et sans culte sont condamnées; le judaïsme 
subsiste parce qu'il n'est pas fondé sur ses mythes ni consistant 
dans ses rites, mais qu'il a, au contraire, toujours su distinguer sa 
doctrine de son culte. Ses miracles et ses rites étant supprimés, il 
reste de lui deux dogmes, qui, depuis les prophètes, le constituent 
tout entier : le dogme de l'unité divine et celui du messianisme ; 
le premier signifie dans le langage philosophique l'unité de loi 
dans le monde; le second, le triomphe de la justice; dans le lan- 
gage scientifique, le premier signifie l'unité de force, le second, la 
croyance au progrès. Le règne de la Bible en tant qu'elle exprime 
ces deux dogmes, et celui de l'Evangile en tant qu'il s'inspire de 
la Bible, ne pourront que s'affermir. L'humanité pourra renier la 
Bible des lèvres, non du cœur. La loi d'égalité et de justice hu- 
maines, autrefois posée par les prophètes, s'est une seconde fois 
révélée au monde dans les doctrines de la Révolution. L'antique es- 
pérance messianique a pris la forme moderne de la croyance au pro- 
grès par la science. Maintenant la route est ouverte ; l'humanité, en 
possession d'une formule universelle de vérité morale, ayant rejeté 
les rêves vains, libre des entraves du despotisme et du dogme, peut 



JOSEPH SALVADOR ET JAMES DARMESTETER XL VII 

s'avancer de jour en jour vers l'état dès longtemps entrevu de la 
félicité messianique. Quant au peuple juif, qui aura été son Messie, 
qui le premier lui aura révélé cette loi de justice et ce secret de 
bonheur, qui, pour elle, aura souffert l'interminable et douloureuse 
passion des dispersions, des exils, des calomnies, des injures et des 
haines, le peuple juif, ressuscité enfin comme Messie glorieux, pren- 
dra la tête de l'humanité, lui servira de guide et d'exemple dans 
cette marche vers les hauteurs. Il achèvera de donner aux peuples 
le sens de cette vérité qu'annoncèrent ses prophètes, et de jeter en 
eux le levain d'intelligence et de charité qu'il leur a gardé depuis 
les anciens Âges. Puis lorsque l'humanité sera nourrie de sa doctrine 
et fortifiée par ses exemples, lorsqu'elle aura l'esprit lucide et le 
cœur bon et que le jour messianique se sera tout à fait levé, alors 
le peuple juif perdra sa raison d'être, il pourra disparaître, sub- 
mergé dans l'océan des peuples ; sa destinée sera finie. 

Messieurs, il est impossible de méconnaître la grandeur du sys- 
tème que je viens d'avoir l'honneur de vous exposer. C'est incontes- 
tablement l'un des plus beaux qui aient paru en ce siècle où beaucoup 
de systèmes ont éclos, dont la plupart sont médiocres. Je crains 
pourtant que la négation de tout au delà, l'interdiction de tout 
espoir supra-terrestre que comporte cette doctrine, ne nuise dans 
la pratique à sa diffusion. Il y a encore dans la plupart des cœurs 
humains trop de doutes sur la bonté de la vie, trop d'aspirations 
plus ou moins conscientes vers quelque chose d'autre et de meilleur, 
pour qu'une théorie strictement limitée à la terre prévale. Et dans 
cet ordre d'idées laissez-moi vous soumettre une objection purement 
scientifique. Il paraît admis aujourd'hui, dans les sciences méca- 
niques et astronomiques, que la vie du globe terrestre finira et que 
l'espèce humaine sera anéantie. Est- il donc bien conforme à l'esprit 
de la science de proposer à cette espèce des destinées terrestres indé- 
finies ; ou ne sentez- vous pas plutôt que cette mort de l'espèce, arri- 
vant à la suite de toutes les morts individuelles, sans plus rien 
d'autre qui la suive, nous laisse enfin tomber dans un abîme de 
tristesse ? 

Mais peut-être ai-je mal compris la pensée vraie de Darmesteter. 



XLVIII ACTES ET CONFÉRENCES 

Je ne puis croire qu'il ait aussi résolument arrêté tout notre essor 
vers l'au delà, et je suis persuadé que les personnes qui aujourd'hui 
gardent son souvenir n'admettent pas elles-mêmes que tant d'intel- 
ligence et tant de passion se soient anéanties pour jamais. Il faut 
bien en définitive qu'il y ait dans la pensée quelque chose d'éternel, 
et nous savons tous qu'il n'y a pas de grande passion qui ne se juge 
immortelle. Peut-être donc aurais-je dû comprendre que Darmes- 
teter a seulement refusé de faire intervenir l'idée d'un monde spiri- 
tuel dans son système, parce que cette idée n'y était pas nécessaire, 
mais qu'il ne l'a pas niée pour cela, et qu'il a abandonné ce point à 
l'opinion de chacun. Ainsi interprétée, sa pensée serait, je crois, 
plus sympathique à beaucoup d'esprits. 

En tout cas, nous pouvons tous nous accorder pour sentir en- 
semble la vérité profonde de l'ancienne prédication prophétique 
d'amour mutuel et de justice, et pour reconnaître que cette prédica- 
tion est aussi moderne qu'ancienne, aussi utile à nos jours qu'aux 
âges passés. Il est bien clair aussi qu'il y a dans quelques-unes des 
idées les plus généreuses de la Révolution quelque chose de conforme 
à cet ancien esprit prophétique, et que la science moderne vaticine 
encore à sa manière dans le même esprit. Nous pouvons travailler 
concurremment à répandre dans le monde moderne les habitudes de 
la pensée scientifique. Cela sera un très grand bien; car on vante 
beaucoup la science de nos jours, mais on n'agit guère scientifique- 
ment. Nous avons récemment vu qu'il est plus facile à l'esprit des 
politiciens de pénétrer dans le monde savant, qu'il ne l'est à l'esprit 
scientifique de pénétrer dans les corps politiques. L'esprit scienti- 
fique est calme, précision, sincérité, ordre, justice. Il est, à n'en 
pas douter, une partie de l'esprit prophétique. Si nous y joignons 
cette ardeur de cœur, cette intensité de passion humaine qui ont 
caractérisé les Salvador et les Darmesteter, nous aurons une action 
efficace sur notre temps et nous pousserons nos frères dans une voie 
de progrès. 



L'INQUISITION ET LES JUIFS 

CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE 4 er MARS 4900 

Par M. Salomon REINACH, 

Membre de l'Institut. 



Mesdames, Messieurs, 

De toutes les grandes institutions du passé qui pèsent encore sur 
le présent et projettent une ombre menaçante sur l'avenir, aucune 
n'est aussi mal, aussi peu connue que l'Inquisition. Interrogez au 
hasard, demandez à vos amis — j'excepte, bien entendu, les histo- 
riens de profession — ce qu'ils en savent et ce qu'ils en pensent : 
leurs réponses vous prouveront qu'ils n'ont que des notions bien 
vagues de ce qui a été un des facteurs essentiels de l'histoire mo- 
derne. Aux yeux de la généralité de nos compatriotes, l'Inquisition 
éveille ridée d'une persécution effroyable, exercée contre les héré- 
tiques par un Espagnol nommé Torquemada. Aux yeux de nos core- 
ligionnaires, ce mot, qui les fait frémir, signifie les souffrances des 
Juifs d'Espagne expirant, au milieu des flammes, pour ne point 
renier leur foi. Or, la vérité, c'est que l'Inquisition espagnole n'est 
qu'un épisode tardif dans l'histoire d'une institution qui avait déjà 
près de trois siècles d'existence et penchait depuis longtemps vers 
son déclin; c'est, d'autre part, que l'Inquisition n'a jamais été dirigée 
contre les Juifs, qui étaient des infidèles, mais contre les Chrétiens 
qui professaient des opinions hérétiques; c'est, enfin, que l'Inquisi- 
tion espagnole elle-même n'a pas persécuté directement les Juifs, 
mais les Juifs convertis au catholicisme, auxquels elle reprochait de 
pratiquer en secret la religion juive, c'est-à-dire d'être des catho- 
liques apostats. 

Aqt. xt cionf. p 



ACTES ET CONFÉRENCES 



I. 



Ce qu'il y a de plus curieux dans l'ignorance de la majorité de 
nos compatriotes, tant chrétiens qu'israélites, c'est qu'ils sont tentés 
de considérer l'Inquisition comme espagnole, alors qu'elle est bien 
plutôt française, que c'est contre des Français qu'elle a dirigé ses 
premiers et plus énergiques efforts, que ce sont des Français, les 
chevaliers du Temple et Jeanne d'Arc, qui ont été ses plus illustres 
victimes, que c'est la France dont l'Inquisition a le plus profondé- 
ment modifié l'histoire, en préparant l'unité politique du Nord et du 
Midi par l'extirpation des hérésies méridionales et de la civilisation 
brillante où elles avaient pris un menaçant essor. 

Je ne suis pas le premier à témoigner ma surprise à cet égard. 
En 1809, un historien, Joseph Lavallée, écrivait dans sa préface de 
Y Histoire des Inquisitions religieuses : « Combien peu de Français 
se rappellent que ce fut dans nos climats et sur nos ancêtres infor- 
tunés que l'Inquisition fit les premiers essais de ses fureurs ! » En 
1882, rendant compte du drame de Victor Hugo, Torquemada, Isi- 
dore Loeb s'exprimait ainsi J : « Torquemeda n'a pas créé l'Inqui- 
sition, comme Victor Hugo paraît le supposer, car elle existait long- 
temps avant lui, sous un aspect moins barbare, il est vrai, dans le 
midi de la France ; mais il l'a introduite en Castille, il en a été la 
vivante incarnation. » Ainsi Loeb était obligé d'avertir le pluï 
grand poète du xix e siècle — qui eut, d'ailleurs, en histoire, des 
connaissances singulièrement étendues — que l'Inquisition n'est pas 
espagnole d'origine et qu'elle ne fut pas l'œuvre de Torquemada. 
Encore Loeb lui-même oublie-t-il de dire qu'elle a existé en Es- 
pagne même, en Aragon, deux siècles avant d'être introduite en 
Castille ; il se trompe aussi en disant qu'elle avait régné, dans la 
midi de la France, sous un aspect moins oaroare. C'est le contraire 
qui est vrai à certains égards. Ainsi, dans l'Espagne de Torquemada, 
les condamnés au bûcher étaient souvent étranglés avant d'être 



jRmm d«$ Études juivts, 1882, p. 305, 



L'INQUISITION ET LES JUIFS LI 

livrés aux flammes; dans le midi de la France, ils furent toujours 
brûlés vifs. 

Une méconnaissance aussi générale des faits historiques les moins 
niables s^xplique par les réticences de l'enseignement officiel, qui, 
depuis le début du xjx e siècle, mais surtout depuis 1815, a toujours 
été obligé de compter avec les susceptibilités de l'Eglise romaine. 
L'Eglise n'a jamais rien renié de son passé; encore moins peut-elle 
désavouer l'Inquisition, créée par elle dans une heure de détresse, 
qui fut son auxiliaire la plus puissante et peut-être le fruit le plus 
naturel de son génie. D'ailleurs, il y aurait ingratitude, car, sans 
l'Inquisition, la Réforme se serait produite trois siècles plus tôt, et, 
si l'Inquisition avait été solidement implantée en Allemagne, ce qui 
ne fut jamais, Luther aurait été arrêté net à ses débuts et l'unité 
catholique de l'Europe occidentale n'eût pas été brisée pour tou- 
jours. Mais si l'Église ne désavoue rien, elle n'avoue pas volontiers 
ses fautes ; il lui déplaît qu'on insiste sur les cruautés de l'Inquisi- 
tion, sur les caractères abominables de sa procédure, et là où la 
conscience humaine dénonce des crimes, avec une unanimité qui ne 
souffre pas de démenti, elle prétend que les pouvoirs séculiers en 
portent seuls la charge. En présence d'un dessein si bien arrêté, que 
peut faire l'auteur d'un manuel historique, sur lequel est suspendue 
sans cesse la menace de la mise à l'index, c'est-à-dire d'une lourde 
amende et parfois de la ruine, tant pour lui que pour son éditeur ? 



II. 



Depuis que je m'occupe de l'histoire de l'Inquisition au moyen âge 
— ayant entrepris de traduire le grand et admirable ouvrage de 
l'Américain Lea — je me suis amusé parfois à confronter mes idées 
actuelles, fondées sur une connaissance détaillée des faits, avec les 
notices éparses dans les ouvrages à l'usage des écoles. Les cons- 
tatations auxquelles j'ai été amené de la sorte sont édifiantes. 
Cherchez, par exemple, dans V Histoire de France en deux volumes 
de Victor Duruy, ce qu'il dit de l'Inquisition ; à peine trouverez- 
vous quinze lignes, semées d'ailleurs d'inexactitudes. Dans le pre- 



LH ACTES ET CONFERENCES 

nrier passage, il s'agit de la Croisade contre les Albigeois (1208), 
motivée par l'état social et religieux du Midi. « L'hérésie perçait 
de toutes parts. Le pape Innocent III organisa contre elle l'Inqui- 
sition, tribunal chargé de rechercher et de juger les hérétiques, en 
s'aidant de la torture, et qui a immolé d'innombrables victimes hu- 
maines, sans réussir à tuer l'hérésie, parce que le bûcher est un 
mauvais moyen de faire triompher la vérité. » Assurément ; mais il 
n'est pas vrai que l'Inquisition n'ait pas tué l'hérésie; Albigeois ou 
plutôt Cathares disparurent du midi de la France et l'on peut même 
dire que, si l'Inquisition finit par s'y endormir, c'est qu'il ne lui 
restait plus d'hérétiques à dévorer. 

Plus loin, dans le même livre, il est question des Ordres Men- 
diants, ces milices monacales instituées en 1215 et en 1216 par 
saint François et par saint Dominique, où se recrutèrent, à titre 
presque exclusif, les ministres et les agents de l'Inquisition. « Les 
Dominicains, dit Duruy, qui avaient reçu tout particulièrement la 
mission de convertir les hérétiques, furent investis, en 1229, des 
fonctions inquisitoriales ; mais le tribunal de l'Inquisition, quoique né 
en France à l'occasion des Albigeois, ne put heureusement s'y en- 
raciner et s'y étendre, comme en Espagne et en Italie. » C'est tout 
— et c'est parfaitement inexact. L'Inquisition a été, dans le midi de 
la France, aussi redoutable qu'en Italie et en Espagne; elle y a 
constitué toute sa procédure et tracé le programme définitif de son 
action; elle a survécu, d'ailleurs, et de beaucoup, à l'hérésie albi- 
geoise. Quand Duruy arrive à la condamnation des Templiers en 
1307, il impute ce meurtre juridique au roi de France, comme il suit 
l'opinion vulgaire en faisant peser sur les Anglais la responsabilité 
de la mort de Jeanne d'Arc, erreur tenace contre laquelle l'ambas- 
sadeur d'Angleterre, lord Monson, protestait encore avec raison il 
y a quelques jours. Cette manière d'écrire l'histoire superiorum per- 
missu et de l'enseigner de même, est un des caractères les plus affli- 
geants de la pédagogie officielle du XIX e siècle, sans cesse arrêtée, 
dans son effort honnête vers la vérité — et quel homme de notre 
temps fut plus honnête que Victor Duruy? — par la crainte de 
roisser une puissance plus ancienne et plus solidement assise que 
celle de l'État laïque. Entre ceux qui glorifient l'Inquisition et ceux 



L'INQUISITION ET LES JUIFS LIH 

qui n'osent pas dénoncer et dénombrer ses crimes, la partie n'est 
vraiment pas égale ; et cela n'est pas chose indifférente, car, de 
cette partie, c'est l'esprit public qui est l'enjeu. 

Yoici un autre exemple, emprunté au Dictionnaire de Biographie 
et d'Histoire publié par MM. Dezobry et Bachelet, ouvrage parvenu 
à sa dixième édition et justement réputé. L'article Inquisition y est 
l'œuvre d'un universitaire, M. Deltour, inspecteur général de l'en- 
seignement secondaire. Il est assez exact, mais ne donne aucun 
détail sur l'organisation de l'Inquisition en France ; à le lire, on 
croirait que cette institution n'a eu d'importance qu'en Espagne et 
c'est tout au plus s'il est question de son « zèle rigoureux ». Mais 
ce qu'il y a de plus significatif est la bibliographie qui fait suite à cet 
article. M. Deltour cite cinq ouvrages, dont un en latin, quatre d'a- 
pologistes catholiques (entre autres les Lettres sur l'Inquisition de 
J. de Maistre) et un seul d'un auteur hostile à l'Inquisition, Llo- 
rente, mais avec cet avis : à lire avec circonspection. Ainsi, suivant 
M. Deltour — un bien excellent homme, d'ailleurs, qui fut le profes- 
seur du fondateur de notre Société et fit aimer le grec à Sully- 
Prudhomme — Llorente, hostile à l'Inquisition, doit être lu « avec 
circonspection », mais on peut lire « avec confiance » les Lettres de 
J. de Maistre. Or, non seulement le comte de Maistre glorifie le 
principe de l'Inquisition, c'est-à-dire la main mise sur les cons- 
ciences, mais il soutient, avec une impudence singulière, que 
l'Eglise n'est aucunement responsable du sang versé, parce qu'elle se 
contentait d'abandonner les coupables au bras séculier et qu'à ce 
dernier seul appartenait le choix de la répression. Il ose écrire: 
<l Jamais le prêtre n'éleva d'échafaud, il y monte seulement comme 
martyr ou consolateur ; il ne prêche que miséricorde et clémence et, 
sur tous les points du globe, il n'a versé d'autre sang que le sien. » 
La vérité, c'est que l'Inquisition a précisément été établie parce que 
l'Eglise trouvait les évêques trop indulgents dans la recherche et le 
châtiment des hérétiques ; la vérité, c'est que ni un prêtre ni un 
moine ne pouvait prendre une part directe à un jugement capital — 
pas plus, d'ailleurs, qu'à une opération chirurgicale — parce que 
l'horreur biblique du sang, taoou commun à beaucoup de peuples 
primitifs, a survécu dans le droit canon ; mais il y a dix, il y a cent 



LIV ACTES ET CONFÉRENCES 

preuves que lorsque le bras séculier hésitait à brûler les hérétiques, 
l'Église l'y contraignait en le menaçant de ses foudres. C'est donc 
le bras séculier, et non l'Église, qui pourrait répudier la responsa- 
bilité du sang versé. La prétendue miséricorde de l'Inquisition n'é- 
tait qu'une comédie; parce qu'elle ne signait pas l'arrêt, mais se 
contentait de le dicter, elle croyait pouvoir, comme on dit, s'en laver 
les mains. Précaution vaine I La tache de sang est restée, immense, 
indélébile, et tous les torrents de la rhétorique des apologistes ne 
parviendront pas à l'effacer. 



III. 



Ceci n'est qu'une parenthèse, car je n'entends faire ici le procès 
de personne. Je veux même ajouter qu'une assez longue familiarité 
avec les inquisiteurs de la première période me dispose plutôt à 
témoigner en leur faveur. Certes, il y eut dans le nombre des scé- 
lérats qui faisaient le mal par plaisir et des brigands qui le faisaient 
par cupidité ; mais combien d'ascètes désintéressés et infatigables, 
combien d'idéalistes austères, combien de braves gens et de gens 
braves ! Songez donc que tel de ces moines, dont la puissance était 
égale à celle d'un roi, qui faisait trembler le noble dans son château 
comme le paysan dans sa chaumière, a vécu vingt ou trente ans de 
l'existence la plus laborieuse, la plus dure, privé de tout plaisir, de 
toute affection, se sentant sans cesse en butte à la haine des hommes, 
exaspéré par les réticences des uns, par les faux témoignages des 
autres — tout cela, parce qu'il croyait remplir le plus sacré des 
devoirs, celui de travailler au rétablissement de la foi. Si de pareils 
hommes — et il y en eut beaucoup — ont commis des actes qui nous 
inspirent une juste horreur, la conclusion s'impose. Au lieu d'imiter 
les apologistes de l'Église infaillible, qui exaltent les institutions et 
rejettent les fautes sur les hommes, reconnaissons plutôt que les 
hommes ont été supérieurs aux institutions et que ces institutions 
elles-mêmes ont été ce que les idées ou les préjugés du temps vou- 
laient qu'elles fussent. Le crime est le fils légitime de l'erreur. Or, 
l'erreur par excellence, pendant tout le moyen âge et au delà, a été 



L'INQUISITION ET LES JUIFS LV 

d'imposer aux puissances le devoir de venger les injures faites à la 
vérité religieuse, c'est-à-dire à Dieu. Lorsque les inquisiteurs ont 
assimilé le crime d'hérésie à celui de lèse-majesté, en ajoutant que 
ce dernier était évidemment moindre, d'autant que la majesté des 
princes est inférieure à celle de Dieu, ils ont raisonné juste sur des 
prémisses fausses. Ce joli mot de l'empereur Tibère : Deorum injurias 
diis ctirae, que les dieux doivent venger eux-mêmes leurs injures, 
témoigne d'un état mental auquel l'humanité ne tend à s'élever que 
de nos jours; si tout le monde avait pensé de même, dès l'époque 
de Trajan, l'histoire des persécutions religieuses serait une, page 
blanche et la vérité seule aurait compté des martyrs. 



IV. 



La question délicate n'est pas de savoir pourquoi l'Inquisition a 
parfois sévi contre les Juifs, mais pourquoi elle a généralement res- 
pecté leurs croyances, leurs personnes et même leurs biens. On peut 
en dire autant de l'Eglise elle-même. Les Juifs, au début du 
moyen âge, n'étaient qu'une minorité infime; si Rome l'avait voulu, 
elle les aurait anéantis ou obligés à la conversion. Elle ne le voulut 
pas, parce qu'elle avait besoin des Juifs; le grand docteur du 
moyen âge, saint Thomas d'Aquin, va nous apprendre pourquoi : 
« Les infidèles, bien qu'ils pèchent dans leurs rites, peuvent être 
» tolérés, soit à cause de quelque bien venant d'eux, soit pour 
» éviter quelque mal. Les Juifs observent leurs rites, sous lesquels 
» la vérité de la foi que nous gardons était autrefois préfigurée; il 
» en résulte cet avantage que nous avons le témoignage de nos 
» ennemis en faveur de notre foi et que l'objet de notre croyance 
» nous est, pour ainsi dire, représenté en image. Quant au culte 
» des autres infidèles, qui sont contraires en tout à la vérité et com- 
» plètement inutiles, ils ne mériteraient pas de tolérance, si ce n'est 
» pour éviter quelque mal, comme le scandale ou le trouble qui 
» pourrait résulter de la suppression de ce culte. » Cela est par- 
faitement clair. Le judaïsme est ici opposé à l'islamisme ; le premier 
est toléré de droit, il mérite tolérance, pour les raisons que saint 



LYI ACTES ET CONFÉRENCES 

Thomas a rappelées; le second peut obtenir tolérance, mais pour des 
motifs d'opportunité seulement. Ainsi, parmi les Infidèles, les Juifs 
étaient des privilégiés; il ne pouvait être question de les contraindre 
à se convertir, ni de baptiser de force leurs enfants, encore moins 
de les exterminer. Telle était aussi l'opinion de l'inquisiteur catalan 
Eymeric l : Et ideo ritus Judaeorum ab ecclesia tolerantur quia in Mis 
habemus testimoniumfidei christianœ. Toutefois, l'Église ne renonçait 
pas à exercer sur les Juifs une étroite surveillance, afin d'empêcher 
qu'ils ne prissent sur les fidèles une influence qu'elle jugeait dan- 
gereuse. Toute la politique officielle avouable de l'Inquisition à 
l'égard des Juifs est sortie de là ; elle ne défend pas aux Juifs d'être 
Juifs, mais elle interdit aux chrétiens de juddiser et aux Juifs de les 
pousser dans cette voie. 

Remarquons, avant d'aller plus loin, qu'il importe de ne pas con- 
fondre ce que l'Eglise ou l'Inquisition ont fait contre les Juifs et ce 
qui a été tenté contre eux par les princes temporels ou la populace, 
à l'instigation de gens d'Eglise ou d'inquisiteurs. Il faut aussi dis- 
tinguer avec soin la première Inquisition, profondément religieuse 
à l'origine, de l'Inquisition espagnole, où la religion ne fut plus 
qu'un prétexte, parce qu'il n'y avait pas, à proprement parler, d'hé- 
rétiques à combattre. L'apologétique catholique, inspiratrice de 
notre enseignement officiel, s'occupe plus volontiers de la seconde 
que de la première; car s'il est facile d'établir que le Saint-Siège fut 
relativement innocent des cruautés de Torquemada, on ne peut sou- 
tenir la même thèse au sujet de l'Inquisition de France, de Bohême 
et de Lombardie, inspirée directement de Rome et contrôlée par ses 
envoyés. Comme elle est plus gênante, c'est d'elle que Ton parlera 
le moins. 



V. 



Bernard Gui, mort en 1331, qui fut un grand persécuteur d'héré- 
tiques à Toulouse, se disait « inquisiteur de la perversité hérétique 

1 A. Molinier, L'inçuisition dam U Midi, p. 355. 



L'INQUISITION ET LES JUIFS LVII 



et de la perfidie des Juifs dans le royaume de France », inquisitor 
hœreticcB pravitatis ac perfidies Judœorum in regno Francm. Re- 
marquez le choix de ces deux termes, pravitas et perfidia. Ce que 
l'inquisiteur poursuit chez les Juifs, sous le nom de « perfidie », ce 
n'est pas seulement P « infidélité » ; ce sont des actes d'hostilité 
envers l'Eglise catholique, avec laquelle ils sont censés vivre sur le 
pied de paix. Ces actes d'hostilité peuvent se classer sous deux 
chefs principaux : 1° Les attaques et les injures contre le catho- 
licisme; 2° Les tentatives pour ramener au judaïsme les Juifs 
convertis. C'est dans la mesure où elle a pu croire à la légitimité de 
ces griefs qu'il peut être question des sévices de l'Inquisition à 
l'égard des Juifs. Entrons dans quelques détails. 

C'était une opinion générale que les livres juifs et, en particulier, 
le Talmud étaient remplis de blasphèmes contre le christianisme f . 
Dès 681, le roi visigoth Erivig défendit aux Juifs de lire des livres 
contraires à la foi chrétienne. Pendant les siècles d'ignorance qui 
suivirent, l'Eglise paraît s'être désintéressée de la question. Elle fut 
reprise vers 1236, lorsqu'un Juif converti appela l'attention de 
Grégoire IX sur des passages jugés blasphématoires du Talmud. 
En 1239, le pape écrivit aux souverains des Etats occidentaux, 
ainsi qu'aux prélats de ces pays, qu'ils devaient faire saisir les 
livres juifs et les remettre aux Moines Mendiants. Les ouvrages 
confisqués furent soumis à une commission d'examen. Après bien 
des contestations, on se convainquit que l'accusation était fondée 
et tandis qu'on brûlait les chrétiens hérétiques, on se mit a brûler, 
avec non moins de zèle, les livres juifs. En 1248, il y eut deux 
exécutions de ce genre à Paris, l'une portant sur quatorze 
charretées de manuscrits, l'autre sur six. Mais il restait des exem- 
plaires que l'on continuait assidûment à copier. En 1255, écrivant 
à ses sénéchaux à Narbonne, saint Louis renouvelle l'ordre de brûler 
les livres juifs ; en 1267, Clément J V prescrit à l'archevêque de 
Tarragone de se faire livrer tous les Talmuds ; en 1299, Philippe- 
le-Bel s'inquiète à nouveau de cette littérature et enjoint à ses 
magistrats d'aider l'Inquisition à la supprimer. Dix ans après, en 

1 Lea, History ofthe Inquisition, t. I, p. 554. 



LVIII ACTES ET CONFÉRENCES 

1309, il est question de trois charretées de livres juifs brûlés à 
Paris. En 1319, à Toulouse, Bernard Gui en réunit deux charretées, 
les fait traîner à travers les rues de la ville et brûler solennellement. 
Le même inquisiteur somma les chrétiens, sous peine d'excommuni- 
cation, de livrer les ouvrages hébraïques qu'ils détenaient. Rien 
n'y fit. C'est en vainque Jean XXII, en 1320, comme Alexandre V 
en 1409, renouvelèrent les mêmes instructions. En plein xvi e siècle, 
alors que Reuchlin, combattant le fanatisme de Pfefferkorn, s'op- 
posait, au nom des humanistes, à la destruction des monuments du 
passé, la papauté n'avait pas désarmé encore. Jules III, en 1554, 
demande énergiquement qu'on brûle le Talmud et qu'on contraigne 
les Juifs, sous peine de mort, à remettre tous ceux de leurs livres 
qui contiennent des blasphèmes contre le Christ. La preuve que 
cette longue campagne ne réussit pas, c'est que la littérature 
hébraïque du moyen âge nous est parvenue presque intacte, 
jusqu'au pamphlet dit Toledoth Jeschu, dont Lea s'étonne avec 
raison qu'un Juif ait osé garder chez lui un exemplaire. L'ignorance 
où les gens d'Eglise étaient de la langue hébraïque fut sans doute 
pour beaucoup dans l'insuccès de leurs longs efforts. 



VI, 



Si les Juifs avaient été accusés seulement de médire du chris- 
tianisme dans leurs livres, l'Inquisition n'aurait eu à brûler que des 
parchemins. Mais on leur reprochait aussi des sacrilèges et des 
pratiques de sorcellerie, qui relevaient tantôt des tribunaux ecclé- 
siastiques, tantôt de ceux de l'Inquisition. En 1290, un Juif fut brûlé 
à Paris pour avoir, prétendait-on, profané une hostie; c'était l'é- 
vêque de Paris qui l'avait jugé, sans le concours d'un inquisiteur. Mais 
l'Inquisition tendit de plus en plus à se réserver ces sortes d'affaires, 
dont nous citerons un seul exemple 1 . Giovanni da Capistrano, qui 
avait été inquisiteur en Italie dès 1417, fut envoyé par Nicolas V 
en Allemagne pour combattre les Hussites. En 1453, il se rendit À 

1 Lea, t. II, p. 549. 



L'INQUISITION ET LES JUIFS L1X 

Breslau et y sévit cruellement contre les Juifs. Un prêtre de cam- 
pagne leur avait, disait-on, vendu huit hosties consacrées en vue 
de certaines opérations magiques. Capistrano tortura les accusés, 
leur extorqua des aveux et les fit brûler vifs; une femme, impliquée 
dans la même affaire, fut déchirée avec des pinces chauffées au rouge. 
Sur ces entrefaites, une vieille Juive, qui s'était convertie au chris- 
tianisme, fut assassinée. On accusa les Juifs de ce meurtre, ainsi 
que de celui d'un enfant chrétien. Cette fois, Capistrano en brûla 
quarante et un. Cet homme, un des fanatiques les plus sanguinaires 
qui aient existé, est cependant de ceux qui inspirent le respect par 
l'austérité de ses mœurs et son infatigable dévouement à la cause 
de l'orthodoxie. C'est donc peut-être que cette cause n'était pas 
bonne, puisque la vertu devenait criminelle en la servant. 



VIL 



De conversions de catholiques au judaïsme, il ne pouvait guère être 
question l 9 bien que Bernard Gui indique, dans son manuel à l'usage 
des inquisiteurs (Prariica), le procédé — d'ailleurs inconnu — 
employé pour la circoncision des enfants chrétiens 2 . Il n'en est pas 
de même du retour au judaïsme de Juifs qui s'étaient convertis par 
peur ou par intérêt. En général, cette rechute dans l'erreur était 
clandestine, comme l'hérésie elle-même, mais elle n'en était que 
plus périlleuse pour la foi, car le Juif converti, resté secrètement 
israélite, pouvait exercer avec d'autant plus de facilité une pro- 
pagande hostile au christianisme. On croit souvent que ces pseudo- 
convertis étaient particuliers à l'Espagne; nous savons, au con- 
traire, qu'il y en avait un peu partout. 

En 1278, les inquisiteurs de France s'adressèrent au pape Ni- 
colas III pour lui demander des instructions 3 . Ils exposaient que 
lors d'un soulèvement populaire contre les Juifs, nombre de ceux-ci 

1 On en connaît pourtant quelques exemples du xi e au xm e siècle (Berliner, 
Aus dem Leben der déutschen Juden int Mittelalter, Berlin, 1900, p. 108). 
1 Israël Lévi, Les Juifs et V Inquisition dans la France méridionale, p. 11. 
• Lea, t. II, p. 63. 



LX ACTES ET CONFÉRENCES 

s'étaient fait baptiser et avaient fait baptiser leurs enfants. L'orage 
passé, ils étaient revenus à leurs erreurs, sur quoi les inquisiteurs 
les avaient jetés en prison et excommuniés. Depuis un an, ils 
étaient sous les verrous. Que faire de ces gens-là? Nicolas répondit 
qu'il fallait les traiter comme des hérétiques, c est-à-dire les livrer au 
bras séculier en tant qu'hérétiques impénitents. Cela signifiait qu'il 
fallait les brûler vifs. La même année on brûla à Toulouse le rabbin 
Isaac Maies, coupable d'avoir reçu, m extremis l'abjuration d'un cer- 
tain Perrot, Juif converti, et de l'avoir enterré dans le cimetière juif. 

Trois ans après, en 1281, Martin IV adressa une bulle aux 
évêques de France pour restreindre le droit d'asile des églises en 
matière de crimes justifiables de l'Inquisition 1 . Dans cette bulle, le 
pape mentionne expressément les Juifs mal convertis à côté des 
autres hérétiques, preuve que les préoccupations causées par eux 
étaient devenues sérieuses. Nous savons, en effet, que plusieurs 
Juifs furent brûlés à Paris, entre 1307 et 1310, pour être retournés, 
après leur conversion, ad vomilum Judaismi, suivant l'expression 
de l'inquisiteur Bernard Gui 2 . 

On ne pouvait se borner à surveiller les Juifs convertis; il fallait 
empêcher les Juifs non convertis d'entretenir avec ces derniers des 
relations trop intimes, qui pussent les induire à devenir relaps. 
C'est pourquoi, vers la fin du xm e siècle, les Juifs du Languedoc, 
soumis jusque-là à la juridiction épiscopale, furent placés sous le 
contrôle des inquisiteurs 3 . Nous possédons une lettre de l'inquisiteur 
Jean Arnaud, datée de 1297, où il prescrit aux Juifs de Pamiers 
de se conformer aux statuts des Juifs de Narbonne ; c'est donc qu'à 
cette époque ils relevaient de l'Inquisition, Or, l'Inquisition avait 
de grands besoins et peu de scrupules ; à l'exemple des pouvoirs 
séculiers, elle cherchait à tirer de l'argent des Juifs et le droit de 
surveillance qu'elle avait acquis sur eux lui en fournissait l'occasion. 
Déjà, en 1409, le pape Alexandre V suggère l'idée de subvenir aux 
frais de l'Inquisition en France par une taxe de 300 florins d'or 

1 Lea, t. II, p. 121. 

a Tanon, Histoire des tribunaux de V Inquisition en France, p. 244 ; Israël Lévi, 

Les Juifs et V Inquisition dans la France méridionale, p. 12. 

* Lea, t. II, p. 96. 



L'INQUISITION ET LES JUIFS LX1 

levée sur les Juifs d'Avignon 4 . Ceux-ci s'étaient multipliés dans la 
ville des papes et y étaient devenus fort riches, à l'abri de la pro- 
tection dont ils jouissaient. Les chrétiens vivaient en paix avec 
eux et intervenaient même pour les défendre. En 1418, ils s'adres- 
sèrent au pape, représentant que les Juifs étaient molestés par les 
inquisiteurs, qui leur cherchaient des querelles futiles. Martin V se 
laissa convaincre et décida que les Juifs auraient le droit de se faire 
représenter par un assesseur dans tous les procès que l'Inquisition 
pourrait leur intenter. Un Juif siégeant au tribunal de l'Inquisition 
était une nouveauté singulière ; nous ne savons malheureusement 
pas si cette disposition fut appliquée. Mais il est toujours intéressant 
de voir un pape protéger les Juifs contre les moines ; on voudrait 
même voir cela plus souvent. 

Un incident qui st produisit en 1359 montra que l'Inquisition du 
Languedoc attachait beaucoup d'importance à la persécution des Juifs 
mal convertis 2 . Quelques-uns, soupçonnés d'apostasie, s'étaient ré- 
fugiés en Espagne, où les inquisiteurs du Languedoc n'exerçaient pas 
de pouvoir. Le pape Innocent VI enjoignit alors à Bernard duPuy, 
Finquisiteur provençal, de les y poursuivre, de les arrêter et de les 
condamner partout où il les trouverait, en faisant appel au concours 
des autorités séculières ; il écrivit en même temps aux rois d'Aragon 
et de Castille pour les prier de prêter aide et secours à Bernard. 

En Aragon comme en Languedoc, l'Inquisition eut des démêlés 
avec les Juifs convertis 3 . Le frère Mateo de Rapica écrit en 1456 
à Galixte III que certains néophytes s'obstinent à suivre les usages 
juifs, mangent de la viande en Carême et obligent leurs serviteurs 
chrétiens à en faire autant. Mateo et l'évêque d'Elne les avaient 
poursuivis, mais sans autre résultat que de s'attirer un libelle diffa- 
matoire. L'inquisition d'Aragon — la première — était alors très 
faible ; Mateo priait le pape d'intervenir et celui-ci donna l'ordre à 
l'archevêque et à l'official de Narbonne de prendre l'affaire en main. 

Un siècle auparavant, en 1356, nous trouvons aussi des Juifs 
convertis à Venise, accusés d'apostasie et emprisonnés par l'inqui- 

1 Lea, t. II, p. 138. 

* Lea, t. I, p. 396. 

* Lea, t. II, p. 178. 



LXn ACTES ET CONFÉRENCES 

siteur de Trévise 1 . Les fonctionnaires séculiers de la République 
se firent les défenseurs de ces malheureux et intentèrent des pour- 
suites contre les familiers de l'Inquisition. Le pape Innocent VI 
protesta, mais vainement ; Venise n'entendait pas que l'Inquisition 
constituât un État dans l'Etat. 

Dans les Deux-Siciles, les Juifs convertis et devenus suspects 
avaient été poursuivis dès 1344 par le légat du pape ; néanmoins, un 
siècle après, ils passaient pour si nombreux que Nicolas V, en 1499, 
nomma un inquisiteur spécial avec mission de les rechercher et de 
les punir *. 



VIII. 



Vers la fin du xv e siècle, la question des Juifs convertis devint 
particulièrement grave en Espagne. Les conversos ou marranes, 
comme on les appelait, étaient intelligents, laborieux, souvent très 
riches ; ils occupaient des fonctions importantes, tant civiles qu'ec- 
clésiastiques, et avaient contracté des alliances avec la plus haute 
noblesse du pays. Leur nombre s'était singulièrement augmenté, au 
cours du xiv e et du xv 9 siècle, par l'effet des soulèvements popu- 
laires contre les Juifs, suivis de conversions forcées. Il n'est pas 
douteux que la plupart de ces convertis conservaient des sympa- 
thies pour la foi de leurs ancêtres, sans manquer ostensiblement à 
leurs devoirs de catholiques ; mais les faits d'apostasie qu'on leur 
reprochait paraissent avoir été exagérés à plaisir et nombre de 
ceux qui motivèrent des condamnations nous semblent absolument 
ridicules. Aussi n'y voulons-nous voir que des prétextes : la vraie 
cause, c'est qu'on jalousait les Marranes ; on les accusa de « rage 
judaïque » pour les noyer. Une alliance tacite, dirigée contre cette 
aristocratie de parvenus, se forma entre l'Église et la populace, 
que la prospérité et peut-être l'insolence de certains Marranes 
avaient indisposée. D'autre part, le roi Ferdinand songeait à s'ap- 
puyer sur l'Église et sur le peuple pour briser la puissance des 

* Lea, t. II, p. 273. 

1 Lea, t. II, p. 284, 287. 



L'INQUISITION E T LES JUIFS LXIII 

Marranes, unis à la noblesse par des liens de famille et des intérêts 
communs. Le moment était donc propice à une persécution. Mais si 
elle éclata avec une violence inouïe, si elle couvrit l'Espagne de dé- 
solation et de victimes, ce fut uniquement par la faute des Domini- 
cains, organisateurs attitrés de l'Inquisition. Cette institution était 
tombée partout en décadence, tant par suite de la quasi-dispari- 
tion des hérétiques que de l'opposition plus ou moins ouverte des 
autorités séculières. L'Espagne, au moment de conquérir son unité, 
lui offrait un théâtre d'activité favorable et une proie facile. Ferdi- 
nand et Isabelle furent circonvenus par les Dominicains qui ob- 
tinrent du pape, en 1480, la création d'un tribunal d'Inquisition. 
On sait assez quel usage ils en firent et de quels crimes ils le souil- 
lèrent. Mais ce qu'on oublie trop souvent, c'est la différence pro- 
fonde qui sépare l'Inquisition nouvelle de celle qui avait sévi dans 
le midi de la France. En France, le catholicisme se trouvait sérieu- 
sement menacé par la propagande des Cathares ; il se défendit par 
une offensive atroce; mais, enfin, il se défendit. En Espagne, il atta- 
qua ceux qui ne le menaçaient pas, des gens qui n'étaient ni schisma- 
tiques ni hérétiques, dont le seul tort était d'avoir conservé quelques 
attaches avec la religion de leurs pères et de leurs proches. Parmi 
les sentences de l'Inquisition espagnole, condamnant des Marranes 
au bûcher, à la confiscation ou aux pénitences les plus cruelles, on 
en trouve qui sont motivées par les griefs suivants : s'être abstenu 
de graisse ou de lard ; avoir mangé du pain sans levain ; avoir lu ou 
même possédé une Bible hébraïque ; avoir dit qu'un bon Juif pouvait 
être sauvé ; avoir chômé le samedi ; avoir mangé des œufs crus le 
jour de la mort d'un frère ; avoir donné des aumônes à des Juifs; 
avoir mis une nappe propre sur la table le vendredi ; avoir changé 
de linge le samedi. Dans un cas, le seul crime à la charge d'une 
femme, qui fut condamnée, est d'avoir assisté au mariage de son 
frère, resté juif 1 . Là où de pareils chefs d'accusation étaient con- 
sidérés comme valables, tout Marrane dont on voulait se défaire, 
dont on convoitait la place ou les biens, était perdu sans remède. 
Princes et moines s'entendaient pour réduire les uns à l'impuissance 

* Lea, Religions Eistory of Spain-, p. 470. 



LX1Y ACTES ET CONFÉRENCES 

et les autres à la mendicité. La nouvelle Inquisition d'Espagne, à 
ses débuts, ne fut qu'un brigandage sous le masque de la religion. 
Contre les Juifs restés Juifs, l'Inquisition était impuissante ; 
mais comme elle poursuivait impitoyablement les convertis, elle 
devait exhorter les pouvoirs publics à détruire la cause de la conta- 
gion. Ses conseils furent docilement suivis. L'Inquisition nouvelle 
débute à Séville en janvier 1481 ; en 1490, elle invente et exploite 
l'abominable affaire du Nino de la Guardia, enfant que les Juifs au- 
raient crucifié et qui — on le sait depuis 1887 — n'a jamais existé ; 
le 31 mars 1492, les Juifs sont bannis d'Espagne. Les Dominicains 
avaient bien conduit leurs affaires ; ils allaient régner dans la 
Péninsule pendant trois siècles et, après en avoir chassé le ju- 
daïsme, puis l'islamisme, la fermer aux influences civilisatrices de 
la Réforme — ce dont Joseph de Maistre n'a pas manqué de leur 
faire honneur. 



IX. 



Résumons-nous. L'Inquisition n'a jamais été dirigée contre les 
Juifs. Pendant la première période de son existence, elle les a mé- 
nagés, réservant ses rigueurs aux hérétiques. Si, plus tard, elle a 
frappé avec rage les Juifs convertis, c'est qu'elle a voulu rebâtir 
sur leur ruine, avec la complicité d'un roi cupide, l'édifice de sa 
puissance ébranlée. Ce sont encore des motifs de politique et d'am- 
bition qui la poussèrent à demander l'expulsion des Juifs d'Espagne ; 
elle ne se souciait pas de les convertir, mais voyait en eux un obs- 
tacle à sa domination. Ainsi le judaïsme eut d'autant plus à souffrir 
de l'Inquisition qu'elle s'écarta davantage de son objet propre et du 
rôle que lui avait tracé l'Église. Ce n'est pas la Rome pontificale, 
le Saint-Siège, d'habitude clément au judaïsme, mais l'âpre ambition 
d'une poignée de moines qui a infligé à l'histoire le double scandale 
du martyre des Marranes et de l'exode des Juifs espagnols. 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLES8IS. 



L'APOCALYPSE JUIVE 

ET 

LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE 

CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE 3t MARS 1900 

Par M. Auguste SABATIER 

DOYEN DE LA FACULTÉ DE THÉOLOGIE PROTESTANTE 
DIRECTEUR-ADJOINT A L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES (SCIENCES RELIGIEUSES) 



L'idée qu'il y a une parenté intime et une filiation historique entre 
l'Apocalypse juive et le genre littéraire tout moderne qu'on nomme 
« la philosophie de l'histoire », n'est pas nouvelle. Elle fut émise, 
pour la première fois, il y a trois quarts de siècle, à ma connais- 
sance du moins, par le théologien allemand Lùcke, dans son ou- 
vrage capital sur l'histoire des apocalypses '. De ce qui n'était alors 
qu'une vue ingénieuse de l'esprit, jetée en passant, la critique et 
l'exégèse ont fait une vérité historique, qui peut et doit entrer désor- 
mais dans la circulation générale, je veux dire dans la littérature. 
On verra quels écliircissements l'histoire littéraire générale en re- 
çoit. C'est à ce point de vue que je veux me placer. Je me propose 
de montrer que les apocalypses juives et ces livres si nombreux, 
depuis le Discours de Bossuet sur l'histoire universelle, sur la des- 
tinée de l'humanité et les lois de son évolution, sont, en réalité, de 
la même famille, qu'ils constituent un genre littéraire dont il est 
intéressant de marquer l'origine et de suivre à travers les siècles 
les métamorphoses. 

1 Versuch einer vollstândigen Einleitung in die Offenbarung des Iohannes, 1832, 
2 e éd., 1852. 

Agt. et gonf. e 



LXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

L'origine du genre se trouve dans le livre de Daniel, qui est la 
première en date et le chef-d'œuvre des apocalypses juives. En 
vous en rappelant les visions et les songes, les images bizarres, la 
poésie religieuse d'une ferveur si extraordinaire, vous vous deman- 
dez peut-être si ce n'est pas le plus audacieux des paradoxes que de 
donner ce livre comme la source première de 1 t philosophie de l'his- 
toire. D'un côté, l'imagination plastique la plus étrange, la plus éloi- 
gnée de nous; de l'autre, les abstractions les plus hautes; ici, des 
lois permanentes et régulières; là, des coups d'Etat successifs, dé- 
crétés par le Tout-Puissant, l'attente fiévreuse des catastrophes 
suprêmes. Que pourrait-on imaginer de plus différent! 

Cependant il convient de suspendre un instant notre jugement et 
de nous souvenir que les premières apparences très souvent sont 
trompeuses. Qui n'aurait jamais vu une chenille devenir papillon, 
croirait-il aisément que l'insecte ailé qui voltige d'une fleur à l'autre 
en s'y posant à peine et qui, fleur lui-même de l'air, se laisse bercer 
à tous les souffles, est le même être qui, l'autre jour, rampait lourde- 
ment, laid et velu, sur la terre ? Mieux encore, si vous avez feuilleté 
des atlas d'histoire naturelle et de paléontologie, n'avez-vous pas 
été surpris d'apprendre que les formes animales actuelles, si bien 
équilibrées, provenaient de la faune monstrueuse des temps pri- 
mitifs; que les oiseaux, par exemple, avaient pour ancêtres les 
reptiles et ceux-ci, les poissons? Comment donc les naturalistes 
arrivent -ils à démontrer cette parenté et cette dépendance? L'ana- 
tomie comparée, c'est-à-dire l'étude de la structure interne des 
animaux, leur a révélé tout d'abord l'identité foncière du squelette 
et la ressemblance initiale des organes. Ensuite, l'histoire de la terre 
elle-même et des formes successives de la vie, en mettant au jour 
celles qui font transition, s'est chargée d'établir le lien de filiation 
qui relie les espèces les plus récentes et les mieux organisées aux 
plus simples et aux plus anciennes Nous procéderons ici à peu près 
de même. En analysant les œuvres les plus vieilles et les plus mo- 
dernes, nous constaterons la persistance de l'inspiration première, 
l'identité des idées directrices, un état d'esprit, enfin, qui s'exprime 
différemment suivant les temps, mais reste foncièrement le même. 
Après avoir ainsi défini et comme constitué ce nouveau genre litté- 



L'APOCALYPSE JUIVE ET LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE LXVII 

raire, nous en chercherons l'origine et nous en suivrons le dévelop- 
pement continu et les transformations jusqu'à nos jours. 



On s'est longtemps mépris sur la nature des apocalypses juives 
et sur l'état mental de ceux à qui nous les devons. On se représente 
encore très souvent ces écrivains comme des visionnaires, en proie 
aux hallucinations de l'extase et au délire d'une imagination en- 
fiévrée. Daniel est toujours dans les rêves ou dans les visions; 
Hénoch est transporté au ciel ; Jean est ravi en extase et voit le 
trône du Tout-Puissant. Mais, quand on s'abandonne à ces impres- 
sions, il y a une distinction essentielle qu'on oublie de faire. Les 
héros de ces livres n'en sont pas les auteurs. Entre Daniel, par 
exemple, qui a des visions et l'écrivain anonyme qui le met en scène, 
il y a juste la même distance qu'entre Homère et Achille, ou Ajax 
furieux et Sophocle qui met en drame sa fureur. Celui qui raconte 
et décrit les visions de Daniel ou d'Esdras n'était pas le moins du 
monde dans l'état extatique quil prête à ses héros. Cette distinc- 
tion une fois faite et maintenue toujours présente à l'esprit, on 
voit aussitôt que ces songes, ces visions, ces images, n'ont rien 
d'objectif; c'est un simple scénario littéraire, la rhétorique obligée 
du genre, comme celle du dialogue dans la tragédie; une sorte de 
technique spéciale qui s'apprend, se transmet, se prolonge d'une 
apocalypse à l'autre, sans qu'aucun de ces prétendus Voyants y 
manque jamais. Il y a, dans cette continuité des formes, une st«?réo- 
typie qu'on ne trouve aussi immuable que dans la tradition de la 
tragédie classique. Rien n'implique ou ne suppose, chez des écrivains 
esclaves à ce point du métier, moins d'inspiration personnelle ou 
plus de réflexion et de sens rassis. 

Voici une seconde remarque non moins propre à nous mettre en 
garde. Les auteurs des apocalypses sont les contemporains, non pas 
des anciens prophètes, mais des rabbins. Ils ont l'éducation et les 
habitudes intellectuelles de ceux-ci, non le tempérament ou l'inspi- 
ration naïve et spontanée de ceux-là. Us appartiennent à l'époque 



LXVIII ACTES ET CONFÉRENCES 

du grand rabbinisme où s'élaborait déjà le Talmud, à ce moyen âge 
scolastique où les textes sacrés étaient clos et où tout l'effort de la 
pensée allait à les expliquer, à les commenter et à y découvrir, à 
force d'analyses et de combinaisons subtiles, les secrets de Dieu. 
J'estime même que les écrivains apocalyptiques n'ont pu être que 
des rabbins, car, seuls alors, des rabbins pouvaient avoir la pleine 
connaissance des écritures sacrées dont les apocalypses témoignent 
et, seuls, ils étaient en mesure de mettre par écrit le résultat de 
leurs méditations, de rassembler, de coordonner tous ces pronostics 
d'avenir et de mettre de telles armes au service de leur foi ardente 
et de leur patriotisme intransigeant. 

Ces auteurs, malgré le vêtement étrange dont ils revêtent leurs 
idées, font exactement, à l'égard des textes prophétiques, ce que les 
scribes font à l'égard de celui de Moïse. L'apocalypse est à la pro- 
phétie ce que la Mischna est à la Thora. 

Etudiez de près les images symboliques qu'ils dressent devant 
nous : vous verrez aussitôt que ce sont des allégories. Ces images 
n'ont pas été vues ; elles sont construites avec art et réflexion, pour 
exprimer les divers côtés d'une idée abstraite, préexistante dans 
leur esprit. Prenez, par exemple, la statue colossale que Nabucho- 
donosor voit en songe. Pourquoi l'auteur la compose-t-il de métaux 
différents et choisit- il l'or pour la tête, l'argent pour la poitrine, 
l'airain pour le ventre et les cuisses, le fer pour les jambes, le fer et 
l'argile pour les pieds, sinon parce qu'il veut exprimer ainsi et ré- 
sumer l'idée que lui a laissée l'hisîoire des Chaldéens, des Mèdes et 
des Perses, d'Alexandre et des royaumes divisés et fragiles de ses 
successeurs ? Le procédé de combinaison réfléchie apparaît plus évi- 
dent encore dans la figure de cette bête étrange qui a dix cornes 
sur la tête ; puis une petite corne surgit au milieu d'elles ; elle fait dis- 
paraître trois des premières; ensuite elle a des yeux d'homme et une 
bouche d'homme, et cette bouche profère des paroles insolentes. 
Cela n'a \&$ été vu ni ne peut l'être. Mais cela a été artificielle- 
ment fabriqué, pièce à pièce, pour exprimer la suite des successeurs 
d'Alexandre comme l'auteur l'explique un peu plus loin. Nous pour- 
rions multiplier ces exemples. C'est 1 idée abstraite qui toujours crée 
l'image. Celle-ci n'est grotesque qu'au point de vue de l'art plas- 



L'APOCALYPSE JUIVE ET LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE LXIX 

tique. Jugée du point de vue rationnel d'où elle a été composée, elle 
est ingénieuse comme une allégorie soutenue. Vous vous croyiez em- 
portés dans le domaine de la poésie féerique : vous n'êtes que dans 
celui de l'abstraction historique. Et vous n'en sortez jamais. 

J'ai dit que ces écrivains étaient des hommes d'étude. Ils étudient 
avec soin l'histoire du passé et celle du présent, et, naturellement, 
ils connaissent mieux celle du présent que celle du passé. Ils ne nous 
apprennent sur celle-ci que ce que nous pouvons lire après eux 
dans les documents qui étaient à leur portée. Mais ces documents, 
ils les dépouillaient avec tout le soin et toute l'ingéniosité dont ils 
étaient capables; ils en dressaient la chronologie, la distribuaient en 
nombres symboliques d'après le chiffre divin, le chiffre sept, qu'ils 
décomposaient ou multipliaient de toutes les façons. Relisez, dans le 
livre d'Hénoch, l'allégorie des taureaux, des brebis et des bêtes sau- 
vages et dites-moi si l'auteur, pour la dresser, n'a pas compulsé 
toutes les pages de l'histoire d'Israël, depuis la Genèse jusqu'aux 
Macchabées. Et l'auteur du livre de Daniel n'a-t-il pas étudié autant 
qu'il le pouvait l'histoire des Chaldéens, des Mèdes, des Perses, 
d'Alexandre, des Séleucides et des Ptolémées? On a remarqué qu'il 
connaît assez mal celle des successeurs de Nabuchodonosor, qu'il 
fait des confusions de dates et de noms, quand il en vient aux 
Mèdes; mais déjà il sait mieux l'histoire de la Perse, et, quand il en 
est aux relations si compliquées de la Syrie et de l'Egypte, au 
second siècle avant J.-C, il est d'une précision singulière; il note 
les guerres, les traités de paix, la succession des triomphes et des 
revers et jusqu'aux mariages politiques entre les deux dynasties ri- 
vales. Dans un fragment du livre d'Hénoch, on a relevé une allu- 
sion transparente aux stations balnéaires du golfe de Naples et à 
l'éruption du Vésuve qui vint punir les vices de ces nouvelles So- 
domes 1 . Saint Jean semble avoir connu l'équipée du faux Néron qui 
tenta, en l'an 69, de soulever l'Asie. La Sibylle qui parle dans le troi- 
sième livre des oracles sibyllins connaît la défaite de Carthage et la 
victoire de Pydna, la prise de Corinthe et l'asservissement de la 
Grèce par les Romains. Ces auteurs ne sont pas sans doute des his- 

1 Hénoch, lxvii, 5-8. 



LXX ACTES ET CONFERENCES 

toriens infaillibles ; mais ce ne sont pas davantage des anachorètes 
illuminés, vivant loin du monde et de ses bruits ; ce sont des histo- 
riens appliqués et singulièrement attentifs à tout ce qui se passe 
sur la terre, aux événements politiques comme à tous les fléaux et 
à tous les cataclysmes de la nature, et, comme il arrive toujours, ils 
connaissent d'autant mieux l'histoire qu'elle se rapproche davan- 
tage du temps où ils vivent. 

J'ajoute que ces historiens sont des savants ; je veux dire qu'ils 
apparaissent munis de toutes les connaissances de leur siècle ou, 
pour être plus exact, de leur milieu social. A cet égard, le livre 
d'Hénoch est bien curieux à étudier. C'est une véritable encyclo- 
pédie. Vous n'y trouvez pas seulement un traité complet surl'angé- 
lologie et la démonologie, une explication des possessions; mais en- 
core un traité de géographie où est décrite la configuration de la 
terre avec ses grands fleuves, ses grandes montagnes, réservoirs 
éternels de la neige, ses mers intérieures et le fleuve Océan, roulant 
tout autour ses ondes mystérieuses et infranchissables; puis vient 
un traité d'astronomie, avec l'explication des mouvements du soleil, 
de la lune et de ses phases, du cours des étoiles. Puis c'est un traité 
de météorologie avec une théorie des vents, des saisons, de la pluie. 
Vous y trouverez encore des notions de toute espèce sur les plus 
riches productions de la terre. On a remarqué que l'auteur de l'apo- 
calypse de saint Jean connaît admirablement les pierres précieuses, 
leur couleur et leur prix. Et ne pensez pas que ce soit là des hors- 
d'œuvre. Ces savants sont encore des philosophes. Ils savent que 
la destinée d'Israël est liée à celle de l'humanité, et celle de l'huma- 
nité à celle du monde physique dans lequel elle vit. Dès lors, leur 
pensée, s'élargissant avec leur horizon, embrasse l'histoire de l'uni- 
vers tout entier, dont Israël sans doute marque le centre, mais 
dont la circonférence s'étend jusqu'aux dernières limites des choses 
visibles et invisibles. Hénoch fait la théorie de cette histoire uni- 
verselle. Bien avant Bossuet, il la divise en dix époques qui sont dix 
grandes semaines, dont la première commence avec Adam, et dont 
la dernière ouvre l'éternité. N'est-ce pas là un commencement, 
l'ébauche d'une philosophie de l'histoire ? 

Que cette philosophie soit simpliste, partielle, exclusive, cela est 



L'APOCALYPSE JUIVE ET LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE LXXI 

naturel. N'est-il pas dans la destinée de toute œuvre de ce genre 
même aujourd'hui, d'être nécessairement provisoire, dépassée et 
corrigée par celle qui la suit ? Il n'y a rien qui vieillisse plus vite 
que ces sortes de livres, parce que chaque génération relit l'his- 
toire et la reconstruit suivant ses croyances et suivant ses besoins. 
On dédaigne Bossuet, on ne lit plus Vico, on sourit de Hegel. Quoi 
d'étonnant que les fresques historiques de Daniel, d'Esdras, de Jean 
ou d'Hénoch, nous paraissent un peu enfantines ou surannées? 

Mais ce n'est pas aux résultats ni aux conclusions qu'il faut ici re- 
garder, c'est au genre de l'effort, aux moyens employés, à la fin 
poursuivie. A ce triple égard, ceux qu'on nomme les Voyants des 
apocalypses ne font que ce qu'ont fait tous les philosophes ou les 
théologiens qui sont venus après eux. Ils s'efforcent de résumer 
l'histoire du monde connue de leur temps, d'en marquer les grandes 
phases pour découvrir, dans le mouvement auquel elle obéit, un 
rythme intérieur qui permette d'en mesurer la durée. Que faisons - 
nous d'autre aujourd'hui, quand nous cherchons à, établir la succes- 
sion, non plus des grands empires, mais des civilisations humaines 
qui s'étagent dans le passé et de formuler les lois qui y président et 
la fin où elles tendent ? 

Us croyaient à un plan qui se déroulait dans les annales de l'hu- 
manité. Ils le déduisaient naturellement de leur théisme d'une mo- 
ralité rigoureuse et sublime. L'unité du pouvoir universel, concentré 
dans la personnalité d'un Dieu unique, leur avait permis d'unifier 
l'histoire humaine et de faire entrer dans le même système l'en- 
semble des nations, leur rôle successif et leurs destinées. Ils avaient 
ainsi exclu de l'histoire le hasard, l'accident. Les événements deve- 
naient des signes dont l'interprétation raisonnée leur permettait 
de relier tous les scges et de suivre partout le dessein d'une provi- 
dence cachée, qui mène, à travers les épreuves nécessaires, le 
peuple prédestiné à une fin heureuse, et l'humanité tout entière 
à la vraie religion et à la paix. 

Ainsi, finalité de l'histoire, intelligibilité de ses lois, optimisme, 
voilà les trois idées essentielles de l'Apocalypse juive. Ne sont-ce 
pas aussi les trois idées fondamentales de la philosophie moderne de 
l'histoire, depuis Bossuet jusqu'à Auguste Comte, en passant par 



LXX1I ACTES ET CONFÉRENCES 

"Vico, Herder et Hegel? Le point de vue s'élargit, la notion de loi 
devient plus abstraite et plus stable, la fin de l'histoire plus haute et 
plus vraiment humaine; mais c'est toujours la même foi dans l'ave- 
nir, la même recherche du secret de l'histoire, la même interpréta- 
tion rationnelle des événements, la même division des temps par 
époques, et la même finalité. 

Il faut ajouter un trait de plus : c'est la même tendance à prophé- 
tiser, je veux dire à déduire ce que sera l'avenir de la connaissance 
du passé, à conduire le mouvement du progrès constaté dans les 
âges écoulés jusqu'à la perfection et à la réalisation glorieuse de 
notre rêve de justice et de bonheur. Le messianisme était le fond de 
T Apocalypse juive ; ilest resté le fond de notre philosophie de l'histoire. 
A quoi tend cette civilisation dont on nous décrit la marche triom- 
phante ou ce progrès sociologique dont tant de docteurs socialistes 
bercent aujourd'hui l'imagination populaire, sinon à Ja disparition 
des abus et à la guérison de toutes les misères? 

Faisant une œuvre identique, nos modernes révélateurs se trouvent 
dans un état mental à peu près le même. Tous montent plus ou 
moins sur le trépied delà sibylle. Ecoutez Quinet traçant le portrait 
de l'historien -philosophe. <c Où est celui qui sera à la fois poète et 
philosophe, actif et contemplatif, prêtre et artiste, jeune et vieux, 
car l'humanité est tout cela, pour nous donner sur ses desti- 
nées le livre attendu * ? » Puisque je viens de nommer Quinet, 
ne faut-il pas saluer en lui un génie frère de ceux que l'on nomme 
les Voyants d'Israël ? Ne contemple-t-il pas toutes choses du 
point de vue de l'Eternel? Il se tient près de lui, il assiste a ses 
conseils, et il nous les explique obscurément en ces livres pleins 
d'images et de noms symboliques qui s'appellent Ahasvérus, 
Promèthèe ou Merlin V Enchanteur. Ne pouvons-nous pas conclure 
enfin qu'à deux mille ans de distance, la parenté des œuvres et des 
génies est manifeste et que, si les uns ont écrit dans leurs apoca- 
lypses, la philosophie de l'histoire de l'antiquité, les autres, dans 
leurs livres de science abstraite, écrivent les apocalypses des temps 
modernes? 

1 M me Ed. Quinet, Cinquante ans d'amitié (1899), p. 19. 



L'APOCALYPSE JUIVE ET LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE LXXIII 



II 



Les divers genres de notre littérature classique, épopée, tragédie 
et comédie, roman, philosophie, science, ont dans l'antiquité gréco- 
romaine leurs prototypes immortels, dont on voit très bien que les 
œuvres modernes dérivent. En est-il de même pour ce genre roman- 
tique et religieux, flottant toujours entre la poésie et la science, qui 
se nomme la philosophie de l'histoire? On en ^chercherait vainement 
quelque modèle dans la littérature de la Grèce ou de Rome. La 
pensée antique reste enfermée dans les limites de la cité. Même 
après que Rome a conquis le monde entier, l'histoire qu'écrivent 
Tite-Live, Salluste, Tacite n'est jamais que l'histoire romaine. 
Dans cette étroitesse, la conception de l'histoire devient pessi- 
miste ; aucune perspective d'avenir n'est ouverte qui permette 
l'espérance. Dans chaque cité, à Rome comme à Athènes, la même 
évolution se reproduit, partant de l'âge des vertus héroïques et allant, 
par ramollissement des âmes et la corruption des mœurs, jusqu'à 
l'âge de la décadence et de la ruine, sur une pente que l'on ne remonte 
jamais. Rappelez-vous les préfaces de Tite-Live et de Salluste, la 
mélancolie de Tacite. L'âge d'or est derrière; la vieillesse et la mort 
sont devant. Les générations se succèdent, chacune plus mauvaise 
que celle qui l'a précédée. 

JMas parentum pejor avis tulit 
Nos nequiores, mox daturos 
Progeniem vitiosiorem ' . 

C'est une loi fatale. Tout est destiné à s'user et à périr avec le 
temps: monde, hommes et choses, empires et cités. L'univers ma- 
tériel et moral roule dans un cercle stérile d'éclat et de ténèbres, de 
force et de faiblesse, d'agrégations et de désagrégations sans fin 
rationnelle, sans autre loi que celle d'une mécanique aveugle. Cette 
vue est commune à tous les historiens et à tous les philosophes de 
l'antiquité, à tous les systèmes et à toutes les écoles, aux stoïciens, 

1 Horace, Odes, livre III, 6. 



LXXIV ACTES ET CONFERENCES 

comme aux épicuriens; elle engendre une lourde tristesse, sous 
laquelle succombe l'âme antique, malgré tous les soins qu'elle 
prend et tous les moyens qu'elle imagine de s'en divertir ou de 
s'en consoler. 

Dans cette littérature gréco-romaine, une seule page fait excep- 
tion. C'est la quatrième églogue de Virgile, sur laquelle flotte une 
lueur mystérieuse. Vrai tressaillement de joie, chant d'espérance qui 
contraste, non seulement avec toute la littérature du temps, mais 
avec tout le reste de l'œuvre du doux et mélancolique poète. 

Ultima Cwnœi venit jam carminis atas. 
Magnus ab integro saeclorum nascitur ordo. 



mihi tum longœ mancat pars ultima vitce 



« Le dernier âge chanté par la sibylle de Cumes approche. La 
grande série des siècles nouveaux commence. Voici : la justice, 
vierge immortelle, revient et ramène avec elle les jours de Saturne. 

Une nouvelle humanité descend du ciel Les traces de notre 

corruption originelle seront effacées ; les terreurs qui obsédaient le 

monde vont s'évanouir La terre produira avec profusion le 

lierre et l'acanthe. Les chèvres rapporteront à l'étable des mamelles 
pleines de lait. Le troupeau n'aura plus rien à craindre du lion. Il 
n'y aura plus ni poisons ni reptiles venimeux. La plaine ondule sous 
les épis jaunissants. La grappe rouge mûrit sur les pampres de la 
vigne. Un miel exquis découle du cœur dur des chênes. . . Le monde 
tressaille de joie à l'approche de ces jours heureux. » 

N'avez-vous pas reconnu l'accent de la prophétie messianique ? 
Cette prétendue sibylle de Cumes est une sibylle judéo-alexandrine 
dont nous pouvons relire encore les vers traduits par Virgile, dans 
le troisième livre des Oracles sibyllins 1 . Le Juif, qui la fit parler un 
siècle avant notre ère, avait lu Daniel et commenté la prophétie 
d'Esaïe, chap. xi, 1-10 : « Un rameau sortira du tronc d'Isaï ; 
un rejeton naîtra de ses racines. L'esprit de l'Eternel reposera 
sur lui... Il jugera les pauvres avec équité; il prononcera avec 

1 Voy. une note sur un vers de Virgile dans la Biblioth. de l'École des Hautes- 
Études, sciences religieuses, tome VII, 1896. 



L'APOCALYPSE JUIVE ET LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE LXXV 

justice sur les malheureux de la terre. . Il fera mourir le méchant. 
La justice sera la ceinture de ses flancs, et la vérité, la ceinture de 
ses reins. Le loup habitera avec l'agneau et la panthère se couchera 
avec la chèvre. Le troupeau et le lionceau gîteront ensemble et un 
petit enfant les conduira. La vache et l'ourse brouteront la même 
herbe, le lion et le bœuf mangeront la même paille. Le nourrisson 
s'ébattra sur le trou de la vipère et l'enfant mettra sa main dans le 
terrier du basilic. Il ne se fera ni tort ni dommage sur la montagne 
de l'Eternel. La terre sera remplie de la connaissance du Sei- 
gneur. . . » Voy. encore : Esaïe, xltx, 8-13 ; lxv, 17-25, etc. 

Nous voici donc amenés, en suivant cette filiation historique des 
textes, sur les plus hautes cimes de la prophétie d'Israël. C'est là 
qu'ont jailli les sources du fleuve. Esaïe, Jérémie, le grand prophète 
de l'exil que Ton appelle le second Esaïe, Ezéchiel : voilà les vrais 
créateurs de la philosophie de l'histoire. Elle est sortie sponta- 
nément de leur foi religieuse et de leurs espérances d'avenir. En 
faisant d Yahvéh, l'ancien dieu national, le Dieu unique et universel, 
ils ont nécessairement rangé sous le sceptre de son gouvernement 
toutes les nations de la terre. L'unité de Dieu impliquait l'unité de 
la race humaine. Tous les peuples et tous les empires étaient 
compris dans le plan divin à la réalisation duquel, sans le savoir, 
chacun d'eux concourait pour sa part, à son rang, à son heure. 

Cette donnée première de l'antique prophétie fut recueillie 
d'abord par les auteurs des apocalypses juives, venus quatre à 
cinq cents ans plus tard. Les docteurs de la synagogue se mirent 
à réfléchir sur ce plan divin de l'histoire. Ils s'efforcèrent de le re- 
construire, d'en organiser les parties, d'en établir la suite et d'en 
calculer la fin. Cette première philosophie de l'histoire, essen- 
tiellement théocratique et prophétique, ne pouvait que revêtir la 
forme de l'Apocalypse. Les mêmes prophètes qui en avaient fourni 
le thème, en avaient, en quelque sorte, arrêté la forme Cette forme 
était celle de la vision et de l'image symbolique. A l'origine, chez 
les vieux nahis, l'extase et la vision étaient réelles. Ils étaient 
vraiment saisis et jetés hors d'eux-mêmes par l'Esprit de l'Eternel. 
Mais il est visible que déjà, chez Ezéchiel, la vision n'est plus qu'une 
forme poétique, l'expression obligée d'une vérité divine, inacces» 



LXXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

sible à l'homme et qui ne saurait être connue que par une commu- 
nication surnaturelle. Les auteurs des apocalypses reprennent donc 
cette tradition littéraire. Nourri de la lecture d'Ezéchiel, de Jé- 
rémie, d'Esaïé, l'auteur du livre de Daniel est persuadé qu'il les 
continue en les commentant. Ce ne sont pas ses secrets à lui, ce 
sont les secrets de Dieu qu'il dévoile à son peuple en détresse. Il 
emprunte à Jérémie le point de départ de ses méditations et 
la base première de ses calculs. Cette base, ce sont les soixante 
et dix ans dont avait parlé le prophète', qu'il transforme, pour 
les accommoder aux siècles écoulés depuis, en soixante et dix se- 
maines d'années. Le règne des saints et du Messie ne devait donc 
arriver que 490 ans après la ruine de Jérusalem, soit au commen- 
cement du dernier siècle avant l'ère chrétienne. Au moment où l'au- 
teur écrit, il reste encore, nous dit-il, sept semaines environ à courir, 
soit un demi-siècle. Il vit donc au plein milieu des guerres maccha- 
béennes et il écrit après la profanation du Temple. Ses études et ses 
réflexions historiques portent sur la période de temps qui s'étend de 
Nabuchodonosor à Antiochus Epiphane, sur la suite des empires 
qui l'ont remplie et dont l'élévation et la chute également éclatantes 
étaient bien faites pour révéler à tous le gouvernement supérieur de 
Celui à qui seul appartiennent à jamais la puissance et la gloire. 

Si ces calculs et ces spéculations avaient été justes, il n'y aurait 
pas eu d'autre apocalyse. S'il y en a eu un grand nombre, durant 
les quatre siècles suivants, c'est que l'histoire du monde a continué 
et démenti les premières. D'autres écrivains, survenant et constatant 
cette erreur ou cette insuffisance, se sont trouvés obligés soit de les 
refaire, soit de les compléter. Il fallait tenir à jour le livre des 
prophéties pour les étendre successivement aux événements qui 
ne cessaient de se produire et de modifier l'aspect des choses. 
Le livre de Daniel a ainsi reçu des additions successives qui 
mènent l'histoire d'Orient jusqu'à Mahomet et même jusqu'à la 
prise de Constantinople par les Croisés 2 . La sibylle judéo-alexan- 

1 Jér., xxix, 10. 

1 Voy. Les Apocalypses apocryphes de Daniel, par Macler, thèse de la Fac. de 
théologie de Paris, 1895. 



L'APOCALYPSE JUIVE ET LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE LXXVII 

drine dont j'ai déjà parlé, fait entrer dans le cadre de ses révé- 
lations la République romaine et son Sénat, que le livre de Da- 
niel ne connaissait pas encore. Dans le même temps, l'auteur du 
livre d'Hénoch élargit en arrière le cadre de l'histoire apocalyptique, 
et la fait remonter jusqu'à Adam et aux origines de la création. 
Une autre apocalypse, Y Assomption de 3Ioïse, nous raconte sûrement 
l'histoire des Asmonéens et nous mène jusqu'au règne d'Hérode le 
Grand et de ses fils, après quoi, dit-elle à son tour, viendra la fin 
des temps. La fin ne vint pns encore. L'apocalypse de Baruch et 
l'apocalypse chrétienne de Jean connaissent la guerre juive et la 
destruction de Jérusalem par Titus. L'apocalypse d'Esdras enfin 
nous fait descendre plus bas encore, jusqu'à Domitien ou peut-être 
jusqu'au dernier des Antonins. 

Mais voici qui est plus curieux encore : je veux parler du début de 
l'apocalypse d'Esdras. Nous entendons le grand docteur se plaindre 
de la durée des malheurs qui accablent Israël et de la prospérité dont 
les païens continuent à jouir. L'ange Uriel, en vrai professeur de 
philosophie, lui explique que le mal doit avoir son cours, nous di- 
rions aujourd'hui, son évolution normale ; qu'il y a une succession 
nécessaire dans les événements et que le commencement et la fin ne 
peuvent venir ensemble. On voit par là que l'attente se lassait et 
que la foi qui avait donné naissance à cette littérature apocalyp- 
tique était en train de se refroidir et de s'éteindre. Elh jeta ses der- 
nières flammes avec la guerre de Barkochba, sous Adrien, et avec 
le mouvement montaniste, dans l'Eglise chrétienne. A partir de ce 
moment, les Juifs dispersés, renonçant à des calculs prophétiques 
qui les avaient déçus si souvent, chercheront à peu près exclu- 
sivement, dans l'explication et l'observation minutieuses de la 
Thora, le point d'appui de leur foi religieuse et Je centre de leur 
nationalité. D'un autre côté, ceux que les théologiens chrétiens ap- 
pellent les Kiliastes ou Millénaires deviennent décidément des héré- 
tiques C'est le signe d'un grand changement dans l'Eglise, vers 
la fin du second siècle. De messianique qu'elle était au début, 
elle devient catholique. Fatiguée d'attendre le royaume du ciel, 
elle l'installe sur la terre ; elle se considère comme ce royaume lui- 
même et elle applique à ses propres conquêtes et à ses triomphes, 



LXXVI1I ACTES ET CONFÉRENCES 

les antiques prophéties faites pour Israël. En elle et par elle, doit se 
réaliser la théocratie qui fut le rêve de l'Apocalypse juive. Avec 
Constantin, la première période de la philosophie de l'histoire, la 
période apocalyptique est close ; une seconde va commencer, la 
période théologique. 

Elle débute par un chef-d'œuvre et se clôt par un autre. Le pre- 
mier, c'est la Cité de Dieu de saint Augustin; le second, le Discours 
de Bossuet sur V Histoire universelle. 

On pourrait définir le grand ouvrage de l'évêque d'Hippone : les 
idées de l'Apocalypse juive exposées sous une forme néo-platoni- 
cienne. 

Le dénouement que les anciens prophètes promettaient à l'histoire 
d'Israël est donné comme fin glorieuse à celle de l'Eglise. Le 
chemin s'allonge, les étapes se multiplient, l'histoire se complique ; 
mais la perspective est la même. L'eschatologie catholique n'est 
qu'une assez légère transformation de l'eschatologie juive. La forme 
littéraire de la vision a disparu; la dialectique la remplace et les 
symboles apocalyptiques se résolvent en métaphores éloquentes. 

Le vrai titre de l'œuvre d'Augustin devrait être : Les deux Cités. 
Comme dans l'Apocalypse, en effet, il s'agit du conflit séculaire de 
deux dominations, de la cité de Dieu et de la cité des hommes. 
L'une a pour âme et pour force le principe du bien, l'esprit; l'autre, 
le principe du mal, la puissance de la chair. La première fut repré- 
sentée d'abord sur la terre par le peuple d'Israël et l'est actuellement 
par l'Eglise catholique. La seconde s'organise dès les premiers 
âges avec Caïn, Lémech, Nemrod, puis sous la forme des grands 
empires orientaux et ensuite de celui des Césars de Rome. L'histoire 
humaine n'est pas autre chose que le duel de ces deux cités dont 
l'une a son chef dans le Fils de Dieu et son armée dans la troupe des 
anges fidèles, et dont l'autre a son chef et ses soldats dans Satan et 
les démons. 

Ceux-ci sont des anges rebelles dont la chute a laissé vacantes 
un certain nombre de places dans la cité divine. L'Eglise travaille 
et souffre sur la terre jusqu'à ce qu'elle ait recueilli, du milieu de la 
masse corrompue et vouée à la mort, un assez grand nombre d'élus 



L'APOCALYPSE JUIVE ET LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE LXXIX 



pour combler les vides du ciel. Quand ce nombre sera atteint, la fin 
de l'histoire viendra. On se rappelle l'importance du chiffre sept 
dans la chronologie apocalyptique. Cette importance est la même 
dans la théorie augustinienne de l'histoire. Dieu fait tout en six 
jours et il se repose le septième. De même le monde, depuis Adam, 
a traversé six grandes périodes. Rome a déjà été prise et saccagée 
par les barbares. Tout annonce la fin des empires mauvais et l'ap- 
proche du sabbat éternel. 

Cette philosophie de l'histoire règne durant tout le moyen âge 
jusqu'à la fin du xvii siècle. A dire le vrai, le Discours sur V His- 
toire universelle n'est qu'une édition rajeunie de la Cité de Dieu. 
C'est le même dualisme fondamental de l'empire divin et des em- 
pires terrestres, de l'Eglise surnaturelle et de la société naturelle, 
le même drame qui dure depuis le commencement du monde et dont 
une Providence mystérieuse, mais toute-puissante, ordonne et dirige 
les péripéties. Dans « la suite de la Religion », Bossuet reproduit 
surtout la Cité de Dieu ; dans « la suite des Empires », il commente 
éloquemment les visions de Daniel. L'histoire n'a pas encore 
rompu le cadre de l'Apocalypse; elle reste toujours enfermée sous 
l'étroite et tyrannique domination de la tradition biblique. Cepen- 
dant une transformation s'annonce. Une conception de l'histoire 
plus profonde et plus compréhensive va surgir de la période théo- 
logique et en amener une nouvelle, la période philosophique, qui 
s'ouvre avec Montesquieu et le xvin e siècle. 

Notons la transition : elle est déjà sensible chez Bossuet lui-même. 
Si la philosophie de l'histoire, chez saint Augustin, avait dépouillé 
le fantastique des apocalypses, elle était encore retenue dans un 
surnaturalisme à peu près absolu. Chez Bossuet, au contraire, le 
surnaturel se rétrécit déjà et laisse un champ plus libre au jeu des 
forces naturelles. A part a ces grands coups que Dieu se plaît à 
frapper de temps à autre et où sa main paraît toute seule », Bossuet 
se plaît à développer « les causes particulières et naturelles » dont 
les effets expliquent tout le cours ordinaire des choses. Il ouvre ainsi 
une porte qui ne se fermera plus. Une nouvelle philosophie de 
l'histoire, constituée sur la notion des lois ou rapports nécessaires 



LXXX ACTES ET CONFÉRENCES 

des choses, y passera. C'est dans l'action des climats et des milieux, 
dans les qualités natives des peuples et dans leurs conditions géné- 
rales d'existence que Montesquieu cherchera les causes de leur gran_ 
deur et celles de leur décadence. Mais, au milieu de cette recherche 
et de cette analyse des causes prochaines qui amènent l'histoire à l'ob- 
servation plus stricte des faits, une idée nouvelle surgit qui sera le 
thème fécond de nouvelles constructions d'ensemble. Je veux parler de 
l'idée du progrès humain. C'est une conviction générale que l'enfance 
et la barbarie sont derrière nous et que l'humanité marche vers un 
meilleur avenir. Optimisme et progrès, voilà les deux idées domi- 
nantes de la philosophie de l'histoire au xvm e siècle, celles 
qu'on trouve dans les écrits de Vico, de Lessing, de Voltaire et de 
Condorcet. Or, si vous y prenez garde, vous verrez bien vite que 
ces deux idées sont les deux éléments abstraits de l'idée religieuse 
de la Providence, laquelle, à son tour, n'était que l'expression théo- 
logique de la foi religieuse des auteurs des premières apoca- 
lypses. 

Cette philosophie du progrès s'approfondit, s'élargit et règne 
encore pendant tout le xix e siècle Chaque nouvelle école, 
chaque grand penseur reprend l'histoire de la nature et de l'huma- 
nité, nous en explique les phases successives, les lois qui la dirigent, 
la fin où elle tend. La philosophie de l'histoire ne constitue-t-elle 
pas toute la philosophie de Hegel? L'idée est la substance même des 
choses et la loi de leur évolution. L'histoire devient éminemment 
rationnelle, par conséquent absolument transparente. Tout ce qui 
est rationnel est réel, tout ce qui est réel est rationnel, par con- 
séquent aussi bon en soi : finalité, intelligibilité, optimisme, ce sont 
encore les trois caractères de cette philosophie, des interprétations 
qu'elle a reçues et des applications qui en ont été faites. Parlons 
clair et court : cette philosophie a été la première apocalypse de 
notre siècle, la révélation lumineuse dont trois générations ont été 
éblouies. 

Mais elle n'a pas été la seule. 11 faut placer à côté d'elle celle 
qu'Auguste Comte un peu plus tard nous a donnée. Dans sa cons- 
truction de l'histoire, nous retrouvons plus saillants encore les mêmes 
traits que nous venons de dégager: intelligibilité, finalité, optimisme. 



L'APOCALYPSE JUIVE ET LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE LXXXI 

Rien n'est plus loin de la pensée de Comte que défaire aboutir sa phi- 
losophie positive au matérialisme. Ce qui a produit cette méprise, c'est 
le changement de sens qu'a subi l'épithète de positif dans le langage 
courant. Aujourd'hui on l'oppose simplement à ce qui est hypothé- 
tique et idéal. Comte l'entendait autrement; pour lui, c'était le con- 
traire d'une pensée purement négative et critique. Il condamnait la 
philosophie du XVIII e siècle, parce qu'elle n'était que destructive et 
empirique. Lui-même est un génie essentiellement constructeur ; et 
Tonne peut construire aucun système du monde sans faire une hypo- 
thèse première dont l'admission est toujours un acte de foi. L'auteur 
du Cours dephilosophie positive ne dit pas que les choses ou les hommes 
changent pour changer ni que tous les états se valent. Les phéno- 
mènes se hiérarchisent comme les sciences, qui nous les expliquent. 
En se compliquant, les formes de l'être et de la vie s'enrichissent. 
En passant de l'état théologique au métaphysique et de celui-ci au 
positif, l'esprit humain obéit à sa loi intérieure, il s'affranchit, se 
discipline et progresse. C'est une révélation suprême dont Comte 
est le prophète et même le Messie. Il n'apporte pas seulement la 
vérité, il apporte Tordre normal dans les opérations de l'intelligence 
et dans les rapports des hommes entre eux. Il fonde un nouveau 
pouvoir spirituel qui fera partout la paix, en établissant partout la 
subordination légitime des principes et des volontés. 

Quand on s'étonne que cette philosophie se soit transformée en 
religion, on prouve seulement qu'on n'en a compris ni l'esprit in- 
time, ni le point de départ initial, ni la fin dernière. Cette fin, c'est 
le triomphe de l'ordre, c'est le bien. Ce penseur, qui raille tant les 
causes finales, raisonne toujours par cause finale. « Si les hommes 
passent d'un état à un autre, dit très bien M. Faguet, il semble, 
dans ce système, qu'ils le font pour satisfaire le dessein de je ne 
sais quelle Providence. Très souvent le Cours de Philosophie positive 
fait l'effet d'un Discours sur l'Histoire universelle, sans Dieu. L'on 
y voit les hommes menés et menés avec une rigueur et une suite 
inflexibles sans qu'on sache par qui; mais ils le sont; ils rentrent 
dans un dessein qu'ils n'ont pas conçu, qu'ils n'ont aucune raison de 
suivre et qu'ils suivent. » L'humanité remplace ici le Dieu trans- 
cendant , mais elle en remplit exactement le rôle; elle devient un 

ACT. ET CONF- F 



LXXXII ACTES ET CONFÉRENCES 

Deus non ex machina, mais in machina, et, conçue de cette manière, 
elle mérite, dans une certaine mesure, le culte et le dévouement que 
Comte réclame pour elle. Preuve de plus qu'une conception de 
l'histoire, pour être religieuse, n'a pas nécessairement besoin de 
l'idée traditionnelle et anthropomorphique de Dieu. 

Auguste Comte a laissé après lui une science nouvelle, la socio- 
logie, qui a eu, à son tour, non seulement ses apôtres, mais aussi et 
surtout ses prophètes. Et ceci nous mène à une dernière classe 
d'apocalypses non moins nombreuses et plus exaltées que toutes les 
autres, les apocalypses socialistes. Renan aimait à faire remarquer 
l'étroite parenté du socialisme révolutionnaire moderne avec le 
messianisme apocalyptique des Juifs. C'est la même condamnation 
radicale du présent état de société au nom de la justice ; c'est la 
même espérance et la même prédiction de la catastrophe suprême où 
l'ancien monde s'abîmera; le même rêve, la même promesse, versée 
comme un vin doux et enivrant aux malheureux, aux déshérités, 
aux opprimés, d'un millenium approchant de paix, de justice, de 
fraternité et de bonheur sur la terre. C'est la même foi, la même 
étude des signes avant-coureurs, la même fièvre d'attente et d'en- 
thousiasme militant. Quoi d'étonnant, dès lors, que la philosophie 
de l'histoire des docteurs socialistes s'exprime en des apocalypses 
semblables à celles des derniers temps d'Israël ! 

Aux époques de foi religieuse, on expliquait l'évolution et les 
révolutions de l'histoire par des causes religieuses. Quand l'intérêt 
politique était au premier rang, l'explication était déduite des 
causes politiques. De nos jours, les problèmes économiques étant les 
plus pressants, ce sont les causes et les lois économiques qui pré- 
sident aux grands mouvements de l'humanité. Mais ne traitez pas 
cette philosophie de l'histoire de matérialiste. L'arithmétique et la 
statistique du tarif des salaires et du prix des denrées se subor- 
donnent au droit humain. La mécanique sociale est dirigée par un 
idéal invisible de justice auquel les sociétés humaines, qu'elles le 
veuillent ou non, sont tôt ou tard conduites. C'est toujours la 
doctrine d'une Providence, d'une finalité, d'un optimisme univer- 
sel. C'est toujours la vue spéculative que le secret des destinées de 
l'humanité se trouve dans son histoire, et qu'une vraie interpréta- 



L'APOCALYPSE JUIVE ET LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE LXXXIII 

tion de cette histoire résoudrait l'énigme de l'avenir et mènerait les 
hommes, ballottés sur les grandes eaux, au port du Salut. 

Je voudrais citer un dernier exemple pour montrer, d'autre part, 
que les esprits les plus émancipés par la critique n'échappent point 
à cet entraînement. Les œuvres de Renan nous fourniraient plu- 
sieurs apocalypses philosophiques ou sociales. Ce grand esprit aimait 
à vaticiner. J'aime mieux vous rappeler une dissertation de James 
Darmesteter qu'ici moins qu'ailleurs on peut avoir oubliée. Dans son 
admirable Coup d'œil sur l'histoire du peuple juif (1881), nous trou- 
vons une interprétation de cette histoire, qui est une véritable apo- 
calypse. Darmesteter nous montre, à sa manière, dans la Révolution 
française et dans l'état d'esprit qu'elle a créé, l'accomplissement et 
l'aboutissement de la prophétie d'Israël réduite à ces deux dogmes : 
l'unité divine et le messianisme. L'unité divine, c'est le monisme 
scientifique auquel la science moderne ramène l'univers entier, force 
et matière, substance et phénomènes. Le messianisme, c'est le 
triomphe terrestre de la justice dans l'humanité. Douterons-nous 
encore après cela que l'esprit apocalyptique soit toujours vivant 
parmi nous? 

Nous devons nous arrêter. Nous avons maintenant sous les yeux 
le genre littéraire que nous voulions définir et dont nous avons 
esquissé l'histoire. Nous l'avons vu passer par trois phases succes- 
sives : ia phase apocalyptique, la phase théologique et la phase 
philosophique. Il se modifie profondément de l'une à l'autre, mais 
sans jamais cesser d'être reconnaissante. Ces formes sortent tour à 
tour Tune de l'autre par une sorte de logique historique. La surface 
varie, le fond ou la substance restent identiques. Loin d'être épuisé 
par cette longévité, ce genre est plus florissant et plus fécond qu'il 
ne le fut en aucun autre temps, et, sans nul doute, il durera autant 
que l'humanité. 

Me demandera-t-on maintenant ce qu'il faut penser de ce genre 
de littérature, quelle en est la valeur et en quelle estime il faut le 
tenir? Je devrais laisser peut-être à chacun le soin de répondre. 
Cette réponse varierait nécessairement suivant ses dispositions, sa 
religion intérieure, sa manière secrète de juger toutes choses et de 



LXXXiV ACTES ET CONFÉRENCES 

prendre la vie. Mais, sans blesser la foi ou l'humeur de personne, je 
puis dire pourquoi ce genre varie sans cesse et ne meurt jamais, et 
pourquoi il ne faut, pour être juste et sage, ni le mépriser ni le 
surfaire. 

La philosophie de l'histoire varie sans cesse dans ses principes et 
dans ses conclusions. Elle n'est jamais la même d'un siècle à l'autre, 
d'une religion ou d'une école à une autre, d'un penseur à un autre 
penseur. Chaque philosophe refait le monde et l'histoire à sa propre 
image. C'est dire que cette espèce de philosophie ne sera jamais 
une science, à prendre ce mot en toute rigueur. Elle opère avec les 
idées de loi, de fin, de souverain bien, qui sont des données subjec- 
tives, des affirmations de la conscience morale. La philosophie qui 
en découle sera donc éternellement subjective comme elles. 

Mais, pour être d'un autre ordre que les données objectives des 
sens, les données de la conscience n'en sont pas moins indéraci- 
nables. L'homme n'y saurait renoncer sans se suicider moralement. 
Elles constituent non seulement sa dignité, mais son unique raison 
de vivre et d'agir. L'optimisme n'est sans doute point scientifique, 
mais le pessimisme ne l'est pas davantage. Et s'il y a des pessi- 
mistes et des optimistes, le degré du savoir n'y est pour rien; c'est 
affaire de prédisposition morale ou naturelle, c'est degré d'énergie 
ou de chaleur d'âme, c'est différence de tempérament, d'humeur ou 
de foi. Si les pessimistes ont trop souvent raison pour le détail de 
l'existence et les événements particuliers, l'humanité leur donne 
incessamment tort pour l'ensemble, car l'humanité n'est point 
neutre ; elle est obligée à chaque pas de prendre parti ; elle agit, 
lutte, souffre, meurt pour les causes qui lui semblent bonnes, justes, 
vraies et n'a jamais mesuré son progrès qu'à celui qu'elle a fait vers 
l'idéal qui l'attire, la console et la récompense. Se persuader que 
tout cela est vain, illusoire, inutile, ce serait pour elle s'arrêter et 
mourir ; ou plutôt, elle rentrerait dans l'animalité primitive dont 
cet instinct irrésistible, cet appel mystérieux d'une voix inconnue 
l'a fait sortir et amenée jusqu'ici. Mais prenez-y garde : rentrée dans 
l'animalité, elle n'y pourrait dormir. La même voix se ferait en- 
tendre ; le même aiguillon déchirerait son flanc, et elle se lèverait 
une fois de plus pour reprendre ce pèlerinage douloureux dont elle 



L'APOCALYPSE JUIVE ET LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE LXXXV 

ne peut dire la fin et auquel elle ne peut renoncer. Elle gardera 
donc sa foi, et cette foi en sa raison, en son œuvre et en sa destinée, 
engendrera toujours une philosophie de l'histoire comme elle l'a 
fait au temps d'Israël, à l'époque d'Augustin et de Bossuet, à celle 
de Hegel et de Comte. Ces apocalypses ne nous révèlent pas sans 
doute les secrets de la Providence divine ; mais elles sont une 
éclatante révélation du fond même de l'âme humaine et de l'in- 
quiétude permanente qui fait sa dignité. Elles valent donc tout 
juste ce que vaut la science humaine elle-même, la loi du de- 
voir, le besoin de justice. C'est dans ces affirmations de la cons- 
cience que se trouve la justification de cette philosophie. 

Rien n'est sans danger ici-bas, pas même les sentiments les plus 
nobles et les plus sacrés. Comprimés par la brutalité des événements 
ou des hommes, ils s'échauffent comme un vin qui fermente et 
porte le trouble dans le cerveau. La foi religieuse et morale, en 
s'exaltant, donne la fièvre, et la fièvre engendre, à un certain 
degré, les hallucinations et le délire. Nous ne pouvons pas malheu- 
reusement affirmer que le goût des apocalypses, dans tous les temps, 
n'ait pas fait perdre la raison à bien des gens et troublé le repos de 
nombre d'autres. Nous sommes encore ici sur l'un de ces nombreux 
sentiers qui, par des détours plus ou moins lents, mènent à Cha- 
renton. Voici le correctif et l'antidote. Ce sera ma dernière re- 
marque. 

Dans le même temps à peu près que paraissaient les ardentes 
visions de l'apocalypse de Daniel, un autre écrivain juif donnait à 
ses compatriotes l'Ecclésiaste de Salomon, et les rabbins, avec une 
profonde sagesse, mettaient les deux livres côte à côte dans le re- 
cueil sacré. La contradiction des deux inspirations est frappante. A 
la fièvre d'attente de Daniel, à ses prophéties de révolutions immi- 
nentes qui vont changer toutes choses, Salomon oppose son expé- 
rience désenchantée de la vie : Nil sub sole novi. Ce qui fut, c'est ce 
qui sera ; le sort du juste et celui du méchant sont les mêmes. Tout 
roule in œternum dans un cercle fatal. Quel profit l'homme tire-t-ii 
de sa peine et de sa science ? Vanité des vanités ! . . . La foi de l'un 
et le doute de l'autre : voilà les deux pôles de toute sagesse. Quand 
on a trop lu Daniel, il faut relire l'Ecclésiaste comme on prend un 



LXXXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

peu de quinine pour arrêter la fièvre. S'abandonner trop exclusi- 
vement à l'un ou à l'autre serait imprudent. La patience, cette 
vertu des forts, est faite de deux grains précieux, d'un grain de foi 
dans la cause que nous servons, d'un grain de défiance à l'égard de 
la faveur des hommes et des choses. Nous écouterons donc l'expé- 
rience du sage pour apprendre, dans toutes les crises, à rester 
maîtres de nous; mais nous garderons aussi dans nos cœurs, comme 
une flamme sainte, l'espérance du prophète, la foi, le courage 
toute cette vertu généreuse qui, à de certains moments, sait engager 
sans calcul les belles batailles et les fait gagner. 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL 



SÉANCE DU 2*7 AVRIL 1899. 
Présidence de M. Albert Cahen, président 

M. Moïse Schwab est désigné pour représenter la Société au Con- 
grès des Orientalistes de Rome. 

M. Julien Weill fera une conférence, le 10 mai, sur un poète juif 
au xn e siècle : Juda Halèvi. 

M. Israël Lévi fait une communication sur les partis juif s et la po- 
litique d'Antiochus IV à l'égard des Jidfs 



SÉANCE DU 26 OCTOBRE 1899. 

Présidence de M. Albert Cahen, président. 

M. Henri Becker informe le Conseil que M. Boucris vient d'instal- 
ler, 34, rue de la Victoire, une bibliothèque importante de 5000^- 
daica, qui sera à la disposition des membres de la Société. Un cata- 
logue en sera dressé sous peu. 
Acte et conf. 



LXXXV11I ACTES ET CONFÉRENCES 

conférence sera demandée à M. Blum, professeur de philosophie à 
Montpellier. M. Vernes s'adressera dans le même but à M. Saba- 
tier. M. Becker espère pouvoir, dans un délai rapproché, entretenir 
la Société des Juifs du Mzab. 

M. Israël Lévi fait une communication sur les nouveaux frag- 
ments de l'Ecclésiastique 'publies par M. Schechfer. 

M. Moïse Schwab fait hommage à la Société de son ouvrage : 
Répertoire des articles relatifs à V histoire et à littérature juives parus 
dans les périodiques de 1183 à 1898 



SÉANCE DU 28 DÉCEMBRE 1899. 
Présidence de M. Albert Cahen, présidente 

M. Israël Lévi annonce que M. Sabatier veut bien faire au mois 
de mars une conférence sur la Philosophie de l'histoire et l'Apocalypse 
juive. 

Des remerciements sont adressés à M. Blum pour sa confé- 
rence. 

L'ordre du jour appelle la fixation de la date de l'Assemblée gé- 
nérale. 

M. le baron Carra de Vaux devant faire, à la fin de janvier 
1900, une conférence sur Joseph Salvador et James Darmesteter, con- 
férence qui ne saurait coïncider avec l'assemblée générale, il est 
décidé d'ajourner celle-ci au mois de février. 

Sont admis comme membres de la Société : MM. Hildenfinger, 
ancien élève de l'Ecole des Chartes, attaché à la Bibliothèque natio- 
nale, Singer, secrétaire de l'Encyclopédie juive de New-York, le 
D r H. P. Chajes, de Vienne, Haguenauer, rabbin de Remire- 
mont, présentés par MM. Schwab et Lévi. 



PROCES-VERBAUX DES SEANCES DU CONSEIL LXXXIX 

SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1900. 
Présidence de M. Théodore Reinach. 

La séance de l'Assemblée générale est fixée définitivement au 
1 er mars. M. le Président expose les raisons qui en ont retardé la 
convocation . M . Salomon Reinach y parlera de Y Inquisition dans 
ses rapports arec les Juifs. 

Le Conseil vote des remerciements à M. le baron Carra de Vaux 
pour sa conférence. 

M. le Président annonce que l'impression du 1 er volume des An- 
tiquités de Josèphe touche à sa fin . Il propose d'entreprendre un 
Corpus des inscriptions juives antérieures au x e siècle et indique 
les conditions dans lesquelles ce travail pourrait être exécuté. Pour 
les inscriptions gréco-latines, il s'est déjà assuré le concours d'un 
collaborateur, M. de Ricci, qui est prêt à commencer ce travail. 
Pour les inscriptions hébraïques, la Société pourrait s'entendre 
avec l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres. 

Sur la proposition de M. le Président un crédit de 400 francs est 
voté pour recueillir les inscriptions de l'Italie méridionale. 

Sont admis comme membres : MM. le baron Emmanuel Léonino, 
de Paris, et le rabbin Arditi, à Tunis, présentés par MM. Zadoc 
Kahn et Israël Lévi. 

Les Secrétaires : 

Mayer Lambert, 
Lucien Lazard. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



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